Immortelle Égypte, don du Nil, bénie des dieux, berceau des fils de Rê.  Archives  Liens  FAQ  Papyrus d'or 
Introduction


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Introduction

Seule l’Égypte antique répond à un triple phénomène, auquel elle doit sa très originale longévité. Créé de toutes pièces par l’accumulation de terres véhiculées dans une gigantesque inondation annuelle, le pays ainsi formé s’est développé tout au long d’un unique fleuve. Enfin, du plus lointain des âges, les racines de son exceptionnelle civilisation s’étaient définitivement implantées ; les Égyptiens leur demeurèrent miraculeusement fidèles pendant des millénaires.

Dès les premiers balbutiements de l’art et de l’écriture, le style était né, qui ne se départit jamais de la loi ainsi établie. Tout fut évolution et non transformation ou reniement. À l’aube de l’âge historique, concrétisé par ce que les Égyptiens appelèrent, bien plus tard, la première des trente dynasties de cette fabuleuse histoire, tout était réellement en place après la longue et régulière maturation de la préhistoire créatrice.

Tout est aussi déjà « codifié » sur la célèbre palette en schiste du roi Narmer (musée du Caire), où le premier des souverains historiques du Double Pays figure en vainqueur de celui qui tenta d’attaquer l’Égypte. Composition déjà symbolique, évoquant le souverain coiffé de la couronne blanche de Haute-Égypte, levant un bras puissant pour affronter l’image du mal, de la perturbation. Jusqu’à la dernière dynastie indigène, ce tableau subsiste et ne manque pas d’être adopté par les Ptolémée et les César, derniers conquérants du pays à l’époque du christianisme naissant. Cet extraordinaire sens de la continuité constitue bien une des caractéristiques de la civilisation égyptienne et se perpétuera siècle après siècle.

De grandes périodes regroupent les étapes d’une constante et riche évolution, toujours fidèle à la loi des « premiers jours », parfois même fermée à l’influence du monde extérieur, à l’exception de quelques incursions vers le grand sud et de rares échanges avec les proches voisins de l’est méditerranéen. C’est le fait des deux premiers Empires : l’Ancien et le Moyen.

À la fin de cette dernière période de forte évolution interne, la victoire sur une occupation étrangère, celle des Hyksôs venus de l’est (mais non encore complètement identifiés), permit à l’Égypte de s’ouvrir réellement vers les pays du Moyen Orient. Les souverains durent, alors, se prémunir contre de nouvelles invasions et pénétrer chez certains voisins belliqueux. Cependant la politique des pharaons ne fut jamais fondamentalement avide de conquête, mais avant tout préventive. L’Égyptien, à l’esprit pacifique, considéra toujours la guerre comme un « jour de malheur », mais toujours aussi il défendit avec acharnement son sol très aimé. Nationaliste, il ne fut jamais xénophobe et sut accueillir l’Étranger, et son travail, jusqu à en faire un libre sujet de Pharaon.

Pendant plus de trois millénaires - sous le sceptre des souverains dont l’autorité et l’esprit d’organisation assuraient au pays la survie contre les invasions, le désert et d’éventuelles mauvaises crues de son fleuve nourricier — l’Égypte apparut comme la première civilisation humaniste de la Haute Antiquité. Morale et sagesse lui étaient enseignées pour savoir aborder les humbles ou s’adresser aux puissants. Aucun sacrifice humain ne lui fut jamais imposé au nom d’une volonté divine aveugle. Tolérance, charité, loyauté lui furent perpétuellement dictées, bien que, inévitablement le pays subît au cours de quelques tragiques périodes, de cruels troubles.

Toujours le pays sortit de ces épreuves, acceptant la même férule monarchique, sous les mêmes lois équitables, nourri du même idéal d’équilibre. L’Égypte restera toujours, ou du moins fort longtemps encore, un objet d’étonnement et d’admiration grâce aux réalisations exécutées dès la haute époque — telles les grandes pyramides, à propos desquelles nos savants et nos techniciens les plus avertis ne peuvent encore apporter d’explications convaincantes. L’Égypte possédait déjà des architectes géniaux à l’aube de son histoire et avait su réunir toutes les ressources de sa science pour éterniser le règne du lointain Khéops.

Au Moyen Empire, la défense des frontières méridionales avait inspiré les bâtisseurs pour réaliser des ouvrages militaires dignes, toutes proportions gardées, de celles du grand Vauban.

Au Nouvel Empire, des compléments appréciables agrémentaient la vie, tels les précieux emprunts au Proche Orient. Ainsi, l’introduction du cheval et, par voie de conséquence, l’utilisation du char — en un mot : l’introduction de la vitesse - transforma la puissance de l’armée et constitua aussi un nouveau moyen de transport dans le pays où tout ou presque, dépendait du Nil, la grande et seule route navigable en Égypte — et le nourricier par excellence !



L'Égypte et les pharaons - Documentaire français
Old Vhsrip par Kropotkine - Durée 00:14:17


L’œuvre accomplie par les souverains est loin de nous être complètement parvenue, et la vie journalière n’est abordée que dans ses grandes lignes. Mais, lorsque au Nouvel Empire, les documents apparaissent plus nombreux, les textes, partiellement retrouvés, nous informent de le vie de certains souverains ou des mœurs du petit peuple. Alors, tel conte populaire nous enseigne l’histoire de Joseph et de Madame Putiphar, dont la Bible se fit le tardif écho. Ils étaient, en réalité, les héros du Conte des deux frères, du temps des Aménophis et des Ramsès !

Des documents sortis au cours des dernières décades de fouilles, des études récentes, des recherches historiques mieux menées, nous révèlent que l’Égypte sut aussi, lorsque besoin était, accepter naturellement une femme à la tête de son pays : ce fut Hatshepsout, le premier vrai Pharaon. Cette reine corégente ne fut jamais une marâtre à l’égard de son neveu Thoutmosis III, ni une usurpatrice, comme certains égyptologues ont pu le prétendre.

L’Égypte a toujours absorbé - ou rejeté - ceux qui l’ont envahie. Lorsque l’on considère les souverains, souvent d’origine étrangère qui, au début du dernier millénaire de son histoire, ont tenté de diriger le pays, les Libyens, les Soudanais, les Perses (à deux reprises), les Grecs et les Romains, ils n’ont pu réellement transformer le style de la vie égyptienne, ordonné par le Grand Maître du Double Pays, le Nil et son Inondation. Le plus long fleuve d’Afrique demeura toujours le seigneur de cette terre et de ses habitants, les éternels héritiers des robustes et courageux fellahs.

En revanche, les envahisseurs sont venus quérir, avec un inépuisable profit, l’ancestral savoir et la profonde sagesse des enfants d’Osiris et d’Amon-le-Caché, et ont su en faire bénéficier notre brutal Occident.

Devant l’amoncellement des souverains, dont les cartouches forment les véritables anneaux de la chaîne ininterrompue de ces fils du dieu régnant sur le trône d’Égypte, devant tant d’allusions à des événements souvent incomplètement conservés — ou pliés à des idées reçues très dépassées -, comment saisir cette savante accumulation de détails, comment combler les trous dans la trame de cette si longue histoire ?



Christiane Desroches Noblecourt, extrait de sa préface pour l’ouvrage Pharaons et Reines d’Égypte de Philippe Valode, Éditions de l’Archipel, Paris 2003

Date de création : 15/04/2009 - 11:14
A été modifié le : 25/02/2010 - 09:09
Catégorie / Un peu d’histoire

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