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Des œuvres mal connues


L’égyptologue a de la chance. Par-delà les millénaires, beaucoup de textes égyptiens sont parvenus jusqu’à lui. Des œuvres quasiment complètes et bien connues, mais aussi des fragments plus obscurs qui permettent de se faire une idée de la richesse de la création littéraire égyptienne.

C’est en 1950 que le grand philologue et archéologue français Georges Posener publia dans la Revue d’égyptologie un article fameux sur les richesses inconnues de la littérature égyptienne. Ce faisant, il rendait un immense service à la communauté égyptologique en recensant des œuvres jusque-là mal connues à cause du mauvais état de conservation de leurs supports. Depuis lors, certains de ces textes ont fait l’objet d’études poussées, mais d’autres, trop lacunaires, restent toujours dans l’ombre.

Aujourd’hui, si le profane peut avoir accès aux plus fameux textes égyptiens - tels les fascinants Contes du papyrus Westcar, le Conte de Sinouhé, le Conte des deux frères, le Conte du naufragé - dans de bonnes traductions, il ne peut pas bien se rendre compte de l’ampleur de la création égyptienne, car ces receuils ne rassemblent que des extraits suffisants pour donner un aperçu cohérent de l’intrigue. En dehors de ces œuvres majeures, il en existait beaucoup d’autres, aujourd’hui en partie ou totalement perdues. On peut parfois avoir une idée de certaines grâce à quelques lignes subsistant sur un fragment de papyrus ou d’ostracon, ou par la mention qui en est faite dans un autre texte.
Symbole de document Voir aussi : Papyrus, Ostracon


La littérature au Moyen Empire (2046-1710)


Quiconque s’intéresse à la civilisation égyptienne connaît le célèbre Conte de Sinouhé, qui narre les péripéties d’un Égyptien exilé volontaire. Mais la littérature de fiction est loin de se réduire à cette figure. Le Moyen Empire fut en effet riche en sagesses comme en contes. Outre les œuvres classiques, on a retrouvé trace d’un conte intitulé Le Pâtre et la Déesse. On n’en connaît que vingt-cinq lignes rédigées en hiératique, et tout ce qu’on sait de l’intrigue, c’est que les deux protagonistes en sont une déesse et un berger. Au dos d’un papyrus portant un hymne à Sésostris III, on a également découvert une histoire dont le héros semble être un certain Hay, mais son caractère lacunaire ne permet pas d’en savoir plus. Un autre texte du Moyen Empire, incompréhensible, semble avoir pour sujet les plaisirs de la chasse et de la pêche dans les marais.

À côté de ces œuvres d’imagination, on connaît de nombreux fragments d’enseignements peu connus qui s’ajoutent à de plus célèbres, comme celui du vizir Ptahhotep ou la Satire des métiers. Parfois on n’en devine l’existence que par une mention dans un autre ouvrage. Ainsi, un texte fait référence à un enseignement attribué à Imhotep - l’architecte de Djoser - dont on n’a jusqu’à présent trouvé aucune trace concrète.

Et les écrits restent…

Le verso d’un papyrus provenant de Deir el-Médineh porte une série d’écrits, également peu connus du public, que le célèbre égyptologue anglais A. H. Gardiner a appelés « miscellanées ». Il s’agit d’un mélange de textes divers à usage scolaire, dont beaucoup glorifient la fonction de scribe. L’un nous touche particulièrement, car il rejoint certaines de nos conceptions sur la survie en traitant de l’immortalité de l’écrivain (en tant que compositeur de sagesses surtout) :
« Les tombes sont oubliées, mais leurs noms [ceux des scribes] sont prononcés sur leurs livres (…). Sois un scribe (…). Plus utile est un livre qu’une stèle [funéraire] gravée, qu’une solide tombe (…). Un homme pourrit, son corps devient poussière, tous ses parents périssent, mais un livre fait qu’on se souvient de lui (…). Y a-t-il quelqu’un de comparable à Hordjedef [fils de Kéops auteur présumé d’un enseignement] ? Y a-t-il quelqu’un de comparable à Imhotep ? Aucun de tes parents n’est comme Néferti ou Khéty (autres écrivains célèbres). »


Le Nouvel Empire (1550-1070) aime la fiction


Le Nouvel Empire est aussi très riche en contes. Outre les célèbres Aventures d’Horus et Seth, le Conte du prince prédestiné ou Vérité et Mensonge, on peut citer le Conte d’Apopis et Seqenenrê, qui a pour toile de fond les problèmes politiques de la Deuxième Période intermédiaire et les relations entre les rois égyptiens et les Hyksos. Un autre conte peu connu, mais désormais traduit en français, la Prise de Joppé, offre une alternative judicieuse au stratagème du cheval de Troie.

À part ces histoires à fond historique, il existe des œuvres fantastiques, comme le Conte du Revenant, dont on n’a qu’un court passage relatant l’apparition d’un esprit à un homme ; le Conte du roi et l’esprit de Snéfrou fils de Khentika, connu par un extrait encore plus bref dépeignant un roi qui désire invoquer l’esprit d’un mort ; l’histoire d’un roi et d’une déesse dont on n’a que des fragments insignifiants ; celle ou Astarté intervient pour régler un différend entre les dieux égyptiens et le dieu de la mer ; enfin, une mystérieuse histoire de procès entre un corps et sa tête !

