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La religion égyptienne - Mythes/Rites et Croyances

Le Livre des animaux sacrés
» Le scarabée dans l’Égypte antique


Sources : L’Égypte de nebetbastet   et Bousier sacré   sur Wikipédia, l’encyclopédie libre ;
articles adaptés et complétés par Immortelle Égypte


Le scarabée sacré est, avec le taureau et le faucon, l’un des symboles fondamentaux de la religion égyptienne. L’image du scarabée, traduisant le concept de transformation, de renouveau et de résurrection est omniprésent dans l’art religieux et funéraire égyptien.


Un peu de biologie


Deux espèces de scarabées figuraient en Égypte, une seule subsiste aujourd'hui dans la vallée du Nil. Le scarabée égyptien est de taille assez grande (20-40 mm), il est noir luisant. La deuxième espèce vivant en Haute-Égypte est d’une couleur vert métallique à reflets dorés et se situe de nos jours en Nubie et en Afrique Orientale. L’identité de ces deux espèces nous est fournie par la précision, la finesse de certaines figurations ainsi que la découverte de spécimens « momifiés ». Dés la première dynastie (3000 avant J.C.) l’insecte possédait déjà une importance culturelle. En effet l’on a retrouvé une petite boite en albâtre d’une longueur de 4 cm façonnée à l’image du scarabée, cette boite pouvait contenir l’insecte et être suspendue au cou. Le scarabée est un coléoptère coprophage  qui fabrique et roule des boulettes d’excrément ; naturellement associé aux bouses dont il vit on lui donne le nom vulgaire de « bousier ».


Le bousier


Le scarabée sacré (scarabaeus sacer) ou bousier est construit comme un petit bélier mécanique. Sa tête se termine par un rebord dentelé en forme de pelle, avec laquelle il découpe la bouse. Ses pattes antérieures (celles d’en avant), larges et aplaties, sont de véritables truelles lui permettant de façonner en boule la matière fécale. Les pattes postérieures de l’insecte, longues et minces, maintiennent la boule pendant qu’il la pousse vigoureusement à reculons en se propulsant à l’aide de ses robustes pattes antérieures.

En se sauvant avec son butin, le scarabée sacré évite la compétition des autres insectes, qui, eux, demeurent sur le site de la bouse. Il s’enterre avec son trésor et peut ainsi s’en nourrir en toute tranquillité, caché au fond d’un terrier. Quelquefois, un mâle et une femelle unissent leurs efforts pour dérober des boules d’excréments. La femelle peut alors s’accoupler et façonner à même la matière fécale des chambres de ponte dans lesquelles elle déposera ses oeufs. La larve qui émergera n’aura plus qu’à dévorer de l’intérieur son sarcophage de matière nutritive. Quelques mois plus tard, un scarabée sacré tout neuf émergera de terre, comme par magie.



Étymologie et dénomination


n.m. Le terme scarabée, est formé via le vieux français escarbot, est un emprunt au latin scarabeus ou encore au grec karabos.
1. Zoologie. Il se dit en général des coléoptères, des insectes au corps massif, se nourrissant d’excréments ou de débris végétaux, dont les ailes sont recouvertes par des étuis cornés ; particulièrement de ceux qui ont des antennes terminées par plusieurs feuillets. De la famille des scarabéidés, il en existe de très nombreuses familles. Le scarabée sacré des égyptiens.
2. Archéologie. Pierre gravée portant l’empreinte du scarabée sacré chez les égyptiens.

Photggaraphie d’un scarabé poussant sa boule d’excréments

Le bousier sacré, ou scarabée « pilulaire », se dit khepre ou kheperer en égyptien. Ce mot contient la même assonance que le verbe « venir à l’existence », kheper et, peut-être est-ce cette assonance qui a fait choisir le scarabée comme déterminatif du verbe devenir dans l’écriture hiéroglyphique. Pour les anciens « venir à l’existence », « être » et « devenir » furent associés aux idées de génération spontanée et de renouvellement dont le scarabée était étroitement associé. Ce caractère symbolique et sacré remonte à l’époque thinite comme en témoigne la découverte d’une boîte et d’amulettes en forme de scarabée datées, semble-t-il, de cette période.



Un dieu créateur


Les Égyptiens se tournaient vers la nature pour nourrir leur imagerie cosmique. Les activités du modeste bousier fournissaient une allégorie idéale aux mouvements du soleil durant la journée.

