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cartouche titre L'Égypte au quotidien
Portrait d’une société


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Les artisans


Artisans ou artistes ? La langue égyptienne n’a jamais fait de différence entre l’art et l’artisanat, la notion d’artiste n’existe pas et les productions artistiques répondant à des besoins avant tout utilitaires ne nous ont pratiquement jamais laissé de signature. Nous ne parlerons donc pas d’art, mais d’artisanat. La notion du beau n’est bien entendu pas à exclure mais elle apparaît bien peu dans les sources. Si quelques professionnels peuvent, grâce à leur talent, côtoyer les nobles et les aristocrates, voire même s’intégrer dans leur cercle restreint, les artisans restent en grande majorité inconnus.


Fresque de la tombe de Rekhmirê montrant divers métiers liés à l’artisanat
L’artisanat égyptienRekhmirê, vizir sous les pharaons Thoutmosis III et Aménophis II, inspectant des potiers, des sculpteurs, des charpentiers et des maçons. À côté des tanneurs (en haut), qui travaillent les peaux avec leurs outils effilés, on distingue des menuisiers en train de terminer un meuble ou de scier une poutre (au centre).


Le statut des artisans


Les sources relatives au statut des artisans sont doubles et ambiguës. D’une part, la littérature nous montre des artisans qui, au même titre que les paysans du reste, sont méprisées. D’autre part, les sources archéologiques tendraient plutôt à montrer les artisans comme une classe possédant de nombreux avantages et acquérant au fil des siècles une importance grandissante.

Un texte écrit à la fin de l’Ancien Empire, par un scribe nommé Khéti, nous est parvenu à travers des dizaines de copies. Il dresse un tableau de l’existence des artisans. Baptisé La Satire des Métiers par les traducteurs modernes, il vise à démontrer la supériorité du métier de scribe sur les autres professions. L’auteur énumère donc les tâches des paysans et artisans, les unes après les autres pour prouver à son fils la nécessité d’être scribe pour être heureux.

Bien entendu, le contenu de ce texte est très exagéré et ne peut être considéré comme source historique à part entière. S’il est vrai que les conditions dans les ateliers sont difficiles, le statut d’artisan n’en apparaît pas moins supérieur à celui des paysans, pêcheurs, bouviers et autres éleveurs. Un ouvrier peut espérer toute sa vie faire fortune, confier son savoir-faire à ses enfants et permettre à sa famille de vivre correctement.
Symbole de document Pour en savoir plus, voir : La Satire des Métiers - fiche détaillée



Des savoir-faire indispensables


De l’argile, de toute la gamme des pierres dures et tendres, de l’ivoire, de l’os, du bois, du métal, les productions artisanales de l’Égypte ancienne marquent d’emblée par leur qualité d’exécution.

Nous l’avons déjà vu, être artisan c’est être entretenu : en règle générale il appartient au patron (quel qu’il soit) de subvenir aux besoins de ses ouvriers. Mais surtout, leur savoir-faire les a rendu indispensables dans une société terriblement dépendante de monuments et d’objets fabriqués : sans temple et sans mobilier funéraire, l’Égypte n’existe pas. Ce n’est donc pas un hasard si les plus grandes œuvres sont issues des ateliers royaux. L’émergence puis l’essor pris par les artisans sont ainsi étroitement liés au pouvoir. Parce qu’ils possédaient la faculté de modeler la matière, parce qu’ils pouvaient élaborer les objets capables de refléter le prestige et le rôle social de ceux qui les avaient commandés, les artisans sont devenus indispensables aux hommes de pouvoir, puis hommes de pouvoir eux-mêmes, comme le montrent, à l’époque pharaonique, les fières inscriptions, gravées dans les tombeaux des maîtres d’œuvre : architectes, charpentiers, maçons, peintres-décorateurs…

Il n’y a rien d’étonnant, partant de ce constat qu’à partir de la XIXe dynastie, certaines corporations de métiers puissent tenir tête au pouvoir et par le biais de manifestations bruyantes, d’occupations de sites et de grèves, obtenir systématiquement gain de cause à leurs revendications.

