




Memphis, capitale des pharaons de l’Ancien Empire, est la ville du dieu Ptah figuré comme un homme serré dans un linceul (momie). À côté d’Atoum d’Héliopolis, qui crée le monde en se masturbant ou en expectorant, Ptah, dont la cosmogonie est peut-être la plus approfondie, fait figure d’authentique intellectuel. Il réfléchit avant de parler. Et quand il parle…| [Le roi de Haute et de Basse Egypte] c’est Ptah, que l’on désigne par le grand nom de [Tate]nen-[qui-est-au-sud-de-son-mur]… [Le rassembleur] de la Haute et de la Basse Égypte c’est lui, cet unificateur qui est apparu radieux en roi de Haute Égypte, (puis) qui est apparu radieux en roi de Basse Égypte… Celui qui s’est engendré lui-même, selon les dires d’Atoum et qui a mis au monde la divine Ennéade. |
| Le jonc et le papurus apparaissent maintenant sur la double grande porte du temple de Ptah. Cela signifie que Horus et Seth sont en paix et réunis. Ils fraterniseront désormais et cesseront leurs querelles en tout lieu où ils se rendront, étant unis dans le temple de Ptah, la Balance du Double Pays, en laquelle ont été pesées la Haute et la Basse Égypte. |

Hou et Sia, les instruments de la créationHou et Sia ne sont pas des divinités comme les autres. Aucun temple ne leur est dédié. Elles n’ont pas de fidèles pour les honorer. Pourtant, l’univers leur doit d’exister. Hou et Sia sont deux divinités primordiales des théologies d’Héliopolis (principal centre de culte du dieu solaire Atoum-Rê) et de Memphis (ville du dieu Ptah), car elles jouent un rôle déterminant dans la création. Il n’existe pourtant pas de lieux de culte qui leur soient consacrés, car ce sont plus des personnifications d’attributs du dieu créateur que de véritables entités divines. Ptah et Atoum, en tant que dieux créateurs, sont leurs maîtres. Hou est en fait la personnification de l’émission de voix créatrice. La parole créatrice En Égypte, la parole n’est pas un acte vain : le mot et l’objet qu’il désigne n’ont pas un rapport arbitraire entre eux. La parole a donc une valeur « performative », c’est-à-dire que le langage transforme instantanément l’énoncé prononcé en acte. Hou est ainsi la parole créatrice de la divinité, celle qui fait venir le monde à l’existence. Sia, quant à lui, est la personnification du discernement du créateur : Sia conçoit le monde et Hou le concrétise. La création par Atoum ou Ptah se passe donc ainsi : leur cœur, centre de la volonté et de l’intelligence, est l’organe qui invente et conçoit les phénomènes. C’est donc le siège de Sia. Hou, la parole, met ensuite à exécution ce qui a été conçu par Sia dans le cœur du créateur. Enfin intervient Héka, dieu de la magie, qui veille au bon aboutissement de l’énergie créatrice et donc à la bonne marche du processus créatif :
C’est par le procédé conception (Sia)-énonciation (Hou) qu’Atoum crée le monde et les dieux. Mais son rôle de créateur s’arrête là. Il transmet ensuite ses pouvoirs à Shou, dieu de l’air, qui poursuivra le processus de création en donnant vie à l’humanité. Une fois la création accomplie, Hou et Sia restent généralement les instigateurs de la puissance des noms. Dans cette optique, les noms des êtres et des personnes sont en effet dotés de puissance, et qui connaît le nom véritable de quelqu’un a pouvoir sur lui. Le voyage dans la barque Si Hou et Sia ne perdent pas leur importance une fois l’acte créateur achevé, c’est que pour les Égyptiens rien n’est jamais définitivement acquis. Sans cesse, il faut se battre pour protéger l’univers du chaos primordial, dont il est issu et auquel il a naturellement tendance à retourner. Aussi Hou et Sia sont-ils systématiquement présents dans la barque solaire, accompagnant Atoum-Rê dans son périple le jour comme la nuit. Les Égyptiens imaginent le soleil naviguant chaque jour sur une barque dans le ciel. Chaque matin, Nout, déesse du ciel, le met au monde, et lui et l’équipage de sa barque sont acclamés par tous les êtres vivants, auxquels il apporte vie et régénération. À la poupe se tient Sia, au centre Atoum-Rê, debout à l’intérieur du naos derrière lequel veille Hou, tandis que devant c’est Héka, dieu de la magie et personnification des forces défensives, qui apparaît. Hou, Sia et Héka étaient les trois compagnons habituels du dieu solaire dans sa barque. Leur présence rappelait que chaque lever du soleil était une nouvelle création et une nouvelle victoire sur les forces du chaos, contre lesquelles Rê luttait à la fin de chaque nuit. Sia et les hommes : l’entendement humain Sia est la personnification non des connaissances du dieu, comme on l’a souvent dit, mais de son discernement. La preuve en est dans l’application humaine de ce mot. Les Égyptiens font en effet la différence entre l’inné et l’acquis (le savoir). Or, ils classent siaa, mot clairement apparenté au dieu Sia, parmi les qualités innées : il s’agit donc d’intelligence naturelle. On dira d’ailleurs du roi qu’il est intelligent « comme Sia », mais versé dans les écrits (le savoir) « comme Thot » ! Ouvrage collectif, Passion de l’Égypte, Collection de fiches - Éditions Atlas, 1997 | |||||

