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Le Livre des Morts


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La religion égyptienne - Mythes/Rites et Croyances - Le Mythe de la mort

Le Livre des Morts - Présentation


Ce texte sacré improprement appelé Livre des Morts fut comme “la bible” de l’Ancienne Égypte.
Son titre exact est Sortie au Jour.


Pour les Égyptiens, la mort était une naissance. Chaque jour le soleil se levait, chaque année la nature reverdissait : c’était là le signe indiscutable d’une nouvelle vie pour l’homme. Dans l’au-delà, le mort ne pouvait que renaître en changeant de nature et, participant de la divinité, prendre toutes les formes possibles à l’endroit désiré.

Mais avant d’arriver à cette extrême félicité, il avait un long et dangereux voyage à accomplir. Sa meilleure protection était un texte sacré : un receuil de formules magiques qui, lui donnant la connaissance du monde inférieur, du monde de la nuit, la Douat, lui donnait pouvoir de justifier son existence, d’écarter les démons et de franchir les portes qui jalonnaient son chemin.



L’un des grands corpus funéraires de l’Égypte fut intitulé Livre des Morts. À vrai dire, le titre même, de ces longs rouleaux de papyrus, ne correspond pas au contenu du livre. Il pourrait se traduire littéralement par : « Chapitres (ou formules) pour sortir au jour (ou à la lumière) [*] ». Ces formules sont inscrites sur les murs des tombeaux, les sarcophages et les rouleaux de papyrus retrouvés sur les momies. C’est, semble-t-il, uniquement parce que cet ouvrage faisait une place importante à la mort et à la préparation au trépas qu’on l’a surnommé Livre des Morts. Ce terme a été forgé en 1842 par l’égyptologue allemand Karl Richard Lepsius (1810-1884).

Ce livre remonte à la plus lointaine antiquité. Le titre original était REU NU PERT EM HRU qui se transcrit comme suit en hiérogliphes :
» image page 16 «

Le Livre des Morts a souvent été considéré comme une œuvre inspirée par Thot, le scribe des dieux. Selon les croyances égyptiennes, ce serait lui qui aurait prononcé les paroles de la Création qui fut ensuite réalisée par Ptah, tous deux étant d’ailleurs au service d’Osiris.

Ce document est connu sous différentes versions :

La version héliopolitaine

  1. Celle qui fut en usage sous les Ve et VIe dynaties et qu'on trouve inscrite en hiéroglyphes sur les murs et dans les salles des pyramides de Saqqarah (Dehenet Ankh-Taouy).
  2. Celle qu'on trouve écrite en hiéroglyphes cursifs sur les cercueils datant des XIe et XIIe dynasties.


La version thébaine

  1. Celle qui figurait en hiéroglyphes sur des papyrus et des sarcophages, de la XVIIIe à la XXIIe dynastie.
  2. Celle qui fut écrite sur des papyrus en hiératique sous la XXIe et la XXIIe dynasties.


La version saïte

Celle qui fut écrite en hiéroglyphes, en caractères hiératiques et démotiques sur des papyrus, des sarcophages, etc., sous la XXVIe dynastie et sous les suivantes.
Cette version, largement utilisée à la période ptolémaïque, peut être considérée comme la forme finale du Livre des Morts.

Cette « version saïte » resta en usage à la période ptolémaïque, mais il semble que les scribes du temps aient tout ignoré du sens des textes qu’ils copiaient et de l’emplacement des vignettes. Parmi les textes qui se répandirent à la période ptolémaïque et gréco-romaine, figure un ouvrage particulièrement intéressant : le (Shai-en Sensen), ou Livre des respirations, qui reprend des idées et des croyances typiques des parties les plus anciennes du Livre des Morts. Il est réconfortant de noter que la conception de la vie future telle que la présente ce livre prouve que ces idées étaient restées quasi inaltérées dans l’esprit des gens, malgré les modifications et les inexactitudes accumulées au fil des siècles.

