Immortelle Égypte, don du Nil, bénie des dieux, berceau des fils de Rê.  Archives  Liens  FAQ  Papyrus d'or 
   Le Service de l’État


cartoucheViequotidienne.gif
Portrait d’une société


La Société égyptienne » Le service de l’État


Pour diriger le pays le pharaon dispose d’une administration très structurée qui assure son pouvoir sur tout le pays et fonde véritablement la pérennité de sa puissance.


Une base large et solide


Au pays des inventeurs de la pyramide, on ne peut pas trouver mieux que cette figure géométrique pour représenter la société pharaonique.

La pyramide s’appuie sur la population rurale. C’est la plus nombreuse et celle qui fait vivre le pays. Cultivateurs penchés sur leur houe ou éleveurs de bétail, les paysans forment le gros du bataillon de la population. C’est sur leurs épaules que repose la production de la part la plus importante des ressources du pays : les céréales. Près d’eux, avec un peu plus de considération, se trouve le second groupe le plus nombreux de la population : les artistes et les artisans, producteurs des produits finis nécessaires aussi bien pour un usage quotidien aussi bien que religieux.

Au-dessous se trouvent les serviteurs, les prisonniers de guerre ou civils (esclaves) déportés en Égypte, la plupart travaillent la terre au service des temples. Leur sort n’est pas très différent de celui des paysans pauvres.

hierarchiePyramide.gif
Organisation de la société égyptienne
La société egyptienne s’organise de manière pyramidale, avec le pharaon au sommet.

Au-dessus des paysans, en s’élevant vers le sommet, s’échelonnent les autres classes :

Quelques caractéristiques de l’État égyptien

L’État égyptien est un État au sens moderne du terme.
Le principe du pouvoir monarchique ne semble jamais avoir été remis en cause.


Les classes sociales de l’Égypte ancienne


Au Ve siècle avant Jésus-Christ, Hérodote est le premier à évoquer l’existence de sept classes sociales en Égypte. Même si cette notion de classe est quelque peu abusive, il convient d’admettre qu’elle n’est pas sans intérêt dans une perspective sociologique, notamment parce que la plupart des métiers se transmettent de manière héréditaire et finissent par constituer des classes ou des castes bien différenciées.


Pharaon


La première classe sociale en Égypte n’en est pas une, puisqu’elle ne concerne qu’un seul individu. Pharaon, d’essence divine réunissant les forces divines, Seth pour la Haute-Égypte (Ta-Shema) et Horus pour la Basse-Égypte (Ta-Mehu), n’est donc en aucun cas assimilable aux simples humains constituant les autres catégories sociales. Tout au long de l’histoire égyptienne, le pharaon est la figure centrale de l’organisation sociale. Le pharaon détient un pouvoir absolu sur son pays et sur son peuple et se veut un chef paternaliste.

Il vivait dans de luxueux palais avec sa famille. La Grande Épouse Royale secondait souvent Pharaon dans sa tâche, quelques unes d’entre elles, telles Néfertiti ou Néfertari, eurent beaucoup d’influence dans les décisions royales.

Un homme qui ne s’appartient pas

Florence Maruéjol, égyptologue, L’Égypte ancienne pour les nuls, Éditions First, Paris 2006

Curieusement, le premier homme du pays ne fait pas ce qu’il veut. À en croire Diodore de Sicile (Bibliothèque historique), sa journée est réglée minute par minute.

Mesure, modération et retenue
Réveillé avec le soleil, le pharaon se plonge, dès son lever, dans son courrier et dans les rapports concernant la situation de son royaume. Ensuite, il procède à sa toilette et revêt les insignes de sa fonction. Ainsi paré, il rend hommage aux dieux dans une chapelle réservée au culte. À moins que le palais ne jouxte l’un des grands temples. Le moment vient ensuite de traiter les affaires du royaume, de se promener et de se consacrer à sa famille.

Quant aux repas, que le souverain prend trois fois par jour, il n’est pas question de s’empiffrer de bonnes choses. Certes, la nourriture est choisie, les mets délicats. Mais le roi doit les consommer avec modération. Il en va de même pour la boisson alcoolisée. De la bière et du vin, nul roi n’abusera. Un pharaon soûl, roulant sous son trône, ou pire, chantant des chansons grivoises, voilà qui n’est guère compatible avec la haute idée que les Égyptiens se font de leur roi-dieu !

À fond, ta forme
Chef de guerre, le roi se doit de maintenir sa forme physique. Pas question de jouer les despotes orientaux amollis et vautrés dans des coussins. Pharaon s’entraîne au tir à l’arc, lance son char à pleine vitesse et pratique la chasse aux animaux sauvages. Dans les marais ou dans le désert, taureaux, ânes, lions, antilopes tombent sous ses flèches. Les oiseaux ne sont pas épargnés.
autrePage.gif Pour en savoir plus, voir : Qui est Pharaon ?


La famille royale : une classe à part


Son importance et sa fonction se confondent avec l’origine même du pays : dès les premiers temps de l’histoire égyptienne, le roi est en effet celui qui intercède auprès des dieux pour son peuple. Pharaon est l’incarnation du dieu primordial, dans lequel il se fond à sa mort.

Autour du souverain gravite la famille royale qui, toujours selon Hérodote, pourrait constituer la deuxième classe. Mais cette fois encore, le divin tient une place importante car, très rapidement, la reine est figurée comme l’incarnation terrestre de la déesse Hathor, destinée à mettre au monde le futur pharaon. La famille royale bénéficie de privilèges difficilement imaginables. Elle est parfois très nombreuse et il arrive que les frères de lait de ses membres lui soient associés.


Les employés


Petit à petit, certains parents de Pharaon se voient confier des charges importantes qui finissent par devenir héréditaires, et c’est ainsi qu’apparaît une classe de fonctionnaires. Vu l’étendue du pays, il est en effet nécessaire que le roi délègue ses pouvoirs politiques mais aussi judiciaires dans les différentes régions même si, bien entendu, il conserve un pouvoir absolu.

L’ampleur et l’homogénéité du territoire égyptien impliquent un développement particulièrement énergique de la structure étatique. L’administration doit en effet assurer une fonction d’encadrement et de liaison par le biais d’un réseau capillaire omniprésent. Évidemment, son organisation s’est modifiée avec le temps, en fonction des nécessités matérielles et des attentes sociales et culturelles de la collectivité, mais plusieurs points forts réapparaissent avec une relative constance tout au long de l’histoire égyptienne.

