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Carrefour entre l’Asie et l’Afrique, la Méditerranée et la mer Rouge, l’Égypte s’étend sur 1 200 kilomètres autour des rives de son fleuve, le Nil. Le pays est aride et montagneux au sud (Haute-Égypte), marécageux et alluvial au nord (Basse-Égypte).
C’est grâce à l’historien égyptien Manéthon (IIIe siècle avant Jésus-Christ) qu’une première chronologie de cette civilisation a été ébauchée. Écrits en grec sur des papyrus qui nous sont partiellement parvenus, ces documents célèbres découpent les 3 000 ans d’histoire égyptienne en trente dynasties pharaoniques, complétés par de nombreux témoignages grecs. La civilisation égyptienne tombe dans l’oubli dès la fin de l’Empire romain et n’est redécouverte qu’à la fin du XVIIIe siècle avec la fameuse campagne d’Egypte (1798-1801) menée par Napoléon Bonaparte. Mais le grand essor de l’égyptologie tient surtout au travail de décryptage de Jean-François Champollion. En 1822, il réussit à lire les mystérieux hiéroglyphes grâce à la pierre de Rosette sur laquelle avait été gravé un décret en deux langues (grec et égyptien). Le grec ancien étant depuis longtemps connu, il n’eut qu’à comparer les deux textes pour interpréter le texte égyptien.
En reconnaissance de ce travail qui ouvrait la voie à la connaissance de cette civilisation, le gouvernement égyptien offrit à la France, en 1836, un des gigantesques obélisques du site de Louxor, aujourd’hui érigé au centre de la place de la Concorde.
L’Égypte ne brille pas seulement par la grandeur de ses monuments qui ont traversé les siècles et par l’éclat de sa civilisation. C’est aussi le plus vieil État du monde. Deux siècles ont suffi pour mener à bien la réunion de deux cultures.
Si le Sud a triomphé, le Nord imprime fortement sa marque sur les structures de la société. En quelques centaines d’années, le pays a franchi les étapes, faisant d’une multitude de principautés agricoles un État constitué. L’Égypte se distingue ainsi nettement des pays voisins, où règne, et pour longtemps encore, le système des cités-États.
Même si, à certaines époques, l’union est bien fragile, un équilibre, artificiel mais néanmoins solide, est maintenu par le biais des structures politiques et religieuses. La monarchie absolue s’appuie sur une administration parfaitement organisée et sur un clergé puissant. Seul un État très centralisé est en mesure de gérer des contrées et des hommes à l’individualité si marquée et aux croyances hétérogènes.

Comme le précise, à juste titre, Brigitte Manoukian dans son introduction, Quelques préalables avant de construire la leçon sur l’Égypte
, il convient, tout d’abord, de bien comprendre que le religieux est indissociable de tous les aspects de la civilisation égyptienne. Ainsi, le pouvoir royal est un attribut du créateur du monde, le dieu soleil Rê, pouvoir transmis par héritage. D’essence divine, ce pouvoir est donc absolu et fait de pharaon l’acteur unique de l’histoire conçue comme un combat perpétuel pour la sauvegarde de l’ordre idéal du monde et de la société.
Bâtir est pour le souverain un moyen de combattre les forces du chaos. Ces croyances se fondent sur des mythes (voir entre autres les Textes des pyramides de l’Ancien Empire où sont formulés les aspects religieux du pouvoir pharaonique).
Le Mythe de la Création tente d’expliquer l’origine du monde. Au début, il n’existe qu’une sorte de chaos liquide (Noun), un océan créé par un dieu (Atoum, Rê ou Ptah) qui fit le monde bon mais non dépourvu de forces mauvaises qu’il faut combattre ; Maât, déesse coiffée d’une plume d’autruche, incarne l’ordre social et l’harmonie cosmique. Elle conduit l’univers sur le bon chemin, guide la barque du soleil, inspire le comportement du roi et de chacun.
Si globalement, les Égyptiens adhéraient à la croyance d'un principe créateur, chaque nome y voyait l'œuvre d'un dieu différent, un dieu à l'origine de la création, issu de leur région. Ainsi les Héliopolitains voient en Rê le fondateur du monde, les Hermopolitains l'attribuent à Thot, …
--> Voir les différentes versions de la Création du monde (plus bas dans la page).Le mythe d’Osiris signifie que tout recommence : il honore la vie, but ultime des croyances égyptiennes (et non la mort comme on pourrait penser quand il ne reste presque que des tombes de 3000 ans d’histoire). Les Égyptiens pensent alors que la vie renaît après la mort : la momification des rois, rite élargi à de plus en plus de personnes au Moyen Empire, est liée à la préservation des corps, pour faire de chacun un Osiris. Sur ce mythe se basent aussi l’idée de Pharaon-Dieu, descendant d’Horus et celle de la continuité du pouvoir.
Le culte d’Osiris s’impose dans toute l’Égypte : il intervient à chaque menace de rupture (liée aux crues du Nil, à la germination du blé… aux guerres). Et tout est re-création : chaque jour que le soleil se lève, chaque année où se font les moissons, chaque saison de crue et décrue… L’invisible imprègne tous les moments et tous les lieux, au travers de multiples divinités (autant de signes ou symboles qu’elles représentent) : celles-ci auront des formes humaines ou animales, plus accessibles, de façon à pouvoir agir sur les choses au travers des signes représentés. Des temples (microcosmes dont les différents éléments résument le monde) seront bâtis pour elles et des tombes pour les pharaons, dieux parmi les dieux, mais aussi rois parmi les hommes et intermédiaires entre les dieux et les hommes.

Depuis toujours, l’Homme vit au rythme des rites qui ponctuent les moments de la journée : rituel du matin au lever du soleil, rituel du repas, rituel qui accompagne le travail, rituel des cérémonies etc. Ce type de rituel est une célébration qui renvoie l’homme à l’Origine, telle qu’elle a été posée dans les mythes les plus anciens. Le rite effectue alors la répétition d’un acte sacré qui aurait été fait par les dieux à l’Origine. La répétition rituelle, vient alors renforcer le retour circulaire du temps. La tradition est fondée sur cette répétition des archétypes sacrés. Elle ignore le Temps dans ce qu’il comporte de changements…
L’idée d’une nature “cyclique” de l’Univers, du Temps, et de la Vie n’est donc pas nouvelle. On la retrouve dans des mythes anciens, issus de l’Égypte ancienne.
Dans l’Égypte ancienne, le Soleil représentait l’élément central autour duquel tout s’organisait. Les Égyptiens se sont ainsi attachés à décrire la navigation diurne mais aussi nocturne du disque solaire. Chaque nuit, ce dernier devait en effet affronter des épreuves et vaincre des forces hostiles, avant de réapparaître sur sa barque le lendemain. Le mythe de l’éternel retour était né.
Dans l’Égypte antique, la crue, et la décrue qui s’en suit dans un spectacle naturel impressionnant, a conduit à la croyance que le monde lui-même était né de l’émergence d’une colline des eaux primordiales du dieu Noun. La fertilité des sols était, en outre, associée au mythe du dieu Osiris, qui régna aux temps préhistoriques jusqu’à ce que son frère Seth, avide de pouvoir, ne le tue et jette son corps dans le Nil (iterou). L’eau charria son corps à travers tout le pays, et fit éclore une vie nouvelle. Cette évocation récurrente du pouvoir de la nature a ancré dans la foi égyptienne la croyance en la nature cyclique de toute chose.
Pour la religion de l'Égypte Antique, la vie terrestre n'est pas une fin en soi, mais seulement un passage avant la vie éternelle. Tout dans l’Univers subit la loi de l’éternel retour. Tout est dans tout. Même au-delà de la mort on retrouve cette idée de cycle. La loi de Thot débute d’ailleurs par ces mots : Tout est cycle
, alors que les Textes des Sarcophages révèlent Je recommence à vivre après ma mort. Je ressuscite après la mort
(V, 438).
Avant la mort ? - Tout Égyptien se préparait à la mort dès son plus jeune âge car, pour lui, la mort n'est pas une fin mais le début d'une nouvelle vie. Mourir sans sépulture ou à l'étranger (*) est la pire des choses qui puisse arriver à un Égyptien. Il fallait donc penser à faire construire et décorer sa tombe dès que possible, acheter son cercueil, préparer les divers objets que l'on voulait emporter dans sa sépulture pour ne manquer de rien, faire des donations ou prévoir l'argent nécessaire pour que les prêtres continuent à rendre les offrandes et le culte… Tous ces préparatifs coûtaient fort chers mais il n'y a pas de prix pour rejoindre le royaume d'Osiris, le dieu des morts, dans son royaume, « l'Occident », personnifié par la déesse Amenti, et accéder ainsi à la vie éternelle.
(*) Pharaon conseille à Sinouhé :Rentre en Égypte, il ne faut pas que tu meures en pays étranger, il ne faut pas que les Asiatiques t'enterrent ! Pense à ton cadavre et reviens !

Le Nil s’étend sur 6 671 km de l’Afrique des Grands Lacs (lacs Victoria, Albert et Edouard), au-dessous de l’équateur et sur les hauteurs du pays d’Ouganda, jusqu’à la mer Méditerranée, drainant un bassin de 2 849 000 km2. Après avoir traversé la moitié de l’Afrique et reçu, à Khartoum (au Soudan), son principal affluent, le Nil bleu, ce fleuve majestueux, arrive en Égypte pour donner vie au désert et s’écoule du sud vers le nord. Symbole de la civilisation égyptienne, le Nil a souvent été comparé à un lotus, le delta représentant la lourde fleur, la vallée du fleuve la tige fine et très longue, et le Fayoum figurant un bourgeon. Le Nil coule dans une vallée riche et fertile qui dessine une ligne de verdure dans un paysage par ailleurs désertique. Depuis l’Antiquité, ce cours d’eau gigantesque, qui ne reçoit pas d’affluents en Égypte et constitue la seule voie de communication naturelle entre l’Afrique noire et la Méditerranée, apporte vie et prospérité aux Égyptiens. Au moment des crues annuelles, les eaux du fleuve transportent des limons fertiles qui fécondent la terre d’Égypte.

Le Nil était pour les Égyptiens l’unique voie de communication pour le commerce entre l’Afrique et la Méditerranée avant que les Romains ne développent le transport maritime. Le cours du fleuve était entravé par six cataractes constituées de barres rocheuses dans lesquelles il se frayait (encore aujourd’hui) un passage. Dangereuses pour la navigation et difficiles à franchir, elles formaient des frontières naturelles qui auront une incidence sur l’histoire de l’Égypte, notamment lors de la conquête de la Nubie (l’actuel Soudan), qui s’étendait de la 1re à la 4e cataracte.
Ses six cataractes ont été modifiées par la construction du barrage d’Assouan, en amont de la première cataracte. En aval d’Assouan, le fleuve s’élargit en une vallée de 20 à 30 Km. À partir du Caire, il entre dans une grande plaine fertile (le Delta, large de 200 km) et se jette dans la mer par les branches de Rosette et de Damiette.
Dans l’évolution de la civilisation égyptienne, le Nil a toujours joué le rôle d’initiateur.
![]() Le dieu du NilLe dieu Hâpy incarne le Nil divinisé. Hâpy est représenté sous les traits d’un personnage aux formes androgynes : si son corps est masculin, il n’en a pas moins deux grosses mamelles féminines qui assurent la prospérité aux Égyptiens. Son ventre est proéminent et gras, et il porte sur la tête un panache de plantes du Nil. Il est souvent représenté sous la forme duale de jumeaux, l’un portant sur la tête des tiges de papyrus (symbole de la Basse-Égypte) et l’autre portant un nénuphar (symbole de la Haute-Égypte). | ||
Ce désert qui descend du massif du Tibesti est la région la plus aride du Sahara et en a fait naturellement la “rive des morts”. Cette zone de dunes et de plateaux est cependant ponctuée de dépressions dûes à des effondrements et situées sous le niveau de la mer qui sont occupées par de florissantes oasis.

C’est une chaîne montagneuse culminant à plus de 2 000 m d’altitude qui s’étend sur plus de 800 km du Caire à la frontière du Soudan, au sud. C’est une véritable barrière qui fait écran à l’humidité venant de la mer Rouge. Au pied du versant oriental, s’étend une étroite bande côtière permettant le développement de stations balnéaires.
La péninsule du Sinaï est constituée d’un massif montagneux s’élévant autour du mont Sainte-Catherine et du mont Moïse (point culminant de l’Égypte, à 2 461 m). Aujourd’hui, sur la rive orientale de la mer Rouge, se trouvent les installations industrielles du canal de Suez tandis que les infrastructures touristiques se situent sur la rive ouest du golfe d’Aqaba.

Mes remarques sur l’Égypte seront longues, car aucun autre pays ne possède autant de merveilles, ni autant d’ouvrages dont la description est un défi. | ||
| Hérodote, Histoires |
L’Égypte est un don du Nil
, écrivait Hérodote. En effet, ce fut dans la vallée creusée par le fleuve nourricier que se développa la civilisation égyptienne, sur un territoire essentiellement hostile à l’homme. Cependant, le Nil, pour qu’il fût source de prospérité, devait être maîtrisé en amont et en aval. Les hommes durent apprendre la science des constructions hydrométriques pour construire des canaux et des digues. L’Égypte ne pouvait être forte que si son territoire était unifié et placé sous l’autorité d’un souverain puissant. Que le pouvoir s’affaiblît, et l’éclatement survenait, accompagné d’une cohorte de fléaux, invasions, misère et régression sociale. L’histoire de l’Égypte antique est ainsi marquée par une alternance de périodes prospères et de périodes dites “intermédiaires”. Au-delà des vicissitudes, toutefois, prévaut la continuité.

Des galets aménagés attestent d’une présence humaine remontant à cinq cent mille ans. Au IVe millénaire, apparaît la première civilisation identifiable, la civilisation nilotique, sur les sites de Badari et el-Amrah. Les populations chassées du Sahara par l’assèchement du climat s’étaient établies dans la vallée où une vie sociale s’organisa dans les villages. Les cultures badarienne et amratienne correspondent à l’apparition de l’agriculture (culture de l’orge et du blé ), de l’écriture, du premier artisanat (couteaux de silex, vases), mais aussi de nouveaux rites funéraires : les morts, désormais, sont enterrés. Plus tard, un peuple chamito-sémitique, les Guerzéens, vint se mêler aux populations du Nil dans la région du Fayoum. La civilisation guerzéenne étendit son influence depuis la Nubie jusqu’au Delta. Elle se caractérise notamment par un art et une technique remarquables (peinture au trait blanc sur fond lisse rosé, outils et armes). Les cités qui se constituèrent dans la vallée se regroupèrent progressivement, durant la seconde moitié du IVe millénaire, en deux royaumes, celui de Bouto (Imet), en Basse-Égypte (Ta-Mehu), et celui de Héracléopolis (Henen-Nesout), en Haute-Égypte (Ta-Shema), formant une dynastie que les archéologues ont proposé de dénommer « zéro » (0).
C’est la souveraineté particulière des pharaons qui apparaît comme le thème le plus impressionnant de l’Égypte ancienne : par leur génie personnel, ils élaborèrent la première grande civilisation du monde. Les pharaons, tirant leur peuple de l’âge de pierre, le conduisirent à des hauteurs culturelles rarement, sinon jamais égalées.
La première période sur laquelle nous soyons bien informés a été nommée l’Ancien Empire et elle va de 2700 à 2200 av. J-C. À cette époque, les rois étaient devenus extrêmement puissants ; l’écriture, la peinture, l’architecture et l’artisanat s’étaient hautement développés. La puissance et l’influence de l’Égypte rayonnèrent pendant près de deux millénaires, malgré deux périodes de guerres civiles et d’invasions étrangères.
L’histoire, proprement dite, de l’Égypte pharaonique débute avec le roi Narmer (identifié à Ménès), originaire de Hiéraconpolis, qui unifie sous son sceptre la Haute et la Basse-Égypte et installe sa capitale à This ou Thinis (Tin ou Téni), à proximité d’Abydos (Abedju). Intercesseur entre les dieux et les hommes, il ceignit la couronne blanche de la Haute-Égypte (hedjet) et la couronne rouge de la Basse-Égypte (deshret), geste que renouvelèrent les pharaons égyptiens jusqu’à la conquête d’Alexandre le Grand. Avec ses descendants, il constitue ce qu’on appelle la première dynastie d’Égypte.
Pendant quatre siècles, les deux premières dynasties s’efforcent de mettre en place un système d’irrigation des sols pour tirer le meilleur parti de l’immense réservoir d’eau que constitue le Nil. Afin de construire et d’entretenir ces réseaux hydrauliques, les dirigeants perfectionnent et renforcent le système administratif. Ils divisent ainsi le pays en 38 provinces (nomes) et placent à leur tête des fonctionnaires royaux (nomarques). Le pharaon impose sa souveraineté en se proclamant de filiation divine avec le dieu Horus.
L’écriture hiéroglyphique se vulgarise dans tout le royaume et prend sa forme quasi-définitive. Enfin, les premiers rites funéraires caractéristiques de cette civilisation apparaissent : des mastabas (chapelles funéraires) sont érigés systématiquement pour la classe dirigeante.
La capitale fut transférée à Memphis (Men-nefer), ville nouvelle située à la jonction entre la Haute et la Basse-Égypte. L’Ancien Empire fut marqué par l’apparition d’une architecture colossale. Le roi Djoser, fondateur la IIIe dynastie, avait pour ministre (vizir) Imhotep, qui édifia, pour la première fois à Saqqarah (Dehenet Ankh-Taouy), un tombeau royal élevé vers le ciel par sept rangées de pierres formant autant de paliers. Ce tombeau monumental avait pour fonction de préserver l’immortalité du roi, qui, après sa vie terrestre, continuait de protéger son peuple. Imhotep fut sans doute également l’auteur du premier recueil sapiential égyptien.

