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     Le Livre des Morts


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Les Égyptiens préservaient le corps pour assurer leur survie dans l’au-delà. Tandis que la momification garantissait l’intégrité physique de l’homme, le Livre des Morts lui donnait les moyens de continuer à vivre pour l’éternité.

À vrai dire, le titre même ne correspond pas au contenu du “livre”. Il pourrait se traduire littéralement par « Chapitres pour sortir au jour ». C’est semble-t-il, uniquement parce que cet ouvrage faisait une place importante à la mort et à la préparation au trépas qu’on l’a surnommé Livre des Morts.



Une origine qui se perd dans la nuit des temps


Le Livre des morts (Peret em mérou en égyptien) apparaît au Nouvel Empire, avec la XVIIIe dynastie, mais il ne s’agit pas d’une création spontanée. En réalité, la plupart de ces formules trouvent leur origine dans les textes recouvrant les sarcophages du Moyen Empire (2046-1710 avant J.-C.). Ces textes provenant eux-mêmes des formules gravées sur les parois des pyramides de l’Ancien Empire, à partir de la fin de la Ve dynastie (pyramide d’Ounas, 2350 avant J.-C.). L’origine des traditions mythologiques sur lesquelles elles reposent se perd dans la nuit des temps.

Textes funéraire gravé dans la pyramide d’Ounas et peints à l’intérieur d’un sarcophage
Texte des pyramides - à gauche et à droite - Texte des sarcophagesParoi de la tombe (pyramide) du roi Ounas parsemée de hiéroglyphes, témoins écrits de la première rédaction des “Textes des pyramides” (Ve dynastie, nécropole de Saqqarah).
Hiéroglpyphes peints à l’intérieur d’un sarcophage, évolution suivante des textes funéraires appelés “Textes des sarcophages” (Moyen Empire).

Sous l’Ancien Empire (2700-2200 avant notre ère), seuls les pharaons séjournaient aux côtés du dieu solaire dans l’autre monde et renaissaient comme Osiris. Les dignitaires continuaient à former sa cour dans l’au-delà. L’effondrement du pouvoir royal à la fin de l’Ancien Empire invita les nobles à usurper les privilèges royaux concernant la survie.

Cette démocratisation se poursuivit au Nouvel Empire. À cette époque, tout Égyptien, ayant mené une existence juste, était admis dans le paradis d’Osiris. Les plus fortunés augmentaient cependant leurs chances de survie en faisant déposer près de leur momie un exemplaire du Livre des Morts.


Les différentes versions  (Murry Hope, La magie égyptienne, Éditions Sand, Paris 1994 - p.22-22)


Le Livre des Morts a souvent été considéré comme un œuvre inspirée par Thot, le scribe des dieux. Selon les croyances égyptiennes, ce serait lui qui aurait prononcé les paroles de la Création qui fut ensuite réalisée par Ptah, tous deux étant d’ailleurs au service d’Osiris.

Voici, en résumé, comment se présentent les différentes versions du Livre des Morts :

La version héliopolitaine
a - Celle qui fut en usage sous les Ve et VIe dynasties et qu’on trouve inscrite en hiéroglyphes sur les murs et dans les salles des pyramides de Saqqarah (Dehenet Ankh-Taouy).
b - Celle qu’on trouve écrite en hiéroglyphes cursifs sur les cercueils datant des XIe et XIIe dynasties.

La version thébaine
a - Celle qui figurait en hiéroglyphes sur des papyrus et des sarcophages, de la XVIIIe à la XXIIe dynasties.
b - Celle qui fut écrite sur des papyrus en caractères hiératiques sous la XXIe et la XXIIe dynasties.

La version saïte
Celle qui fut écrite en hiéroglyphes, en caractères hiératiques et démotiques sur des papyrus, des sarcophages, etc., sous la XXVIe dynastie et les sous suivantes.
Cette version, largement utilisée à la période ptolémaïque, peut être considérée comme la forme finale du Livre des Morts.