L’administration se compose de différentes classes de « scribes » et s’appuie essentiellement sur une documentation écrite conservée dans des lieux spécifiques. Le pouvoir dont elle jouit lui est délégué par le souverain, qui en reste, en derniers recours, l’arbitre, même s’il est conditionné par les lois et les traditions. Enfin, elle comporte plusieurs branches : une civile, une militaire, une religieuse et une « coloniale », ce qui permet au souverain d’équilibrer les pouvoirs à sa disposition, lesquels, de toute façon, dépendent entièrement de lui.

L’administration civile, la plus importante et la mieux structurée se divise en plusieurs secteurs : l’administration du palais, liée à la cour ; l’administration centrale ; l’administration provinciale. La fonction la plus importante de toutes est la fonction économique : contrôle de la production, perception des taxes, emmagasinage des biens, organisation des paiements. Le tout sans l’aide de la monnaie, que les égyptiens ne connaissent pas. D’autres activités plus spécialisées de contrôle du travail, d’évaluation juridique, d’archivage, sont bien connues et font l’objet de documents particuliers sur papyrus ou gravés.

Le fonctionnaire de plus haut grade et le plus illustre est celui que nous appelons vizir : il supervise toute l’administration civile. Il y en a souvent deux : un pour le Nord et un pour le Sud, pour limiter leur pouvoir, évidemment, mais il y a eu des périodes (après la fin de la XIIe dynastie, notamment) où les vizirs étaient plus puissants que le souverain. Certains, comme Amenemhat Ier au début de la XIIe dynastie, ont même accédé au trône.

Khepri1_small.gif

Le vizir


Les historiens ont donné ce nom arabe au premier ministre de l’Égypte. Plus haut personnage d’Égypte après Pharaon, son rôle fut considérable. Le titre apparaît sous le règne de Snéfrou, mais semble antérieur puisqu’il correspond à la charge occupée par Imhotep auprès de Djoser. Dès la VIe dynastie, le titre du vizir (tjaty, en égyptien) était ayty-sab-tjaty. Il était l’intermédiaire entre le roi et l’administration dont toutes les branches dépendaient de lui. Le vizir, secondé par les nomarques, a également en charge les nomes. La justice lui incombait particulièrement.

Son rôle a évolué durant la très longue histoire du pays. Les fonctions du vizir, ses droits et ses obligations, sont connus grâce à des textes importants de la XVIIIe dynastie, copiés dans les tombes de certains hauts fonctionnaires, qui reprennent le discours d’investiture prononcé par le pharaon et jettent une lumière précieuse sur le fonctionnement de toute la machine bureaucratique de l’Égypte ancienne. Ils sont essentiels pour comprendre l’institution elle-même. Vers le même temps, la charge étant devenue très lourde, elle fut répartie entre deux vizirs, un du nord l’autre du sud.

À la basse époque, la fonction semble avoir perdu de son importance.

Responsabilité imposée au vizir Rekhmirê

Le conseil administratif fut introduit dans la salle d’audience du pharaon, « Vie, Santé, Force », et l’on permit que soit présenté le vizir Rekhmirê, nouvellement nommé.

Ainsi lui dit sa Majesté :

Porte bien attention à la fonction de vizir et sois vigilant au sujet de tout ce qui est fait par elle. Voici, c’est le pilier du pays tout entier !

Le vizirat, ce n’est certes pas quelque chose de plaisant. C’est amer comme le fiel : Il est le cuivre qui protège l’or de la maison de son maître. Ce n’est pas quelqu’un qui favorise les hauts fonctionnaires ou les magistrats, ni même quelqu’un qui transforme tout le monde en partisan. Quant à tout ce qu’un homme fait chez son maître, il (en) sera heureux ! Il n’y a rien qu’il fasse [au service] d’un autre. Voici, le quémandeur de Haute-Égypte, de Basse-Égypte, du pays tout entier, vient […]. Par conséquent, tu devras voir par toi-même à ce que toute chose soit faite selon la lettre de la loi, à ce que toute chose soit faite en respectant l’exactitude, donnant à un homme son bon droit.

[…]

Inspire la crainte de sorte que l’on te craigne : car c’est un (vrai) haut fonctionnaire, le haut fonctionnaire de qui l’on a peur. La considération d’un haut fonctionnaire vient de ce qu’il pratique l’équité. Mais si un homme fait qu’il est craint un million de fois, les gens (finissent) par reconnaître qu’il y a quelque chose de coupable en lui, et ils n’ont pas (alors) coutume de dire de lui : « c’est un homme ».

Voici, on dit (ceci) : « un haut fonctionnaire qui ment est un homme qui est réputé selon la dignité (qu’il mérite) ».

Voici, tu parviens à remplir (adéquatement) la fonction si tu exerces l’équité. On souhaite l’exercice de l’équité dans la décision du vizir. Quant au vizir, il en est le véritable garant depuis (le temps) de dieu. Vois, on dit du plus ancien scribe du vizir : « Scribe de la Justice ». Et quant au bureau dans lequel tu juges, il s’y trouve une salle comprenant les secrets de tous les jugements. Quant à celui qui pratiquera l’équité devant tous les hommes, c’est (un vrai) vizir !

Ses fonctions


Chaque jour il remettait au roi un rapport sur l’État des Deux Terres en présence du Trésorier, autre magistrat dont le rang dans l’administration du pays était équivalent.

Ses insignes


Il était assisté de deux adjoints directs ainsi que de scribes personnels. Il dirigeait un bureau composé d’une double équipe de fonctionnaires nommés les grands des Dix de Haute-Égypte.

À l’Ancien et au Moyen Empire, cette charge incombait à une seule personne qualifiée d’ami unique du roi et qui contrôlait la Double Maison, administration qui regroupait le gouvernorat des Deux Terres d’Égypte. À dater du Nouvel Empire la charge est dédoublée et le pays comptait désormais deux vizirs : un pour le nord (Basse-Égypte), à Memphis et un pour le sud (Haute-Égypte), à Thèbes.

Il semble que certaines fonctions soient particulièrement enviées comme celles d’officier de bouche, de secrétaire du roi et même celle de porteur de l’éventail à la droite du roi. L’une des charges les plus importantes est sans aucun doute celle de grand prêtre d’amon, qui ne cesse de prendre de l’importance puisque, à la fin de l’ère ramesside, celui-ci est dans les faits gouverneur et prince de Haute-Égypte.


Le nomarque


Le nomarque tient le rôle de directeur de l’agriculture du nome et de l’aspect économique. Il est le prince (hétya) de la province et ses attributions sont administratives, judiciaires, militaires et religieuses. Il est le premier prêtre de la divinité locale et des clergés de son nome.