Après Snéfrou, la IVe dynastie (2620-2500) est marquée par les règnes des pharaons constructeurs des trois grandes pyramides de Gizeh : Kheops, Khephren et Mykérinos (Mykerinus). Ces complexes funéraires sont le symbole d’un État fort et d’une civilisation avancée. Le pouvoir du roi, incarnation d’Horus et d’Osiris sur la terre, dont il est le maître absolu, s’affirma. Le pharaon exerçait son contrôle sur le pays grâce à une administration dont l’importance ne cessait de croître. Le souverain fut secondé par un vizir pour la gestion des affaires du pays. Celui-ci prospéra, durant l’Ancien Empire, grâce à l’exploitation des mines du Sinaï et aux échanges commerciaux avec la Phénicie, d’où venait le bois du Liban employé dans les sarcophages. L’Égypte entretenait également des relations avec Chypre et la Crète et avait établi sa domination sur la Nubie, qui fournissait l’ivoire et l’ébène.

Les navigateurs égyptiens explorèrent, dès cette époque, le continent africain jusqu’à l’actuelle Somalie ; les sciences (astronomie et médecine) se développèrent : nous devons aux astronomes de Memphis le calendrier solaire basé sur une année de 365 jours.
Avec la Ve dynastie (2500-2350) originaire d’Héliopolis (Per-Rê ou Iounou), c’est l’avènement du culte solaire qui ne rejette pas pour autant les autres dieux ; le pharaon est désormais « fils de Rê ».
Pépi Ier (VIe dynastie) qui règne pendant plus de cinquante ans est aussi un grand bâtisseur (Bubastis, Abydos, Dendérah). Pépi II, qui a six ans lorsqu’il monte sur le trône, y serait resté quatre-vingt-quatorze ans.
Dès le début de la VIe dynastie, les pharaons partent en expéditions vers la Nubie pour s’approprier les mines d’or, de lapis-lazuli et les réserves de bois (ébène) que recèle naturellement ce pays. Vers 2300, le pouvoir royal s’affaiblit progressivement au profit d’une féodalité de nomarques qui obtiennent l’hérédité de leurs charges. C’est une période obscure, ponctuée par des révoltes populaires, des mauvaises récoltes et un recul de l’économie, qui aboutit à la scission du pays en deux royaumes.
Les inscriptions gravées sur les murs des tombeaux royaux de la VIe dynastie attestent de l’affaiblissement du pouvoir pharaonique. Certaines font même état d’une conspiration contre le pharaon Pépi Ier, qui régna vers 2335-2285 avant Jésus-Christ, dans laquelle était impliquée la propre femme du souverain.
La VIIe dynastie marqua le début d’une première période intermédiaire, qui allait durer de 2200 à 2046 av. J.-C. Le territoire, soumis aux raids étrangers, se morcela et la famine apparut tandis que se multipliaient des mouvements de révolte, coïncidant avec la diffusion du culte d’Osiris qui semble témoigner d’une aspiration populaire à l’immortalité.
Sous les IXe et Xe dynasties parallèles, dites “héracléopolitaines” (monarques d’Héracléopolis), la monarchie ne contrôlait plus que les deux tiers du pays. Un pouvoir rival (monarques thébains) était établi en Haute-Égypte, où allait naître le Moyen Empire.
Sous la XIIe dynastie (1976-1947), dominée par le règne des souverains Amenemhat et Sésostris, la capitale se déplaça symboliquement vers le nord, à Licht (Itj-Taouy), non loin du Fayoum dont les terres furent mises en valeur. La volonté de renforcer l’unité nationale s’exprima, durant cette période, par le compromis religieux passé avec les clergés thébain et héliopolitain, par lequel Amon fut associé à Rê. Intercesseur entre Amon-Rê et les hommes, le pharaon renforça son pouvoir en abaissant celui de la féodalité provinciale et en assurant, de son vivant, la succession au trône. Dans le même temps, l’immortalité n’était plus l’apanage du souverain. Tous pouvaient désormais y accéder, dans les limites imposées par un rituel très strict.
Durant les règnes des Amménémès et des Sésostris, se constitua également une classe intermédiaire entre le peuple et les hauts dignitaires, formée par les scribes dont l’influence allait croissant et par les artisans. L’expansion commerciale s’ouvre vers la mer Rouge, la mer Egée, la Phénicie, la Nubie et sur le Delta. La période fut celle d’une renaissance intellectuelle et culturelle, qu’exprime le développement de genres littéraires variés romans merveilleux, analyses psychologiques (telle le Conte de Sinouhé), poèmes lyriques et traités scientifiques écrits sur papyrus ; l’architecture, l’art et les bijoux révèlent une extraordinaire délicatesse de conception.
Pour lutter contre les épidémies et étendre les terres cultivables, le Fayoum, lac d’eau salée au nord-ouest du pays, est asséché. La Nubie est enfin colonisée et les tentatives de conquête du Proche-Orient se multiplient.
Sésostris II (XIIe dynastie) fait construire le temple de Karnak (rive droite de Thèbes), entérinant définitivement la fusion entre Amon et Rê.
Les successeurs d’Amménémès, de Sésostris Ier, de Sésostris II et d’Amménémès III, poursuivirent l’ambitieuse politique étrangère de leur prédécesseur. Des forteresses furent bâties à travers toute la Nubie et le Soudan. Des gouverneurs furent envoyés en Palestine et en Syrie. Sésostris III organisa une armée permanente qu’il utilisa dans les campagnes contre les Nubiens, au sud, et contre les Libyens, à l’ouest. Il divisa l’administration en trois unités géographiques puissantes, contrôlées chacune par un haut fonctionnaire dépendant du vizir.
L’Égypte devient vulnérable, ce qui permet à des étrangers de prendre le pouvoir. Les XVe et XVIe dynasties voient, avec l’arrivée des Hyksôs, la première intrusion en Égypte de ces étrangers qui mettent à sac la capitale, Memphis. S’appuyant sur des groupes de collaborateurs et poussés par des vagues de migration successives, venus d’Asie les Hyks^ss (sémites amorrites et cananéens) étendent leur domination sur le Delta, puis sur tout le pays. Ces étrangers s’adaptèrent aux coutumes égyptiennes, ils adoraient Seth qui avait une certaine ressemblance avec Baal, mais aussi Rê. Ils vouaient une grande admiration pour la civilisation Égyptienne et l’imitaient dans bien des domaines. Les rois Hyksôs utilisèrent le cartouche et le protocole des rois d’Égypte. Ils introduisent les armes de fer, le cheval et le char de combat jusqu’alors inconnus. Avaris, dans le Delta centre de la puissance des Hyksôs, devint la capitale d’une XVe dynastie étrangère.
L’ordre de leur succession est encore vague, les Égyptiens s’étant évertués à détruire leurs monuments.

Mais les nomarques thébains ne renoncèrent pas à leurs droits et tentèrent de les bouter hors d’Égypte, après s’être déclarés seuls pharaons légitimes. Vers la fin de la XVIIe dynastie, Séqénenrê Taô tomba sur le champ de bataille, le crâne fracassé. Sa momie nous montre les blessures multiples qui terrassèrent le roi. Son fils Kamosis continua la lutte et atteignit Avaris. Mais c’est son successeur et frère, Ahmosis Ier, qui prit la ville et chassa les derniers étrangers en Asie, où il les poursuivra jusqu’en Canaan où il fit le siège de Sharouhen pendant trois ans avant de la faire tomber. Avec l’aide de sa mère, la reine Ahhotep - qui pourrait avoir été cogérente au début de son règne - il affermit le pouvoir central et réouvre le commerce avec la Syrie. Puis il se tourna vers la Nubie où il fit trois campagnes qui étendirent le territoire Égyptien plus au sud. À sa mort, il laisse un empire prospère et réunifié, ouvrant ainsi une des plus belles pages de l’histoire de l’Égypte ancienne.
Le Nouvel Empire, qui dura cinq siècles, de 1550 à 1070 av. J.-C., avait pour capitale Thèbes (Ouaset). Ses souverains, les Aménophis, les Touthmôsis, Séti, Mineptah et les Ramsès, portèrent à leur apogée la grandeur et la puissance de l’Égypte.
À l’initiative d’Aménophis Ier, Karnak (Ipet Sout), sur la rive orientale du Nil, devint un grandiose site architectural. Le premier, il sépara son tombeau proprement dit du temple funéraire et instaura la coutume de tenir secret le lieu de son dernier repos. Touthmôsis Ier, son successeur, fit creuser son hypogée dans la Vallée des Rois. À partir du règne de Touthmôsis II, les reines acquirent un rôle important. Ainsi, Hatchepsout, épouse de Touthmôsis II, après avoir assuré la régence de son neveu (puis époux) Touthmôsis III, obtint de fait les pouvoirs du pharaon.
Les souverains du Nouvel Empire avaient tiré les leçons de la période précédente. Ils dotèrent le pays d’une puissante armée. Pour parer à la menace que constituaient les États du Proche-Orient (le Hatti en Anatolie, le Mitanni entre le Tigre et l’Euphrate, et Babylone), ils menèrent une politique impérialiste. Touthmôsis III, dont les campagnes asiatiques sont relatées sur les pierres du grand temple d’Amon-Rê à Karnak, conquit la Syrie, après avoir triomphé d’une coalition syro-palestinienne menée par le Mitanni. Aménophis II conclut plus tard une alliance avec cet État, inaugurant une ère de diplomatie active. Au Sud, les Égyptiens avaient pénétré le pays de Pount (Éthiopie) et repoussé la frontière jusqu’à la quatrième cataracte. Les territoires placés sous protectorat payaient leur tribut en contingents militaires, en esclaves pour les grands travaux et en céréales; en contrepartie, ils conservaient leurs institutions et leurs religions étaient respectées. Seule la Nubie fut profondément égyptianisée.

Deux menaces pesaient toutefois sur l’Égypte touthmoside : à l’extérieur, les Hittites refoulèrent les Égyptiens de Syrie en 1375; dans le pays, le clergé thébain prétendait à un rôle toujours plus important au sein du système politico-religieux. Le grand prêtre d’Amon devint même le second personnage de l’État. Aménophis IV voulut réformer la religion égyptienne, efforts auxquels son épouse, Néfertiti, prit une grande part. Il tenta d’abolir le culte d’Amon pour imposer la croyance en un dieu central, sinon unique : Aton, représentant le Soleil dans sa totalité. Il prit pour nom Akhenaton (celui qui plaît à Aton et quitta Thèbes pour une nouvelle capitale, Akhetaton (aujourd’hui Tell el-Amarna). Le culte d’Aton fut cependant abandonné vers la fin de son règne et son gendre, Toutankhamon, ramena la capitale à Thèbes. Pour contrebalancer l’influence de cette ville, les Ramsessides (onze pharaons de la XIXe et XXe dynastie) devaient fonder une seconde capitale dans le Delta, à proximité de Tanis (Djânet ou Per Ouaset).
Le fondateur de la XIXe dynastie, Ramsès Ier, ne régna que deux ans vers 1300 av. J.-C. L’Égypte connut ensuite une longue période de prospérité et de développement, sous la conduite de Ramsès II, qui exerça le pouvoir durant près de soixante-dix années. On lui doit une bonne partie des constructions de Louksor et de Karnak, ainsi que les temples creusés dans la falaise d’Abou Simbel. Ramsès II livra d’importantes batailles contre les Hittites, avant de signer avec eux un traité de partage de la Syrie vers 1284. L’alliance fut scellée par un mariage avec la fille du roi hittite, Hattousil II.
Le danger hittite écarté, l’intégrité du territoire dut être défendue contre de nouveaux envahisseurs : les Peuples de la mer, venus des côtes de l’Asie Mineure et de Grèce, dont ils avaient été chassés par de nouvelles invasions indo-européennes et par l’arrivée des Doriens en mer Égée. Mineptah, fils de Ramsès II, les repoussa. Après la mort de Ramsès III, le deuxième souverain de la XXe dynastie, l’Égypte connaît une décadence rapide marquée par des troubles intérieurs, de grandes famines et des pillages systématiques des sépultures royales.
L’Égypte, scindée en deux entités, fut soumise aux invasions étrangères. Au nord, Smendès avait fondé la XXIe dynastie (1070-946), établie à Tanis ; au sud, régnaient les rois-pontifes issus du clergé. Seul fait notable en politique extérieure, la conquête, en 946, de la Palestine par Chechonq Ier (946-925).
Le Delta fut même divisé sous la XXIIe dynastie, dont les souverains étaient des chefs militaires libyens, anciens mercenaires au service du pharaon. Ils gouvernaient à Bubastis (Baset ou Per-Bastet), tandis qu’à Tanis, la XXXIIIe dynastie tentait de maintenir un pouvoir égyptien. Les Koushites régnèrent en Basse-Égypte à partir du VIIIe siècle av. J.-C. Ils furent chassés un siècle plus tard par les Assyriens, qui placèrent le Delta sous protectorat. La Haute-Égypte était alors dominée par les Soudanais de Napata.
La conquête de l’Égypte par un roi nubien, Piankhi, dont les successeurs installent une dynastie « éthiopienne » dite koushite (XXVe dynastie, 746-664), montre le degré d’anarchie dans lequel vit le pays.
Après le retrait des Éthiopiens au sud, la XXVIe dynastie ou époque saïte (672-525) est marquée par le règne de Psammétique Ier (664-610) qui, se libérant du joug assyrien, ramène la stabilité dans le pays en restaurant l’unité nationale. Il dut toutefois ouvrir le pays, ruiné, aux commerçants grecs et la “renaissance saïte” fut marquée par la forte influence culturelle et politique du monde grec. Son successeur Néchao poursuit la même politique. Cependant, les règnes des souverains de la XXVIe dynastie freinèrent plus qu’ils n’interrompirent le processus de décadence.
La XXVIIe dynastie perse (525-401) commence par la conquête de l’Égypte par Cambyse. Les Égyptiens fomentent des rébellions et retrouvent leur indépendance à la mort de Darius II en 405. Amyrtée ayant libéré son pays des Perses, les XXIXe (399-380) et XXXe dynasties (380-342) sont marquées par des querelles de succession. Nectanebo, le dernier roi indigène, enrichit le pays de nombreux sanctuaires.
Menant une nouvelle invasion contre l’Égypte, les Perses gagnent la bataille de Péluse et prennent Memphis. C’est la chute du dernier pharaon égyptien. La deuxième domination perse (342-332), d’Artaxerxès III à Darius III, semble avoir été difficile pour les Égyptiens. Aussi le vainqueur de Darius, Alexandre de Macédoine dit “le Grand”, leur apparaît-il comme un libérateur.