L’exemple le plus révélateur (mais pas unique puisque ce phénomène réapparaît sous les règnes de Ramsès IV, IX et XI) est ce vaste mouvement social déclenché par les ouvriers de la confrérie de Deir el-Medineh, chargée de la construction des tombes royales, en l’an 29 du règne de Ramsès III. Leur salaire n’étant pas versé à la date prévue, les ouvriers vont se mettre en grève, occuper tour à tour plusieurs sanctuaires (dont les Châteaux de Millions d’années de Séthi Ier et de Ramsès II), menacer de profaner des tombes et discuter ferme avec le vizir d’une part et la chancellerie royale d’autre part. Le conflit s’achèvera lorsque les ouvriers obtiendront ce qu’ils désirent.


Une classe sociale à part entière


Évidemment, nous ne pouvons pas juger du statut de tous les artisans en fonction de l’exemple des ouvriers chargés des tombes royales tant leur rôle est important, mais la classe sociale des ouvriers et des artisans, consciente, semble-t-il, d’œuvrer pour l’éternité, possède de sérieux acquis.

En ce qui concerne les humbles travailleurs nous sommes moins bien renseignés mais la conscience morale qui est à la base de l’enseignement (et que l’on retrouve dans de nombreux textes, depuis les Sagesses, jusqu’à la Confession négative du Livre des Morts) insiste sur le fait que les grands fonctionnaires, ou tout autre responsable d’une équipe de travail, doivent non seulement assurer le salaire de leurs ouvriers mais également les secourir dans les cas d’urgence par une aide matérielle et morale.

Sans parler de protection sociale, intégrer un atelier c’est se donner les moyens, par son travail et parfois par son talent, d’offrir une vie acceptable à sa famille et à ses proches.
Symbole de document Voir aussi : Maximes de Ptahhotep (Sagesses) et Le Livre des Morts (Confession négative +) - fiches détaillées



Une hiérarchie bien établie


L’artisanat égyptien nous est connu par de nombreuses sources archéologiques (peintures des murs de tombes ou restes d’ateliers, comme par exemple celui du sculpteur Touthmosis d’El Amarna), épistolaires (nous avons retrouvé contrats de travail, des lettres de commandes, des plans, etc.) et littéraires (l’artisanat apparaît dans de nombreuses œuvres littéraires) ; il est donc relativement aisé de dresser un tableau des métiers artisanaux de l’époque pharaonique et d’apercevoir les conditions de travail des artisans.

Les Égyptiens semblent avoir rassemblé les professions par rapport aux matériaux travaillés (pierres, bois, métal, argile, textile, etc.). Un atelier comprend donc toute une série de métiers différents, orchestrés par des artisans spécialisés dans une matière particulière. Chaque artisan travaille au sein d’une équipe dans un atelier où il a été formé. Les meilleurs artisans peuvent devenir fonctionnaires et diriger, à leur tour, les ateliers. Dans un tel système le savoir-faire est important : la valeur des objets fabriqués dépend bien entendu des matériaux utilisés, mais également de la manière de les traiter et de la renommée de l’atelier qui en est responsable. Il semble donc possible de s’élever socialement si l’on est un bon artisan : Méréptah Ankhméryrê, simple maçon, est devenu l’architecte « ami unique » du roi Pépi Ier. Cependant il ne faut pas perdre de vue que tous les artisans et les ouvriers ne sont pas égaux, certains métiers étant plus ou moins déconsidérés et la grande masse des travailleurs en ateliers étant condamnée à effectuer sans arrêt les mêmes gestes pour les mêmes objets.



Fonctionnaires ou indépendants


Les ouvriers/artisans recevaient leur salaire en nature (rations de vivres et de vêtements proportionnelles à leur rang au sein de leur atelier) une, deux ou quatre fois par mois.

À l’époque de Ramsès II, on connaît des domaines créés et entretenus spécialement pour que leurs revenus subviennent aux besoins des équipes des ateliers royaux. Les ouvriers bénéficiaient de nombreux jours de congés et de jours fériés et pouvaient travailler pour eux voire pour un tiers, en utilisant le matériel mis à leur disposition dans les ateliers (c’est ainsi que des artisans de Dei el-Medineh ont pu, au Nouvel Empire creuser et décorer leurs propres tombes).

Enfin, il existait des artisans « libres », exploitant un atelier dont ils étaient propriétaires et qui vivaient de ce qu’ils produisaient.