Directeur des fonctionnaires du nome, il a sous sa juridiction les chefs de ville (heqa nyout) et les chefs de château (heqa het), dont on ne connaît d’ailleurs pas les attributions exactes.

autrePage.gif Voir aussi Les nomes - fiche détaillée


Les scribes et les documents écrits


Les scribes composent la cinquième classe sociale égyptienne. Formés très jeunes dans les maisons de vie à la lecture et à l’écriture hiéroglyphique, ils complètent leur éducation par la copie de textes anciens et des notions de géographie, de sciences et de langues étrangères. Vient ensuite la spécialisation dans un domaine particulier, le plus souvent celui du père, par exemple l’administration ou l’armée. Parfois une femme bénéficiait de cette éducation.

L’invention de l’écriture vers 3000 av. J.-C. marque plus qu’autre chose le début de l’histoire de l’Égypte. Le fait de pouvoir communiquer par écrit a donné aux grandes cultures du Proche-Orient antique une situation à part face aux autres civilisations contemporaines, car elles ont eu ainsi des possibilités nouvelles d’organisation sociale et de transmission des connaissances. Mais les manuscrits étaient compliqués à comprendre et la culture écrite était réservée à une petite élite ; les textes servirent surtout de moyen de contrôle de la société tant que l’écriture alphabétique ne fut pas inventée et répandue.

Il ne semble pas qu’il y ait eu d’aristocratie terrienne illettrée. Tous les gens de haut rang savaient écrire, qu'ils soient fonctionnaires, militaires ou prêtres ; les pharaons étaient aussi des lettrés. On sait d'après des •représentations que les scribes tenaient des postes importants ; et s'ils arrivaient, en montant dans la hiérarchie, à ne plus passer le plus clair de leur temps à écrire, ils n'en continuaient pas moins à assumer leurs fonctions. L'organisation de l'État supposait en tous les domaines l'établissement de documents écrits.

Statue du scribe Pétamenopê
Statue du scribe PétamenopêIl s’agit là de la posture traditionnelle, jambes croisées, le papyrus étendu sur les genoux. La statue représente un homme riche de la Basse Époque, d’après un modèle consciencieusement recopié de l’Ancien Empire.
Quartzite, hauteur 75 cm. Provenant de Karnak - Musée égyptien du Caire - Photo : © EM, JE 37341

Les scribes apprenaient leur métier comme apprentis, commençant très jeunes (parfois dès l'âge de douze ans). Après leur apprentissage, ils gravissaient progressivement les échelons de l'administration. Ils devaient cependant posséder les rudiments avant d'entrer dans la carrière. A Deir el-Medineh, seul endroit où il est prouvé qu'une école ait existé, l'apprentissage initial semble avoir été de copier des passages du « Livre de Kemout » (voir page suivante). Puis le scribe passait à des œuvres littéraires classiques et, après avoir obtenu un poste, à des mélanges de lettres modèles contemporaines, des compositions satiriques, des poèmes et des panégyriques, qui devaient être des exercices quotidiens donnés par les élèves maîtres. On a retrouvé un grand nombre de travaux de ce genre, ce qui fait supposer qu'ils étaient déposés dans la tombe de leurs propriétaires.

Deux fait remarquables caractérisent cet apprentissage. D'abord, il se faisait principalement en écriture cursive, laquelle fut dès le début la forme la plus commune. Il fallait sans doute être plus avancé pour aborder l'écriture hiéroglyphique des monuments, qui était comprise par peu de gens ; les deux formes arrivèrent à différer beaucoup à la Basse Epoque. Ensuite, bien que les Égyptiens aient traduit leur langage de façon syllabique et aient eu recours à un ordre « alphabétique » pour certaines listes, on apprenait en copiant des phrases ou des mots, et non en partant de signes isolés. L'écriture était comprise comme groupes de signes et on ne s'intéressait guère à son analyse précise.

Si l'on met à part les textes administratifs, les lettres, etc., l'écriture cursive servait à des objectifs non essentiels, notamment (à ce que nous croyons) à la transmission des œuvres littéraires. Celles-ci nous sont parvenues par les écoles et par d'autres sources. Elles comprennent des œuvres de fiction, des textes didactiques, des « ouvrages » philosophiques, des hymnes religieuses, des poèmes d'amour, des inscriptions royales et des morceaux choisis ; certains genres n'étaient pas littéraires à proprement parler, comme les traités de médecine et de mathématiques, les rituels et certains formulaires funéraires. Le principal centre de production était la « maison de vie », salle de rédaction rattachée au temple où l'on faisait évidemment des copies intégrales d'écrits traditionnels, et non seulement de la littérature. La tradition se poursuivit à peu près sans interruption jusqu'au IIIe siècle apr. J.-C., bien que peu de textes aient survécu au passage de l'écriture hiératique à l'écriture démotique. Certains ouvrages littéraires étaient très connus ou cités dans les textes postérieurs, faisant ainsi fonction de références culturelles.
 --> voir aussi : Culture et loisirs (fiche détaillée - lien en pied de page)

Le clergé


Il n’y eut pas de clergé nombreux ni permanent avant le Nouvel Empire. L’accroissement du nombre des temples sous la XVIIIe dynastie, accompagné d’autres changements dans la religion, se traduisit par la constitution du clergé en une classe sociale, dont l’élévation se poursuivit (malgré certaines périodes de stagnation) jusqu’à la Basse Époque. Les besoins essentiels concernant le culte pouvaient être satisfaits par un seul officiant, un spécialiste des rites ou un lecteur, et par des prêtres auxiliaires (ceux-ci avaient des fonctions plus pratiques que sacrées). Mais à Karnak par exemple, un ou quatre prêtres d’Amon étaient à la tête d’un important clergé, qui avait des pouvoirs considérables. La tradition égyptienne voulait que le fils succède à son père dans la prêtrise, ce qui s’opposait à la règle selon laquelle le pharaon nommait souverainement aux postes cléricaux. C’est la première tendance qui triompha à la fin du Nouvel Empire : la société égyptienne évolua vers une organisation stricte, à peu près semblable à celle que décrivait Hérodote au Ve siècle av. J.-C., avec des divisions en castes selon les fonctions. Les différences étaient accentuées par l’ ascèse  à laquelle étaient soumis les prêtres pour leur nourriture, leur habillement, l’obligation de se raser, et la continence quand ils étaient de service (mais non en dehors de celui-ci).