Avec Alexandre le Grand, l’Égypte fut intégrée au monde hellénistique. Le Macédonien, qui quitta le pays dès le printemps de l’an 331, fonda Alexandrie et sut obtenir la faveur de la population en maintenant les lois et les traditions nationales. Il s’assura surtout l’appui du clergé en se rendant dans le temple d’Amon, où il fut reconnu comme « fils du dieu et pharaon ». Le pays fut gouverné par ses généraux, qui désignèrent Ptolémée comme satrape d’Égypte à la mort d’Alexandre, en 323. Ptolémée se proclama roi, en 305, et régna dès lors comme un pharaon.
Durant un siècle et demi, la dynastie lagide fit de l’Égypte l’une des grandes puissances du monde hellénistique. Dans sa plus grande extension, sous Ptolémée III Évergète Ier, l’empire ptolémaïque dominait une grande partie de la Syrie, la Cilicie, Cyrénaïque, Chypre et avait la maîtrise de la Méditerranée et de la “mer des Indes”. Cependant, la richesse de l’État était fondée sur l’exploitation de la paysannerie égyptienne, lourdement imposée sur les produits issus de terres entièrement en possession du souverain. L’administration était aux mains des colonisateurs hellènes (Macédoniens ou Grecs) et seuls les membres des minorités perse ou juive pouvaient espérer accéder aux charges importantes. Les émeutes populaires se multiplièrent à partir du règne de Ptolémée IV ; la contestation prit d’autant plus d’ampleur que les intrigues de palais fragilisaient le pouvoir. Les Séleucides, rivaux des Lagides pour le contrôle de la Syrie, tentèrent de tirer profit de l’affaiblissement de l’Égypte ptolémaïque. En 168, Antiochos IV attaqua Alexandrie, qui allait tomber lorsqu’elle fut sauvée par une intervention romaine.
Dès lors, le poids de Rome dans les affaires égyptiennes ne cessa de s’alourdir. L’habileté de la reine Cléopâtre, alliée d’abord à Jules César puis à Marc Antoine, ne permit pas d’éviter la chute. Après que ses forces eurent été défaites par les légions romaines d’Octave (futur Auguste) à la bataille d’Actium, en 31 av. J.-C., Cléopâtre se suicida. L’Égypte en tant qu’État indépendant n’existe plus : Rome en fait une simple province de son vaste empire…

L’histoire de la Nubie est restée longtemps fort mal connue. Il faudra attendre dans les années 1960 le sauvetage des monuments d’Abou-Simbel et de la Haute-Nubie, mis en péril par la construction du barrage d’Assouan, pour que les scientifiques découvrent vraiment la civilisation nubienne, une des plus anciennes d’Afrique. À cette occasion, certains archéologues ont découvert contre toute attente, dans la vallée du Nil « soudanaise », les traces de civilisations inconnues très anciennes, originales et raffinées qui jusque-là avaient été complètement occultées par l’Égypte et ses trésors. Les grandes cités antiques de Kerma, Napata et Méroé, situées en bordure du Nil, sont enfin sorties des sables et révèlent encore aujourd’hui la puissance de cette civilisation qui menacera à plusieurs reprises l’Égypte pharaonique jusqu’à en fournir les souverains pendant plus de 60 années.
Située à la frontière sud du pays d’Égypte, la Nubie était à la fois une précieuse colonie et un ennemi redoutable pour les pharaons. Les textes de l’Ancien Empire la désignent sous le nom de Ta Seti, « la Terre de l’Arc », à cause des archers Medjaÿ auxquels furent confrontées les troupes égyptiennes lors de quelques escarmouches de frontières. Mais la Nubie était également peuplée de pasteurs, d’agriculteurs, de marchands, d’artisans et de mineurs.

Les mines d’or de Nubie furent la cible principale des pharaons de l’Ancien et du Moyen Empire. Les nombreuses victoires égyptiennes sur la partie nubienne de la vallée du Nil assuraient un ravitaillement permanent en or et autres précieux minéraux. Au Moyen Empire, les pharaons accrurent leur mainmise sur la Basse-Nubie (entre la première et la deuxième cataracte) en construisant une série de fortifications le long du fleuve. À côté des grandes forteresses de Bouhen et de Semna se trouvaient des forteresses plus modestes, comme celle d’Areika (ci-dessus) qui abritait des troupes nubiennes placées sous commandement égyptien. Cet avant-poste était équipé d’un grenier à grain, de fours de cuisson, d’une brasserie, d’une boulangerie et d’un enclos pour le bétail et les oies. Les officiers et leurs familles occupaient chacun deux pièces donnant sur une cour. Les troupes surveillaient non seulement les bateaux, mais aussi les pillards venus des tribus nomades, qui échappaient au contrôle de l’armée égyptienne. Depuis ses nombreuses garnisons, celle-ci assistait avec inquiétude à l’ascension d’un puissant rival, le royaume de Haute-Nubie (ou de Koush), dont la capitale se trouvait à Kerma. Les Koushites possédaient une culture florissante et faisaient partie d’un important réseau commercial s’étendant entre Pount et la Crète minoenne. La haine des Égyptiens était si grande à leur encontre qu’ils tentèrent de les anéantir par la magie, en brisant des tablettes d’argile sur lesquelles étaient inscrits les mots Koush et Souverain de Koush.

La puissance armée (ou peut-être magique) des pharaons du Nouvel Empire parvint finalement à placer les Koushites sous leur domination. Ils furent envoyés vers le nord pour servir dans l’armée du pharaon et pour garder les établissements publics et les sanctuaires. Les tributs des princes koushites et les marchandises en provenance des régions plus au sud et plus à l’est continuaient d’affluer pour remplir les caisses royales. Parmi ces marchandises figuraient l’ébène, l’ivoire, l’améthyste, les animaux vivants, les peaux d’animaux, et l’or. La conquête de Koush permit de repousser la frontière jusqu’à la quatrième cataracte et de coloniser la population des bords du Nil. Les princes nubiens envoyés à la cour du pharaon adoptèrent la religion et le système d’écriture de leurs conquérants.
Mais les pharaons devaient encore avoir à compter avec les Koushites : lorsque pendant la Troisième Période Intermédiaire, leur mainmise déclina, le roi Piankhy envahit l’Égypte et se proclama pharaon, fondant la XXV dynastie (ou dynastie koushite), qui allait régner pendant près d’un siècle.

Le monde invisible des dieux est la réplique du monde terrestre. Par l’intermédiaire de Pharaon, leur héritier et leur représentant sur terre, les divinités garantissent l’harmonie universelle. C’est la vie, et non la mort, qui est l’ultime raison de la religion égyptienne. Ainsi Osiris, le « prédécesseur », ressuscité par les œuvres d’Isis et d’Anubis, est l’exemple même de l’éternel recommencement de toute chose.

Le sentiment religieux rythme la vie de tout Égyptien qui voit dans chacun de ses gestes ou des événements qu’il subit une manifestation de la volonté divine. Chaque ville célèbre un dieu dont elle porte le nom, chaque corps de métier vénère son représentant divin (Sekhmet, la déesse à tête de lionne, est le « saint protecteur » des médecins) jusqu’au prénom de chaque individu qui rappelle le nom d’un dieu et les circonstances de sa naissance (Akhenaton veut dire Aimé du dieu Aton).
Comme nous le constatons, une des valeurs sûres de l’Égypte pharaonique est sans aucun doute la religion. Le pharaon, médiateur entre le monde des Dieux et le monde des vivants, est le garant de la stabilité nécessaire au bonheur du peuple. À ce titre, il est considéré comme un Dieu vivant et prend naturellement le nom d’Horus et de fils de Rê, le Dieu solaire.
Horus est le dieu-faucon incarné par Pharaon. Il est le fils d’Isis et d’Osiris le dieu des morts. Osiris, représenté par une momie, symbolise le Pharaon mort. Représenté de couleur verte, il est aussi dieu de la réincarnation, mais aussi des crues et de la végétation, symboles de renaissance.
Le Nil fait partie intégrante de la vie quotidienne de tout Égyptien, il est déifié. Il est Knoum, le gardien des sources, ou Hapy, le fleuve en crue et, à ces titres, des offrandes journalières lui sont faites pour tenter de maîtriser ses colères et de s’attirer ses bonnes grâces.
La religion égyptienne est polythéiste, malgré une tentative (de très courte durée) du pharaon Amenophis IV-Akhenaton d’imposer un dieu unique, Aton, afin de contrer le pouvoir politique de plus en plus grand des Prêtres d’Amon.
Un des principaux document religieux de l’Égypte ancienne est Le Livre des Morts, tel le papyrus d’Ani.
L’ancienne Égypte nous a légué plusieurs explications quant à la création de l’univers. Chaque grand centre religieux a sa propre version du mythe de la création, avec sa propre divinité créatrice principale auto engendrée, qui engendre à son tour les autres dieux et déesses avant de créer les hommes. Les divinités qui apparaissent dans chaque récit sont très particulièrement attachées à la zone géographique d’où le mythe est réellement originaire. Il est tout à fait impossible de déterminer exactement quel mythe est le plus répandu à une époque donnée.

La parole n’était qu’un des nombreux moyens dont disposait le dieu pour créer le monde. Plus prosaïquement, par exemple, Atoum-Rê passait parfois pour l’avoir créé en se masturbant, ce qui apparaît dès les Textes des Pyramides. Cette version est reprise dans les Textes des Sarcophages, où elle est résumée par cette étrange formule :
il [Atoum-Rê] a fait la totalité lorsqu’il s’accoupla avec son poing en jouissance. |
Mais Atoum créait aussi les dieux au moyen d’autres sécrétions comme le crachat, la sueur ou les larmes (remou), qui avaient donné naissance aux hommes (remetch) !
Une autre technique de création raffinée considérait le processus comme enclenché par la volonté du créateur : il lui suffisait de « concevoir » pour donner vie. Ce qui nécessitait un pouvoir particulier, dont seuls les dieux et certains défunts disposaient : akhou, la « magie créatrice ».
Quatre principales cosmogonies retracent les origines du monde
L’Ennéade (Pésédjet, en égyptien) est le groupe des neuf divinités de la mythologie égyptienne rassemblant toutes les forces présentes dans l’univers : le démiurge Atoum, l’humidité Tefnout, l’air Shou, la terre Geb, le ciel Nout, Osiris, Isis, Seth et Nephthys.
Légende d’une divine famille - Au commencement était Atoum, le Soleil, qui s’était créé lui-même en sortant du grand océan primordial, le Noun. Puis, Atoum créa Shou, divinité du souffle, et Tefnout, divinité de l’humidité. Shou sépara le ciel et la terre, donnant naissance à la déesse Nout, le Ciel, et au dieu Geb, la Terre. À leur tour, Nout et Geb enfantèrent deux fils, Osiris et Seth, et deux filles, Isis et Nephthys.
Osiris fut le premier pharaon. Avec Isis, il régna dans la paix et la sagesse. Il enseigna aux hommes l’art de cultiver la terre, de fabriquer le pain et de construire des cités. Il leur donna aussi les lois et la conscience, qui permet de distinguer le bien du mal.
Or il advint que le cruel Seth voulut s’emparer du trône de son frêre. Il assassina Osiris, découpa son cadavre et en dispersa les morceaux dans le Nil. Mais Isis refusa de plier devant l’usurpateur. Elle rassembla les morceaux du corps de son défunt mari, qu’elle reconstitua avec l’aide du fidèle Anubis, le premier des embaumeurs. Puis la déesse se transforma en faucon et fut fécondée par Osiris. De cette union, naquit Horus.
Élevé à l’abri des marécages du delta du Nil, le jeune dieu devenu adulte entreprit de récupérer son héritage et de venger son père. Horus provoqua Seth en duel et, l’ayant vaincu, il régna désormais sur terre. Osiris ressuscité se retira dans le monde des ténèbres et devint le souverain du royaume des morts.
Dans cette ville, le démiurge est Ptah, le dieu local, qui crée le monde par la pensée et la parole.
Au début des temps, Ptah préexistait à toute chose. Démiurge, il fait émerger le tertre primordial des eaux du chaos. Il conçoit dans sa pensée (dans son cœur) une sorte de modèle du monde et le réalise par la parole (avec la langue). C’est ainsi que les êtres et les choses viennent au monde, car « la langue a ordonné ». Ptah, créateur de l’univers, contient en lui les semences végétales et tous les constituants de la nature. II donne naissance aux dieux, aménage les offrandes et construit les villes. Ainsi, en Égypte, au commencement fut le verbe… Selon la pensée primitive égyptienne, nommer une chose suffit pour la créer à partir de rien. C’est pour cette raison que la faculté de s’exprimer gardera longtemps une grande importance aux yeux des sujets de Pharaon.
Sculpteur et créateur de toutes choses, Ptah est naturellement le patron des artistes. Étant à l’origine de l’apparition sur terre des minerais et des métaux, il est également le dieu des artisans.
La théologie d’Hermopolis Parva, Magna (Per Zehouti, Khemenou) a été élaborée pour des raisons politiques en réaction à celles d’Héliopolis et de Memphis, où Thot est considéré comme la langue de Ptah.
La version hermopolitaine de la création de l’univers donne le premier rôle à Thot, le dieu très sage. Il crée quatre couples de génies serpents et grenouilles résidant dans le Noun : Noun et Nounet, l’eau ; Hehou et Hehet, l’éternité ; Kekou et Keket, les ténèbres ; Imen et et Imenet, le caché. Ces huit divinités déposent ensuite sur le tertre primordial un œuf (ou une fleur de lotus) d’où jaillit le dieu du Soleil, créateur et organisateur du monde. Thot assure le maintien de l’harmonie de sa création avec la déesse Maât, incarnation de l’équilibre universel.
Afin de transmettre le savoir des dieux aux hommes, Thot a créé le langage, mais, par ailleurs, il a également différencié les langues humaines. Inventeur de l’écriture, il est le seigneur des textes conservés dans les temples. Avec sa compagne Seshat, déesse de l’écriture et des annales, il veille sur les bibliothèques. C’est ainsi qu’il est tout naturellement le patron des scribes et des fonctionnaires lettrés.
Dans cette cité, c’est un potier, Khnoum, qui a façonné les dieux et les hommes sur son tour.
Ici, comme a Esna et à Antinoé, Khnoum, dieu créateur, exprime pleinement la fonction reproductrice du bélier. De son tour de potier il fait surgir les créatures vivantes. Il a façonné l’humanité et procrée les jeunes êtres, en particulier le roi. Dans les représentations de théogamie (union symbolique du dieu Amon et de la reine), on le voit modeler l’enfant royal et divin ou, parfois, le ka du futur pharaon.
Points communs entre les différentes cosmogonies égyptiennesLes différentes cosmogonies égyptiennes ont en commun un certain nombre de données (même si les noms utilisés ici renvoient à la cosmogonie d’Héliopolis) : • Toutes définissent les origines comme un Océan primordial, immensité d’eau et de ténèbres, le Noun, dans lequel le démiurge (le créateur) est en puissance, et au sein duquel il va s’éveiller. Cet Océan représente le début du monde, mais aussi la fin des temps (avant un nouveau recommencement), puisque c’est à l’état de Noun que tout ce qui existe est censé revenir. • La vie se manifeste : le créateur apparaît, vient à l’existence par lui-même ; Atoum est seul, sans un endroit où se poser (tel un oiseau, Grand et Lointain, dans la cosmogonie d’Edfou). • Apparaît une butte primordiale (butte de terre ou fourré de papyrus) : c’est alors que la création peut commencer. • La création se fait par étapes : 1. La création à partir de soi (le démiurge créateur étant solitaire) : Atoum (dont le nom signifie « Celui qui est la totalité », « Celui qui est et qui n’est pas ». Elle se fait donc par émanation (liquide créateur, pensée, parole, jeux de mots). 2. Le démiurge donne ainsi naissance à deux émanations : les principes masculin et féminin Shou et Tefnout, principe de vie et norme. 3. De ces deux émanations vont se créer Geb et Nout : c’est avec eux que commence la création par mode « normal » (reproductif, sexué). Nadine Guilhou et Janice Peyré, La mythologie égyptienne, Marabout (Hachette Livre), 2006 | ||
Les dieux et les déesses existent par centaines dans l’Égypte ancienne. Sous forme humaine ou sous forme animale, les dieux peuvent porter plusieurs noms, jouer des rôles différents. Même chose pour les cultes et les croyances : qu’ils soient officiels ou locaux, ils changent d’une région à l’autre et selon les époques. Si bien qu’il est difficile de les classer précisément. Toutefois, on peut distinguer des grandes catégories, comme les dieux liés à la création du monde, la légende d’Isis et d’Osiris, ceux représentant la Lune, le Soleil, ou encore la mort…
Certaines divinités, directement liées au pouvoir des pharaons, sont vénérées durant des périodes historiques particulières comme au Nouvel Empire, où trois dieux principaux : Amon, le dieu de la dynastie, son épouse Mout et leur enfant Khonsou formaient la triade thébaine. Des temples leur étaient entièrement dédiés dans tout l’Empire, notamment à Louxor, Karnak et au pied de la montagne sacrée du Djebel Barkal, en Nubie.

