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La religion égyptienne - Mythes/Rites et Croyances

Le Livre des animaux sacrés
» Le chat dans l’Égypte antique


Le chat (mau en égyptien) était l’un des nombreux animaux dont les attributs furent vénérés dans l’Égypte antique. Il était notamment associé au symbole de protection. Tout d’abord avatar du dieu Rê en tant que pourfendeur du serpent Apopis, il connaîtra le sommet de son influence en tant qu’incarnation de la déesse Bastet.

Sources
Patricia Dale-Green, Le Culte du Chat, Weathervane Books, 1963, (en)
Mel et Fiona Sundquist, Chats sauvages du Monde, Université de Chicago, 2002, (en)
Roger Tabor, Chats : L’apogée du Chat, BBC Books, 1991, (en)
Kelly Trumble, Laszlo Kubinyi, Momies de Chat, Houghton Mifflin, 1999, (en)
Olivier Escalon, Le déclin du culte du chat (www.lepetitjournal.com  )


Les chats égyptiens


On connaît trois espèces du genre Felis ayant vécu dans l’Égypte antique.

Image du chat ServalChat serval

Le chat sauvage d’Afrique ou chat ganté

(felis silvestris libyca) est le chat le plus répandu. Espèce endémique, on le retrouve partout en dehors du Sahara et des forêts tropicales. Sa taille varie de 50 à 70 cm et son poids de 3 à 7 kg. D’une morphologie comparable aux Abyssins d’aujourd'hui, il possède un pelage foncé pour les groupes vivants en forêt, plus clair pour ceux vivants dans le désert. Animal de préférence nocturne, il chasse au crépuscule ou durant la nuit. La journée, il se protège de la chaleur dans des terriers ou dans des arbres.

Le chat des marécages ou chaus

(felis chaus) est un chat vivant dans les zones humides (on en trouve jusqu’en Asie). Plus grand qu’un chat sauvage, mais court sur pattes, il mesure de 60 à 75 cm pour un poids variant de 10 à 15 kg. Il a un museau long et fin, des pinceaux noirs sur les oreilles et une queue annelée. Son pelage est d’un brun épais ou rougeâtre marqué de bandes noires sur les pattes antérieures.

Le chat serval ou serval

(felis serval) est un chat originaire de Nubie (on le retrouve du Sud du Sahara à l’Afrique australe). Préférant la nuit, il vit dans la savane. D’une taille moyenne d’environ 70 cm et d’un poids variant de 14 à 18 kg, il possède un corps élancé avec de longues pattes. Son pelage tacheté est d’un brun fauve et s’éclaircit sous son corps. Il a de grandes oreilles, une petite tête et de grands yeux.


Le chat au quotidien


Les Égyptiens de l’Antiquité nommaient le chat par l’onomatopée « miou », dont la transcription est miw au masculin et miwt au féminin (le français utilise également ce genre d’onomatopée qu’on retrouve dans le verbe miauler).

Le mot chat écrit en hiéroglyphes (1)
miw
   ou    Le mot chat écrit en hiéroglyphes (2)
miw (*)
(*) Wörterbuch der Ägytischen Sprache
Tome 2, 42.1-3.

On pense que la domestication du chat eut lieu en Égypte au cours du IIIe millénaire av. J.-C. Avant de devenir un animal de compagnie apprécié pour sa douceur, sa grâce et sa nonchalance, le chat est avant tout un animal protecteur. En chassant les petits rongeurs, il protège les silos à grain où les Égyptiens entreposaient leur récolte (notamment le blé), ressource ô combien vitale pour ce peuple d’agriculteurs. En chassant les rats, le chat élimine un vecteur de maladies graves (comme la peste). Enfin, en chassant les serpents (notamment les vipères à cornes), il rend plus sûrs les alentours des foyers proches d’où il a établi son territoire.

Une momie de chatMomie de chat - Musée du Louvre, ParisIl semble que chaque temple possédait ses propres chats dont le « gardien des chats » (poste important transmis héréditairement) avait la charge. Le chat, comme les autres animaux sacrés, avait un statut particulier dans la société égyptienne. Ainsi il était interdit de tuer ou même de maltraiter les chats, et les contrevenants risquaient une peine très lourde pouvant aller jusqu’à la mort (peine sûrement proportionnelle à l’importance du-dit chat). Diodore de Sicile (un historien grec) décrit une scène s’étant déroulée vers -60 : un char romain écrasa par accident un chat égyptien et en dépit des ordres du Pharaon Ptolémée XII, un soldat égyptien tua le conducteur.