Les prêtres étaient rémunérés par les temples et en recevaient souvent des sinécures . Les offrandes apportées aux dieux étaient réparties, « après que les divinités avaient pu satisfaire leurs besoins », à des sanctuaires secondaires, et enfin aux prêtres : ceux-ci faisaient leur profit de tout ce qui n’était pas d’ordre purement spirituel. Les offrandes ont dû toutefois représenter une faible proportion des revenus des temples : la plus grande partie des dons devait donc être remise directement aux temples pour la rémunération du clergé et l’acquisition des produits nécessaires, tandis que des ateliers et des écoles y étaient également rattachés pour répondre à leurs besoins.

Les prêtres de métier et les fonctionnaires (y compris ceux qui faisaient partie de l’armée) n’étaient pas les deux catégories essentielles de lettrés. Les fonctionnaires semblent avoir perdu leur indépendance et leur rôle politique sous les Ramessides, et avoir été alors remplacés par le clergé et les militaires (qui se confondaient souvent). Les prêtres devinrent donc les dépositaires de la culture intellectuelle. La « magie blanche » devait être le domaine réservé des lecteurs, mais les prêtres prirent à la Basse Époque une plus grande importance du point de vue culturel. Les voyageurs grecs parlent souvent d’eux. Ils eurent de l’influence sur le cours des événements, principalement en mobilisant l’opinion contre les atteintes à leurs revenus en des moments cruciaux, notamment après la mort de Cambyse et sous le règne de Teôs. La culture dont étaient dépositaires les temples de l’époque gréco-romaine était strictement cléricale ; elle fut marquée par un important déclin du rôle du pharaon : aux époques primitives, les prêtres étaient vis-à-vis des dieux des représentants des pharaons, alors que ceux-ci en arrivèrent eux-mêmes à devenir des prêtres. Il faut bien se figurer que la société égyptienne n’a été dominée par le clergé qu’aux époques récentes.

Les prêtres au service des dieux


La religion était au centre de la vie des Égyptiens, et le temple, « la maison du dieu », le lieu où l’on célébrait le culte et les fêtes religieuses. Cet espace sacré n’était pas destiné à recevoir les fidèles, mais à entretenir la statue du dieu que l’on honorait à l’intérieur. Ainsi, seuls le roi et les prêtres pouvaient pénétrer dans son enceinte et s’occuper de la divinité : soit la nourrir, la vêtir, la laver, la protéger… selon un rituel quotidien. Chaque dieu important possédait son temple et son clergé pour le servir.

 
 

Un rituel quotidien


C’est le pharaon qui devait célébrer les rites ; seulement, ne pouvant accomplir cette tâche quotidiennement, les prêtres officiaient en son nom. Selon un principe de contrat réciproque, le roi sacrifiait aux dieux et se chargeait du culte de leurs images, et, en retour, les dieux résidaient dans son image et lui accordaient leurs faveurs et, à travers lui, à toute l’humanité. Ainsi, chaque jour, le même cérémoniel était accompli dans les temples pour honorer la divinité : après avoir pénétré dans le temple et franchi les pylônes, accompagné par des chanteurs et des prêtres chargés d’offrandes et d’encens, le grand prêtre se purifiait une dernière fois avant d’entrer au cœur de l’édifice.

Fresque montrant une procession de prêtres présentant des offrandes au dieu

Là se trouvait le naos, le saint des saints, où résidaient la statue du dieu et sa barque portative pour les processions. Une fois enlevé le cachet d’argile qui scellait la porte depuis la veille, le grand prêtre devait éveiller la divinité et lui rendre son âme grâce à des formules religieuses. Ensuite, le dieu pouvait prendre son repas composé de pain, viandes, légumes, fruits, bière, etc., préparé dans les ateliers du temple, puis faire sa toilette et changer ses vêtements, ses bijoux et ses insignes. Une fois les besoins du dieu satisfaits, la porte du naos était à nouveau scellée jusqu’au lendemain.
 
 

La tâche des prêtres égyptiens consistait non seulement à célébrer les rites en l’honneur des divinités, mais aussi à gérer les grands patrimoines des sanctuaires. Le grand prêtre du temple, le « premier prophète », passait une bonne partie de son temps à la cour, confiant la gestion du sanctuaire au « deuxième prophète ». Celui-ci, avec l’aide du collège sacerdotal et des scribes, administrait le trésor du temple, gérait les revenus de la terre et des troupeaux, dirigeait les travaux de construction, etc. Nombre d’entre eux vivaient retirés dans les temples dédiés aux dieux. (les prêtres d’Amon).

pretredeHathor.jpg
Statue d’un prêtre d’Hathor ou de Mout
Temple d’Amon à Karnak - Musée égyptien du Caire

 --> voir aussi : Religion et croyances (fiche détaillée - lien en pied de page)
Les fonctionnaires sont donc chargés de faire respecter les lois sur le territoire égyptien, de prélever l’impôt, de contrôler les réserves… Toutes les charges administratives leurs sont confiées.

Vivant dans de grandes villas, tous les fonctionnaires sont entretenus par l’État : ils reçoivent régulièrement de la nourriture, des vêtements et les ustensiles nécessaires à leur quotidien ou, ce qui est mieux, une terre, avec ceux qui la travaillent, pour subvenir à leurs besoins. Les plus qualifiés, ou les plus malins, cumulent les fonctions et leurs bénéfices.



Le travail, artisans et paysans


Les membres de ces deux classes ont la particularité de vivre entre eux dans des villages différents. Artistes et artisans tiennent une place prépondérante dans la société égyptienne, qui accorde beaucoup d’importance à la décoration des intérieurs et surtout à l’art funéraire.


Les artisans


Des villages entiers d’artisans, d’architectes, mais aussi de sculpteurs, d’orfèvres et de peintres existent autour des chantiers royaux. Ils sont payés en nature, Pharaon leur fournissant aussi bien les vivres que le bois de chauffage. Contrairement au paysans, leurs gratifications sont composées de produits de luxe (vin, poisson, légumes). Les artisans les plus doués bénéficient de l’aide d’une main-d’œuvre parfois nombreuse. Certains d’entre eux atteignirent des sommets dans l’art de construire, les temples et les monuments présents sur le sol d’Égypte témoignent de leur savoir faire.

orfevres.jpg
Atelier d’orfèvresCe bas relief fournit de précieuses indications sur les différentes techniques utilisées par les orfèvres pour le travail des métaux précieux.