Le Livre des respirations
Le Livre des respirations explique à un moment donné au défunt :
« Thot, le plus puissant des dieux, le seigneur d’Hermopolis Magna (Khemenou) vient à toi, et, de ses propres mains, écrit pour toi le Livre des respirations. »

Murry Hope, La magie égyptienne, Éditions SAND, Paris 2002


Selon la logique égyptienne, chacun pouvait puiser dans ce fonds les formules ou les chapitres qui le concernaient plus particulièrement. On ne trouve pas deux Livres des Morts vraiment identiques car une grande place est toujours laissée à la liberté de choix et de création de chaque commanditaire de ces écrits magiques.

Ce papyrus était un accessoire majeur des rites funéraires, et il fallait parfois toute une vie pour le préparer, surtout lorsque c’était celui d’un notable ou d’un souverain. À partir du Nouvel Empire, le Livre des Morts peut comporter jusqu’à 192 chapitres abondament illustrés !
autrePage.gif Voir aussi Lepsius Karl Richard


[*] Sortir au jour
Sortir au jour est le véritable nom du livre des morts des Anciens Égyptiens. Le « jour » en question n’est pas celui des vivants, mais tout principe lumineux s’opposant aux ténèbres, à l’oubli, à l’anéantissement et à la mort. Dans cette perspective, le voyage dans la barque du dieu soleil vers le royaume d’Osiris - version nocturne du soleil diurne en cours de régénération - pouvait être considéré comme une fin en soi.

lumière
Pour les Egyptiens, la lumière est cachée au cœur de ces hiéroglyphes et de ces phrases composés, dit la tradition la plus ancienne, par le divin Thot lui-même et dont l’original se trouvait dans une crypte de son temple d’Hermopolis Magna (Khemenou), sous un bloc très pur de lapis-lazuli servant de socle à la statue de ce dieu de la Connaissance. Parler de lumière est ici synonyme de source, celle où se fait et se défait le nœud de la vie et de la mort. Un lieu de passage en somme, par cette « demeure secrèt »e où se joue le destin de l’être en devenir. Un destin qui n’est ni fini, ni scellé, l’amorce d’un nouveau cycle.



Livre des Morts de Aha-Ner : la pesée du cœur
Vignette du chapitre 125Anubis à tête de chacal procède à la pesée du cœur du défunt. Sur la balance, le babouin de Thot en garantit l’exactitude. - Livre des morts de Aha-Ner, XXIe dynastie - Musée égyptien de Turin
Crédit photographique : Alinari / The Bridgeman Art Library


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Le Livre des morts reprend l’un des mythes les plus élévés des sciences sacrées. Il accompagnera l’Égypte dans toute sa longue histoire. Ce mythe est lié au culte d’Osiris et remonte à la nuit des temps. De par sa mort et sa renaissance, Osiris, époux de la déesse mère Isis, était l’archétype parfait du Dieu sauveur, le garant de la vie éternelle. Son rôle était de fusionner avec l’homme dans son destin, avant, pendant et après la mort. Il est essentiel à la compréhension des croyance et des divinités des anciens Égyptiens. Il est, selon J.H Rosny, « le livre suprême des Égyptiens. Tout le rêve de la nation s’y trouve, tous les arts égyptiens en découlent ». Le grand égyptologue Maspero affirmait qu’il était « une sorte de Bible et le vénérable monument de la langue, de l’archéologie et de la religion égyptienne ».
 --> voir Le Mythe osirien (lien en pied de page)
Comme les formules inscrites, les vignettes (illustrations) qui accompagnent le texte, d’une très grande beauté, avaient valeur magique. En contemplant la représentation de son futur “voyage”, le possesseur du papyrus acquérait la certitude de le réaliser et de continuer à vivre après sa mort. Les dieux ne pouvaient que partager cette conviction.

Les papyrus commandés aux scribes réunissaient non pas le texte complet, mais un choix de « chapitres ».