Les différents métiers


Le travail du bois : charpentiers, menuisiers et ébénistes


Du tabouret au char, tout est en bois


Les métiers du bois sont très importants car ils interviennent à tous les niveaux de l’existence. On trouve dans ce domaine énormément de spécialités (menuisiers, ébénistes, charpentiers, constructeurs de bateaux, etc.) réunis en corporatons travaillant dans des ateliers communs.

Les bois locaux sont rares et souvent médiocres, on utilise les palmiers comme bois de charpente ; les acacias pour les petits bateaux, les cerceuils, les chevilles et la fabrication d’outils ; les sycomores pour de petites statues et des pièces de mobilier usuel ou funéraire (tabourets, tables, chaises, coffres, lits) ; le tamaris pour de menus objets.

Les grandes réalisations (mâts des temples, bateaux importants et statues) étaient faites avec du bois d’importation : ébène d’Afrique transitant par la Nubie, pins et cèdres venant du Liban.

Maquette d’un atelier de menuiserie
Un atelier de menuiserieUn homme, debout au centre, scie un morceau de bois pendant que huit compagnons, assis le long des côtés, apprêtent le bois avec leurs herminettes et le polissent avec des pierres de grès. L’un des menuisiers taille une fente pour former un tenon sur le bord d’une planche. Trois autres hommes assis, à droite, retrempent des lames de scies déjà utilisées. Le coffre renferme de nombreux outils, parmi lesquelles des haches, des scies, des herminettes et des ciseaux.
Tombe du Chancelier Meketrê - XIème dynastie, Moyen Empire

Très souvent, les objets en bois sont stuqués, peints ou recouverts de métal, ce qui suppose qu’une même pièce peut passer d’un atelier à l’autre jusqu’à son achèvement. Outre la fabrication du mobilier usuel et funéraire, il existe trois grandes corporations : les spécialistes de la construction navale, les fabricants de char (à partir du Nouvel Empire) et les spécialites de certains objets particuliers (armes et instruments de musique).

Le Nil étant la principale voie de communication, un bateau est la commande la plus importante d’un atelier. La construction d’un navire est l’activité qui accapare le plus les artisans du bois car elle nécessite beaucoup de main-d’œuvre qualifiée et donne l’assurance d’un chantier long et valorisant. Les arbres abattus sont débités en planches par des bûcherons, puis interviennent les menuisiers, sous la responsabilité d’ingénieurs professionnels, qui vont assembler les planches et assurer l’étanchéité du navire à l’aide de chevilles, de colle et de résines. Les accessoires (cabines, rames, avirons, gouvernail et mâts) sont fabriqués en même temps par d’autres artisans.

Enfin, le travail le plus dur des artisans menuisiers est la fabrication des roues des chars qui doivent être parfaites. Un char égyptien comporte une soixantaine de pièces qui doivent être réalisées de façon méticuleuse.

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Le cartonnage, succédané du bois

Pour pallier le manque croissant de bois de bonne qualité, les Égyptiens ont inventé, sous le Nouvel Empire, un produit de substitution original pour confectionner, par exemple, des meubles et des cerceuils anthropomorphes : le cartonnage. Il est constitué de morceaux de tissu contrecollés, compressés en couches et recouverts de stuc.

Ce matériau étant très malléable, ils peuvent donner aux objets toutes les formes et les épaisseurs souhaitées en compressant les pièces de « carton » encore humides.

 
 Des variétés de bois

À une époque où le métal est encore rare, le bois constitue le matériau le plus couramment utilisé. Aussi la corporation des artisans du bois est-elle l’une des plus importantes. Elle regroupe le menuisiers, les ébénistes, les charpentiers mais aussi les carrossiers, les fabricants d’armes…

Tous sont confrontés à l’absence de bois de qualité en Égypte : s’il peut fournir de belles planches, le sycomore est noueux et donc peu adapté aux travaux minutieux ; le tamaris, dur, ne donne que de petits morceaux ; les palmiers au bois fibreux servent de préférence à faire des poutres ; l’acacia est finalement le bois le plus aisé à travailler. Mais il est peu répandu et est vite devenu assez rare. C’est pourquoi les plus riches se sont très tôt tournés vers des bois « exotiques », comme les fameux cèdres du Liban qui sont tellement chers que, bien souvent, on se contente d’en faire un placage sur du bois local.
 