On retrouve les vieilles formules magiques


L’ordre des différentes formules composant ce « livre » est définitivement fixé au cours de la période saïte. Celle-ci tire son nom de la nouvelle capitale, Saïs, grande métropole du Delta d’où sont originaires les pharaons de la XXVIe dynastie (672-525 avant notre ère). Cette époque est caractérisée par la volonté de trancher avec les désordres et l’anarchie de la Troisième Période intermédiaire, qui s’achève, en retournant aux sources de la culture et de la religion égyptiennes. Les Livres des Morts de ce temps sont en général de belle facture, le trait est fin, les signes et les vignettes sont soigneusement exécutés, coloriés ou simplement monochromes. Le texte des formules a intégré les nouveaux apports, souvent de vieux écrits magiques tombés en désuétude (précieux témoins de l’antique grandeur du peuple de la Vallée) , d’autant plus efficaces qu’ils sont anciens, retrouvés par des Égyptiens “amateurs d’archéologie”.


Comment franchir l’horizon


Le défunt désire franchir l’horizion occidental pour parvenir au royaume d’Osiris. Mais cette ligne est un endroit dangereux, car la notion d’« espace » n’y a plus de sens, la terre, le ciel et le monde qui se trouve de l’autre côté s’y rejoignant. Treize formules, les formules des transformations (76 à 88), aident le défunt à réussir ce passage. Il prend l’aspect d’une plante ou d’un animal qui possède le pouvoir de mettre en relation deux univers diamétralement opposés. Ainsi, par exemple, le lotus (nénuphar) met en relation l’espace aérien, lumineux, et l’espace aquatique, obscur. Il n’est pas dit qu’en revêtant la forme choisie le défunt réussira à coup sûr, mais il mettra au moins toutes les chances de son côté.

Formule pour se transformer en lotus

Vous pouvez, si vous le souhaitez, essayer de prendre la forme d’un nénuphar. Nous ne garantissons pas l’efficacité de la formule, et nous n’en connaissons pas qui vous permette de reprendre votre aspect initial !

Extrait du Livre des Morts de Néferoubénef : le chapitre des transformations
Livre des Morts de Néferoubénef : chapitre des transformations

Paroles à dire par le défunt :
« Ô ce lotus, cette image de Néfertoum, je suis un homme ! Je connais les noms, je connais vos noms qui proviennent des dieux, les maîtres de la nécropole. Je suis l’un d’entre vous ! Puissiez-vous faire en sorte que je voie les dieux, les guides du monde souterrain, et me donner la place qui est dans la nécropole, à l’entrée des maîtres de l’Occident ! C’est dans la Terre sacrée que j’ai atteint la place ! C’est en présence des maîtres de l’éternité que je saisis chaque fête ! Que mon âme sorte vers tout lieu qu’elle a choisi ! Elle ne sera pas repoussée par l’assemblée des dieux ! »



Les litanies et les rubriques


Le Livre des Morts ou, pour les Égyptiens, « Formules pour sortir le jour » est un recueil décousu d’invocations et d’incantations magiques composé de textes généralement écrits sur des rouleaux de papyrus, destinés à être placés dans les tombeaux. Cette coutume, datant approximativement du XVIIe siècle avant notre ère, était réservée aux rois aux reines et aux familles relativement aisées.

Il comprend près de deux cents Incantations ou « Chapitres », pour employer le mot des égyptologues, - quelques-unes fort longues et très anciennes et d’autres qui tiennent en quelques lignes, - dont la connaissance permettra au défunt de se diriger dans le monde inférieur qu’il devra parcourir au cours de son aventureux voyage dans les douze Régions de la Douat, de reconnaître les dieux qui lui seront favorables et les gardiens des pylônes et des cités, de savoir éveiller leur bienveillance par des prières dont certaines sont fort belles, telle la Prière à Osiris, et surtout de ne pas se laisser maltraiter par les esprits malfaisants qui sont nombreux, voraces, sournois, ni se laisser surprendre par les démons-serpents qui vous mangent le nom, la mémoire ou les entrailles et vivent continuellement dans l’ombre des divinités de l’univers des morts. Ces formules peu à peu enrichies et complétées sont issues des Textes des Sarcophages qui s’inspiraient eux-mêmes des Textes des Pyramides.

La lecture des Litanies du Livre des Morts était faite par des prêtres lecteurs en état de pureté rituelle ; tournés vers la momie du défunt pendant toute la durée des cérémonies funéraires, ils récitaient les textes sacrés. « Cette lecture constituait un simulacre d’initiation hâtive au moment suprême pendant lequel l’âme non initiée quittait la terre » (S. Mayassis, Mystère et Initiation).