Mastaba de Mérérouka à Saqqarah

Les décisions relatives au village sont prises par un conseil, composés des patriarches et de leurs épouses. Dans cette tâche, ils sont aidés par des scribes et les graves délits restent l’affaire du Grand Vizir.


Les paysans


La plupart des égyptiens sont des paysans. Pharaon étant propriétaire de toutes les terres du pays, les paysans se trouvent en quelque sorte dans la situation de métayers. Cependant, certains d’entre eux peuvent être propriétaire d’une exploitation agricole. Ils s’acquitent de leur « redevance » en reversant la moitié de leur récolte au trésor.

Leur vie et les travaux agricoles sont rythmés par les crues du Nil. Sur la bande fertile qui s’étend le long du fleuve se concentrent toutes les cultures : blé, orge, lin... C’est là aussi que se cueille le papyrus, dont les fibres sont utilisées pour fabriquer les feuilles, support de l’écriture. Le travail est particulièrement éreintant au moment de la crue, quand il faut surveiller les nombreux canaux assurant l’irrigation des terres. Il faut noter que, dans les circonstances exceptionnelles - une crue importante ou au contraire insuffisante -, tous les Égyptiens sont invités à « mettre la main à la pâte », depuis les fonctionnaires locaux jusqu’aux prêtres.

travauxdeschamps.jpg
Les travaux des champsCette scène illustre les travaux de la moisson, l’abattage des arbres et le sarclage.

Tombe de Minnakht, régisseur royal de Thoutmosis II

Le paysan vit dans une maison de terre qui est construite près de ses champs. Vêtu simplement d’un pagne, il marche pieds nus. La vie du village est réglementée par un conseil qui gère les affaires courantes, les affaires plus graves étant laissées à la discrétion du grand Vizir.

Vu la précarité de leur situation ils n’ont pas les moyens de se faire construire une sépulture, leurs cadavres sont donc jetés dans le Nil, offerts au Dieu du fleuve.

Le peuple égyptien, qui a fondé sa puissance sur l’agriculture, connaît le prix à payer pour obtenir une bonne récolte mais aussi les dangers d’une famine !
 --> voir aussi : Travail et échanges (fiche détaillée - lien en pied de page)


L’armée et la guerre


Le pharaon s’entoure également d’une puissante armée qui sert tout autant à maintenir l’unité du pays qu’à assouvir la soif d’expansion du souverain. À l’occasion, les militaires protègent les sites miniers ou escortent les caravanes de marchands.

armee.jpg
Armée égyptienneArmée égyptienne en ordre de marche

Temple de Ramsès III (XXe dynastie) à Medinet Habou

Recrutés essentiellement dans la population égyptienne, les soldats, dès lors qu’ils possèdent un peu d’instruction, peuvent espérer accéder à des grades élevés. Qui plus est, être soldat assure à la famille un revenu constant sous la forme de vivres et de terres, d’or et même d’“esclaves” pour les plus valeureux.

esclageNubien.jpg
Esclave nubienSaint Louis of Art Museum

Dans l’Ancien Empire l’armée était principalement composée de corps d’infanterie. En cas de conflits un corps d’armée supplémentaire était expédié en aide aux troupes engagées sur le terrain.

Au Nouvel Empire, la XVIIIème dynastie (règne de pharaons tels qu’Aménophis III ou Horemheb), avec l’invention du char, le corps d’armée subit un changement radical. La notion de stratégie et de tactique se développèrent, une hiérarchie fût établie.
 --> voir aussi : Armée et guerre (fiche détaillée - lien en pied de page)

Khepri1_small.gif

Mobilité sociale


Si tu es un personnage important après avoir été un petit […], ne sois pas outrecuidant à cause des richesses que tu as amassées. Cela t’est arrivé comme dons du Dieu.
 Ptahhotep, Sagesses 

Comme nous l’avons vu, l’Égypte est une civilisation à part, avec une mentalité archaïque, mais sous-tendue par des rouages structurés et très complexes : une puissante administration centrale relayée par un immense corps de fonctionnaires. La peinture de la société ne peut donc se réduire à de simples clichés : l’Égypte n’était ni l’État esclavagiste dont parle la Bible, ni le symbole d’un âge d’or de justice et d’équité que dépeint une certaine litérrature. C’était un pays très hiérarchisé où la mobilité sociale était peu développée et où les petites gens travaillaient dur.

atelierdetisserands.jpg
Modèle d’atelier de tisserands
Tombe de Meketrê à Deir el-Medineh
Musée égyptien du Caire


La famille royale aux commandes de l’État


Sous l’Ancien Empire, le pouvoir étant particulièrement centralisé, la mobilité sociale ets quasi inexistante. La famille royale occupe une place prépondérante dans la politique du pays et monopolise les plus importantes fonctions administratives. Quelques officiels et courtisans, issus de familles en vue - mais non de sang royal - pouvaient toutefois occuper des postes-clefs.

En effet, si, sous la IVe dynastie, les textes affirment que ce sont les frères, les cousins et les fils du roi qui monopolisent la fonction de vizir, pouvoir et parenté ne sont pas si indicossiables qu’il y paraît, les affirmations de parenté avec le souverain pouvant être simplement des titres honorifiques. S’il faut bien être « fils de roi » pour devenir vizir, le pharaon peut accorder à un particulier le titre de « fils de roi » et le promouvoir ainsi à une des plus hautes charges de l’État. Progressivement d’ailleurs, et ce dès la Ve dynastie, la société égyptienne mettra l’accent plus sur la notion de mérite que que sur la naissance dans la réussite sociale. Ce phénomène ira grandissant sous la VIe dynastie et triomphera avec l’effrondement de l’Ancien Empire et la montée en puissance de grandes familles provinciales qui cherchent elles aussi à obtenir une part du pouvoir.

ouvriers.jpg
Ouvriers au travailBien que théoriquement l’ascension sociale fût possible, la société égyptienne était très hiérarchisée et les petites gens avaient peu de chances d’accéder à de hautes charges.

Relief du temple de Karnak

Promotion sociale sous le Moyen Empire


Les boulversements de la Première Période intermédiaire profitent à certaines classes jusque-là défavorisées. Ce transfert des richesses déplaît d’abord aus sages égyptiens : « Celui qui était dépourvu de terre est devenu riche (...), les serfs sont devenus possesseurs de serfs », se lamente Ipouour. « Celui qui ne pouvait acquérir un sarcophage possède une tombe ».