 



Les outils du bois


Dès la fin de la crue du Nil, les charpentiers partent à la recherche de bois. Ils sont souvent accompagnés de chêvres, qui, tout en se régalant des feuilles des arbres abattus, jouent un rôle important dans l’élagage. Les artisans du bois utilisent un outillage simple mais permettant toutes les réalisations.

Différentes sortes de scies (à main et à une seule poignée) et de haches de cuivre ou de bronze à long manche permettent la réalisation de planches et de poutres ; des chevilles de bois et des maillets permettent l’assemblage de plusieurs pièces (les menuisiers fabriquent également de la colle végétale) ; des herminettes-ciseaux en métal fixées aubout d’un long manche pour dégrossir ; enfin des petits ciseaux, sur lesquels le menuisier frappe avec un maillet, permettent d’affiner les œuvres.

Les outils du charpentierLa panoplie du charpentier


Formée d’un fer plat et d’un manche recourbé, l’herminette constitue l’outil par excellence du constructeur de navires. Elle se prête à tous les travaux de préparation et de finition. On en connaît deux types : l’une à manche court, pour les travaux délicats ; l’autre à manche long, utilisée pour raboter les planches déjà mises en place.


Aux côtés de cet outil, emblème de la profession, on trouve tous les outils habituels des travailleurs du bois : la hache, pour les travaux de grosse charpenterie (dégrossissage et équarissage) ; la scie, pour débiter en planches les arbres équarris ; le ciseau et le maillet, pour creuser des mortaises ; une lourde masse munie de deux poignées (la demoiselle), pour faire entre de force les tenons dans les mortaises, ou des planches taillées à la demande entre deux éléments déjà placés ; le marteau, en fait une simple pierre ; le levier et la corde, pour mettre en place une pièce de grandes dimensions.



British Museum, Londres


Pour percer des trous, le charpentier utilise un foret mû par un archet. Autour de la tige du foret, il enroule une corde dont les extrémités sont rattachées à l’archet. Le va-et-vient de l’archet imprime alors à la tige un mouvement de rotation qui permet de faire pénétrer la mêche dans le bois. Certains ouvriers sont capables d’actionner jusqu’à cinq mêches sur un seul arc… pour percer plusieurs trous simultanément.

Foret utilisé par les artisans
Foret égyptienComposé d’un arc (archet) en bois et d’un fil retors, cet outil servait également à repousser les feuiles de cuivre ou de bronze.

Ne connaissant pas l’usage de l’établi, les Égyptiens, lorsqu’il s’agit de scier une pièce de bois importante dans sa longueur, l’attachent verticalement à un pieu enfoncé dans la terre. Les parties du bois déjà sciées sont liées ensemble pour ne pas gêner le travail du menuisier ni casser la pièce (voir le modèle d’atelier de menuiserie ci-dessus).

Pour l’assemblage (nous l’avons vu), les ouvriers se servent de chevilles en bois, de colle et de résine. Une fois l’assemblage terminé, ils polissent le tout avec une pierre abrasive ou du sable. La peinture camoufle les joints. Pour les pièces d’exception, l’ébéniste intervient alors pour orner la surface d’une marqueterie d’os, d’ivoire, de pâte de verre, ou bien, mais c’est encore plus cher, pour la couvrir de feuilles d’or.



Le travail des fibres et peaux : tisserands, vanniers et tanneurs


Tisserands


Le filage et le tissage sont des métiers essentiellement féminins mais qui dépendent également de corporations et d’ateliers. Les métiers à tisser sont posés à terre ce qui oblige les ouvrières à travailler courbées ou assises, et il faut attendre le Nouvel Empire pour voir les hommes intégrer les ateliers et apparaître des métiers verticaux. Une fois les tissus terminés, ils reçoivent une marque à l’encre, c’est la marque de fabrication de l’atelier.

Maquette d’un atelier de tissage
Un atelier de tissageFemmes préparant des fibres de lin pour les tisser ensuite sur des métiers horizontaux. Sous le Nouvel Empire, ces métiers seront verticaux. - XIème dynastie, Moyen Empire


Vanniers


La vannerie est aussi une affaire de femmes. Tout comme la poterie d’argile, les objets de vannerie sont très courants. On utilise pour les fabriquer du jonc, du roseau, des feuilles de palmier, de la paille… que l’on tresse en spirales ou bien en lignes géométriques. On fait de multiples usages des objets de vannerie (garde manger, armoires, coffres de rangement, paniers et corbeilles, etc.) y compris dans l’Au-Delà.