Extrait d’un Livre des Morts
Livre des Morts au nom de Nedjmet
Cachette royale de Deir el-Bahari (?), XXIe dynastie - British Museum, Londres

Certaines Litanies sont suivies de « Rubriques », c’est-à-dire de courtes notices précisant comment il fallait réciter telle ou telle prière, en utilisant des objets magiques doués de pouvoirs qui nous paraissent extraordinaires et dont le véritable sens ne nous sera sans doute jamais révélé.


Un des Hymnes d’introduction (Texte extrait des feuillets du Louvre)


Hymne à Osiris Ounnéfer, le grand dieu qui demeure dans la province de Taour, le roi de l’éternité, le seigneur du toujours, dont la vie s’étend sur des millions d’années, le fils aîné du ventre de Nout, que Geb a engendré, le prince maître de la double couronne, celui dont la couronne blanche est haute, le souverain des dieux et des hommes, qui a reçu le sceptre et le chasse-mouches, la fonction de ses pères. Heureux sois-tu, toi qui es dans le monde des morts pendant que ton fils Horus est installé sur ton trône. Tu as été couronné maître de la ville de Busiris, souverain résidant à Abydos, toi le très vénéré et très craint en ton nom d’Osiris, toi qui dureras à jamais en ton nom d’Ounnéfer. Hommage te soit rendu, toi le roi des rois, le seigneur des seigneurs, le souverain des souverains qui as conquis le double pays quand il était encore dans le ventre de Nout… daigne m’accorder la béatification dans le ciel, la richesse sur terre, l’acquittement dans le monde des morts, et puisse-je, en âme vivante, aller à Busiris, revenir en phénix à Abydos, sans être arrêté à aucune porte de l’Au-Delà. Et puisse-t-on m’accorder du pain dans la maison des purifications, des offrandes dans la ville d’Héliopolis, et que soit établie ma propriété dans les champs des roseaux, riche en blé et en orge.

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La réclame du scribe

Détail amusant, sur certains papyrus on retrouve ce que les égyptologue appellent “la réclame du scribe”, c’est un petit commentaire ajouté après le titre de la prière ou de l’incantation pour dire “cette prière là, elle marche à tous les coups !”

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Extraits des Livres des Morts d’Ani, Hunefer et Anhaï - Qui étaient-ils ?

(Evelyn Rossiter, Le livre des morts des anciens égyptiens - Papyrus d’Ani, Hunefer, Anhaï, Minerva, Genève-Paris 1989)

Le défunt déclame ici une invocation composée à la façon d’un psaume pour solliciter l’assistance des grands dieux de l’Égypte ancienne. Le style est archaïque et très imagé.

Je suis Hier, Aujourd’ui et Demain, car je suis né maintes et maintes fois ; mienne est cette force invisible qui crée les dieux et leur donne à manger dans le Tuat à l’Ouest du Firmament. Je suis le Gouvernail de l’Est, le Seigneur aux deux Visages qui voit par sa propre lumière ; le Seigneur des Résurrections qui vient des ténèbres et qu’engendra la Maison de la Mort.
Vous deux, divins Faucons perchés sur vos pignons qui prêtez une attention vigilante à ces choses ; vous qui accompagnez Jusqu’à la sépulture la civière des morts et pilotez la nef de Rê, portant vers moi du plus haut des cieux où vogue l’arche, le Seigneur du Tombeau qui se tient au cœur de la Terre, sachez-le :
Il est Moi et je suis Lui.
Mien est le rayonnement dans lequel Ptah flotte sur son firmament.
Ô Rê, toi qui sourit gaiement et dont le cœur se réjouit de l’ordre parfait de ce jour où tu entre aux Cieux et t’avances dans l’Est, apprends que t’acclament les Grands Anciens et tous ceux qui, avant nous, s’en allèrent.
Que tes chemins me soient agréables ; et que soient larges tes voies, Ô Rê, grâce auxquelles je traverserai la terre et l’étendue des Cieux.
Éclaire-moi, Ô gracieuse Puissance, alors que je me rapproche des divins mots que mes oreilles entendront
dans le Tuat ; et fais que la souillure de ma mère ne retombe point sur moi ; délivre-moi, protège-moi de celui qui ferme les yeux au crépuscule et met un terme aux ténèbres.
Je suis Celui qui submerge, Kam-ura est mon nom : je porte jusqu’à sa plénitude la force qui se cache en moi.
Ô toi le Grand, l’Unique qui ne connaît nul rivage et en appelle aux Puissances du Sud, à l’instant où le dieu s’avance et dit :
« Vois le Dieu de la Crue ; vois, l’Épaule fixée à son cou et la Hanche à la tête de l’Ouest » ; vois les offrandes dont les deux déesses de l’Ouest me font présent lorsque jaillissent mes larmes, j’en témoigne, et que me voici transporté tout autour du Tenait en Abydos, tandis que les verroux sont fermement tirés sur les portes au-dessus de vos images qui sont à portée de ta main et de tes entrailles. Ton visage est comme celui d’un chien dont le nez renifle la cache où mes pas me conduisent.
Anubis est mon porteur, car celui qui m’apaise est le dieu-Lion.
Sauve-moi, je t’en supplie !
Je suis Celui qui vient pareil à qui se fraye un chemin à travers la porte ; car éternelle est la lumière du jour que sa volonté a créée.