Amon. Il n’est jusqu’au début du Moyen Empire qu’une obscure divinité de Thèbes. Avec l’accession au trône d’une dynastie locale (la XIe) qu’il acquiert une dimension nationale puis, Amon devient le grand dieu de l’Égypte antique considéré comme le père des dieux. Son nom Imen signifie « le Caché » car personne n’était censé le voir. Il sera ensuite assimilé au dieu solaire Rê, sous le nom d’Amon-Rê.
» Son animal emblématique est le bélier.
» À quoi le reconnaît-on ? À son disque solaire ou ses cornes de bélier. Il pouvait d’ailleurs apparaître sous forme humaine ou avec une tête de bélier.

Anubis. La mythologie a fait de lui l’inventeur de la momification, qu’il aurait pratiquée pour la première fois sur le corps d’Osiris et, à ce titre, Anubis est le patron des embaumeurs. c’est lui qui conduisait et assistait les morts dans la Chambre des deux vérités pour passer l’épreuve de la pesée de l’âme, se chargeant de vanter leurs mérites devant le seigneur des Occidentaux. Il veillait aussi sur les tombes.
» Son animal emblématique est le chacal.
» À quoi le reconnaît-on ? À sa tête de chacal.

Bastet est la déesse de la Maison et du Chat domestique mais aussi de la Joie et la Chaleur du Soleil.
» La lionne et la chatte sont ses animaux sacrés.
» À quoi la reconnaît-on ? À sa tête de chat ou de lionne.

Hathor, fille de Rê et épouse d’Horus, dieu faucon du soleil, elle est rès aimée et vénérée partout en Égypte. Hathor a de multiples attributions : déesse de la musique, de la danse, de la joie et de l’amour ; elle veille aussi sur les mines et les pays étrangers. À Thèbes, on la vénère comme protectrice des cimetières. Le sistre, son instrument de prédilection, fournit un thème décoratif aux temples qui lui sont consacrés, le plus connu étant celui de Denderah.
» La vache est son animal emblématique.
» À quoi la reconnaît-on ? À sa coiffe composée de cornes de vache, en forme de lyre, qui entourent le disque solaire. La déesse adopte parfois l’aspect d’une femme avec des oreilles de vache ou une tête de vache. Elle apparaît aussi sous la forme d’une vache.

Horus est l’une des divinités les plus complexes de l’Égypte ancienne : en effet, il n’y a pas un, mais plusieurs Horus à travers l’Égypte, dont les mythologies ont fini par se confondre de manière assez confuse. Le plus ancien semble être le fils de Rê, faucon associé au Soleil et vénéré à Edfou. L’autre Horus est le dieu du Ciel, fils d’Osiris et d’Isis, qui dut combattre son oncle Seth pour reconquérir le trône de son père. Il incarne le principe du Bien par opposition à Seth (son oncle) qui démembra son père. C’est à cette forme qu’est assimilé le pharaon, devenu lui-même, de son vivant, un Horus.
» Le faucon est son animal sacré.
» À quoi le reconnaît-on ? À sa tête de faucon coiffée de la couronne de Basse et Haute-Égypte (pschent).

Isis est la déesse mère. Une des principales divinités protectrice du bien-être des naissances, des navigateurs et de l’État. Elle joue un rôle fondamental dans le mythe d’Osiris, son frère-époux tué et démembré par son autre frère Seth. Elle réussit à retrouver ses membres, redonnant vie à Osiris avec qui elle aura un fils, Horus.
» À quoi la reconnaît-on ? Au disque solaire qu’elle porte entre deux cornes ou au hiéroglyphe (un siège) qu’elle porte sur la tête et au nœud isiaque sur son vêtement. Mère exemplaire qui éleva son fils dans le souvenir de son père, elle est souvent représentée assise tenant l’enfant divin sur ses genoux.

Khnoum. Dieu à tête de bélier, il est considéré comme le potier universel, qui façonne sur son tour les êtres vivants - un thème souvent représenté dans les reliefs des temples funéraires. Protecteur des sources et de la crue, il avait son sanctuaire sur l’île d’Éléphantine, au débouché de la première cataracte. Le temple d’Esna lui est consacré.
» Son animal sacré est le bélier.
» À quoi le reconnaît-on ? À sa tête de bélier, coiffé de la couronne atef, couronne blanche entourée de deux plumes d’autruche. Il apparaît parfois sous la forme d’un bélier.

Maât. Son nom signifie « honnête ». Belle femme, Maât est surtout vénérée pour le principe qu’elle symbolise : l’ordre et l’équilibre, maîtres mots de la penseé religieuse égyptienne, sans lesquels le monde est voué au chaos. Elle préside à la pesée des âmes des morts devant le tribunal d’Osiris.
» À quoi la reconnaît-on ? À la plume rectrice d’autruche posée sur sa tête.
Nout, déesse du Ciel et épouse de Geb (la Terre), est l’une des divinités primordiales de l’ennéade héliopolitaine. Elle est la mère de cinq enfants : Osiris, Isis, Nephthys, Seth et Horus l’Ancien. Chaque soir elle avale le Soleil qui poursuit sa course nocturne à travers son corps et chaque matin, elle lui donne naissance à nouveau.
Osiris fut le premier être vivant à triompher de la mort. C’est sur lui que fut pratiquée pour la première fois la momification. Depuis, il règne sur les Occidentaux (les morts), préside au jugement des âmes et est également garant de la survie du défunt dans le monde souterrain. Défunt, le roi est assimilé à un nouvel Osiris : le pharaon sous sa forme osiriaque est l’un des thèmes majeurs de l’art égyptien.
» À quoi le reconnaît-on ? À sa couronne nommée atef, qui est une couronne blanche entourée de deux plumes d’autruche et surmontée du disque solaire, le tout surmontant, parfois, des cornes de bélier.

Ptah, dieu tulélaire de Memphis, est le créateur de toute chose. Il fut, sous l’Ancien Empire, le protecteur de la monarchie ; avec la prépondérance d’Amon, il fut associé à celui-ci dont il devint la substance, Rê en étant l’apparence. Dieu créateur, il est le patron des artisans et surtout des orfèvres.
» Son animal sacré est le taureau Apis.
» À quoi le reconnaît-on ? À son apparence de momie : homme gainé dans un linceul, la tête entourée d’un bonnet très ajusté. Il est le seul dieu à porter une barbe droite et non une barbe divine (recourbée). La barbe droite, réservée aux souverains, rappelle que Ptah a jadis été roi.

Rê ou Râ est le dieu Soleil. Divinité principale du clergé d’Héliopolis, il fut considéré sous l’Ancien Empire comme étant le créateur de l’univers. Par la suite, il fut assimilé à Amon par le clergé thébain.
» À quoi le reconnaît-on ? Comme tous les dieux égyptiens qui ont une multiplicité de formes, Rê se manifeste de plusieurs façons. Sous l’aspect de Rê-Horakhty, c’est un homme à tête de faucon. Il est alors coiffé du disque soloire entouré du cobra. Quand il apparaît sous la forme d’Atoum, le dieu du soleil couchant, c’est un homme coiffé de la double couronne. Enfin, lorsqu’il renaît le matin, il devient Khépri, le dieu du soleil levant, à tête de scarabée. À sa tête de faucon surmontée d’un disque solaire protégé par le cobra dressé.

Seth, frère maudit d’Osiris, dieu du chaos et du désert stérile, fut pourtant considéré comme divinité nationale à l’époque thinite, puis, bien plus tard, par les Hyksos qui l’assimilèrent au dieu sémitique Baal, maître de la foudre et de l’orage.
» À quoi le reconnaît-on ? À sa tête d’animal fantastique, mi-lévrier, mi-âne.

Sobek, dieu de l’eau, de la fertilité et de la végétation, est très aimé. C’est lui qui irrigue les champs. La présence de crocodiles dans le Nil était pour les Égyptiens l’annonce d’une crue favorable aux récoltes. Originaire du Fauoum, Sobek y possède ses temples principaux.
» Son animal sacré est le crocodile.
» À quoi le reconnaît-on ? À sa tête de crocodile. Il apparaît aussi sous la forme d’un crocodile.

Thot est, pour le clergé d’Hermopolis, le grand démiurge sous sa forme de babouin. Dieu de l’écriture, Thot en est aussi l’inventeur. Il est tout naturellement le patron des scribes. Il est aussi le dieu de la sagesse et des sciences. En tant que dieu de la Lune, il mesure le temps et fixe le calendrier. Messager des dieux, il aide également Rê à gouverner. « Secrétaire perpétuel » de l’assemblée des dieux, c’est lui en effet qui consigne les annales royales et tient le compte des péchés des hommes.
» L’ibis (oiseau échassier au long bec courbe) et le babouin sont ses animaux sacrés.
» À quoi le reconnaît-on ? À sa tête d’ibis, portant parfois le croissant et le disque lunaires. Thot se manifeste également sous la forme d’un ibis ou d’un babouin.
Les Égyptiens accordaient une importance primordiale à la préparation initiatique et spirituelle du passage de la vie à la mort. Cette métamorphose représentait l’un des fondements de la religion “des mystères” développée et enseignée dans les temples durant toute l’antiquité. Mais pour accéder à ces mondes souterrains, le défunt devait obligatoirement se soumettre à des rites de passage (pesée de l’âme ou psychostasie) devant le tribunal du dieu Osiris qui était le seul à pouvoir décider si l’âme du mort, le ka, méritait l’immortalité. S’il franchissait l’épreuve, le défunt pouvait alors prétendre à une nouvelle vie dans l’au-delà. Pour cela, il fallait prévoir ses besoins : les chambres mortuaires étaient décorées de belles peintures et d’écrits qui racontaient la vie du défunt, de sa famille et de ses domestiques. Les Égyptiens pensaient que, dans l’Autre Monde, ces scènes se reproduiraient et ressuciteraient grâce à la prière. On plaçait aussi dans les tombes de la nourriture, des boissons et des statuettes de personnages, ainsi que tous les bijoux et les objets personnels du mort.
Le culte des morts commence très tôt en Égypte, en effet, vers 4000 avant notre ère, la civilisation dite de Nagada nous a apporté des preuves de son intérêt pour les morts. Les objets les plus beaux, bijoux ou vases ont tous été découverts dans les cimetières de cette époque.
Cette scène, maintes fois peinte sur les murs des tombes et les papyrus, gravée sur les amulettes et autres objets liés aux cultes funéraires, reprend l’extrait du Livre des Morts qui figure la pesée du cœur du défunt. C’est cette épreuve du jugement qui décidait du sort du défunt pour sa vie future dans l’au-delà.
La doctrine égyptienne de l’après-vie est inscrite dans le Livre des Morts, dans le Livre des pyramides et dans le Livre des sarcophages. Écrite sur des rouleaux de papyrus, elle accompagnait le défunt dans son sarcophage. Parfois, des inscriptions étaient peintes directement sur les parois des ces sarcophages.

Description de la scène - Le dieu Osiris, qui rend la justice dans cette scène, trône entouré des déesses Isis et Nephthys. Devant lui siègent les 42 assesseurs. L’âme du mort, le ka, est introduite face à ses juges par le dieu de la Momification, Anubis. Tandis que son cœur est posé sur un des plateaux de la balance, sur l’autre repose la plume d’autruche, symbole de la déesse Maât, incarnant la Justice et la Vérité. À côté, le dieu Thot surveille et inscrit le résultat de la pesée sur une tablette. Le mort, lui, doit prononcer devant ses juges sa confession, soit les fautes qu’il n’a pas commises pendant sa vie sur Terre. Au pied de la balance, un être de cauchemar, Amémet, « la dévorante », attend lui aussi le résultat de la pesée pour se jeter sur le défunt si le jugement est défavorable. Dans le cas contraire, le mort sera admis et pourra vivre en toute quiétude dans l’au-delà.
Ce rituel constituait une partie essentielle de la cérémonie funéraire. Il se faisait sur la momie ou la statue du défunt et était destiné à lui redonner l’usage de ses sens par l’intermédiaire de paroles magiques et d’actes symboliques. Si cet usage fut pratiqué dès l’Ancien Empire, aucune description n’en est connue avant la XVIIIe dynastie. Il débutait par des rites de purification avant l’immolation d’un taureau dont l’une des pattes antérieures, symbole de puissance physique, était placée à côté de la momie ou de la statue du défunt. Un fard vert, un autre noir, de l’huile et un onguent spécifiques étaient appliqués sur le visage, qui était ensuite touché avec plusieurs objets. Enfin, la momie ou la statue était vêtue et placée devant un repas funéraire. Ce rituel était accompli non loin de la tombe ; il était suivi de l’adieu aux proches et conclu par la déposition de la momie, avec le mobilier et les offrandes funéraires, dans la tombe qui était alors close.
Alors que les grecs incinèrent leurs morts, les Égyptiens les momifient. Dès l’Antiquité, les “touristes”, comme Hérodote, qui voyagèrent en Égypte au Ve siècle avant J.-C., furent frappés par cette pratique funéraire. La curiosité ne diminuera pas au cours des siècles, et ces dépouilles mortuaires atterriront à partir du XVIe siècle sur les étagères des officines européennes, les cabinets de curiosités. Elles seront même pour certaines réduites en poudre pour faire de l’engrais ou détroussées par des pilleurs en quête d’objets de valeur.
L’intérêt scientifique pour ces dépouilles particulières voit le jour au XIXe siècle, où l’on procède dans des laboratoires à des séances de « débandelettage » sans objectif clairement défini. C’est seulement lors de la découverte de tombes royales dans lesquelles des pharaons gisent encore dans de somptueux sarcophages que les scientifiques se pencheront sur ces hommes et ces femmes préparés pour leur dernier voyage. Leur étude anthropologique va permettre de découvrir le processus employé pour momifier ces personnages et surtout pour comprendre les rites funéraires de l’Égypte ancienne.
Les premiers habitants de la vallée du Nil ensevelissaient leurs morts dans des fosses, creusées dans le sable sec et brûlant, qui desséchait les corps et les conservait. Plus tard, les corps furent ensevelis dans des tombeaux de pierre et les cadavres commencèrent à se décomposer. Alors les Égyptiens mirent au point un système destiné à les conserver : la momification. Cette pratique connut son apogée au cours des XIe et XIIe siècles avant notre ère, à Thèbes, là où s’élèvent actuellement les villes de Louxor et de Karnak.