La royauté restructurée du Moyen Empire inaugurera quant à elle une politique visant à encourager les parvenus. L’État, en pleine reconstruction, ayant alors grand besoin de fonctionnaires, fait l’éloge de la promotion sociale, notamment à travers des œuvres de propagande comme la Satire des Métiers, texte qui veut faire miroiter aux yeux des couches populaires les avantages matériels inhérents à la position de scribe. La mobilité sociale est donc favorisée par un discours politique, et une nouvelle classe moyenne issue de la province - peut-être même parfois d’origine paysanne - voit le jour. La faveur du roi est évidemment décisive en matière de promotion, et beaucoup d’arrivistes tentent leur chance.

Des hommes fiers de leur origine modeste

sagePtahhotep.jpgC’est apparemment sous la Première Période intermédiaire et le Moyen Empire que la mobilité sociale fut la plus grande dans l’Égypte pharaonique. Les biographies funéraires confirment cette impression en utilisant souvent à cette époque le thème de l’origine sociale modeste pour faire valoir l’effort personnel comme origine de la richesse d’un individu et de son rang social :

« [Bien que] les biens de mon père m’aient été enlevés, j’ai constitué cette tombe parce que j’ai agi comme un qui est ferme de ses membres et j’ai agi avec mon bras, même quand je n’était qu’un enfant.
Bien que je sois né orphelin, j’ai néanmoins dirigé des taureaux, j’ai acquis des taureaux et j’ai développé ma condition grâce à mes chèvres, j’ai bâti une maison et j’ai creusé un bassin.
C’est de la partie arrière de la maison [partie qui hébergeait les serviteurs et les femmes] de mon père que je suis issu. Je suis un homme du commun qui agit par ses propres moyens. »


Comme beaucoup de sages égyptiens, Ptahhotep (figuré ci-contre, dans sa tombe de Saqqarah) se méfie des parvenus.


Une nouvelle classe de militaires


Sous le Nouvel Empire, la promotion sociale semble toujours possible, mais sans doute dans une moindre mesure. Les textes scolaires font référence à l’instruction des enfants, mais il semble que les classes les plus modestes n’y aient pas accès, et c’est surtout au sein de la nouvelle classe militaire que la promotion sociale est fréquente. Le Nouvel Empire met en effet sur pied pour la première fois une véritable armée de metier, dont certains éléments réussiront à monter dans l’échelle sociale. On sait que les pharaons ramessides de la XIXe dynastie sont issus de cette caste militaire, mais déjà, au tout début de la XVIIIe dynastie, un certain Ahmose fils d’Abana, simple soldat, reçoit terres et biens en récompense de son comportement valeureux dans la lutte contre les Hyksos. Il en est de même pour Senmout, qui semble avoir été simple soldat avant de devenir un proche de la reine-pharaon Hatshepsout.

Ahmose_filsdeAbana.jpg
Ahmose fils d’Abanadevant le texte relatant la lutte contre les Hyksos, durant laquelle il se distingua, ce qui lui permit de monter dans l’échelle sociale.

Temple d’El-Kab

Il convient de citer un cas exceptionnel : voulant rompre avec l’ancien système, le roi hérétique Aménophis IV-Akhénaton confie des postes-clefs à des hommes nouveaux, de préférence issus de classes modestes.

À la fin de l’époque ramesside, la structure sociale devient en revanche plus rigide, et en même temps de riches familles de province voient s’accroître leur importance. Elles ont vraisemblablement des droits sur certains postes à responsabilité de l’État, ce qui réduit les possibilités. La tension entre le caractère héréditaire des charges et la liberté du roi de choisir ses hauts fonctionnaires s’accentue et de riches familles monopolisent les charges religieuses.


La position peu enviable des petits


Le système social de l’Éypte permettait donc théoriquement une certaine mobilité. Toutefois, les choses ne sont pas simples. Dans un pays où alphabétisation et autorité sont étroitement liées et où jamais plus de 5 % de la population n’a su lire avant la Basse Époque, les chances restent réduites. La plupart des Égyptiens étaient avant tout des paysans, dont on sait qu’ils menaient un vie très dure. L’absence d’une paysannerie d’hommes libres n’est, par définition, jamais favorable à la mobilité sociale.


La fiscalité


La munificence de Pharaon est sans égale, à condition qu’il en ait les moyens... Dans l’Égypte ancienne, tout homme appartient à Pharaon et lui doit, en principe, son travail contre de la nourriture. Les impôts, appelés bakou, sont de deux sortes : l’impôt en travail, qui n’est autre que la corvée, et l’impôt en nature. En réalité, l’impôt frappe surtout les artisants et les paysans, c’est-à-dire ceux dont la productivité sert le plus l’État.

Les travaux des champs se terminent toujours par la remise des impôts. Pour en établir le montant, les administrateurs de l’État procèdent à l’arpentage des terres. Le maître du domaine est chargé de la collecte. ON voit alors un défilé ininterrompu de femmes portant des corbeilles de fruits, de légumes, de fleurs, de vases de parfum, des jarres de bière. D’autres amènent du pain, des oies ou des veaux. Des hommes apportent des sacs de grains tandis que d’autres poussent devant eux des gazelles, des bœufs et des chêvres... Aux pied du maître des lieux, des scribes attentifs, palette à la main, notent le « compte des contributions des villages du domaine d’éternité ».


Des évaluations très précises


Grâce à la tombe de Menena, scribe du « seigneur du double pays en Haute et Basse-Égypte », vivant sous le règne Thoutmosis IV, nous savons que, sous le Nouvel Empire, l’assiette des impôts est calculée de manière sûre. Le scribe du cadastre évalue exactement la récolte sur pied au moyen de bornes témoins, permettant de déterminer avec précision la redevance. Ce scribe de haut rang et ses employés à l’arpentage, deux scribes agricoles (un porteur de cordeau et un tendeur de cordeau), mesurent la superficie à moissonner, tandis que des enfants - poussés par des parents souhaitant rester en bon termes avec les agents du fisc - leur apportent des collations. Lors de la récolte, ils refont les mêmes gestes avec les boisseaux récoltés. À la fin de la XIXe dynastie, ils sont supplantés par les scribes des céréales.

La corvée

La corvée est un service en nature qui remplace en partie l’impôt. Elle concerne avant tout les paysans et les ouvriers et a pour objet de grands travaux d’intérêt collectif comme la construction et l’entretien des digues et canaux pour l’irrigation. Ces corvées ne sont bien évidemment pas requises au moment des travaux des champs. Elles sont encadrées :

Dès l’Ancien Empire, des statuts énumèrent les conditions et fixent les limites de ce qui peut être exigé. Il faut dire qu’à l’époque, la corvée a été largement utilisée pour des travaux de prestige, comme la construction des pyramides et des temples funéraires.