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L’intégrité du corps doit être préservée


Les anciens Égyptiens croyaient à la résurrection du corps et à la vie éternelle. Cette croyance découlait de ce qu’ils pouvaient observer chaque jour. Le soleil tombait dans l’horizon occidental chaque soir et renaissait le lendemain matin à l’est. Une vie nouvelle jaillissait des grains plantés dans la terre, et la lune croissait et décroissait. Tant que l’ordre était maintenu, tout suivait son cours normalement, et la vie après la mort était possible si l’on respectait certaines conditions. Par exemple, le corps devait être préservé grâce à la momification et placé dans une tombe où l’on avait déposé tout ce qui était nécessaire à la vie dans l’au-delà.

Momie représentée dans la tombe de Sennedjé
Momie représentée dans la tombe de Sennedjé
Nécropole de Thèbes-Ouest

Maintenant, le défunt exprime sa peur d’être mutilé et, ainsi de mourir sans retour. Il s’identifie alors à des sources puissantes, génératrices d’une divine assistance.

Je suis un Prince, le fils d’un Prince ; une Flamme, le fils d’une Flamme à qui l’on rendra sa tête après l’avoir décapité.
On ne coupa point la tête d’Osiris et la mienne ne le sera pas non plus.
Je me lève, je renais et je redevient jeune.
Je suis Osiris.
Fais que les cavernes de Putrata me soient ouvertes, là où les morts tombent dans les ténèbres, mais que l’Œil d’Horus me soutienne et qu’ Apuat me soulève.
Je me dissimule parmi vous, ô vous Étoiles qui ne vous posez point ici-bas. Mon front est celui de Rê, mon visage est découvert selon la parole de Toth ; mon cœur est bien à sa place, mon discours est intelligent.
Je suis Rê lui-même. Nul ne peut m’ignorer, ni même me
malmener.
Ton père vit pour toi, ô fils de Nut [ou Nout, déesse du Ciel] ! Je suis ton fils Horus. Je vois tes mystères et suis couronné Roi des dieux. Je ne meurs point une seconde fois dans l’Au-Delà.
O toi qui brilles, toi qui donnes la lumières depuis la Lune, permets que je me joigne à ton grand cortège ; que je sois de ceux qui ont la gloire. Fait que le Tuat me soit ouvert. Ici, je suis : laisse-moi venir en ce jour pour être glorifié. Que les glorieux m’accordent la vie et que l’on m’amène mes ennemis pieds et poings liés devant le divin Cercle. Alors, que l’Esprit de ma mère me soit propice quand je me dresserai un sceptre d’or à la main et leur trancherai leurs membres. Que je surgisse, petit enfant d’entre les genoux joints de Sothis.


Ici s’exprime la peur que les Égyptiens éprouvaient à la perspective d’être mutilés une fois morts. Ils redoutaient particulièrement qu’on leur arrache le cœur, qu’ils regardaient comme le siège de la conscience et de l’intelligence.