Ce que nous faisons dans la vie, résonne dans l’Éternité
La momification dans l’Égypte antique s’inscrivait dans un véritable rituel funéraire. Dès que le décès avait lieu, le corps était remis aux embaumeurs au milieu des pleureuses professionnelles, puis était emmené à l’ouest de la ville, dans un endroit élevé, pour que les crues du Nil ne puissent pas l’atteindre. Cette pratique avait pour objet de préserver l’intégrité du corps pour qu’il puisse accéder à une vie spirituelle après la mort. Les embaumeurs de l’antiquité utilisaient très peu d’outils, et une fois leur travail terminé ils les laissaient parfois dans la tombe ou aux alentours. L’outillage de base était constitué d’un couteau pour inciser l’abdomen, de tiges de bronze recourbées pour extraire le cerveau, d’un outil en bois semblable à une herminette pour prélever les organes internes, et d’un entonnoir pour verser les résines par le nez dans la boîte crânienne.
Les Égyptiens pensaient que la mort n’était qu’un passage vers une seconde vie.| Fils d’Horus | Aspect | Organe | Point cardinal | Ville | Force | Déesse associée |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Khebeh-senouf | Faucon | Intestins | Ouest | Hiéraconpolis | Sakh | Selkis |
| Douamoutef | Chien | Estomac | Est | Hiéraconpolis | Ba | Neith |
| Amset | Homme | Foie | Sud | Bouto | Ka | Isis |
| Hapi | Babouin | Poumons | Nord | Bouto | Ib | Nephtys |

Aussi dites chabti ou encore shaouabti (terme signifiant littéralement « le répondant »), ces statuettes font partie des rites funéraires. Tout défunt se devait de les emporter dans sa tombe comme serviteurs. Selon la formule du Livre des Morts : Ô ce shaouabti ! si tel est requis pour faire une des corvées qui se font là-bas… « Présent ! » tu diras !
, ce sont elles qui réalisaient à la place du mort tous les travaux et diverses besognes nécessaires pour continuer à vivre dans l’au-delà, notamment cultiver la terre.
Leur forme est celle d’une momie empoignant deux houes et portant un sac dans le dos.

Dans une société aussi profondément religieuse, la fonction sacerdotale était l’une des plus respectées. L’une des plus recherchées aussi, du fait des formidables richesses des temples, des dons princiers et de l’exploitation des immenses domaines que possédait chaque sanctuaire. Du fait de l’omniprésence du divin dans la vie quotidienne, les prêtres avaient un pouvoir politique dépassant largement leurs fonctions.
Il n’existait pas, à proprement parler, d’autorité supérieure chargée de la gestion de l’ensemble du clergé égyptien, mais les deux grands prêtres d’Héliopolis et de Hermopolis Magna, qui vouaient un culte respectivement à Rê-Amon et à Thot, les deux divinités supérieures, dominaient l’ensemble de la masse des prêtres. En fait, il existait un temple pour chaque divinité dans lequel les prêtres se vouaient à l’exercice du culte de ce dieu. En haut de la hiérarchie de chaque temple, on trouve un grand prêtre, chargé de veiller à la bonne marche du temple, 4 prophètes qui sont des astrologues chargés de fixer le temps sacré, c’est-à-dire de prédire et de noter tous les changements astronomiques, les porteurs de rouleaux, savants dans les rituels et gardiens des actes liturgiques, les prêtres purs qui sont chargés trois fois par jour du service de l’offrande et les prêtres à mystères qui veillent à la toilette du dieu (la statue). Tous les autres sont chargés de fonctions exécutives. Pour être prêtre, il fallait être érudit et passer par l’école du temple (écriture, langues étrangères, géographie, histoire naturelle et médecine), issu de l’aristocratie et doté d’une richesse familiale qui permettait d’acheter sa charge. En retour, le jeune prêtre touchait des revenus en nature versés par le temple.
Lors de son intronisation, le prêtre était rasé complètement, car les Égyptiens considéraient les cheveux et les poils comme des « sécrétions impures ».
L’offrande est l’acte essentiel du culte. Il consistait à présenter à la statue du dieu sa nourriture (pain et bière, nourriture de base de tout Égyptien, viandes et volailles, légumes, fruits, fleurs et parfums) précédemment purifiés à l’encens et à l’eau. Puis les prêtres desservaient et se partageaient les mets.
Les prêtres égyptiens ne jouaient pas (comme aujourd’hui) le rôle de guide spirituel auprès du peuple, mais étaient désignés pour servir la divinité présente dans leur temple. Leur rôle consistait à maintenir en bonne forme la statue du dieu, considérée comme un être matériellement vivant. Pour cela, ils devaient procéder quotidiennement à un rituel pour en prendre soin et la protéger de toute atteinte extérieure et de toute impureté susceptible de l’atteindre.
Pour pénétrer cet espace de pureté que représentait le temple religieux, les prêtres étaient soumis à des règles très strictes d’hygiène et à des interdits :
Le mastaba est la première forme de tombeau de l’Égypte ancienne, c’est véritablement l’ancêtre de la pyramide. Ce terme qui signifie « banquette » en langue arabe est de forme rectangulaire. Composé d’un puits vertical creusé à même la roche qui abrite, au fond, le sarcophage du défunt, ce tombeau est recouvert d’une structure en pierre (environ 3 mètres de haut) qui abrite une petite chapelle dont les murs intérieurs et extérieurs sont décorés de fresques et de hiéroglyphes qui mettent en scène la vie du mort et de ses proches.
Forme évoluée du mastaba, la pyramide à degrés est en fait une superposition de cet édifice funéraire primitif. Construite par Imhotep à Saqqara, vizir du pharaon Djoser (IIIe dynastie), l’édifice présente une succession de 6 degrés décroissants d’une hauteur totale de 60 mètres.

Enfin, la pyramide à pans lisses est la forme ultime du gigantisme architectural égyptien. Les trois plus célèbres sont celles du site de Giseh, construites sous les IVe et Ve dynasties pour les pharaons Khéops, Khéphren et Mykérinos. Une évolution si rapide entre le mastaba et la pyramide (moins de 400 ans) s’explique d’abord par la nécessité de protéger les trésors de plus en plus somptueux contre les pilleurs de tombes de l’époque. Ensuite, les pharaons s’étant définitivement imposés au peuple, il leur fallait un tombeau qui puisse impressionner et durer. Enfin, à l’époque où les pharaons commencent à se prétendre fils de Rê, la pyramide représente symboliquement un rayon de soleil pétrifié qui sert de rampe d’accès entre le mort et son père divin. D’ailleurs, toutes ces pyramides étaient recouvertes d’une couche de calcaire qui donnait à ces constructions un aspect lisse et reflétait d’une manière aveuglante la lumière du soleil. Cette couche de finition a aujourd’hui presque disparu du fait de sa fragilité.
Mais les pyramides se révélèrent être de très mauvaises protections contre les pillards. C’est pourquoi, dès le Moyen Empire, les souverains choisissent d’être inhumés dans des hypogées (tombeaux creusés à flanc de montagne) qui sont plus discrètes et dont l’entrée est dissimulée dans la roche (Vallée des Rois et des Reines, la nécropole thébaine). C’est là que fut découvert, en 1922, le tombeau inviolé de Touthankamon par les égyptologues Carter et Lord Carnavon.
Il existait deux principaux types de temples qui reflétaient respectivement chacun des deux axes majeurs de la vénération religieuse, à savoir les dieux et le souverain, ce dernier n’acquérant un statut divin qu’après sa mort. Les temples divins honoraient les très nombreuses divinités du panthéon égyptien, les temples funéraires se consacrant au culte du pharaon défunt.
Les temples divins se répartissaient en deux types principaux : les temples solaires, définissant un espace à ciel ouvert destiné à recevoir la lumière du soleil, et les temples à cella (on réserve souvent ce nom à la partie, la plus profonde du temple, dans laquelle résidait la statue divine, les égyptiens l’appelaient le « siège vénérable »). Les plus anciens temples solaires, dont le meilleur exemple est sans doute celui d’Abou Gorab, apparurent à la Ve dynastie.

Les temples d’Amarna (Nouvel Empire) étaient constitués d’immenses espaces cernés de murs. Accessibles par un pylône, ils contenaient des centaines d’autels alignés.

Beaucoup plus répandus, les temples à cella constituaient tout à la fois la synthèse et la reproduction du cosmos. En effet, le temple symbolisait l’univers, les colonnes formant les supports du ciel. Selon les principales cosmogonies, à l’aube des temps apparut d’abord une forêt de papyrus, symbolisée par la colonnade, souvent papyriforme, de la salle hypostyle. Un plan typique d’un temple de ce type se présentait ainsi : le pylône extérieur (formé de deux constructions symétriques) donnait accès à une cour fermée par un second pylône aboutissant à une salle hypostyle qui permettait de pénétrer dans la partie la plus sacrée et secrète du temple, formée d’un pronaos et d’un naos. Ce naos abritait la statue du dieu sur laquelle seul le roi ou les prêtres délégués pouvaient poser les yeux. Au fur et à mesure de la progression vers le saint des saints, l’espace se rétrécissait et l’atmosphère s’obscurcissait.
Les formes des temples funéraires évoluèrent au fil du temps. À l’Ancien et au Moyen Empire, ils étaient généralement attachés à la pyramide - le plus souvent sur la face orientale - de forme rectangulaire ou carrée. Mais ils purent atteindre une grande compexité, comme celui que les Grecs baptisèrent labyrinthe, à l’image de celui de Minos, qui contenait quelque trois mille salles différentes. Au Nouvel Empire, tombe et temple funéraire furent finalement dissociés (afin que la tombe soit plus à l’abri des pilleurs), le temple funéraire présentant un grand espace subdivisé en de nombreuses pièces, avec une seule exception, le temple d’Hatchepsout à Deir el-Bahari.

Pendant plus de trois millénaires sur la terre d’Égypte, le pharaon a entretenu un dialogue exclusif avec son dieu. Paré du classique pschent, unissant la couronne blanche à la rouge, et de sa divine uraeus (cobra dressé sur le front royal) protectrice, le roi ne cesse de vénérer l’entité divine.
Toujours et partout, il répète à profusion, selon une gestuelle pleine de sens, des actions archétypes : la mise à mort de l’Ennemi, la présentation de l’Offrande ou l’embrassement fusionnel.
Le pharaon est avant tout, « Fils de Rê », né du démiurge-roi solaire, puis, à travers une vision positive de la mort, il apparaît aussi en fils d’Osiris, antique roi terrestre, dieu victorieux au corps remembré, ritualisé par la momification. Pour exprimer son amour envers ses pères, dans le cadre de cette double filiation, le pharaon peut agir en prêtre du soleil ou en Horus, fils d’Isis (Harsiésis).
Dans les temples de l’Égypte antique, la fonction royale assure à jamais la transmission des offrandes divines aux dieux.
Le pharaon n’est autre que le roi d’Égypte. En un peu plus de 3000 ans, le pays en a compté environ 260. Répartis en trente dynasties, ou familles régnantes, il se sont succédés entre le début de l’histoire, vers -3100, et la conquête du pays par les grecs en -332.

Plus qu’un homme, pas vraiment un dieu… Dans une société qui ne fait aucune distinction entre politique et religion, Pharaon, le fils des dieux, règne sans partage sur l’Égypte. S’il est considéré, à la fois un homme et un dieu, c’est uniquement par sa fonction : en exerçant la royauté, il joue le rôle d’un dieu sur terre. Le roi n’est pas de nature divine : il peut tomber malade, comme tout un chacun, il ne peut faire de miracle, il décède comme tout mortel sur terre. Après sa mort, il deviendra enfin un dieu à part entière et fera l’objet d’un culte.
Les droits régaliens sont empreints de symbolisme. C’est lors de son couronnement par les prêtres d’Héliopolis que le nouveau pharaon reçoit les attributs royaux, le sceptre royal was (crosse) et le flagellum (fouet), représentant respectivement la fertilité du pays et l’autorité de sa charge. Il est coiffé du pschent (la double couronne) ou du némès (pièce d’étoffe rayée bleu et blanc, nouée à l’arrière de la nuque), surmontés tous deux du symbole de la protection, l’uraeus, tête de cobra royal à la gorge dilatée, représentant l’œil de Rê, qui terrasse, par sa flamme, tout ennemi représentant une menace pour le roi, ce qui correspond à menacer l’ordre qu’il incarne. L’un des attributs majeurs du pharaon reste le signe de vie ankh, symbole de son éternité. Son détenteur a le pouvoir de vie et de mort ; il est donc le privilège exclusif du souverain et des dieux. Enfin, il arbore une barbe postiche tressée, suivant la coutume des premiers pharaons.
Tous les pharaons ne sont pas aussi célèbres que Ramsès II. Certains n’ont même pas laissé leur nom !
Homme exerçant la fonction royale de droit divin, le pharaon joue, au moins en théorie, un rôle important sur terre. C’est lui, en effet, qui est chargé d’assurer l’Ordre universel conformément à Maât, déesse de la Vérité et de la Justice, enfant, comme lui, du dieu solaire Rê. Cette conception, typiquement égyptienne, tout en incluant les deux notions de vérité et de justice, recouvre bien davantage. Elle s’applique à l’ordre par excellence, établi par le démiurge lors de la création du monde. Si cet ordre, d’origine divine, venait à être perturbé, les forces du chaos, l’Isefet, pourraient alors se déchaîner à nouveau. Il est donc immuable et comprend aussi les mouvements des astres, le lever du soleil, le retour période de l’inondation, indispensable à la vie de l’Égypte, les rapports entre humains, les devoirs envers les dieux. La fonction essentielle de pharaon est de maintenir cet ordre. Tout d’abord, et surtout, il doit assurer le culte divin journalier dans l’ensemble de l’Égypte.
Choisi par les dieux, pharaon est leur seul intermédiaire auprès des hommes. Les divinités l’ont désigné pour construire leurs temples, garnir leurs autels et leur réciter leurs prières. C’est pourquoi le souverain est le seul qui figure face aux divinités sur les murs des temples.
Le pharaon a tous les pouvoirs. Chef politique, de l’administration, de la justice, du clergé, il prend aussi la tête de l’armée dans les batailles.
Pour l’aider dans sa tâche, il s’entoure de dignitaires comme le vizir, sorte de Premier ministre et de juge suprême à qui il donne les grandes directives politiques et qui lui rend compte régulièrement de l’état du royaume. Il choisit également un directeur du trésor, responsable des finances… et surtout, il recrute des bataillons de scribes qui observent et consignent tout par écrit. Grâce à cette organisation, fortement hiérarchisée, l’Égypte prospère.
C’est certainement un splendide palais qui sert de résidence au pharaon. On l’appelle per-aâ qui signifie littéralement « (celui de la plus) grande (des) maison(s) ». C’est de là que, transmis par la bible, vient le mot pharaon. Il désigne à l’origine le palais en tant qu’institution. Ce n’est qu’à partir du Nouvel Empire que le mot qualifie la personne du roi. Néanmoins, la perception égyptienne de la royauté fut clairement établie dès les débuts de la période dynastique.
L’Égypte ancienne a connu de nombreux souverains. En voici quelques-uns parmi les plus célèbres, classés par ordre chronologique (les dates, avant Jésus-Christ, sont approximatives).

Roi préhistorique qui a laissé à Hiéraconpolis une palette votive en schiste, relatant ses succès contre la Basse-Égypte. Était-ce le premier conquérant de tout le pays ? Faiut-il l’identifier à Ménès ?

Fondateur de la IIIe dynastie, abandonnant Abydos, il installe sa capitale à proximité de la future Memphis afin de mieux surveiller le Delta. C’est un puissant roi qui s’est fait construire, par son vizir et architecte Imhotep, le premier tombeau en pierre à Saqqara : la pyramide à degrés, entourée de son extraordinaire complexe de monuments.

Khéops est un remarquable administrateur, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du royaume et surtout le constructeur de la plus grande pyramide d’Égypte sur le plateau de Gizeh, la seule des sept merveilles antiques qui nous soit parvenue.

Après avoir réunifié et pacifié l’Égypte, au cours de ses 51 ans de règne, il réorganise le royaume et dédie de nombreux temples aux dieux. Il a construit son temple funéraire à Deir el-Bahari.