Sous le Nouvel Empire, les constructions des rois font plutôt appel a des ouvriers spécialisés. L’utilisation d’esclaves, de prisonniers de guerre mais aussi de soldats pour le transport des pierres et la construction de grands édifices réduit d’autant les corvées exigées du peuple.

Enfin, pour protéger leurs revenus, les temples obtiennent des chartes d’immunité qui protègent ceux qui travaillent sur leurs terres de toute réquisition abusive. Certaines villes aussi se voient exemptées de corvée. Dès lors, nombreux sont les artisans et les paysans qui y affluent afin d’échapper à cette insupportable contrainte.

La charte d’immunité

Sous l’Ancien Empire, Snéfrou, premier souverain de la IVe dynastie, décréta que « les deux villes de ses deux pyramides » (Meïdoum et Dahchour) seraient éternellement exemptées de corvées et d’impôts. Contre cette proclamation solennelle, les villes en question devaient perpétuer le culte divin du roi. Cette charte fut consignée dans les archives royales.

Par la suite, plusieurs pharaons et gouverneurs de nomes imitèrent Snéfrou, et c’est ainsi que de plus en plus de temples furent exonérés d’impôts pour l’éternité.


Même les temples


En dehors de certains domaines et temples bénéficiant d’un charte d’immunité, tous les autres doivent une redevance à l’État, c’est-à-dire à Pharaon. C’est ainsi que, sous le règne de Ramsès III, le temple d’Amon dut donner 743 oies en paiement des impôts.


La justice


Les anciens Égyptiens ont eu de la justice une conception à la fois universelle et technique, désignée sous le terme maât (voir plus haut). La justice fonctionne selon des principes mécaniques et comptables : tout bonne action mérite récompense et tout manquement entraîne punition. Celui qui croit échapper à la justice terrestre est rattrapé dans l’au-delà devant le tribunal d’Osiris, lorsqu’il doit répondre de ses actes dont Thot a inscrit implacablement le bilan sur sa tablette.

En tant que garant de l’harmonie universelle, en se recommandant de la déesse Maât, il est tout naturel que la fonction judiciaire incombe également au pharaon. C’est à lui d’arbitrer les conflits, de faire respecter les lois, les us et coutumes du pays, d’empêcher les abus, de promulguer de nouveaux décrets quand le besoin s’en fait sentir et de diriger l’appareil répressif.


La juridiction


Écrits sur pierre ou sur papyrus, les textes juridiques concernent essentiellement le régime des biens et le statut des personnes. Les procédures, jugements et décrets témoignent de l’existence d’une véritable science juridique dans l’Égypte ancienne.

On connaît mal le domaine juridique strictement dit car aucun code de lois n’a été retrouvé. Cependant, nous disposons d’une multitude de textes juridiques : contrats, testaments, minutes de procès, édits, décrets royaux prouvant qu’il existait bien des lois précises servant de référence. Il s’agit essentiellement de textes concernant les crimes touchant les intérêts de l’État divin, de tentatives de meurtre sur le pharaon, de corruption, de détournement de biens du pharaon, de pillages de tombes ou profanations de momies royales.

La structure juridique repose sur le vizir qui porte le titre de “prêtre de Maât” et qui dirige une multitude de fonctionnaires œuvrant dans des juridictions couvrant l’ensemble du pays.

Ainsi, il n’existait pas de justice privée en Égypte. Seul le pharaon avait droit de vie et de mort sur ses sujets mais ne pouvait en user de manière arbitraire. Il devait se conformer aux lois. Quant aux gens du peuple, même de rang social peu élevé, ils pouvaient espérer faire valoir leurs droits.

Texte tiré du site Toutankharton  

ThoutmosisIIIatef.jpg
Le pharaon Thoutmosis IIIcoiffé de la couronne atef d’Osiris. Cette couronne qui se caractérisait par une double corne horizontale de bélier, symbolisait le pouvoir de justice du pharaon.

Les tribunaux


Les grands procès intentés contre ceux qui mettent en danger la sécurité de l’État sont placés sous la jurisprudence de Pharaon, de son vizir et de ses assesseurs. La justice est rendue par six tribunaux appelés « grandes maisons » sous l’Ancien Empire. Le vizir, grand juge du royaume, peut siéger dans n’importe lequel de ces tribunaux. Chacun des membres de ce collège est « chef des secrets de la pesée des paroles secrètes de la Grande Maison » et siège à ce titre dans une des six grandes maisons où se rend la justice.

Parallèlement à ces hautes cours, lorsqu’il s’agit de délits mineurs qui ne menacent pas sérieusement la paix civile, la justice est rendue par des magistrats locaux de la communauté où l’infraction a été commise, généralement sans avoir recours aux fonctionnaires de l’État. Ils règlent : les litiges entre particuliers, les contestations fiscales, etc. On les appelle tribunaux de temples, conseils locaux de notables ou sarou, « préposés aux querelles » dans les villages. Ces tribunaux siègent aux portes des palais ou des temples, dans les avant-cours des sanctuaires : il n’est pas rare que sur dix membres d’un tribunal, neuf fassent partie du clergé...


Les délits et les peines


Des délits de toutes sortes, qui vont du vol, ou de la simple contestation de terre, aux crimes les plus violents au nombre desquels le pillage de tombe, entraînent des peines allant de l’amende à la mort...


Le maintien de l’ordre


Les pharaons ont très rapidement adjoint à leur administration de nombreux fonctionnaires chargés de la protection des biens et des personnes : les services de forces de l’ordre qui étaient, en général, distincts des unités de l’armée. Plusieurs polices ont ainsi vu le jour, chacune possédant des rôles et des attributions bien définies mais souvent mal connues. Police des déserts, police des frontières, police des villes, elle poursuivait les esclaves en fuite, participait aux punitions corporelles, surveillait les nécropoles et traquait les contrevenants du fisc.

Dans l’Ancien Empire, les Saou-Perou forment le premier de ces corps de police, ils interviennent particulièrement dans les campagnes, leurs rôles étant de maintenir l’ordre sur l’étendue des domaines et de veiller aux versements des différentes taxes.
Puis les pharaons se sont munis d’un autre type de policiers pour prévenir les dangers sur les routes caravanières et des incursions des peuples frontaliers ; l’armée étant cantonnée à assurer les frontières et contenir d’éventuelles velléités. Ce deuxième corps s’appelait les Nouou, ces hommes étant rompus à la vie dans le désert. Ces hommes employaient des chiens dressés dans leurs missions.
Ces deux catégories de policiers agissent sur demande de l’administration ou du gouverneur de la province (nomarque).