Le mythe d’Hermopolis débute par une description des eaux primordiales inertes qui contenaient déjà en puissance les forces élémentaires précédant la création. Elles vinrent au monde en tant qu’Ogdoade. Les huit personnifications qui constituent cette Ogdoade interviennent en couple, associant un principe mâle (grenouille) et un principe femelle (serpent) équivalent. Selon Isabelle Franco [*], comme dans la cosmogonie héliopolitaine, chaque paire exprime deux aspects d’un élément unique. On constate même que l’ensemble des quatres couples est l’incarnation d’un seul et même principe dont la pluralité esprime la diversité des fonctions. Ces entités sont, le plus souvent désignées sous le terme collectif des « Huit », mais elles peuvent être présentées nommément :

| Au sein de l’océan primordial apparut la terre émergée. Sur celle-ci, les Huit vinrent à l’existence. Ils firent apparaître un lotus d’où sortit Rê, assimilé à Shou. Puis il vint un bouton de lotus d’où émergea une naine, auxiliaire féminin nécessaire, que Rê vit et désira. De leur union naquit Thot qui créa le monde par le Verbe. |
Cette thèse naquit lorsque Thèbes devint le siège du gouvernement centralisé (capitale) de l’Égypte, et Amon son dieu local, dieu de l’Empire, devienne lui aussi un démiurge. La ville avait prit du retard par rapport aux autres grands centres théologiques et eût des difficultés à rendre plausible ses prétentions à être originaire de la butte primordiale. La théorie d’Amon, dieu originel et créateur, repose sur des origines diverses et plus anciennes. Amon est né de lui-même, par sa seule pensée comme Atoum (à Héliopolis). Sa première forme d’apparition était l’ogdoade hermopolitaine, Tatenen le tertre primordial de Memphis et ensuite il s’est rendu au ciel en tant que Rê. Il créa les dieux et les hommes et organisa le monde. Sur la colline primordiale, il fonda la première ville, Thèbes, avec ses deux grands temples de Karnak et de Louxor, qui servit de modèle à toutes les autres villes.
Attestée dès l’Ancien Empire, Neith, malgré son ancienneté, eut une place de second rang tout au long du Moyen Empire. C’est seulement à partir du Nouvel Empire et surtout sous la XXVIe dynastie, que, à la faveur de la montée sur le trône de souverains natifs de sa ville d’origine - Saïs (Saou), dans le Delta occidental -, le culte de cette déesse prendra une importance particulière. Nous avons ici une démiurge qui existait avant toutes choses et même avant le Noun, qu’elle a créé elle même. Elle crée par sa Parole et plus précisement par 7 Paroles Créatrices : la colline primordiale qui se dédouble (Saïs et Esna), le soleil (comme corps céleste), Rê, Amon, Khnoum, l’ogdoade d’Héliopolis et Thot.
| Sur la butte, à Esna La création des trente dieux Naissance du soleil Suite et résumé de la création [Suit la description du rituel de la fête qui se répétait chaque année à Esna à la même date - la grande fête de la genèse du monde.] |