Fils d’Amménémès Ier, ce roi fut un grand conquérant. Il entreprend la conquête de la Nubie jusqu’à la troisième catarcte et étend l’influence égyptienne en Asie Mineure.
Le monarque relance l’exploitation des mines de pierres précieuses et encourage la rédaction d’écrits qui vantent la fidélité à la monarchie constituant l’âge d’or de la littérature. Son règne fut également une période importante pour l’art.
À Karnak, il a fait construire un petit temple reposoir, la chapelle blanche dédiée à Amon. C’est un des joyaux de l’architecture égyptienne.

Thoutmosis III fut tenu à l’écart du pouvoir par sa tante, la reine Hatchepsout, durant ses vintg années de règne. Quand elle mourut, il chassa les partisans de la reine.
Puis il s’attache à recontituer l’empire égyptien et se montre être un grand conquérant en s’emparant de nombreux territoires en Asie et en Nubie.
Grâce à ses conquêtes et aux énormes tributs versés par les vaincus, Thoutmosis a rendu son pays très prospère. L’Égypte s’offre un grand train de vie. La famine est écartée. Ce fut peut-être le règne le plus brillant de l’antique Égypte, surtout si l’on ajoute que les arts plastiques y atteignirent une merveilleuse perfection.
Le roi peut à nouveau construire (nouveaux pylônes à Karnak) et restaurer les monuments dégradés précédemment : l’Akhmenou, salle hypostyle et sanctuaire de la barque à Karnak ; les temples d’Amada et Bouhen, en Nubie.

Le règne d’Akhenaton (de son vrai nom Aménophis IV) se caractérise par une révolution culturelle et religieuse sans précédent. Premier monarque au “dieu unique”, il n’hésita pas à interdire le culte des anciens dieux pour n’adorer qu’Aton, le disque solaire source de vie. Afin de se libérer complètement du clergé en place, il transfère sa capitale, Amarna, érigée dans un lieu désert.
Il épousa la plus belle reine d’Égypte. Celle-ci prit part active dans les affaires politique, culturelle et religieuses du pays.
Sous son règne, est également instaurée une esthétique radicalement différente appelée amarnienne caractérisée par une tendance plus expressive et plus naturaliste, bien loin des canons existants.

Toutankhamon, deuxième successeur d’Aménophis IV/Akhenaton, dut, sous la pression du clergé d’Amon, revenir à Thèbes, changer son nom et rétablir le culte de l’ancien dieu dynastique. Il mourut jeune et n’aurait sans doute pas la célébrité dont il jouit aujourd’hui si son tombeau inviolé (?) n’avait été découvert le 4 novembre 1922 par lord Carnavon et Howard Carter dans la Vallée des rois.

Séti Ier, fils de Ramsès Ier et père de Ramsès II, est connu pour être un des pharaons les plus célèbres. C’était un grand guerrier : il a annexé à l’Égypte la Palestine et la Syrie, a protégé les frontières contre les tribus libyennes et est arrivé jusqu’au Levant dans sa guerre contre les Hittites.
Dans le même temps, il fut un grand bâtisseur : il a fait construire une partie de Karnak à Thèbes, sa magnifique tombe dans la Vallée des rois, sur la rive gauche de Thèbes et le temple d’Abydos, dédié à Osiris. C’est dans ce temple que l’on peut admirer les célèbres “Tables d’Abydos” (chronologie royale) où, Séti Ier et son jeune fils, le futur Ramsès II, sont représentés face aux cartouches de 76 pharaons d’Égypte qui les ont précédés.

Fils de Séti Ier et petit-fils de Ramsès Ier, son nom signifie « engendré par Rê ». Il est le plus célèbre de tous les pharaons égyptiens. Monté jeune sur le trône, il fit de nombreuses campagnes militaires en Palestine et en Syrie (bataille de Qadesh).
Son activité de bâtisseur fut considérable. Il ne saurait être question d’énumérer tous les monuments que nous connaissons de lui depuis la Méditerranée jusqu’à Napata. Mais la salle hypostyle de Karnak et les deux temples d’Abou Simbel, qui joignent à des proportions colossales une finesse pleine de charme, méritent d’être signalés.

Son père, le roi Sethnakht, dont le règne est très court, lui laisse un royaume en proie à des convulsions intérieures et à de nombreuses menaces extérieure. Il lui faudra quatre campagnes militaires pour venir à bout des Peuples de la Mer, campagnes que l’on connaît par les bas-reliefs de son temple de Medinet Habou, imposant sans doute, mais lourd.
Une conspiration troubla son règne. Nous avons conservé une partie des pièces du procès qui suivit. Elles nous donnent une triste idée de la corruption qui commence à envahir la société égyptienne.

Fille de Thoutmosis Ier et de la reine Ahmès, Hatchepsout épouse son demi-frêre Thoutmosis II, avant d’usurper le pouvoir de Thoutmosis II en s’emparant de la titulature de Pharaon et de régner comme un homme.
On lui doit la construction d’un magnifique temple à Deir el-Bahari, sur la rive gauche de Thèbes.

Quel destin extraordinaire que celui de la dernière souveraine d’Égypte ! Cléopâtre VII, la plus célèbre, aussi bien par sa beauté et son intelligence que par ses amours avec les puissants du moment (César, puis Antoine), qui lui permirent de sauver son trône. Antoine ayant été vaincu en 31 par Octave à la bataille navale d’Actium, elle s’enfuit avec lui en Égypte où ils se suicidèrent : elle s’empoisonnat ou, selon la légende, se fit mordre par un aspic.

La population est constituée de cinq classes distinctes : la famille royale ou les proches du roi, la noblesse (prêtres, militaires et hauts fonctionnaires), les bourgeois (commerçants et artisans), les paysans et les esclaves. La famille royale et les proches du roi sont l’élite aristocratique de l’Égypte qui conseillent et forment la véritable cour du pharaon. Ils dominent directement la noblesse qui est un corps très hétéroclite et perméable dans la mesure où tout roturier peut y accéder s’il a su se faire remarquer par des actes de bravoure au combat ou s’il a particulièrement bien rempli la mission qu’on lui a confiée. Les scribes ont pourtant un statut privilégié. C’est leur éducation qui leur permet de prétendre à la noblesse. Ils font partie du cercle restreint des lettrés (1 % de la population) et passent leur temps à faire l’inventaire des greniers et des provisions en tout genre. Ils sont les véritables fonctionnaires de l’État égyptien.
Les bourgeois, eux, n’ont souvent aucun contact avec les classes précédentes qui les méprisent, et s’affairent dans leurs échoppes ou dans leurs ateliers (sculpteur, orfèvre, graveur, forgeron, etc.). Le commerce semble très prospère et la richesse personnelle un but très recherché.
La majorité de la population est composée de paysans qui sont attachés à une terre et appartiennent soit au clergé, soit au pharaon directement. Ils labourent à l’aide d’araires tirées par des bœufs, ensemencent puis tassent la terre par le passage d’oies ou d’animaux plus « lourds ». Ils pratiquent également l’élevage et s’essaient, lors de grandes chasses, à la domestication d’espèces encore sauvages (hyènes, gazelles, etc.). Leur alimentation de base est faite de pain, de fruits (datte, figue), de légumes (courge et manioc), de pâtisseries au miel et de bière qu’ils considèrent comme un cadeau des dieux. Lors de fêtes ou de grandes occasions, ils tuent un canard ou un bœuf, mais leur préférence va à l’oie.
Les esclaves sont des prisonniers de guerre. Ils ne peuvent être libérés mais leur statut diffère de loin de ceux habituellement connus. Certains textes témoignent d’esclaves parvenus à de hautes fonctions au sein de l’État qui dirigeaient eux-mêmes des Égyptiens. Il arrive souvent qu’à leur mort leurs enfants « égyptianisent » leur nom et deviennent à leur tour des hommes libres.
Maât est une divinité importante de l’Égypte ancienne, notamment, de la Vérité et de la Justice, incarnée sous les traits d’une femme portant une plume d’autruche (rectrice) et parfois symbolisée par cette seule plume. Maât représente l’ordre universel, le premier devoir du pharaon étant de faire respecter la loi de la maât dans tout le royaume. Cette loi est d’ailleurs appliquée au nom de la Maât, et les juges sont les prêtres porteurs de son emblème. Voici l’enseignement du vizir Isei à son fils, qui donne une bonne idée de ce que en quoi peuvent consister les devoirs d’un juge :
[…] Pratique la justice et tu dureras sur terre. Apaise celui qui pleure ; n’opprime pas la veuve ; ne chasse point un homme de la propriété de son père. Ne porte point atteinte aux grands dans leurs possessions. Garde-toi de punir injustement. |

Après le pharaon, le vizir est le chef suprême des tribunaux, mais il ne traite sans doute que les cas les plus graves ; les autres peuvent être réglés par un conseil local chargé des conflits liés à la propriété privée et à des remboursements non honorés.
La Maât joue un rôle essentiel aussi dans l’au-delà, puisque c’est la plume placée sur l’un des plateaux de la balance où est pesé le cœur du défunt qui permet de reconnaître si celui-ci est ou non « conforme à la maât ».

Le roi occupe le sommet de la hiérarchie sociale et détient tous les pouvoirs. Chef de l’administration, de la justice, du clergé, il prend aussi la tête de l’armée dans les batailles ; il est aussi le régulateur du commerce et des approvisionnements en nourriture.
Viennent ensuite les membres de la famille royale, puis les grands prêtres, les nobles, les conseillers, les scribes qui observent et consignent tout par écrit, et enfin les fonctionnaires.

Le premier d’entre eux, le vizir, nommé par le souverain et assisté du directeur du trésor (responsable des finances), a une fonction comparable à celle d’un Premier ministre d’aujourd’hui ; il supervise l’ensemble des charges et fait, chaque jour, directement ses rapports au roi, non sans avoir consulté au préalable ses ministres, la Haute et la Basse-Égypte étant administrées séparément. Il est responsable à la fois de la justice, des finances, des travaux publics, des archives royales, du déplacement des armées… Maître d’œuvre de la politique du pays, il semble doté de compétences universelles. La tradition prête ainsi au grand Imhotep, vizir du Roi Djoser, des qualités d’architecte (il dessina les plans de la pyramide à degrés), de savant et même de médecin. Ce qui lui valut d’être l’objet d’un culte jusqu’à l’époque hellénistique où il fut assimilé à Esculape.
L’Égypte ancienne se divisait en 42 provinces ou « nomes »,comme les Grecs les appelaient, régies par des gouverneurs, les « nomarques ». Il y en avait 22 en Haute-Égypte et 20 en Basse-Égypte. Le Fayoum et les autres oasis ne faisaient pas partie du système des nomes.
Le système des nomes est attesté dès les débuts de l’Ancien Empire, sous la IIIe dynastie. À cette époque, le nomarque type semble avoir commencé sa carrière en servant dans différents nomes, ou dans d’autres secteurs de l’administration publique. En tant que fonctionnaire royal, il était enterré au cimetière de la capitale, Memphis.
À partir de la Ve dynastie toutefois, certains nomarques sont attachés à un nome particulier, où ils vivent et seront ensevelis. Cette tendance à la décentralisation, jointe au droit acquis par certaines familles de gouverner leur province, se généralisera vers la fin de la VIe dynastie. Par la suite, de plus en plus de gouverneurs prendront ce qui deviendra le titre caractéristique des nomarques : « grand chef du nome X ». Leurs tombeaux impressionnants, situés de plus en plus souvent en Haute-Égypte et en Moyenne-Égypte, au lieu de la banlieue de Memphis, reflètent leur puissance et leur quasi-indépendance, en parfait contraste avec les maigres vestiges que laissent les rois contemporains, entre la fin de la VIe et la VIIIe dynastie. Cela illustre une évolution propre à l’Égypte archaïque : les fonctionnaires royaux deviennent, pour quelque temps, une noblesse héréditaire.
Sous les nobles et les grands fonctionnaires se trouvent les artisans spécialisés, puis les paysans qui forment la majorité de la population, travaillant la terre selon un cycle annuel strict.
À l’issue des deux premières dynasties, l’Égypte constitue une société prospère, efficace, très hiérarchisée.
L'astronomie, dans un monde aussi religieux et superstitieux que celui des Égyptiens, était à la base du fonctionnement de leur société. Les connaissances astronomiques des Égyptiens sont loin d'être négligeables, sans pourtant égaler celles des Babyloniens. Ils ont laissé des cartes célestes, peintes ou gravées au plafond des tombes et des temples ; des tables datées relatant la succession des constellations nocturnes (décans), quelques traités astronomiques, appartenant surtout aux dernières périodes de leur civilisation ; enfin leur littérature religieuse, leur division du temps, leur calendrier (voir ci-dessous), témoignent de l'attention qu'ils apportèrent à l'étude des mouvements célestes. Ils avaient ainsi déterminé, après plusieurs expériences différentes, une année remarquablement précise ; ils divisèrent le jour et la nuit en douze heures. Ils distinguaient, dans le ciel, cinq planètes (« les astres qui ignorent le repos »), auxquels ils avaient donné des noms : Mars est ainsi « l'Horus rouge », ce qui correspond à une observation exacte. Leurs constellations sont, pour nous, très malaisément identifiables : ils groupaient les étoiles autrement que nous le faisons à la suite des Babyloniens ; on a cependanr reconnu la Grande Ourse (« la jambe de bœuf »), le Cygne (homme aux bras étendus), Orion, l'étoile du Sud, Cassiopée (personnage aux bras tendus), et quelques autres groupement stellaires, Sirius (qu'ils appelaient Sothis) joue un grand rôle dans nos calculs chronologiques, puisque son lever « héliaque » nous aide à évaluer le décalage progressif qu'entraînait dans leurs saisons l'insuffisance de leur calendrier de 365 jours.

L'orientation jouait un rôle important dans leur vie religieuse ; les scènes de fondation figurées sur les murs des temples nous montrent que toute construction religieuse commençait par une visée astrale, qui déterminait l'orientation du temple à bâtir. Les pyramides, les divers sanctuaires épars au long de la Vallée, étaient orientés, mais les relevés sont encore insuffisants pour que nous puissions tirer de ces faits des conclusions assurées.
Ils semblent avoir assez mal reconnu les phénomènes celestes ; ils avaient noté les éclipses (« rencontres du Soleil et de la Lune ») : on rapporte que c'est un prêtre égyptien qui expliqua aux soldats terrorisés d'Alexandre en quoi consistaient les éclipses. Les textes font encore allusion au phénomène de « six corps célestes fulgurants », dont on ne peut dire s'il s'agit de météores ou d'une constellation spécialement brillante dans le ciel africain. Enfin ils ont noté, comme un miracle quelque peu effrayant, l'apparition sous Thoutmosis III, d'un corps céleste étincelant, venant du ciel du Sud, qui pourrait être la comète de Halley.
L’année égyptienne, qui débutait avec la crue du Nil à la mi-juillet, était une année solaire de trois cent soixante-cinq jours répartis en trois saisons de quatre mois comptant trente jours chacun, plus cinq jours complémentaires dits épagomènes. Les Égyptiens n’avaient pu déterminer que l’année comportait en réalité trois cent soixante-cinq jour un quart, n’ajoutant donc pas tous les quatre ans un jour supplémentaire compensatoire, ces cinq jours ajoutés permettaient de rétablir l’équilibre avec l’année solaire. Ces jours étaient considérés comme néfastes et correspondaient aux anniversaires d’Osiris, de Seth, d’Isis, de Nephthys et d’Horus entre le 14 et le 18 juillet (dans le calendier grégorien). L’absence d’année bissextile aboutit à la prise d’un jour de retard tous les quatre ans, contribuant au décalage progressif du calendrier.
Chaque jour durait vingt-quatre heures. Ce furent les astronomes hellénistiques qui subdivisèrent l’heure en soixante minutes en s’inspirant du système sexagésimal d’origine babylonienne.
Les trois saisons du calendrier étaient liées au cycle agricole : akhet (littéralement « inondation ») durait de la mi-juillet à la mi-novembre, elle était suivie de péret (au sens propre « saison de la sortie et de la germination », correspondant à l’hiver) entre la mi-novembre et la mi-mars et de chémou (littéralement la « saison de la chaleur », désignant l’été) de la mi-mars à la mi-juillet. Les mois de l’année civile ne possédaient pas de nom spécifique, mais étaient désignés par leur numéro d’ordre dans une saison donnée. En revanche, dans l’année religieuse, chaque mois portait le nom de sa principale fête, particularité qui se retrouva dans les noms des mois du calendrier copte.