Les milliers de momies de chat retrouvées dans des cimetières pour chats peuvent nous faire penser qu’il était l’animal le plus populaire de l’Égypte antique. Cependant, le grand nombre de momies de chats retrouvées peut aussi s’expliquer par sa petite taille (on enterre plus facilement un chat qu’un taureau). Dans les palais, le chat était l’animal domestique par excellence, élevé dans l’abondance. La tradition voulait que leurs maîtres se rasent les sourcils en signe de respect quand le chat venait à disparaître et un deuil de 70 jours avait lieu le temps de sa momification. Le chat accompagne parfois son maître dans l’au-delà sous forme de statuette (ou sculpté sur les sépultures). On trouve également le chat représenté sur de nombreux vases, bijoux et vaisselle, ainsi que dans les peintures (notamment sous le siège de la femme, comme symbole protecteur).


Les chats dans la mythologie égyptienne


Un chat découpant le serpent ApopisUn chat tuant le serpent ApopisL’Égypte, tant politiquement que culturellement, n’a pas toujours formé un bloc uniforme. À l’origine, il y avait de nombreux royaumes, dirigés par des tribus, pour la plupart totémistiques, axant leur culte sur des animaux.

On attribuait alors tel ou tel animal à tel ou tel membre, en fonction de ses qualités, de ses services rendus, de son courage, etc. Quand une tribu ou un membre remportait une victoire, il était en droit d’exiger de la part du perdant qu’il adore son totem. Un Empire fut formé sous Ménès, vers le XXXIe siècle av. J.-C., adoptant une religion plus éclectique : des ibis, des aigles, des scarabées étaient adorés et, sûrement, des chats.


Les Égyptiens voyaient les dieux non pas comme de simples esprits, mais comme des entités intelligentes, capables de s’incarner dans tout être ou objet. Une coupe de cristal, décorée de l’image de la déesse à tête de lion Mafdet, date d’environ -3100 : c’est la plus ancienne forme de déité représentée en Égypte. Bastet, la déesse à tête de chat, était à l’origine peinte comme un lion protecteur et belliqueux. Son image, au cours du temps, a été modifiée pour l’associer aux chats domestiques, bienveillants mais sauvages.

Les chats, en tant qu’incarnation de Bastet, était momifiés. Le respect qu’ils recevaient après la mort reflète celui qu’il inspiraient chaque jour de leur vie. L’historien grec Hérodote écrivait qu’on postait parfois un garde près du feu pour s’assurer qu’aucun chat n’irait se brûler. À la mort d’un chat, écrivait également Hérodote, la famille était en deuil et se rasait les sourcils, en signe de tristesse.


Bubastis et le Culte du Chat


Statuette de la déesse BastetLe chat, divinité égyptienneBien que le culte du chat soit déjà un mouvement religieux important à l’avènement du Nouvel Empire, il pris de l’ampleur quand Sheshonq Ier développa la ville de Bubastis (arabe : Tell Basta), chef-lieu de la déesse Bastet, située à l’est du delta du Nil. Bastet devint très populaire et importante au sein de la population, représentant alors la fertilité, la maternité, la protection et l’aspect bénévole (dans le sens étymologique, de bon vouloir) du soleil - de même que Sekhmet, elle était appelée l’Œil de Rê. Réunissant des milliers de croyants et autant de pèlerins, le culte du chat était responsable de l’arrivée annuelle d’une population immense dans les rues de Bubastis. Bubastis devint un autre nom de Bastet.

Près du centre de la cité, on pouvait voir le temple de Bastet. Ce temple était rabaissé par rapport au reste de la cité, pour éviter l’érosion de l'eau, mais a été surélevé par la suite pour éviter les inondations. Hérodote, qui visita Bubastis en -450, disait de ce temple que, s’il n'était pas aussi grand ou n’avait pas coûté autant que ceux des cités alentours, nul n'offrait plus de plaisir aux yeux. Hérodote décrit en détail le temple. Un canal, qui entoure le temple, donne à ce dernier une allure d’île déserte. Dans la cour se trouvait une allée d’arbres, menant vers l’entrée intérieure, qui exposait une statue massive de Bastet, ainsi qu’un nombre important de chats sacrés dont les prêtres s’occupaient grâce aux dons des pèlerins. Ces chats, très respectés, n’en restaient pas moins extrêmement nombreux, et un sacrifice périodique était organisé. Les chats sacrifiés, souvent des chatons, étaient ensuite bénis et momifiés, puis vendus comme reliques sacrées. Bubastis devint un centre de commerce, que ce soit dans la vente du bronze, des sculptures ou des amulettes à l’effigie du chat. Hérodote écrivit que le festival annuel en l’honneur de Bastet qui se tenait dans la cité était l’un des plus populaires, faisant se déplacer des croyants de toute l’Égypte.