Paniers et corbeilles servent à transporter ou à stocker les aliments, à ranger les vêtements et le linge ; les objets de toilette ou de couture sont conservés dans de petites boîtes à couvercle contenant des casiers de rangement. Enfin, il ne faut pas oublier l’indispensable natte qui sert de table, de siège, de lit et également de cerceuil pour la majorité de la population.

Nous n’avons pas affaire ici à une activité d’atelier mais à un artisanat domestique répondant aux besoins familiaux.


Tanneurs, le traitement des peaux


Les Égyptiens accordent une grande importance à la peau des animaux. Sa forme stylisée dans l’écriture hiéroglyphique sert à désigner tous les quadrupèdes. Les peaux les plus belles sont conservées avec leurs poils. On s’en sert pour gainer les miroirs ou d’autres objets, pour recouvrir les sièges… Les plus appréciées sont les peaux mouchetées comme celles des léopards que l’on importe de l’étranger. Avec toutes les autres on fabrique des cuirs.

Le travail du cuir est lui aussi confié à des spécialistes. Il existe depuis l’Ancien Empire, où l’on trouve déjà des sandales, des casques et autres objets fabriqués (carquois, boucliers). Le tannage se fait généralement en laissant tremper la peau dans de la graisse (huile), mais aussi dans de l’urine ou une décoction à base d’accacia. Ensuite on étire les peaux en tous sens sur un chevalet, puis elles sont martelées : cette opération permet d’assouplir la peau et à l’huile de pénétrer très profondément. On obtient ainsi un cuir imperméable et imputrescible.



Le travail de la pierre : carriers et maçons ; sculpteurs, graveurs et peintres ; potiers et céramistes


Carriers et maçons


Les carriers et les maçons sont les premiers des artisans, ceux qui sont responsables des constructions tant funéraires et religieuses que civiles et militaires.

L’exploitation des carrières n’est jamais permanente ni régulière, elle est le fruit des programmes architecturaux des rois et des prêtres, qui l’organisent en fonction de leurs besoins. La méthode de travail est souvent primitive : on choisit toujours parmi les blocs détachés naturellement ceux qui peuvent avoir la forme voulue. À défaut, les ouvriers savent attaquer la roche et souvent creuser de longues galeries. Pour extraitre un bloc de pierre, la méthode est très simple :

Croquis montrant le principe d’extraction d’un bloc de pierrePhoto d’une boule de dolérite
Principe d’extraction d’un bloc de pierre et Boule de dolérite trouvée à Assouan

Pour les gros blocs, qui servent pour les statues, colonnes, obélisques, etc., les artisans carriers taillent avec de gros ciseaux de cuivre et des marteaux de bois, directement dans la veine choisie par les prêtres et les ingénieurs. La plupart des carriers sont des prisonniers de guerre ou des condamnés, mais le personnel d’encadrement, lui est égyptien et professionnel.


Les outils de la pierre


Parmi les nombreux outils utilisés pour l’extraction et pour la construction, on a trouvé des marteaux, des burins, des haches, des balances, des mesures, des tuyaux coudés, des demi-cercles, des niveaux à bulle, des triangles et des outils pour mettre les murs à niveau.

Corde, mateau et burin servant au lissage d’un bloc de pierre et illustration de la méthode employée.
Lissage d’un bloc de pierrePour lisser un bloc de calcaire, les tailleurs de pierres tendaient à sa surface une corde qu’ils tenaient par des poignées en bois. À l’aide d’un bâton qui leur servait de mesure, ils vérifiaient si la distance entre la corde et la surface de la pierre était la même partout. Pour éliminer les aspérités, ils utilisaient un maillet en bois et un burin. Aux premiers burins de pierre ou de cuivre (comme celui ci-dessus) succéderont les burins en bronze.

Une equerre fil à plombÉquerre et niveau fil à plomb

Ce triangle en bois fait partie du matériel de construction utilisé pour réaliser des murs parfaitement lisses et alignés.

Cet outil se compose de trois parties : deux d’entre elles sont fixées de manière à former un angle droit alors que la troisième sert de barre. Par ailleurs, un fil à plomb est fixé au sommet de l’angle droit.

Lorsque le triangle est placé contre un mur parfaitement plat, le fil à plomb doit tomber entre les deux lignes indiquées sur la barre.