Lors de la première période intermédiaire, les villes innovent en se dotant d’un nouveau représentant de l’ordre : « le supérieur des querelles » (devenant, au Moyen Empire, une sorte de commissaire de police et de magistrat) puis, à la XIème dynastie, celle des rois de Thèbes, apparaissent des agents de police fluviale appelés « ceux qui repoussent », ce qui montre bien leur rôle défensif.

Au Moyen Empire, du fait de l’élargissement des frontières et de la reprise de l’activité dans les carrières, la police se structure davantage :

Cette tendance à aller vers une police plus spécialisée se confirme durant les périodes suivantes.

Le cas des Medjayou

Au Moyen Empire, les médjayou étaient intégrés au corps des nouou. Cette communauté s’étoffe à un tel point qu’elle va former une police à part entière.

Déjà, durant la deuxième période intermédiaire, ils étaient intégrés, comme auxiliaires, dans les armées des rois thébains unificateurs de la XVIIème dynastie (Taâ II et Khamosis) luttant contre les hyksôs qui avaient envahis l’Égypte.

Au Nouvel Empire, sous les règnes de Thoutmosis III et d’Amenhotep II, ils acquièrent un nouveau statut : ils sont distincts de l’armée et du reste des agents de police. Ils interviennent particulièrement à Thèbes, la capitale, à Coptos, leur principale garnison et dans la vallée des rois pour l’encadrement (surveillance et protection) des membres de la communauté de la Tombe (les artisans de Deir el-médineh). Ils sont dirigés par un Idenou our en medjayou.

Les medjayou ont peu à peu absorbé, sans les abolir, des corps plus anciens (qui sont encore attestés).

© copyright Méritites (site Web  ) - Source : Toutankhamon magazine n°3

Les gardiens des harems et des résidences royales, les Meshekebou, et d’autre part les hommes escortant les scribes percevant les taxes sont également considérés comme faisant partie de la police. Une police des frontières est également attestée.

Tous ces policiers avaient le statut de fonctionnaires. De ce fait, ils étaient rétribués par l’état et dépendaient d’une hiérarchie administrative.


L’échelle des peines


La peine encourue ira de la bastonnade, savament dosée pour un méfait simple, à la mort. Entre ces deux extrêmes, on trouve des peines intermédiaires, tels l’affectation perpétuelle à un domaine royal comme serf, les travaux forçés aux mines, les mutilations, le bannissement...

Infractions pénales et civiles sont sanctionnées sans distinction :

Punitions pour vol

« Quant à tout commandant de la forteresse et à quelconque scribe de la forteresse, quant à tout inspecteur rattaché à la forteresse qui embarquera sur un navire appartenant au Temple et qui prendra de l’or [… ), des peaux de léopart ou d’autres animaux, des queues de girafe, du cuir de girafe... ou tout bien du Koush qui est rapporté comme revenu au Temple, une punition lui sera imposée consistant en 100 coups, et il lui sera donné une amende de la part du Temple, selon la valeur des biens [détournés] au taux de huit pour un. »

Décret de Nauri protégeant les biens du temple de Séthi Ier à Abydos
XIXe dynastie - Nouvel Empire

Pour en savoir plus : Décret de Nauri  du site web dédié à Séthi Ier

Il reste que, derrière le caractère exemplaire de certaines punitions, la justice pharaonique cherche toujours la plus juste peine : punir, oui, mais pas plus qu’il n’est besoin - surtout dans le cas de délits n’impliquant pas la personne royale.


Notice documentaire

ascèse
n.f. Discipline de vie, ensemble d’exercices physiques et moraux pratiqués en vue d’un perfectionnement spirituel.

Le mot est emprunté au latin chrétien asceta, asceteria du Ve siècle, signifiant moine ou religieuse, monastère ou couvent. Avant ce sens religieux, le grec askêsis, exercice, s’appliquait à de nombreux arts et métiers, et en particulier l’athlétisme. L’attitude ascétique apparaît en Inde, notamment dans le yoga, et existe dans la plupart des religions personnelles. Chaque tradition prescrit ses exercices, souvent autour du jeûne et de la prière, mais on trouve aussi la méditation, la mortification, l’abstinence sexuelle ou certaines gymnastiques. La pratique est assidue mais ne vise pas la performance, une récompense, ou un don magique.

L’ascèse vise à atteindre un idéal élevé, comme la santé, le bonheur, la sagesse, le salut, ou le nirvana. Ce renoncement aux fruits de l’acte tout en s’y consacrant entièrement est une découverte religieuse qui se transmet depuis à d’autres domaines, comme l’art.


sinécure
n.f. du latin sine, sans et cura, souci. Emploi où l’on est payé beaucoup pour très peu de travail. &vurren; Familier. Ce n’est pas une sinécure : ce n’est pas de tout repos.

Une sinécure est, à l’origine (au moyen-âge), un bénéfice ecclésiastique (beneficium sine cura) accordé à un clerc pour lui permettre d’effectuer un travail de recherche sans avoir à assurer de services religieux ou, comme on dit, sans avoir charge d’âmes.

Ultérieurement, l’expression désigna un emploi, une charge, souvent attribuée par accointances, qui n’implique aucun travail effectif. À certaines époques, notamment au XVIIe siècle en France, le pouvoir royal attribuait des sinécures à ses protégés ; c’était aussi une manière de s’attirer leur sympathie, voire de museler toute velléité de contestation du pouvoir, en réduisant les seigneurs à une bande de profiteurs et de pique-assiettes officiels, qui n’étaient ainsi plus en mesure de mordre la main qui les nourrissait.

Article(s) complémentaire(s)
La Société égyptienne
Religion et croyances | Travail et échanges
Pays et déplacements | Famille et mœurs
Habitat et confort | Vêtement et corps
Nourriture et table | Culture et loisirs
Armée et guerre
barquette.gif

Date de création : 18/06/2007 - 19:48
A été modifié le : 21/04/2010 - 08:39
Catégorie / L’Égypte au quotidien

Vos réactions, vos commentaires

Personne n’a encore réagi à cet article. N’hésitez pas, soyez le premier à écrire !
Chaque commentaire permet d’enrichir et de corriger le site, de partager votre expérience et vos connaissances avec tous les internautes...


Haut


Site fonctionnant sous GuppY v3.0p4 - GNU Public License - © 2002-2004