Le mercantilisme et l’influence de Bubastis inspirèrent les auteurs de la mythologie judéo-chrétienne. Au VIe siècle av. J.-C., Ezéchiel écrivait :

« Les jeunes hommes d’Aven et de Pibeseth [Bubastis] tomberont par l’épée, et ces cités seront captives. »

Ezéchiel ne percevait par l’importance de Bubastis, à l’instar de la ville de Ninive, un paganisme et un péché qui vaudrait aux deux villes une punition.

Vers -525, l’Égypte était le principal Empire que la Perse n’avait pas encore conquise. Cambyse II, fils de Cyrus II, se fixa donc l’objectif de changer cet état de fait. Avec son armée, il parcourut 56 km à dos de chameau à travers le désert jusqu’à l’avant-poste égyptien de Pelesium. Ils attaquèrent l’armée égyptienne, qui n’osa pas riposter à la vue des boucliers perses, sur lesquels on pouvait voir un chat de bronze. Cependant, la cité fut défendue plus efficacement grâce aux renforts de l’armée égyptienne, qui mit en déroute les combattants perses.


Traditions funéraires


Statuette de la déesse BastetLes chats étaient vénérés et momifiés
Musée du Louvre, Paris
Hérodote écrivit que les chats qui mourraient, où que ce soit en Égypte, étaient amenés à Bubastis pour être momifiés et enterrés dans le grand cimetière. Cependant, il semble que ce ne soit que très exceptionnel.

L’égyptologue suisse Henri Edouard Naville a trouvé près de 20 m³ de cadavres de chats, et des traces de crémation, des os dans des vases, des puits, de l’argile. À côté de chaque puits, un autel et un foyer, noirci par le feu. La momification est censée permettre au ka (l’esprit) du défunt de retrouver son hôte et y renaître dans l’autre monde. Pour cela, le corps doit rester intact - la crémation interfère avec ce processus. Néanmoins, brûlés ou non, les chats recevaient les rites funéraires et l’embaumement, au même titre que leurs propriétaires.

En 1888, la découverte du temple de Bastet, en dehors de Beni Hassan, amena à l’excavation de près de 19 tonnes de momies et de restes animaux - dont relativement peu de chats. Récemment, Roger Tabor découvrit un autre cimetière félin au temple de Bastet, soulevant une couche épaisse de 20 cm de momies compressées par les débris du temple, étalées sur une largeur de 6 mètres.


Le déclin du culte du chat


Avec l’interdiction, par décret impérial, du culte de Bastet en 390, l’importance du chat décroit jusqu’à la conquête de l’Egypte par le jeune peuple musulman en 641, qui lui rend sa place d’honneur. L’amour porté par le Prophète lui assure le respect des musulmans, de nombreux récits décrivent cette affection : « Un jour, après l’appel à la prière, le Prophète allait mettre l’un de ses vêtements lorsqu’il s’aperçu que Muezza, son chat, dormait sur l’une des manches. Sans déranger l’animal, il coupa la manche et le laissa dormir. »

Un de ses compagnons portait le nom d’Abou-Hurayra (le père du chaton), car il portait en permanence un chat sur lui. Celui-ci aurait sauvé le Prophète de la morsure d’un serpent venimeux. Lui caressant la tête, le Prophète y laissera les quatre marques noires visibles sur le front de la majorité des chats. Et, lui caressant le dos, il lui aurait accordé la faculté de toujours retomber sur ses pattes.

Le Prophète conseille de traiter son chat comme un membre de la famille, et malheur à celui qui maltraitera l’un d’entre eux. Animal très propre, il est possible de faire ses ablutions pour la prière avec la même eau que celle où il a bu. A l’inverse, il faut laver sept fois le contenant où un chien a bu avant qu’un homme puisse de nouveau l’utiliser.

Au Caire, on est saisi par le nombre de chats qui y vivent. Sans faire l’objet d’un culte, et sans bénéficier d’une grande considération, on voit souvent des scènes de tendresse entre les cairotes et l’animal. Là où le chien est chassé, le chat se pavane, réclamant nourriture et caresses aux passants. Omniprésents, certains deviennent pour nous de véritables personnages avec leurs caractères et habitudes. Ils font partie du paysage, tout comme le bawab ou l’épicier du coin.
autrePage.gif Voir aussi : Bastet| Sekhmet | Bubastis


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Date de création : 20/04/2007 - 10:50
A été modifié le : 25/08/2008 - 16:45
Catégorie / Un peu de mythologie

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