O dieux qui vous saisissez du cœur de l’homme et l’extirpez pour le remodeler ensuite de vos mains selon ce que nous fîmes, de grâce oubliez le mien !
Salut à vous, ô Dieux du Temps Éternel et de l’Éternité !
Permettez que mon cœur ne soit point déchiré par vos doigts.
Permettez que le mien ne soit point à nouveau façonné d’après toutes les méchancetés qui furent dites contre moi.
Car il est Celui du dieu aux noms puissants du grand dieu dont le Verbe est dans le membre, et qui laisse libre cours au cœur qui bat en ses entrailles.
De ceux de tous les dieux le sien a la vue la plus perçante. Holà ! À moi ! Ce Cœur est le mien ; je te possède, je suis ton maître, et toi tu es par moi, ne m’abandonne pas, je suis le dictateur à qui tu dois obéir dans l’Autre Royaume.

O dieu-Lion !
Je suis Unbu et c’est le billot que j’exècre.
Fais que ce Cœur Intact qui est le mien ne sois pas déchiqueté par les divins Champions à Héliopolis !
O toi qui vêts Osiris et a vu Sutu.
O toi qui t’en retournes après l’avoir frappé et avoir consommé sa défaite ;
Ce Cœur entier qui est à moi demeure là, pleurant sur lui-même en présence d’Osiris.
Sa force vient de lui et il la tient de la prière.
Pour lui, j’ai obtenu le privilège qu’on le gratifie de la chaleur vitale à l’heure du dieu au Visage Large, et à Hermopolis je suis allé faire l’offrande des gâteaux du sacrifice.
Que ce Cœur ne me soit point ravi. Car c’est moi qui vous l’ai confié. C’est moi qui ai ému vos propres cœurs en sa faveur par la véhémence dont je fis preuve à Sechit-hotepit comme dans les années ou il triompha de tout ce qu’il abhorait, amassant ainsi son viatique (provisions pour faire un voyage) et le mien pour quand viendrait l’heure choisie par toi.

Et le voici intact porté sur les tablettes de Tmu qui me guide vers les cavernes de Sutu et me rend ce cœur dont le vœu s’est accompli en présence du divin Cercle qui siège dans l’Autre Monde.
Que ceux qui trouveront le joint du sacrifice et les atours funèbres le brûlent.


Plus loin, le défunt identifie chaque partie de son corps à celles des différentes divinités.

Pays de la Verge, de la Couronne Blanche de l’Image, Piédestal des dieux.
Je suis le Petit Enfant (affirmation prononcée quatre fois).
O Serpent Abur ! Tu dis en ce jour « Le Billot de l’Exécution est fourni avec ce que tu sais » et tu es venu pour souiller l’Unique Puissance.
Mais je suis celui qui a les honneurs gardé.
Je suis le Lien, le dieu au-dedans du Tamaris qui unit à Hier l’orbe du Soleil (quatre fois).
Je suis le Lien, le dieu au-dedans du Tamaris.
Ma route est celle de Rê et la route de Rê est la mienne.
Mes cheveux sont ceux de Nu,
Mes deux yeux, ceux d’Hathor,
Mes deux oreilles, celles d’Apuat,
Mon nez est celui de Chenti-chas,
Mes deux lèvres, celles d’Anubis,
Mes dents, celles de Selkit,
Mon cou, celui d’Isis-la-Puissante,
Mes deux mains, celles de l’Ame toute puissante, Seigneur de Tattu,
Mes épaules, celles de Neith, Maîtresse de Saïs,
Mon dos, celui de Sut,
Mon phallus, celui d’Osiris,
Mon foie, celui des Seigneurs de Cher-âbat,
Mes genoux, ceux du Tout-Puissant,
Mon ventre et mon dos sont ceux de Sechit,
Mon postérieur, celui de l’Œil d’Horus,
Mes jambes et mes cuisses, celles de Nut,
Mes pieds, ceux de Ptah,
Mes ongles et mes os, ceux du Vivant Uraeus.
Point n’est en moi un membre qui soit dépourvu d’un dieu. Et c’est Toth qui protège ma chair.
Je ne serai pas saisi par les bras ou les mains.
Ni hommes, ni dieux, ni les glorifiés, ni les damnés, ni les générations passées, présentes ou futures ne m’infligeront le moindre mal.
Je suis celui qui vient et s’avance et dont le nom est inconnu de l’homme.
Je suis Hier. « Témoignage d’Éternité » est mon Nom : le voyageur tenace sur les grands chemins des Cieux que je contemple. Je suis l’Éternel.
Je sens et pense comme Khepera. Je suis le Couronné.
Je suis celui qui réside dans l’Œil et dans l’Œuf.
C’est un de mes apanages que de vivre en eux.
Je suis Celui qui vit dans l’Œil, même lorsque l’Œil est clos.
Je suis celui qui le soutient.
Je viens et me lève : j’entre et j’ai la vie.
Je suis l’Habitant de l’Œil. Mon siège est sur mon trône et je m’assois ostensiblement dessus.
Je suis Horus qui va de l’avant à travers l’Éternité.