En Égypte, le scarabée est un insecte des plus communs. Pourtant, le caractère symbolique et sacré de ce coléoptère (bousier) s’affirme dès le début de la période thinite. Si l’on ajoute que les scarabées de cette espèce poussent devant eux une boule de fumier pour y pondre leurs œufs, on comprend mieux que les Égyptiens, du fait de leur sens de l’observation et de la projection faite à partir du sujet observé, en aient fait, selon la spéculation héliopolitaine, le symbole du démiurge primitif engendré par lui-même, « Qui était venu de lui-même à l’existence » et avait créé le soleil : il est alors le soleil à son coucher ou encore à son lever (dans le Texte des Pyramides).

C’est ainsi que l’on représentait le dieu Khépri (« Celui qui est apparu »), désignation du démiurge divinisé. Par la suite, il symbolise le soleil levant, c’est-à-dire renaissant.

Symbole des cycles de la vie et du soleil, l’image du scarabée, traduisant le concept de transformation, de renouveau, et de résurrection est omniprésent dans l’art religieux et funéraire égyptien. C’est ainsi que cette apparition spontanée et totalement inexplicable est naturellement devenue le fondement même du mythe de la Création.

Dieu solaire par exellence, dès l’Époque Archaïque, il est identifié à Atoum à Héliopolis (Per-Rê ou Iounou), et en tant que dieu solaire naissant, il est doté d’ailes de faucon. L’action de pétrir sa boule qui donnera la vie est un acte également réalisé par le dieu bélier Khnoum, dieu créateur de la vie, générateur des espèces vivantes modelant sur son tour l’œuf dont toute vie doit sortir.
 --> voir aussi : Le Mythe de la Création (fiche détaillée - lien en pied de page)

dico_scarabee.jpg
Le célèbre collier Menat prend ici la forme d’un scarabée, symbole du devenir.
Tombe d’Inherka - Nécropole thébaine

Un insecte mâle


Les anciens Égyptiens pensaient que les scarabées ne sont que des mâles, et se reproduisent en déposant leur semence dans une pelote d’excréments. L’autogenèse du scarabée leur paraissait faire écho à celle de Khépri, qui lui-même semble naître du néant. D’ailleurs, la pelote roulée par le bousier est un symbole du Soleil. Plutarque [*] écrivit à ce sujet : « La race des scarabées n’a pas de femelles, tous les mâles projettent leur semence dans une pelote sphérique de débris qu’ils font rouler en la poussant d’un côté, exactement comme le Soleil semble pousser les cieux dans sa course, c’est-à-dire dans la direction opposée au cours des astres, d’Ouest (monde des morts) en Est (monde des vivants) ». Dans le chapitre 167 du Livre des Morts, chapitre qui est une « formule pour empêcher que le corps de l’homme ne périsse dans l’empire des morts », il est écrit concernant le dieu Amon : « … O Amon, scarabée mâle, maître des deux yeux sacrés… ». Pour ces anciens cette boule pétrie était l’œuf où l’insecte y dépose sa semence, laquelle se transformait en jeune scarabée.

Les anciens Égyptiens croyaient donc que Khepri fait renaître le Soleil chaque matin puis le roulait devant lui au-dessus de l’horizon, et l’emportait dans l’autre monde la nuit, pour ne le ramener qu’au matin suivant. Quelques sépultures royales du Nouvel Empire représentent le Soleil comme une triade, le scarabée représentant le soleil du matin. Le plafond astronomique du tombeau de Ramsès VI représente la mort nocturne et la renaissance du Soleil, avalé par la déesse du ciel Nout, de son ventre en tant que Khépri.


[*] Plutarque, moraliste grec du 1er siècle, le dialogue pythique intitulé Isis and Osiris



Un insecte lié à l’ordre


Le cercle et la sphère n’ont cessé de fasciner les hommes, leur donnant toute une symbolique lié à la vie, à la mort, à l’éternité…, pour les anciens Égyptiens la principale peur était probablement le retour au chaos initial. Ce chaos, d’où les dieux avaient fait surgir le monde vivant et organisé, restait cantonné aux limites de ce monde, pouvant à chaque instant prendre le dessus si la Maât n’était pas respectée. Pour éviter ce retour du chaos une seule solution : le maintien de l’ordre, de Maât.

Représentation de Rê-Atoum-Khépri
Rê-Atoum-KhépriDans la cosmogonie d’Héliopolis, la création du monde est attribuée au dieu solaire. Cette divinité apparaît sous une triple identité qui porte le nom de Rê-Atoum-Khépri. Le malin, il est Khépri, le soleil levant   il adopte la forme d’un scarabée. À midi, il est Rê, le soleil à son zénith ; il est représenté par un disque solaire. Le soir, il est Atoum, le soleil couchant ; il prend l’aspect d’un homme à tête de bélier ou d’un vieillard. Cette image, extraite de la tombe de Séthi II, illustre cette particularité du dieu solaire : dans une seule et même représentation, superbement gravée, apparaissent le scarabée de Khépri, le disque solaire de Rê et l’homme d’Atoum.