Durant toute son histoire, l’Égypte fut une grande puissance commerçante et ses tractations s’étendirent sur une vaste région. Les routes terrestres étaient protégées par de puissantes forteresses. Pendant tout le règne des pharaons, l’Égypte contrôla le commerce palestinien et syrien, et, au sud, la Nubie demeura presque sans cesse sous sa domination pendant huit siècles. La Nubie était pour l’Égypte la source la plus importante de ressources minières (cuivre, argent, or, diorite, améthyste) et de produits rares et luxueux (ivoire, ébène, peaux de panthère, plumes d’autruches…).
Le Nil coule du sud au nord vers la Méditerranée où il se jette après un large delta. C’est autour de ce fleuve, vital pour le pays, que s’organise tout naturellement la vie économique et se concentrent les villes et les villages.
Principale voie de communication, le fleuve sert au transport des marchandises, des bestiaux et des personnes. Très tôt, les techniques de construction navale se développent et la felouque (embarcation à voile tirée de la rive par des animaux ou des hommes) est le seul moyen de communication, du fait de l’absence de réel réseau routier.
Le commerce était fondé sur l’échange et avait lieu tant à l’intérieur du pays que hors de ses frontières. Les routes terrestres étaient protégées par de puissantes forteresses.
En matière de commerce intérieur, les échanges étaient réduits, dans la mesure où tous les produits indispensables à la subsistance (aliments, boissons) et à la survie (vêtements, chaussures…) étaient fournis par les patrons à leurs employés et constituaient leurs salaires. En considérant globalement l’Égypte ancienne, il apparaît que, hormis de rares périodes particulièrement difficiles dues à des problèmes de crue ou de gestion, les ressources du sol et du sous-sol suffisaient pour faire vivre la population égyptienne.
Pour ce qui est du commerce extérieur, l’Égypte, fameux « grenier à blé », exportait ses surplus à l’étranger, à ses alliés mais aussi parfois à d’anciens ennemis. Pendant tout le règne des pharaons, l’Égypte contrôla le commerce palestinien et syrien, et, au sud, la Nubie demeura presque sans cesse sous sa domination pendant huit siècles. La Nubie était sa source la plus importante de ressources minières et de produits rares et luxueux. L’Égypte s’approvisionnait en matériaux qui lui faisaient défaut, à commencer par le bois, dont l’essence varia au fil du temps : cyprès et pin d’Alep, cèdre du Liban à l’époque prédynastique ; sapin à l’Ancien Empire et if au Moyen Empire. À partir du Nouvel Empire, les bois importés furent d’une grande variété. Parmi les autres matériaux importés, on trouvait essentiellement du cuivre ainsi que des pierres précieuses et semi-précieuses, même si le sous-sol du pays en était déjà très riche.




Les ressources économiques du pays provenant essentiellement de l’agriculture, le Nil apporte l’eau indispensable à l’exploitation des terres qui souffrent d’un climat très peu pluvieux.
L’année du fermier égyptien commençait en septembre, lorsque la crue du Nil amorçait son retrait, laissant derrière elle ce riche limon noir qui fertilisait le sol. Celui-ci était labouré au moyen de charrues de bois traînées par des bœufs. En novembre, toutes les semailles étaient achevées : du blé pour faire du pain et pour engraisser le bétail (il n’y avait pratiquement pas de pâturages et presque tous étaient situés dans la région du Delta), de l’orge pour faire de la bière, du raisin pour faire du vin. Les Égyptiens faisaient aussi pousser des fruits et des légumes, et du lin pour fabriquer des tissus.
Les cultures étaient arrosées grâce à un système de canaux d’irrigation spécialement creusés à cet effet. En mars et avril la récolte était prête à être moissonnée. Le grain était battu et emmagasiné. Le sol était si fertile qu’il autorisait parfois deux récoltes avant fin avril. Là, commencait la saison chaude et le fleuve lui-même diminuait jusqu’à tarir. Dès lors, jusqu’à fin juin, les paysans réparaient les canaux, les digues et les bassins destinés à irriguer leurs champs, de façon que tout soit prêt pour la nouvelle crue de juin. Pendant que le pays était inondé, les hommes travaillaient à la contruction des temples et des tombeaux royaux.
Les égyptiens avaient aussi des moutons, des chèvres, des porcs, des oies, des canards, des ânes et plus tard des poules. Comme aujourd’hui, on trouvait aussi des chats et des chiens qui étaient déjà des animaux familiers. Le cheval n’apparut qu’au moment de l’invasion Hyksôs.
Les rois d’Égypte étaient des souverains absolus. Pharaon était propriétaire de toutes les terres et les paysans devaient lui donner une partie de ce qu’ils récoltaient. Une armée de fonctionnaires et de scribes fixait le montant exact de ce que chaque fermier devait au pharaon. Les moissons et le cheptel étaient alors emmagasinés dans les vastes entrepôts qui entouraient le palais royal. Au moyen de ces riches tributs, le pharaon payait ses fonctionnaires et ses armées et finançait des vastes plans d’irrigation.
Dans l’Égypte antique, l’art était considéré dans une optique différente de la nôtre, et cela pour deux raisons principales. D’abord, il exercait une fonction magique et religieuse, et les objets créés devaient obligatoirement être conformes aux attentes précises des commanditaires (essentiellement les rois, les centres religieux et les plus hauts dignitaires) - l’innovation, l’initiative personnelles étaient tout à fait inconcevables. Ensuite, il n’existait pas de distinction entre artistes et artisans, mais des différences de statut - il suffit de penser aux privilèges accordés aux artisans de Deir el-Medineh.
Les artisans étaient des personnages essentiels de la société égyptienne et bénéficiaient d’un statut élevé ; leur talent était tenu en haute estime et dûment rémunéré. Dans plusieurs villes, les fouilles ont mis au jour un quartier qui leur était réservé (comme à Amarna) et, au sein de ce quartier, ils se regroupaient en corps de métiers. Dans l’Égypte ancienne, la création se fondait sur un travail d’équipe d’artistes aux spécificités variées.
Il y avait donc des maçons, des charpentiers et menuisiers, des potiers, des bijoutiers, des spécialistes du métal, du verre et du tissu. Une part de leur production servait dans la vie quotidienne, l’autre faisant l’objet de commandes royales, religieuses ou de riches dignitaires de l’État.
Le cuivre fut le premier métal à être exploité. Il y a de nombreux gisements de minerais de cuivre en Égypte qui, tous, furent exploités dès l’Antiquité. Pendant longtemps, la production égyptienne suffit aux besoins encore faibles d’une population restreinte. Si la fonte du métal exista, semble-t-il, assez tôt, les soufflets remplaçant les tiges de roseaux évidées n’apparurent pas avant le Nouvel Empire. Le cuivre servit à fabriquer des outils ainsi que des armes, et de rares exemples de statues de bronze de l’Ancien Empire sont connus.

Les maçons utilisaient surtout le calcaire, le grès et le granit, même si l’albâtre, le basalte et le quartzite servaient aussi. La qualité du travail du bois augmenta avec la mise au point d’outils de cuivre dès le début de l’époque dynastique. Le charpentier disposait des outils suivants : hache, scie, herminette, ciseau, maillet, fil à plomb, poinçon et foret - le rabot n’existait pas. Des techniques de construction complexes - queues-d’aronde, système des tenons et mortaises - étaient employées.
L’appellation « faïence égyptienne », souvent usitée, prête à confusion dans la mesure où elle n’a rien à voir avec la faïence européenne qui dut son nom à Faenza, centre de fabrication de céramique renommé au XVe siècle. Dans l’Égypte pharaonique, il s’agissait non pas de céramique, mais de quartz aux surfaces vertes ou bleues obtenues à l’aide de composés cuivrés. Cette « faïence » fit son apparition au début de l’époque dynastique et se développa considérablement au fil des siècles, servant à la fabrication des bijoux, des amulettes, des plats…
Les bijoux égyptiens avaient une triple fonction : ornements, ils marquaient également le statut de leur possesseur et exerçaient souvent une action protectrice. Portés par les hommes et les femmes, les bijoux pouvaient prendre la forme d’anneaux, de bracelets, de boucles d’oreilles… Au fil du temps, les orfèvres travaillèrent avec des matériaux divers, façonnant des perles de faïence à l’époque prédynastique, des colliers de perles de lapis-lazuli ou de pierre polie à l’époque thinite, des fils d’or tressés et ornés de fleurs au Moyen Empire. L’art des bijoutiers connut son apogée au Nouvel Empire, comme en témoigne la richesse sans égale des bijoux de cette période, dont le trésor de Toutankhamon constitue d’exceptionnels exemples.
Riches et pauvres attachaient la même importance à la beauté et à la parure, et pas simplement par vanité. Tous avaient en effet besoin de se protéger du soleil, de la poussière et du vent. Ils élaborèrent alors toutes sortes d’huiles et d’onguents à partir d’extraits végétaux et animaux (excréments de chat, d’hippopotame ou de crocodile), qui servaient à adoucir la peau. Additionnées d’essences de fleurs, de fruits ou d’herbes, ces substances masquaient les odeurs corporelles. Elles étaient même devenues une telle nécessité qu’un jour où la livraison attendue n'était pas arrivée, les ouvriers de Deir el-Médineh cessèrent le travail !

Ceux qui pouvaient s’accorder le superflu vivaient dans le raffinement, ainsi que le montre cette peinture représentant le célèbre sculpteur Ipouy (deuxième à partir de la gauche) et sa famille lors d’un somptueux banquet. Son épouse, Duouameres (à gauche), lève la main pour saluer son fils et sa belle-fille (à droite). Bijoux, diadèmes et colliers de perles accentuent encore la blancheur de leurs vêtements de lin (à l’exception de ceux du jeune homme drapé d’une peau de léopard sacerdotale). Si les sandales étaient réservées aux hommes, en revanche, les perruques tressées surmontées d’un cône de suif parfumé à la myrrhe, étaient portées par les deux sexes. Dans la chaleur vespérale , la graisse fondait alors en couvrant visages, perruques et vêtements de fines gouttes au parfum envoûtant.
Le port de la perruque est de rigueur pour les hommes et les femmes riches. Faites de cheveux naturels, elle servaient à plusieurs fins. L’opiniâtreté des poux rendant difficile l’entretien des cheveux, nombreux étaient ceux qui les coupaient très courts ou qui se rasaient la tête à l’aide d’un rasoir en bronze (ci-dessus). Posées sur leur coussinet de fibres végétales, les perruques avaient l’avantage de tenir moins chaud que les cheveux et de camoufler calvities et cheveux gris. Ceux qui n’en portaient pas avaient probablement recours à un colorant fabriqué avec un mélange d’huile et de sang bouilli de chat ou de taureau noir, et avec, naturellement, l’incantation magique appropriée.

De la même façon, le maquillage des yeux avait l’avantage de les protéger du soleil et des insectes porteurs de maladies, d’embellir le visage et de plaire aux dieux. Hommes, femmes et enfants se fardaient pour accentuer le regard : ils soulignaient sourcils et paupières supérieures d’un trait gris de galena (poudre de plomb) et appliquaient sur les paupières inférieures de la malachite (carbonate de cuivre) d’un vert très profond. Ces cosmétiques élaborés à partir de minéraux réduits en poudre fine et mélangés avec de la graisse animale ou de l’huile végétale s’appliquaient avec un bâtonnet en bois ou en ivoire. Pour finir, ils poudraient leurs joues avec de poudre de coquelicot et peignaient leurs lèvres à l’hématite rouge (ocre rouge).
La majorité de la population ne portait qu’un simple pagne, ou même, pour les femmes, un unique cordon de lin noué autour de la taille. L’aristocratie soignait son apparence et suivait les modes.
Le pagne, vêtement de base, peut être plissé, à pans lisses, croisé devant, bouffant ou long (sous le genou). Les élégants rajoutent une chemise nouée au cou par un lacet, un fin manteau de lin et chaussent des sandales. Leurs femmes portent de longues robes moulantes, presque transparentes, tenues par deux bretelles. Au Nouvel Empire, elles optent pour des robes amples, plissées et munies de manches courtes.
Les bijoux sont nombreux : pectoraux, bracelets, anneaux de cheville et bagues en or, pierre semi-précieuses (lapis-lazuli) et corail.
Certains des maux dont souffraient les habitants de la vallée du Nil n’ont guère changé depuis. Des papyrus datant de 1500 av. J.-C. citent parmi les maladies les plus courantes : otites, indigestions, migraines, hernies, calculs biliaires et “brûlures anales” (probablement les hémorroïdes). Les anomalies observées dans certaines momies étaient typiques de la tuberculose, de la pneumonie et de la polio. Le taux de mortalité infantile était très élevé. L’espérance de vie moyenne était de 35 ans pour les hommes et de 30 ans pour les femmes. Ceux qui parvenaient à un âge avancé souffraient d’arthrose et de tumeurs osseuses.

brisons la glace !Photographies d’avant-bras fracturés datant de l’Ancien Empire. Un membre fracturé était enveloppé dans des charpies en fibres de palme et placé dans des attelles en écorce d’arbre.
À cette époque, nombreux étaient ceux qui croyaient que les désordres internes provenaient des intestins, et que les autres maladies étaient transmises par le vent ou causées par des puissances surnaturelles. En réalité, une mauvaise santé était due essentiellement à une mauvaise hygiène. Le trachome viral, par exemple, qui était une cause courante de cécité, se transmettait par les mains et par les insectes. Le ténia était transmis par les chiens, le bétail et tous les autres animaux infectés. Le sol souillé par les excréments animaux était porteur d’ankylostomes et d’ascaris, et dans les canaux d’irrigation, les eaux stagnantes renfermaient des trématodes qui provoquaient des douleurs intestinales et un dysfonctionnement rénal.