Voyage vers l’au-delà


Lève-toi vers la vie car, vois, tu n’es pas mort.
 Le Livre des morts 

Servant de guide à la personne du défunt dans les dédales de l’inconnu, nous l’avons vu, le Livre des morts, livre sacré d’origine divine, tenait une place essentielle dans les rites funéraires. Rédigé en hiéroglyphes ou en écriture hiératique, il était déposé dans le sacrcophage ou, le plus souvent, placé sur la poitrine ou, au Nouvel Empire, entre les jambes de la momie. Durant l’inhumation, les prêtres récitaient des extraits des différents rituels funéraires. À la fin de chaque chapitre du Livre des Morts se trouvaient même des indications sur la manière de lire et d’interpréter les textes afin que les dieux acceuillent favorablement les morts.

Comme pour les Textes des Pyramides et les Textes des Sarcophages, autres grands corpus funéraires, il ne s’agit pas d’un traité construit selon une idée directrice. Le Livre des Morts n’est pas comme la Bible ou le Coran. Ce n’est pas un ouvrage théologique et ne contient pas un prétexte fixe ou intengible, bien au contraire : on y trouve pêle-mêle des formules éparses, des citations de textes funéraires antérieurs, des sentences, des recettes magiques, des hymnes, des préceptes moraux, un guide pour les beaux “Chemins de l’Amenti” (Occident), une méthode pour accomplir ses métamorphoses dans le royaume incertain de la mort (Au-Delà). En simplifiant, il s’agit d’un mode d’emploi (guide) pour la purification du mort, un passeport (conseils) pour l’autre vie dont la fonction est de protéger et d’aider le défunt à gagner sans embûches le royaume des Morts (Au-Delà, la Douat) [**] et de garantir sa renaissance.

Le texte n’est pas figé et les compilations varient selon l’époque, le lieu et la personne à laquelle l’ouvrage est destiné.

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Enseignement pour tous

Dans tous les sanctuaires sacrés de la vallée du Nil, à côté de la célébration de cérémonies et des rites quotidiens d’hommage et de dévotion, les prêtres avaient pour mission d’enseigner tant au pharaon qu’aux initiés, la doctrine de l’âme et à sa finalité. Ce n’est que vers la XIe ou XIIe dynastie que le peuple eut accès à cet enseignement.

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Le Livre des morts égyptienAu Nouvel Empire, les Formules pour monter dans le jour, que nous traduisons par Livre des Morts, faisaient intervenir deux garants de la vie éternelle, Rê et Osiris, et se composaient de formules magiques, d’incantations, d’allusions mythologiques, de complexes descriptions de l’autre monde destinées à faciliter la progression du défunt et à lui donner les moyens de survivre dans l’Au-delà.
Écrites sur un papyrus placé auprès de la momie, voire sur les bandelettes, ces formules étaient accompagnées de magnifiques vignettes peintes renforçant, par la magie de l’image, la puissance de l’écrit.

La scène de droite montre le défunt placé face à Osiris, paré des insignes royaux.
Extrait du papyrus d’Antef en chonsou (XXe ou XXIe dynastie)


À toutes les époques de l’Égypte antique, les textes funéraires jouèrent un rôle primordial. Les plus anciens figurent sur les pyramides et les sarcophages ; le Livre de ce qu’il y a dans le monde inférieur, comme le Livre des Cavernes ou le Livre des Portes, mais aussi le Livre des Morts du Nouvel Empire, remplissaient la même fonction : rendre le monde de l’au-delà et ses règles compréhensibles afin de préparer les morts à s’y adapter du mieux possible dès leur arrivée.

Une importante documentation héritée du Nouvel Empire nous permet d’avoir une idée relativement claire de l’itinéraire suivi par le défunt après son décès, jusqu’à son tombeau. Les funérailles en terre égyptienne étaient l’occasion d’un grand rassemblement de peuple et de matériel. Les manifestations du deuil, qui durait soixante-dix jours, nécessaires à la momification du défunt, étaient spectaculaires. Les femmes, poussant un long cri de douleur, se mettaient de la boue sur la tête et frappaient dans leurs mains. Les hommes cessaient de se raser. Le cortège, interminable, transportait le mobilier du mort ainsi que l’ensemble des produits nécessaires à sa survie au cours de son long et périlleux voyage vers la vie éternelle.