Entrée de la tombe de Séthy II, Vallée des Rois - Thèbes-Ouest
Commentaire de Aude Gros de Beler, La mythologie égyptienne p.25, Éd. Molière, Paris 2004

Si le scarabée a revêtu une telle ferveur, c’est qu’une de ses fonctions principales, était liée à l’ordre. En effet cet insecte à partir d’une masse amorphe, la bouse, il fabrique un objet organisé, rond, une boule régulière semblable par sa forme au soleil. Il est actif au petit matin, au soleil levant et la bouse séchée sert de combustible donnant un lien avec le feu et la chaleur solaire. Tous ces éléments ne pouvaient que faire de cet insecte un dieu solaire.


Le signe “shen” à l’arrière du scarabée


Rappelons (encore !) qu’après avoir été enfouie, la boule d’excréments va avoir deux destinées : elle servira à la ponte puis deviendra nourriture de la larve qui se transformera en scarabée. Lorsque le scarabée mange une partie de la boule nous assistons à un phénomène qui n’était pas passé inaperçu pour les anciens Égyptiens.

Représentation (bas-relief) d’un scarabée ailé portant un anneau shen entre ses pattes arrières
Scarabée ailé et anneau shen

Tout en mangeant, le scarabée rejette par l’arrière une substance noire, semblable à une cordelette. Les Égyptiens ont quelques fois représentées à l’arrière du scarabée le signe shen, cordelette repliée en forme de boucle, qui, en s’allongeant donnera le cartouche où s’y inscriront les noms et prénoms du roi, ou le nom des dieux.



Le culte du scarabée


Le culte de Khépri à toujours était célébré, il est figuré dans la tombe de Ramsès Ier et de Nefertari sous la forme d’un homme dont la tête est remplacée par un scarabée tout entier. Des milliers de scarabées (symboles de fertilité) de diverses tailles garnissent les vitrines des musées, des scarabées colossaux furent édifiés dont le plus connu aujourd’hui est celui d’Aménophis III (XVIIIe dynastie, Nouvel Empire) prés du lac sacré symbolisant Noun (l’océan primordial) à Karnak (Ipet Sout).

Photo du scarabée d’Aménophis III à Karnak
Scarabée sacré d’Aménophis III
XVIIIe dynastie, Nouvel Empire ; Temple de Karnak - Thèbes-Ouest

La couleur noire du scarabée était également celle de la terre fertile qui faisait jaillir la vie du néant. Pour les Égyptiens la couleur blanche était liée à la mort.

De nombreux pharaons possèdent le scarabée dans leur deuxième nom, il exprime une manifestation : Kamosé, les Aménophis, les Thoutmosis, Akhénaton, Toutankhamon ainsi que des pharaons de la XXIème dynastie.


Utilisations du scarabée


Il existait de très nombreux scarabées dans l’Égypte ancienne : l’animal, le sceau, l’amulette protectrice… En Égypte, les hommes ont accordé au scarabée d’extraordinaires pouvoirs.

Le signe du scarabée, présent sous la langue de l’animal, compte parmi les éléments permettant de « reconnaître » le taureau Apis.


Scarabées amulettes


Très populaire, sous forme d’amulette, les scarabées deviennent très populaires comme source de lumière et de chaleur. Dans l’esprit des Égyptiens ils communiquent magiquement le souffle de vie, l’assurance de l’éternel retour. C’est surtout comme symbole funéraire que le scarabée a de l’importance. Aussi mit-on des scarabées, assimilés au dieu créateur, comme gage de résurrection.

Le scarabée du cœur

À Memphis (Men-nefer), depuis la XIXe juqu’à la XXIe dynastie, on mettait un scarabée dans le corps même de la momie. La forme stylisée de l’animal se confondant avec celle du cœur, siège de la pensée, les scarabées funéraires au temps des Ptolémées se mettaient à la place du cœur, et le défunt ne pouvait reprendre cet organe qu’après le jugement d’Osiris (pesée du cœur, de l’âme ou psychostasie) s’il lui était favorable. Cette amulette contient souvent des invocations que le défunt adresse à son propre cœur. Cette relation sera formalisée dans le chapitre 30 du Livre des Morts où le défunt demande au cœur de ne pas témoigner contre lui :

Titre : Chapitre de ne pas laisser le cœur de l’homme lui faire opposition dans la divine région inférieure.