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Ouverture de la bouche et des yeux


Cérémonie très ancienne pratiquée sur une statue ou un défunt (ou le sarcophage) et consistant à introduire ou ranimer les fonctions vitales de ces deux organes, par des prêtres et des assistants sous la direction du prêtre sem. Ce rite comprenait de nombreuses manipulations : lustrations, fumigations, onctions et attouchements à l’aide d’une herminette. Ce geste était nécessaire afin que la statue ou le défunt soient aptes à recevoir le Ba et le Ka ainsi que les offrandes alimentaires nécessaires à leur subsistance.

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Rite de l’ouverture de la bouche
Musée du Louvre, Paris

Ces deux textes brefs illustrent l’importance du rite funéraire de « l’ouverture de la bouche » du défunt. Cette cérémonie lui permettait, pensait-on, de de se nourrir et de boire dans l’au-delà. L’« œuf dans le monde invisible », c’est le soleil avant l’aurore.

il dit : Que ma bouche soit ouverte par Ptah, et que les bâillons qui sont dessus soient déliés par le dieu de mon domaine.
Puis que Toth vienne pleinement muni du Verbe de la puissance et qu’il dénoue les bandelettes de Sutu qui obturent mes lèvres et que Tmu lui prête main forte pour les jeter aux assaillants.
Que ma bouche me soit donnée. Qu’elle soit ouverte par Ptah avec cet instrument de métal dont il ouvre celle des dieux.
Je suis Sechit-Uat’it assis à la droite du Ciel : je suis Sahit entouré des Esprits d’Héliopolis. Et à tous les Mots qui sont Puissance, à toutes les accusations lancées contre moi, les dieux et les cycles des dieux unis résistent.


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L’imagination de l’Égyptien en matière de religion défie notre logique. Comme souvent dans le Livre des Morts, le défunt, non content d’évoquer l’aide des dieux, du plus petit au plus grand, proclame son identité avec eux. Il souhaite évidemment déjouer ainsi les obstacles et les périls qui l’attendent dans l’Autre-Monde.

J’ai créé le trône dont je suis le maître. Quant à ma bouche : que je parle ou que je me taise, je suis droit et loyal.
Quant à mes attributs : je me hâte, tête la première, moi dieu Unen, avec tout ce qui m’appartient, l’heure engendrant l’heure ; l’Unique engendrant l’Unique, tout au long de ma course…
Je suis l’Habitant de l’Œil et il ne m’arrive rien de mal et nulle calamité.
C’est moi qui ouvre les Portes des Cieux ; moi le maître du trône, qui inaugure les naissances de ce jour.
Je suis le Jeune Enfant qui foule son chemin d’Hier.
Je suis « Ce Jour », de génération en génération.
Je suis celui qui vous donne l’équilibre pour l’éternité, que vous soyez au ciel ou sur la terre ; au Sud ou au Nord, à l’Ouest ou à l’Est.
Et la peur que je vous inspire est sur vous.
Je suis celui qui façonne toutes choses avec son œil et ne meurt pas une seconde fois.
Vous possédez un moment de moi, mais mes attributs sont ma propriété.
Je suis l’Inconnu, mais les dieux aux Visages Rouges m’appartiennent.
Je suis le Joyeux. Nul temps n’existe pour moi, mais il
servit à créer Ciel et Terre et à perpétuer leur descendance dans les siècles des siècles.
Je vous le dit ! Ils désunissent et ne joignent point, car ils arrachent mon nom à toutes les choses mauvaises.
C’est moi qui m’élève et brille. La force naît de la force, l’Unique naît de l’Unique.
Il n’est point un jour qui déroge à cette loi, pour l’éternité.
Je suis Unbu, né de Nu et de Nut.
Ô toi qui m’a donné le mouvement ! Car j’était immobile, puissant maillon dans l’enclos d’Hier et me voici aujourd’hui un maillon dans le creux de ma main.
On ne me connaît point mais je suis celui qui te connais.
On ne peut me saisir mais je suis celui qui te saisis.
Ô toi qui habite l’Œuf ! Ô toi qui habite l’Œuf !
Je suis Horus, Prince de l’Éternité, un feu devant vos visages et qui, pour moi, enflamme vos cœurs.
Je suis maître de mon trône et je vais de l’avant. Le temps présent est le chemin que j’ai ouvert et je me suis libéré de toutes les malédictions.
Je suis le Cynocéphale d’Or, haut de trois palmes, sans bras ni jambes, dans le temple de Ptah et ma course est la course du Cynocéphale d’Or, haut de trois palmes, sans bras ni jambes, dans le temple de Ptah.