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Le monde merveilleux des dieux, avec ses animaux, ses constellations et ses êtres fabuleux apparaît dans les illustrations des livres des morts. La scène de droite montre la défunte Djed-maat-iou-es-ankh lors d’un rite d’offrandes, environnée de dieux et de démons.


[**] La Douat


Les Égyptiens se représentaient très concrètement le monde des morts. Il était semblable au monde des vivants : l’Égypte. Le monde inférieur était parcouru par un fleuve et comprenait douze régions distinctes, séparées les unes des autres par de puissantes portes, gardées par de dangereux monstres. Grâce au Livre des Morts et au Livre de l’Amdouat, les défunts ou plus justement leur double, leur “ka” qui était déjà en eux au moment de leur naissance et qui les a quittés aussitôt après leur mort, possèdent un nom d’éternité et connaissent les mots ouvreurs de portes. Dès lors, ayant franchi tous les obstacles et le jugement des morts ils accédaient à leur seconde vie, l’éternité.

Tous les rois qui reposent dans la grande et noble nécropole sont saufs, protégés et assurés de vivre l’éternité.


Traductions


Les savants de l’expédition d’Égypte avaient collecté des textes que Jean-François Champollion avait appelés “rituels funéraires”.

La première traduction date de 1842, par l’égyptologue allemand Karl Richard Lepsius, d’après un papyrus conservé au musée égyptologique de Turin, qu’il appela “Todtenbuch” (Livre des Morts), nom qui est ensuite resté.

En 1881, l’égyptologue hollandais Willem Pleyte a complété les chapitres déjà publiés par Lepsius, sous le titre “Chapitres supplémentaires du Livre des Morts”, 162 à 174 ; publiés d’après les monuments de Leyde, du Louvre et du British Museum.

En 1886, l’égyptologue suisse Henri Edouard Naville publia ce qu’il appela la “Bible des anciens Égyptiens”.

En 1898, l’égyptologue anglais Sir E.A. Wallis Budge, conservateur au British Museum, suite à sa découverte en 1887 à Thèbes (Ouaset) du papyrus d’Ani, fit à son tour paraître une édition de l’ensemble des chapitres du Livre des morts sous le titre de “Chapitres de la sortie du jour”.

Il existe, bien entendu, de nombreuses traductions en français du Livre des Morts, mais la plus fiable, parce que la plus honnête et la plus proche de l’esprit égyptien, est celle de Paul Barguet (Le Livre des morts des anciens Égyptiens). Ce savant égyptologue, Directeur de l’Institut d’Égyptologie de l’Université Lyon II et Professeur d’épigraphie égyptienne à l’École du Louvre, a d’ailleurs adopté pour sa traduction une version très complète de 192 chapitres, datant de l’époque ptolémaïque, et dont la première édition avait été réalisée par l’Allemand Karl Richard Lepsius.

Depuis, de très nombreuses éditions utilisent ces textes qui sont désormais du domaine public ; de ce fait, on les trouve sur quantité de sites personnels de passionnés d’égyptologie.

Pour mieux se repérer à l’intérieur de ce recueil complexe, on peut le diviser en quatre grandes sections :
  1. chapitres I à XVI : La sortie à la Lumière,
  2. chapitres XVII à LXIII : La régénération,
  3. chapitres LXIV à CXXIX : La transfiguration,
  4. chapitres CXXX à CLXV : La glorification du mort.

autrePage.gif Voir aussi Le Livre des Morts | Le livre de l’Amdouat - fiches détaillées

Article(s) complémentaire(s)
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Date de création : 10/11/2005 - 10:35
A été modifié le : 15/01/2010 - 13:52
Catégorie / Un peu de mythologie

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