Mon cœur qui me vient de ma mère, mon cœur nécessaire à mon existence sur terre, ne te dresse pas contre moi, ne témoigne pas en adversaire contre moi parmi les divins chefs au sujet de ce que j’ai fait devant les dieux ; ne te sépare pas de moi, devant le dieu grand, seigneur de l’Amenti [l’Occident où l’on situe le domaine des morts], salut à toi, ô cœur d’Osiris, résident de l’Ouest ; salut à vous, entrailles ; salut à vous, dieux à la barbe tressée. Augustes par votre sceptre, dites du bien de l’Osiris N, [tout défunt était assimilé à Osiris] faites le prospérer par Nehbka. Je me suis réuni à la terre par le côté occidental du ciel. Après avoir été gisant sur la terre, je ne suis pas mort dans l’Amenti ; j’y suis pur esprit pour l’éternité.

Datant du Nouvel Empire, on connaît des scarabées du cœur en forme de sphinx avec des pattes ou des bras humains et tête humaine. On rencontre aussi le scarabée sous forme de pectoral flanqué des ailes du faucon, il était placé sur la momie et porte, lui aussi généralement le chapitre 30 du Livre des Morts.


Scarabées administratifs


Outre le scarabée solaire, il existe d’autres types de scarabées. Sous forme de bague ou de pendentif, les scarabées servaient à estampiller les scellés d’argile pour protéger une lettre, une jarre… Les Hyskos y gravent leur noms ou des motifs ornementaux et ils les utilisent aussi comme sceaux.


Scarabées commémoratifs


Des scarabées commémoratifs font leur apparition dès la première année du règne d’Aménophis III, plus grands que les autres, ils portent sur leur base plate un long texte retraçant des évenements particuliers. Les premiers indiquent la titulaire complète du roi, suivie des noms de son épouse Tiyi et de ses parents. Parmi les événements importants de son règne, sont relatés : son mariage avec Tiyi. La série de scarabées célébrant l’exeptionnelle chasse aux taureaux sauvages date de la 2e année de règne. Les scarabées de la chasse au lion glorifient les actions accomplies par le roi au cours de dix années de chasse au fauve. La 10e année est marquée par la série de scarabées célébrant l’arrivée en Égypte de Ghiloukhépa, princesse du Mitanni, avec trois cent dix-sept femmes choisies dans le harem du roi du Mitanni, Sutarna. La dernière série de scarabées commémoratifs date de la 11e année de règne à l’occasion de la construction d’un grand bassin de soixante hectares destiné à l’irrigation de terres qui appartenaient à la reine Tiyi, peut-être à Djariuka, au Nord d’Akhmîn. Certains scarabées portaient sur leur face inférieure des maximes morales, parfois très belles.


Scarabée et médecine


La pharmacopée égyptienne utilisait le scarabée dans le traitement des maladies féminines ou pour aider à l’accouchement, ce qui était en parfaite harmonie avec la connotation de (re)naissance. Le démembrement naturel du scarabée se compose de 14 parties (Le nombre 14 est en rapport avec les cycles lunaires, 14 est égal à une demi-lunaison, 28 évoque aussi le cycle menstruel féminin.) : la tête, le prothoron, le méso-métathorax, l’abdomen, les deux élytres, les deux ailes et les six pattes.


Aujourd’hui encore


Le scarabée reste aujourd’hui un motif populaire dans l’orfèvrerie et la bijouterie de par la fascination contemporaine pour l’art et les croyances de l’Égypte antique. On trouve partout des colliers comportant des perles en porcelaine ou en pierres semi-précieuses à l’effigie du scarabée.


Notice documentaire

coprophage
adj. et nom. XVIIIe siècle. Emprunté du grec koprophagos, composé de kopros, excrément et phagein, manger. Le scarabée sacré est coprophage.

Les animaux coprophages (ou scatophages) jouent un rôle essentiel dans les mécanismes de métabolisation et de recirculation de la matière organique morte (feuilles mortes, animaux morts, excréments).

Ce sont, pour la plupart, des insectes coléoptères ou diptères. Généralement ces insectes sont spécifiques des excréments d’un animal. C’est le cas, par exemple, des insectes qui fréquentent les excréments des grands ongulés vivant dans les forêts européennes, les savanes africaines ou de ceux que l’homme a domestiqués.

Les principaux insectes coprophages sont les bousiers, certaines mouches et les cafards.

Quelques espèces de poissons ont aussi adopté ce comportement.


assonance
n.f.du latin assonare, faire écho.
LITTER. 1. Répétition d’un même son vocalique dans une phrase (par opposition à allitération).
2. Rime réduite à l’identité de la dernière voyelle accentuée, dans la versification (ex. : sombre, tondre ; peintre, feindre ; âme, âge)

Article(s) complémentaire(s)
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Date de création : 25/08/2008 - 10:22
A été modifié le : 03/09/2008 - 10:08
Catégorie / Un peu de mythologie

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