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La Protestation d’Innoncence


Qu’il sagisse du fond comme la forme, cet extrait de la Protestation d’Innocence ressemble à certains passages des psaumes que composeront plus tard les hébreux. Le défunt proclame avoir eu une vie toute de vertu et de pureté, cependant qu’il implore l’assistance divine.

Regarde-moi ; je suis venu à toi, exempt de tout mal et de toute tromperie en homme dénué de méchanceté. Fais que je ne sois pas déclaré coupable et q’aucune accusation ne sois retenue contre moi.
Je vis de Droiture et mon cœur se nourrit d’intégrité. J’ai fait ce que l’homme ordonne et ce qui plait aux dieux.
J’ai apaisé le dieu en lui offrant ce qu’il aime. J’ai donné du pain à ceux qui avaient faim ; de l’eau à ceux qui avaient soif ; des vêtements à ceux qui étaient nus et une barque au naufragé. J’ai fait des oblations aux dieux et des offrandes funéraires à ceux qui s’en allaient. Alors délivre-moi et ne requiers pas contre moi en présence du grand dieu.
Je suis celui dont la bouche et les mains sont pures et à qui ceux qui le regardaient ont dit : « Viens ! Viens en paix… »
Car j’ai écouté les paroles prononcées par l’Âne et le Chat dans la maison de Hept-Ro.
J’ai subi l’examen du dieu dont le visage regarde derrière et c’est lui qui m’a jugé digne de lever les yeux sur l’arbre Persea (arbre sacré du dieu Rê à Héliopolis) afin de savoir ce qu’il recouvre dans le Restau.
Je suis celui qui glorifie les dieux et qui connait d’eux toutes choses.
Je suis venu et j’attends que la recherche de Droiture soit achevée et que la Balance s’immobilise dans la tonnelle tapissée d’amaranthe.
Ô Toi qui es élévé sur ce piédestal et que l’on nomme Dieu des Airs, délivre-moi de ces tiens messagers qui n’engendrent et ne provoquent que le désastre et le malheur. Rien ne voile plus leurs visages !
Car j’ai montré les vertus d’un Maître de la Droiture.
Je me suis purifié : le devant de mon corps est lavé, mon dos aussi est sans tache et mes viscères ont baigné dans la Divine Citerne de la Suprême Honnêteté.
Il n’est point un seul de mes membres qui ne soit imprégné de vertu.
J’ai fait mes ablutions dans le Grand Château d’Eau du Sud et j’ai maintenant trouvé le repos au lac du Nord dans le royal et luxuriant Jardin des Sauterelles.
Les marins de Rê font don de la pureté en cette heure propice de la nuit et du jour. Et quand les cœurs des dieux ont enfin trouvé la paix je les pénètre et les traverse le jour comme la nuit.


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Éviter les comportements anormaux


Le fonctionnement du cosmos est soumis à un certain nombre de règles. Le respect de celles-ci contribue à l’harmonie universelle symbolisée par la déesse Maât. Il en va de même pour l’être humain, qui, par un comportement sain, concourt aussi à la bonne marche du cosmos. Pour cette raison, certaines formules évitent au défunt d’avoir des comportements aberrants.

Dans ces incantations, le défunt, en même temps qu’il dépeint le genre de vie auquel il aspire dans l’Au-Delà, exprime une peur panique fréquente à l’idée d’être réduit à se nourrir de ses propres déjections.