Illustration des genres littéraires
Sagesses, enseignements, contes à fond historique ou fantastique
La littérature égyptienne aborde les genres les plus divers.

Collectif, Passion de l’Égypte, Collection de fiches - Éditions Atlas, 1997

Dans le genre satirique, un autre conte datant peut-être de la XVIIIe dynastie est peu connu des profanes. Cette fois, non en raison du mauvais état de conservation du manuscrit - bien que le texte soit incomplet, une grande partie de l’intrigue reste incompréhensible - mais parce qu’il tranche trop avec l’image sérieuse de l’Égypte ancienne. Il relate avec humour les aventures du roi Néferkarê et de son général Siséné : on y voit le roi sortant du palais déguisé pour rejoindre son amant. Le tableau, très pittoresque, évoque le vaudeville et met en scène le roi lançant une brique à la fenêtre pour signaler sa présence. À son appel, on fait descendre une échelle.

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Clio : conférences en ligne

Pascal Vernus, Directeur d’études à l’École pratique des hautes études
Chants d’amour de l’Égypte antique (1992), et Sagesse de l’Égypte pharaonique (2001), édités par l’Imprimerie nationale

La littérature de l’Égypte pharaonique


Appliqué à une civilisation ancienne comme celle de l’Égypte pharaonique, le mot « littérature » tend à être utilisé sous deux acceptions. D’une part, selon un usage des sciences sociales anglo-saxonnes, il est pris au sens large pour désigner l’ensemble de la production écrite. D’autre part, une acception plus restreinte, que nous élirons ici, le réserve à des œuvres sélectionnées par les Égyptiens anciens eux-mêmes sous l’appellation « belles paroles » parce que, leurs agréments particuliers et l’intérêt qu’elles suscitaient transcendant leurs finalités originelles, quelles qu’elles fussent, elles créaient avec la connivence de leur public un univers de plaisir spécifique, proprement littéraire.

Des œuvres dont nous n’avons qu’une connaissance très partielle

Non seulement certaines n’étaient transmises qu’oralement, mais encore, celles qui étaient fixées par écrit étaient éditées, sauf exception, sur des supports périssables, et donc fréquemment sujets aux destructions des hommes et des temps. Dans le meilleur des cas nous sont parvenus des rouleaux de papyrus – plus rarement de parchemin – provenant de bibliothèques, serrés dans des coffrets…

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Les sagesses dans la littérature pharaonique


Assurer le culte funéraire de ses parents, fonder une famille, respecter les règles du savoir vivre et les convenances ; adresser une prière matinale au disque solaire, mais aussi éviter de truquer les mesures ou de déplacer les bornes du champ ; ne pas faire payer le péage du bac un pauvre ; aider la veuve et l’étranger… À un plus haut niveau, respecter l’ordre établi, faire preuve de réserve et de modestie : voilà ce que tout jeune Égyptien bien né devait apprendre de la bouche de son père, ce que toute personnalité reconnue devait transmettre aux jeunes générations. Comme nous l’explique ici Pascal Vernus, auteur de Sagesses de l’Égypte pharaonique (Paris 2001), ces recueils didactiques, ces « sagesses », sont aujourd’hui une source irremplaçable de documentation sur la société égyptienne et sur ses normes éthiques.

Le domaine de la sagesse

Au sens large, le terme de « sagesse », appliqué aux productions écrites du Proche Orient ancien, désigne des œuvres, de nature et de genre divers, qui ont en commun d’être dominées par une attitude éthique fondée sur une intelligence du monde et des principes qui le régissent, ou, à tout le moins, sur une aspiration à y parvenir. Au sens restreint, « sagesse » désigne un genre littéraire dont la finalité première est d’enseigner des…

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puceAnkh.gifSources bibliographiques, pour toute la rubrique
- Claire Lalouette (traductions et commentaires), Textes sacrés et textes profanes de l’Ancienne Égypte II - Mythes, contes
  et poésie
, Connaissance de l’Orient, Gallimard
- Œuvre collective, Passion de l’Égypte (collection de fiches) - Éditions Atlas, Paris 1997
- Œuvre collective, Fabuleux trésors de l’Égypte, Éditions Atlas, Paris 1997
- Le petit Larousse illustré, Larousse/VUEF, Paris 2003
- Christian Jacq, La sagesse vivante de l’Égypte ancienne, Éditions Robert Laffont Paris 1998




Notice documentaire

lacunaire
adj. 1. Qui révèle (comporte) des lacunes.
syn. imparfait, incomplet, insuffisant.
2. Méd. Qui présente des lacunes ; qui est dû à des lacunes. Syndrome lacunaire - Amnésie lacunaire : oubli sur une ou plusieurs périodes bien circonscrites de la vie passée.


Article(s) complémentaire(s)
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Date de création : 10/02/2007 - 17:21
A été modifié le : 25/07/2007 - 11:47
Catégorie / La littérature

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