Image et commentaire : site Web Égypte éternelle  


La brique

Le maçon a un rôle beaucoup plus important encore, puique tous les bâtiments civils et militaires sont construits en briques crues. Les maçons sont surtout occupés à mouler les briques et à les assembler.

Maquette montrant la fabrication des briques
La fabrication des briquesTandis que deux ouvriers extraient le limon avec une houe, le maçon de gauche procède au moulage des briques.
Tombe d’un noble à Beni Hassan - Moyen-Empire

Lors de la crue annuelle, le Nil charrie et dépose des limons qui entrent dans la composition des briques, offrant un matériau simple et bon marché pour l’architecture domestique. La terre argileuse, nettoyée de ses plus grosses impuretés est mélangée à de l’eau pour former une pâte à laquelle on ajoute de la paille hachée ou de l’herbe pour limiter sa perte de volume au séchage et l’empêcher de se fendre. Ce mélange est pétri, moulé et séché, huit jours durant, au soleil.

Une brique en terre et son moule
Une brique en terre et son moule

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Datation

Les cartouches retrouvés sur certaines briques permettent aujourd’hui de dater plus précisément les vestiges fouillés.


Sculpteurs, graveurs et peintres


La tâche la plus importante des ateliers est le décor gravé en relief et peint. Le tout parfaitement organisé et les équipes vont se succéder, chacune venant compléter le travail de la précédente.

La première équipe est composée de dessinateurs, les « scribes des contours », qui, à l’aide de deux couleurs (le rouge puis le noir) vont préparer l’ensemble de la surface à travailler.

Ensuite les sculpteurs dégrossissent les reliefs à l’aide de ciseaux puis polissent l’ensemble. Il arrive qu’une équipe particulière applique ensuite un enduit préparatoire.

Enfin, ce sont les peintres qui achèvent le travail. Leurs palettes comptent à peu près 6 à 8 godets de couleurs qui seront appliquées à la brosse ou au pinceau (des tiges de roseau mâchonnées pour les rendre souples). Les couleurs sont obtenues à l’aide de pigments minéraux broyés et dilués dans de l’eau, de la gomme arabique ou du blanc d’œuf. Les ocres des montagnes fournissent le rouge et le jaune, le silicate de cuivre donne le bleu, la malachite donne le vert, la craie donne le blanc et le charbon de bois permet d’obtenir le noir.

Donner vie à la pierre

Les sculpteurs ont aussi la charge des statues. La tâche est délicate dans la mesure où une statue n’est nullement perçue comme un élément de décoration mais bel et bien comme un être vivant à qui des prêtres, par des rituels particuliers, donnent vie. Les canons de sculptures sont déterminés, comme ceux de la peinture, dès le début de la période historique et, hormis pendant l’intermède amarnien, ne bougeront plus jusqu’à la période romaine. Là encore, différentes équipes vont se succéder.

La première équipe traite le bloc brut extrait des carrières à l’aide de galets de pierres et de marteaux, la seconde travaillant avec des ciseaux de cuivre et des maillets affine le contour et permet à la troisième d’arriver à l’aspect final grâce à des herminettes et des polissoirs. Il ne reste plus alors aux peintres qu’à achever le travail.

La vaisselle de pierre

La vaisselle de pierre est connue et très recherchée depuis la période néolithique. C’est un signe de richesse. Solide et donc éternelle, on la trouve à tous les niveaux de l’existence : vie quotidienne, religieuse et funéraire. On y range des produits de luxe (parfums, aromates, huiles, etc.) et parfois des denrées alimentaires, mais elle est surtout très présente dans le mobilier funéraire.

Les artisans qui en sont responsables sont donc des spécialistes. Ils utilisent des forets formés d’un axe de bois, d’une manivelle et d’une mèche de métal pour creuser les récipients. L’aspect extérieur est obtenu par des percuteurs de pierre et de bois et par un méticuleux travail de polissage. Ces outils permettent de travailler toute sorte de pierres.

L’ivoire des dents d’hippopotame


Les dents d’hippopotame étaient fréquemment utilisées aux époques prédynastiques et thinite dans l’art égyptien. Outre des manches de couteau, les artisans y taillaient des épingles à cheveux, des peignes et surtout des figurines remarquables.