J’exècre, je déteste, je ne veux pas manger cela. Ce sont mes excréments que j’ai en horreur. Je n’en mangerai point afin d’apaiser mon Esprit Tutélaire.
Faites qu’ils ne tombent pas sur moi ; faites qu’ils n’approchent pas mes mains ; faites que je ne marche pas dessus avec mes sandales.
Faites que je me nourrisse désormais de blé en votre présence, ô vous Dieux, et que vienne celui qui me donnera la part qui me revient des ces sept miches qu’il a apportées pour Horus et de celles qu’il offre à Thot.
« Que veux-tu manger » me demandent les dieux.
Faites que je mange sous le Sycomore d’Hathor la souveraine et que ce soit mon tour de demeurer parmi ceux qui reposent sous sa ramure.
Faites que j’administre bien les champs en Tattu et que je prospère à Héliopolis.
Que je me nourrisse du pain blanc et de la bière d’orge rouge.
Que l’on m’accorde le privilège de revoir mon père et ma mère, eux, les portiers du Grand Courant.
Que l’on m’octroie une chambre, que le chemin soit tracé et que je puisse m’asseoir là où je le veux.
Je suis le Taureau à la corne acérée, qui régit le ciel, le Seigneur des levers du soleil ; le grand Dispensateur de Lumière qui jaillit de la Flamme ; le Lien du temps abondamment pourvu d’années ; le dieu-Lion pour qui s’ouvre la marche de la Gloire.
J’exècre, j’exècre, je ne mange pas ce que mon Esprit Tutélaire exècre.
Faites que cela n’entre pas dans mon estomac, que mes mains n’y touchent pas et que je ne marche pas dessus avec mes sandales.
Faites qu’on ne me fasse point boire la lessive et que je ne plonge pas tête la première dans l’Autre Monde.
Je suis celui qui possède le pain d’Héliopolis, celui des Cieux avec Rê et le pain sur la terre avec Seb.
C’est le bateau Sektit qui l’a porté de la maison du grand dieu à Héliopolis.
Je me réjouis dans mes propres entraillent et me joins aux divins marins qui tournent autoure de l’Est des Cieux. Je mange ce qu’ils mangent et me nourris comme eux du pain de la maison du Seigneur des offrandes.
J’exècre, j’exècre, je ne mange pas cela.
L’excrément est tout ce que j’exècre ; je n’en absorbe point.
J’exècre la lessive et n’en bois pas.
Faites que mes doigts n’en approchent pas, faites que je ne marche pas dessus avec mes sandales.
Seb, le père d’Osiris a ordonné que je ne mange pas l’ordure et que je n’avale pas la lessive, mais mon père a dit par quatre fois que je mange du blé rouge.
Il y a sept miches aux cieux à Héliopolis avec Rê ; sept sur la terre avec Seb et sept avec Osiris.


Marcher la tête en bas ou manger des excréments revient à être la même chose dans la mesure où il s’agit de comportements anormaux, il faut donc absolument les éviter.


Notice documentaire

Ani
Scribe royal de la XVIIIe dynastie (Nouvel Empire) - Thèbes-ouest.
Son papyrus mesure 23,60 m de longueur et 39 cm de largeur. Un monument ! Smiley cool

Hunefer
Occupait un poste de surveillant au palais de Séthi Ier, XIXe dynastie (Nouvel Empire).
Son papyrus ne mesure qu’environ 5,50 m de long. Ridicule ! Smiley béat

Anhaï
Grande prêtresse d’Amon, XXe dynastie (Nouvel Empire).
Son papyrus mesure quant à lui environ 4 m de long. Insignifiant ! Smiley moqueur

Ces trois documents sont conservés au Britishm Museum de Londres.


Tuat
En égyptien, le mot Tuat signifie « monde des esprits ».

Apuat
Dieu chacal égyptien, Apuat (Wepwawet, Apouat) avait un rôle duel comme un dieu de guerre et du culte funéraire. Il pourrait être dit « Ouvreur des Voies » et pour les armées du pharaon et pour l’alcool des morts.

oblation
n.f. (bas lat. oblatio). Action par laquelle on offre quelque chose à Dieu ; offrande à Dieu du pain et du vin précédant la consécration, pendant l’office eucharistique.

Date de création : 15/11/2006 - 20:02
A été modifié le : 28/08/2008 - 14:09
Catégorie / La littérature

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