Pour prévenir et combattre la maladie, les Anciens Égyptiens avaient recours à toutes sortes de remèdes magiques. Le malade désireux de soulager sa peine avait le choix entre les guérisseurs, les conjurateurs, et les prêtres. Il y avait également ceux qui pratiquaient une médecine plus conventionnelle, les sou-nou qui avaient étudié dans les maisons de vie attachées aux grands sanctuaires. En y consultant les traités dans lesquels étaient exposés multiples sujets, ils avaient appris que le pouls était en relation avec le cœur (“il parle dans les vaisseaux de chaque membre”), mais également que le sang ainsi que le souffle, les larmes, la glaire, l’urine et le sperme circulaient dans le corps à travers un réseau de canaux reliés entre eux. Les traités d’anatomie dans lesquels l’homme était représenté avec des organes internes d’animaux montrent que la médecine égyptienne connaissait l’anatomie du corps humain non pas à travers la coutume de l’embaumement (qui en fait ne pratiquait aucune dissection), mais à travers la coutume des sacrifices d’animaux pratiqués par les bouchers des temples. Les médecins soignaient leurs patients en leur posant des questions, en palpant les points douloureux, en examinant les sécrétions, et même en sentant l’odeur des plaies. Leurs remèdes étaient à base d’aloès, d’ail, de miel, de plomb, de santal, de suie, de sperme, de bile de vache ou d’excréments animaux et humains. Les onguents et les cataplasmes préparés avec certaines de ces substances dégageaient une telle odeur, une fois appliqués, que le mal -ou le démon- était contraint d’aller chercher refuge ailleurs ! Au mieux, le traitement n’avait qu’un effet restreint ; au pire, il précipitait l’issue fatale !
Lorsque l’on observe les monuments de l’Égypte antique, il est rare de ne pas éprouver de la curiosité et de la fascination devant ces innombrables dessins, gravés selon un ordre régulier sur les parois, qui forment l’écriture hiéroglyphique. Inventée par les Égyptiens et utilisée pendant 3 500 ans environ, c’est une écriture sacrée réservée aux textes funéraires, religieux ou officiels, représentés sur les monuments (stèles, temples, tombeaux) et les statues. Les Égyptiens utilisaient le terme de medou-netjer, « parole divine », pour la nommer. Les 700 caractères figuratifs {ou pictogrammes) qui la composent s’inspirent principalement de représentations humaines ou animales, souvent des dieux assis ou debout, de plantes et d’objets de toutes sortes représentant des sons. Il s’agit donc d’une d’une authentique écriture, au sens moderne de ce terme.
Sans la découverte de la pierre de Rosette en 1799, dont l’intérêt réside dans la présence d’un même texte, un décret de Ptolémée V, reproduit en trois écritures différentes ; en effet, la fin du texte grec précise : « Que ce décret soit transcrit sur des stèles de pierre dure, en caractères sacrés (c’est-à-dire en hiéroglyphes), en caractères indigènes (à savoir en démotique, la langue vivante de l’époque) et en caractères grecs. » Cette dernière version pouvait donc facilement être traduite puis comparée au texte hiéroglyphique et, sans le talent linguistique de Jean-François Champollion, le secret des hiéroglyphes n’aurait peut-être jamais été levé.
| L’œil de la chance Pour conjurer le sort, les scribes incluaient souvent ce symbole dans leurs écrits. | Symbole du scribe | Exemples de hiéroglyphes | Le cartouche![]() Les noms des reines et rois égyptiens étaient inscrits dans un ovale, ou cartouche. Le cartouche était symbole de la puissance du souverain, signifiant qu’il régnait sur « tout ce que le soleil englobe ». C’est un français, Jean-François Champollion, qui, en 1822, décrypta le code de ces hiéroglyphes royaux. |
![]() Lire une stèle Un texte hiéroglyphique peut être lu de gauche à droite, de droite à gauche, ou de haut en bas. Des symboles ainimaux ou humains indiquent le sens de lecture. ![]() Stèle funéraire, vers 2250 av. J.-C. | |||

Cette forme d’écriture fut employée durant plus de 3 000 ans dans tout le Moyen-Orient par les Sumériens, les Assyriens, les Babyloniens et les Hittites. Elle était issue d’un système pictographique qui évolua progressivement vers une forme phonologique beaucoup plus élaborée. L’écriture est constituée de « coins » imprimés à l’aide d’un stylet. Progressivement, de nombreux symboles prirent un sens plus abstrait.
Jean-François Champollion, une passion égyptienneFigeac 1790 - Paris 1832Dans une bourgade du Lot, un gamin de neuf ans est fasciné par l’expédition menée par le jeune général Bonaparte. Dans cette contrée lointaine, des savants de l’expédition ont recopié les signes mystérieux de l’écriture égyptienne - les hiéroglyphes, dont la signification est perdue depuis quinze siècles - et les ont ramenés. Le gamin ne sait pas encore qu’il leur consacrera sa vie. À 10 ans, il lit Virgile en grec ! ![]() Jean-François Champollion « Je suis tout à l’Égypte, elle est tout pour moi », disait le déchiffreur des hiéroglyphes Jean-François Champollion, considéré comme le père de l’égyptologie. Champollion se passionne d’abord pour la langue copte, qu’il considère comme une forme tardive de la langue parlée dans l’ancienne Égypte. Il reprendra ensuite avec succès, à partir de 1802, les études menées sur le système d’écriture hiéroglyphique à partir duquel il constituera un dictionnaire et une grammaire encore en usage aujourd’hui. « C’est un système complexe, une écriture tout à la fois figurative, symbolique et phonétique dans un même texte, une même phrase, je dirais presque dans un même mot », écrivait-il pour parler de sa découverte. | ||
Dans le royaume d’Égypte, la majorité de la population était analphabète, acquérir l’écriture, c’était pour les Égyptiens la certitude d’atteindre une position sociale enviable, échappant aux durs labeurs du champ ou de l’atelier. Par ailleurs, les nécessités de l’administration impériale incitèrent très tôt les autorités de l’État à organiser un système éducatif à l’échelle nationale. Les enfants commençaient leur apprentissage vers 5 ou 6 ans et rejoignaient l’école, un simple enclos en plein air, qui dépendait le plus souvent d’un temple. Lors de leurs fouilles, les archéologues ont pu retrouver des ostraca et des papyrus, véritables « cahiers d’exercices » des enfants d’alors. Les élèves s’exerçaient sur des tessons de poterie où ils reproduisaient entre des lignes soigneusement tracées les textes que leurs maîtres leur proposaient comme modèle. Ils apprenaient également l’arithmétique, discipline indispensable à un bon fonctionnaire. S’ils poursuivaient leurs études, les jeunes Égyptiens apprenaient les textes littéraires classiques, ainsi que les langues des pays étrangers.
Les plus doués d’entre eux étaient admis à rejoindre l’administration royale ou directement auprès des pharaons, sans doute à l’issue de concours, formant ainsi une classe sociale privilégiée et puissante. Ils tenaient des postes importants car tous les domaines dans l’organisation du royaume nécessitaient la production de documents écrits. Les scribes avaient même leur propre dieu de l’Écriture et du Calcul : le dieu Thot, représenté avec une tête d’ibis.

L’un des avantages tirés par l’Égypte de sa position géographique unique fut une sécurité relative. Les tribus nomades des déserts s’étendant des deux côtés de la vallée du Nil cessèrent vite d’être une menace pour la civilisation égyptienne. L’expansion coloniale de la XIIe dynastie se traduisit par des campagnes militaires et la construction de forteresses en Nubie, mais il fallut attendre la XVIIIe dynastie pour que l’Égypte rencontre une véritable résistance, lorsqu’elle se heurta militairement aux peuples du Proche-Orient pour la conquête de la Syrie et de la Palestine.
Le mot méchah, armée, s’appliquait à l’origine aussi bien aux armées qu’aux expéditions pacifiques pour l’exploitation de minerais : l’appellation « forces de sécurité » serait une meilleure traduction.
Sous l’Ancien Empire, lorsqu’il y avait péril, on rassemblait un corps de troupe pour renforcer les unités permanentes, spécialisées. Il n’en fut pas de même pendant la première période intermédiaire : l’instabilité des temps fit que les nomarques créèrent leurs propres armées et qu’on recruta des mercenaires non égyptiens. Sous le Moyen Empire, les unités militaires étaient déjà bien organisées et étaient aidées en cas de besoin par des milices locales. L’armée était principalement constituée d’infanterie, qui comprenait aussi les équipages des bateaux. Lors de la Deuxième Période Intermédiaire et sous la XVIIIe dynastie, les armes, l’organisation militaire (apparition des chars, répartition des fantassins en compagnies de deux cent cinquante hommes commandées par un porte-étendard), la stratégie et la tactique se développèrent beaucoup. L’armée de métier et les officiers de carrière commencèrent à jouer un rôle important en politique intérieure. On vit un général, Horemheb, prendre le pouvoir après le règne de Toutankhamon. Après lui, ce fut un mimlitaire de carrière, Ramsès Ier, qui devint roi et fonda la XIXe dynastie. Pendant la période dite tardive, le noyau de l’armée égyptienne fut formé plutôt de mercenaires que de troupes locales et joua encore un grand rôle. C’est elle qui rencersa Apriès pour donner le trône à Amasis. On voit que l’élément militaire eut une réelle importance dans la politique égyptienne à l’époque récente.
Dès l’époque ancienne, les Égyptiens utilisèrent deux sortes de massues en pierre emmanchées avec du bois. L’une avait une forme tronconique aplatie, l’autre une forme de poire. Cette dernière a survécu rituellement jusqu’à la Basse Époque dans le geste fait par le roi pour assommer les prisonniers. Ce n’était plus qu’un symbole de domination. L’Égypte connaissait aussi lance, hache, poignard et arc (la plus importante arme à longue portée) qui demeurèrent en usage durant toute son histoire. Une sorte de poignard recourbé muni d’un manche appelé khopech est caractéristique. La plupart de ces armes étaient en cuivre, après avoir été taillées dans le silex. Les armes en fer, même à la XVIIIe dynastie, n’étaient pas très abondantes. Le poignard en fer de Toutankhamon était chose précieuse, comme son poignard d’or. Ils possédaient aussi des carquois et des boucliers en peau, comme on le voit sur les statuettes de soldats d’Assiout au Moyen Empire. La cuirasse et le casque ne furent utilisés que tardivement et empruntés à l’Asie. À la XVIIIe dynastie, ils empruntèrent aussi le char de combat qui joua un grand rôle dans les batailles, à partir de ce moment.
Si les différences entre la maison de la grande et de la petite bourgeoisie sont importantes, il n’en est pas de même en ce qui regarde la famille.
Dans l’ancienne Égypte, elle est monogamique ; seul le pharaon se permet un ou plusieurs harems (comme les princes et les puissants des derniers siècles) mais sans que cela entache le moins du monde les rapports entre mari et femme.
L’usage est le lien familial profondément ressenti même lorsque l’autorité paternelle fait place à une égalité de devoirs et de droits entre les composants de la famille. En effet, en 2700-2500 av. J.-C., lorsque pour la première fois dans l’histoire, à la puissance paternelle et au droit d’aînesse on substitue l’égalité de tous les droits, la mère reste toujours la déesse du foyer domestique c’est-à-dire « la déesse Isis de la maison » ; le respect mutuel se renforce ; le « respect du père » et l’affection filiale pour la mère sont les vertus cardinales qui subsistent aux siècles suivants.
Exceptés les manquements et les carences morales de quelques-uns, carences qui appartiennent à l’humanité de toutes les époques, ces idéaux et ces principes moraux étaient communs à tous, même au pharaon ; tous devaient en rendre compte dans l’au-delà, dans le jugement de l’âme à laquelle tous croyaient fermement.

On rappelle à l’époux : Si tu es sage, reste chez toi, aime tendrement ton épouse, nourris-la et habille-la bien, mais comble-la de caresses et satisfais ses désirs. Si tu t’en éloignes ta famille se désunira, au contraire ouvre-lui tes bras, appelle-la, montre-lui toute ton affection. »
À partir de 2400 av. J.-C. nous voyons des scènes peintes où l’épouse est toujours auprès de son mari, avec tous leurs enfants, même lorsqu’il reçoit ses propres employés, lorsqu’il assiste à des fêtes et des danses, et lorsqu’il va à la pêche avec son harpon le long du Nil ou à la chasse avec son boomerang dans les marais et aux confins du désert. Nous voyons, à la fin de la journée, les époux jouer ensemble aux échecs. Même là où le pouvoir tribal reprend le dessus et où l’épouse est moins influente, un lien de tendre affection unit les deux époux, partageant ce grand amour qui attache Isis à Osiris.
Cette union sacrée familiale atteint à des sommets de très grande humanité avec la révélation d’Akhénaton (1372-1354 av. J.-C.), qui deviendra lui-même, avec sa famille idéale, un exemple pour tous, un témoignage visible de l’amour universel d’Aton situé dans la famille. Donc un lien divin qui unit toutes les familles entre elles et à celle du pharaon.
Cinq cents ans plus tard toute cette spiritualité s’affaiblit et l’unité familiale ne subsiste que pour des intérêts économiques et circonstanciels. Le mariage devient un simple contrat entre le père de la fiancée et le futur époux puis entre les intéressés directs eux-mêmes. Un contrat préliminaire dans lequel sont même précisées les clauses d’indemnité en cas de divorce. En effet, pour sa propre part l’époux précise : Je t’ai prise pour épouse, tu m’as apporté de l’argent, si je te quitte et te déteste je te rendrai cet argent, plus le tiers de ce que j’aurai gagné avec toi.
L’épouse répond : Tu as fait de moi ton épouse, tu m’as donné de l’argent ; si je t’abandonne et aime un autre homme, je te restituerai ce que j’ai reçu et ne réclamerai rien de ce que j’aurai gagné avec toi.
Ils sont bien loin, maintenant, les temps où l’épouse était pour l’homme un champ fertile, la bénédiction de la maison
(Ptahhotep, 2500 av. J.-C.) ; il reste le respect, la courtoisie, mais l’amour vivifiant d’Isis et d’Osiris devient de plus en plus incompréhensible et irréalisable même dans le pays du Nil.
Toutes les peintures exécutées durant la brève période atonienne décrivent des scènes de la vie familiale du « Pharaon hérétique ». Nous le trouvons constamment représenté avec son épouse Néfertiti, la « belle qui vient ici », et ses filles (par ordre de naissance : Mérit-Aton, Maket-Aton, Ankh-Senpa-Aton, Néfer-Aton, Néfer-Rê, Sétépen-Rê).

Ce n’est plus la figure dominante du Pharaon, mais le couple royal porteur de la divinité elle-même et dont les liens familiaux sont cimentés par une tendresse constante. Ces sentiments sont révélés à travers le réalisme puissant de l’art nouveau. Nous les voyons bavarder, recevoir, jouer, monter en char, adorer le Dieu Unique, toujours ensemble. Une telle affection se propage partout, et lorsque la famille royale se montre à la loggia pour dispenser ses dons, elle incarne le message de l’amour divin de la famille universelle qui lie chaque famille à Dieu.
À peine son prophète est-il mort que ce lien universel disparaît rapidement. La personne du roi redevient inaccessible et détachée de ses familiers. Avec les mêmes signes de l’effondrement final, coutumes étrangères et crises sociales et religieuses participent à l’affaiblissement du lien affectif et religieux de la famille.
Les Égyptiens aimaient toutes sortes de distractions : jeux de hasard ou d’adresse, fêtes, etc. On sait peu de choses des loisirs des classes populaires, en dehors des fêtes religieuses, occasion d’amusements profanes. Les nobles, quant à eux, s’adonnaient de temps en temps à la chasse, ou se délassaient auprès de musiciennes et danseuses de leur harem. Musiciens et danseurs se produisaient aussi lors de banquets funéraires ou profanes. C’étaient des professionnels : rarement un Égyptien de bonne condition s’adonnait lui-même à ces activités pour son plaisir.

Jouant de la harpe ou soufflant dans de longues flûtes, les musiciens accompagnaient soit un chanteur, soit un groupe de danseuses. Les garçons, de leur côté, pratiquaient la lutte, qui était peut-être autant un entraînement militaire qu’un divertissement, mais aussi la chasse et la pêche, le lancer du javelot ou celui des pierres.

Connu depuis l’époque prédynastique, il fut très pratiqué à partir du Nouvel Empire. On a comparé le jeu de senet au jeu de dames ; il s’agit d’une simple ressemblance car on en ignore les règles précises. Il se jouait à deux avec des pions sur un damier de trente cases (dix en longueur sur trois en largeur). Pendant l’Ancien Empire, chaque joueur disposait de sept pions noirs ou blancs, qui se réduiront à cinq sous le Nouvel Empire. À partir de la XVIIIe dynastie, les théologiens égyptiens lui donnent une implication religieuse : on cherchait à gagner sa propre justification dans l’au-delà.

Le jeu de mehen, attesté dès la préhistoire égyptienne, se jouait sur une table ronde représentant un serpent enroulé sur lui-même dont le corps était divisé en cases, la tête étant au centre. Les joueurs se servaient de pions en forme de lions couchés et de billes. Ce jeu aurait une signification symbolique : il dériverait des anciennes techniques utilisées pour la chasse au lion, où une fosse était creusée, dissimulée par une trappe sur laquelle on plaçait un cadavre de serpent servant d’appât pour les lions. Dans le jeu, le serpent attrapait en quelque sorte les lions figurés par les pions. Le but du jeu est d’être le premier à faire parcourir, à tous ses pions, le serpent de la tête à la queue.
Le lecteur se tue à abréger ce que l’auteur s’est tué à allonger. | ||
| Montesquieu (1689-1755) |


Tout d’abord, merci du compliment !








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