Un hippopotame en plien exercice de baillement Figurine féminine de l’époque thinite
Un hippopotame et une statuette féminine, en ivoire, de l’époque thinite.
Comme c’est la règle, les bras ne sont pas représentés. - Musée du Louvre, Paris

À cause de la forme même de la dent, ces statuettes on un mouvement limité dans l’espace. Dans la majorité des cas, les bras ne sont pas représentés. Ils peuvent néanmoins être figurés le long du corps ou pliés sur le ventre. Ces statuettes très expressives ont des globes oculaires creux permettant d’incruster des pierres colorées.


Potiers, céramistes et verriers


Mais la vaisselle la plus courante est le fruit du travail des céramistes et des potiers. La matière première, l’argile, se trouve abondamment sur les rives du Nil.

Les pots d’argile

Le potier mélange l’argile à de l’eau, de la bouse et de la paille avant de la façonner sur son tour. Cette vaisselle est très diversifiée, elle est cuite au four et est terminée à froid. On revêt la paroi extérieure d’un engobe fluide, qui lui donne un aspect poli et coloré, que l’on décore ensuite par incision ou peinture.

Les conditions de travail des potiers étaient dures et aucun privilège ne semble avoir été attaché à ce métier aussi nécessaire que commun.

La faïence

Apparu dès la préhistoire, un autre type de poterie encore plus sophistiquée, la « faïence égyptienne » que les égyptiens appelaient “la brillante”, traverse les millénaires. Malgré cette appellation, ce n’est pas une céramique mais un mélange à base de poudre de quartz et de natron (faïence siliceuse, sans rapport avec les célèbres faïences argileuses de Faenza qui ont donné leur nom à ce type de céramique), que l’on recouvre d’un enduit avant la cuisson. Après une demi-vitrification à plus de 900°, la pièce ressort couverte d’une belle glaçure de couleur verte ou plus souvent bleue.

Depuis, les premières figurines humaines et animales grossièrement modelées de la 1ère dynastie (3000 avant J.C.) jusqu’à la vaisselle produite à Memphis à l’époque romaine (1er et 2ème siècle de notre ère), la faïence se décline à travers de multiples objets à usage domestique, religieux, funéraire, architectural : objets de parure et de toilette ; résilles de momie ; amulettes, statuettes et ouchebtis, coupes et vases, plaques décoratives utilisées pour l’ornement intérieur des palais et des temples.

À côté des célèbres pièces bleues (qui ne connaît la figure emblématique de l’hippopotame bleu ?), il existe toute une palette de couleurs éclatantes telles que jaune, rouge, vert vif auxquelles les artisans du Nouvel Empire vont adjoindre des teintes pastel : rose, lilas, gris indigo, bleu pâle, blanc. Cette production vise en fait à imiter les pierres précieuses favorites des Égyptiens, malachite et surtout turquoise ou lapis-lazuli.

Statuette représentant un hippopotame en faïence bleueHippopotame en faïence bleueSur son corps, l’artiste a peint symboliquement des fleurs et des herbes flottantes des fourrés, dans lesquels vit l’animal.
Nécropole de Thèbes, tombe à Abu al-Naga (-2000)
Musée égyptien du Caire
bouton+.gif Thouéris vous en dit plus…
Un vase en faïence bleueVase en faïence bleueCette tasse est décorée de modèles géométriques et floraux peints en bleus sur un fond bleu-vert brillant.

Abydos, Période Ptolémaique
Musée égyptien du Caire

Le verre

Le goût éprouvé pour ces pierres de couleur se retrouve dans la fabrication de verre. Le verre a été découvert il y a près de 5 000 ans dans l’ancienne Mésopotamie. On y fabriquait des perles de verre 2 500 ans avant notre ère et les premiers objets utilitaires en verre datent de 1 500 ans av. J.-C. En Égypte, la plus ancienne date connue de l’histoire du verre se situe vers 1400 avant J.C. À El Amana (datées de cette époque), se trouvent rassemblées des fresques de la Haute-Égypte, représentant toute la fabrication du verre. C’est un produit de luxe que l’on ne trouve que dans les tombes des pharaons, des membres de la famille royale et des prêtres.