Les grandes divinités locales et systèmes théogoniques, en résumé 1 - Héliopolis : Atoum-Rê-Khépri / Shou & Tefnout / Geb & Nout / Osiris & Isis, Seth & Nephtys.Ces neuf divinités forment ce quon appelle lennéade héliopolitaine. 2 - Hermopolis : Thot, dieu de lécriture, de la langue, de la lune (le démiurge) et quatre couples - représentés sous forme de grenouilles et de serpents - divins symbolisant les éléments primordiaux. Ces quatres couples créent un œuf, qu’ils déposent sur la « butte » émergée du Noun ; le Soleil naît de cet œuf, puis organise le monde. Thot et ces huit divinités forment un système appelé ogdoade. 3 - Memphis : Ptah, dieu créateur et artisan, dont le taureau Apis (dieu de la fécondité et de la renaissance est son émanation) est l’acteur initial de cette cosmogonie. 4 - Thèbes : supplantant les autres dieux, Amon, « Le Caché », devient, au Nouvel Empire, le dieu universel, créateur de toute vie. Tous les dieux ont le même caractère, la même puissance (cest en cela que réside leur essence divine) mais ils nont pas le même aspect. On accentue telle caractéristique plutôt que telle autre. Tout dieu est Dieu universel en puissance et dieu particulier, local, du fait de sa manifestation. Tous ces dieux sont liés à leur lieu dorigine et aux succès géo-politiques des princes et rois de ces lieux. Ils assimilent volontiers dautres divinités, dautres aspects dun même divin partout manifesté et répandu. Si bien que lon aura des dieux « universels » comme Amon-Rê, Amon-Min, etc. Durant la courte époque dAménophis IV qui deviendra Akhenaton, le dieu Aton prendra même le statut de dieu unique. Chaque dieu a une fonction et nest exclusif daucun autre quil priverait de la sienne. Mais possédant une ou même plusieurs fonctions, il ne saurait vraiment les avoir toutes. Doù la justification de ce que chaque dieu soit local parce que fonctionnel, et fonctionnel parce que local. En effet, chaque dieu est à la fois dieu local, autrement dit lié aux caractéristiques naturelles et diverses du lieu, et dieu fonctionnel. Or une fonction, bien quexercée à lorigine localement, est en soi universelle. Autrement dit, un dieu de la fécondité, pas plus dailleurs quun dieu créateur ne saurait être fonctionnellement et fondamentalement local. Si bien que (par exemple) lorsquun dieu local, initialement dieu de la fécondité et protecteur de la cité, « rencontre » un dieu créateur universel, il peut sassimiler à lui et en être assimilé. Cest ce qui explique les formules, dites assez improprement, « syncrétistes » dAmon-Rê, Amon-Min, etc. qui ne sont que le nom dun dieu local accompagné dun attribut. Les triades divinesAude Gros de Beler, La mythologie égyptienne, Éd. Molière, Paris 2004Les triades constituent des associations de trois divinités d’une même ville selon un schéma familial traditionnel : dieu, déesse et dieu fils ou déesse fille. Selon toute vraisemblance, ces groupements remontent au Nouvel Empire ; ceci nous permet de penser qu’avant d’avoir été regroupées ces divinités ont dû, chacune, bénéficier d’un culte indépendant. La constitution d’une triade répond à un désir du clergé de lier entre eux les cultes d’une même ville. Mais cela n’est pas systématique. En réalité, seuls les grands centres religieux ont utilisé ce procédé pour constituer des familles divines susceptibles d’être intégrées dans un contexte mythologique et cosmogonique. Les triades les plus célèbre restent celles de Memphis, de Thèbes, d’Éléphantine, d’Edfou et d’Abydos.
| ||||||||||||||||||||||||||
Haut 