À l’origine, pour fabriquer des récipients de verre, on recouvrait un noyau d’argile de verre fondu, et on retirait ensuite ce noyau lorsque le verre refroidissait. Une autre technique, qui semble venir de Mésopotamie, est étonnante : le verre n’est ni soufflé ni moulé mais constitué de filaments que l’on soude entre eux par fusion jusqu’à obtenir une surface unie. Au Nouvel Empire, tout particulièrement au XVe siècle avant J.-C., sous le règne de Toutmès (Toutmosis) III on fabrique, en intégrant à la pâte des oxydants métalliques, une grande variété d’objets : des ateliers des verriers sortaient des vases opaques, des amulettes, des éléments de collier, de petits flacons bleu foncé rehaussés de filets jaunes…

L’invention de la canne de verrier vers 100 av. J.C changera et améliorera considérablement les techniques de fabrication : les verriers purent ainsi créer des récipients plus grands en beaucoup moins de temps. Ce nouvel art du soufflage du verre se répandra dans tout l’occident en même temps que l’empire Romain. Après la chute de l’empire, des ateliers de verrerie furent établis à Venise, en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne. En Amérique du Nord, on tenta pour la première fois de fabriquer du verre dès 1608, mais la première véritable verrerie ne fut créée qu’en 1739. La fabrication du verre au Canada remonte au XIXe siècle.

Les techniques modernes de fabrication rendent possible une créativité toujours renouvellée.



Le travail des métaux : forgerons et joailliers


Les artisans du métal travaillent également par équipe et par ateliers. Il y a une grande différence sociale entre le forgeron de la rue et l’orfèvre de la Cour. Les premiers travaillent le cuivre du Sinaï et du désert arabique, les seconds travaillent l’or et l’électrum de Nubie, mais les techniques utilisées restent les mêmes.

La civilisation égyptienne ignora longtemps le fer mais se distingua dans le travail de l’or. Son éclat, sa malléabilité en firent très tôt le candidat idéal pour fabriquer bijoux et ornements. Restait à en maîtriser les contraintes, ce qu’ils firent très rapidement. Les bijoux, retrouvés dans les tombes, témoignent du talent des orfèvres qui possédaient parfaitement les techniques de leur art et firent preuve d’un grand esprit d’invention.

Dès la fin de la préhistoire, les Égyptiens importèrent du Proche-Orient les techniques de la métallurgie. Les orfèvres apprirent à transformer le cuivre, l’or et l’argent et à réaliser des alliages comme l’électrum, mélange d’or et d’argent. Dès le début de leur civilisation, ils fabriquèrent des bijoux, à la fois parures profanes et objets sacrés, investis d’un rôle magique. Ils donnèrent naissance à l’orfèvrerie, une branche particulière de la métallurgie. Les orfèvres exerçaient leur métier dans les ateliers des temples et du palais royal, sous le contrôle de fonctionnaires désignés par les grands prêtres ou le pharaon. Sous l’Ancien Empire (2700-2200 av. J.-C.), ils furent souvent recrutés parmi les nains. Les orfèvres étaient placés sous la protection du dieu Ptha, le patron des artisans.

Fresque montrant la pesée de l’or
La pesée de l’or (en haut et à gauche)Seules les matières précieuses étaient pesées avec des balances aussi précises et techniquement raffinées. Une figure de la déesse Maât, garante de la justice et de l’exactitude, trône sur le support de la balance. L’employé a posé à gauche l’or et à droite un poids de pierre ou de fer, en forme de bœuf.

Tombe thébaine, Nouvel Empire

La première activité est la pesée des lingots sous le contrôle d’un surveillant des balances. Les fondeurs placent ensuite les lingots dans des creusets au-dessus d’un feu attisé par des tubes en roseau dans lesquels soufflent des ouvriers. La chaleur du foyer dépend du métal traité. Une fois le métal fondu, deux hommes vont saisir le creuset grâce à deux tiges de métal et verser le contenu dans des lingotières alignées sur une table. C’est de cela que les artisans (selon leur spécialité) vont se servir. On martèle le métal sur une pierre pour lui donner la forme voulue en le replaçant au besoin sur un foyer pour le rendre plus malléable. Une fois l’objet décoré, on le polit une dernière fois.

Très souvent on transforme l’or, l’argent et l’électrum en plaques ou en feuilles pour recouvrir des objets fabriqués dans d’autres ateliers.
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Date de création : 02/12/2006 - 16:30
A été modifié le : 21/04/2010 - 13:37
Catégorie / L’Égypte au quotidien

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