Immortelle Égypte, don du Nil, bénie des dieux, berceau des fils de Rê.  Archives  Liens  FAQ  Papyrus d'or 
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Portrait d’une société


Travail et échanges - Le temps du travail
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Solaire, en hommage à cet astre si central dans la mythologie égyptienne, le calendrier égyptien cherche simultanément à rendre compte d'une année rythmée par la crue et la décrue du Nil.


Les Égyptiens ont inventé certains des calendriers les plus anciens que l’on connaisse, utilisés depuis la préhistoire. Peuple d’agriculteurs, leur premier calendrier, employé dès le Ve et le IVe millénaire avant J.-C., était d’une grande simplicité et reposait sur le retour périodique de la crue du Nil. Le cycle commençait avec la saison de l’inondation (akhet), qui marquait le début de l’année ; le retrait des eaux correspondait au début de l’hiver (peret, c’est-à-dire « l’émergence » de la terre), saison de la germination ; venait enfin la saison de la sécheresse et des récoltes (shemou), qui correspondait à l’été.

hiero_palmier.gifNaturellement, à l’époque préhistorique, cette subdivision de l’année était purement empirique, basée sur l’observation de la crue, de sorte que l’année pouvait varier entre 360 et 370 jours. L’un des premiers « instruments » de calcul, dont disposaient les Égyptiens était constitué d’une nervure de palmier sur laquelle on gravait des marques successives pour indiquer le passage des jours. C’est cette palme qui, dans l’écriture, servira d’idéogramme pour signifier « année » (rnpt, renep).

hiero_croissantdelune.gifÀ ce calendrier approximatif vint s’en ajouter un plus précis, basé sur le cycle lunaire, comme le confirme le hiéroglyphe abed, ou « mois », qui sécrit à l'aide du croissant lunaire horizontal, pointes en bas - ce qui peut s'interpréter comme un représentation du mois révolu. Le mois est divisé en 30 jours (hrw)

À l’époque préhistorique, les Égyptiens avaient déjà remarqué que la brillante étoile Sirius (Sothis pour les Grecs, Sepedet de son nom égyptien) devenait invisible pendant une période de soixante-dix jours, puis réapparaissait à l’horizon oriental au lever du soleil ; ce phénomène que les astronomes appellent le « lever héliaque de Sothis » se produisait à la fin du mois de juillet. Les Égyptiens considéraient cette étoile comme une forme de la déesse Isis et attribuaient aux larmes de celle-ci un phénomène coïncidant avec l’apparition de l’astre : la crue du Nil. Ils se fondèrent donc sur ce lien apparent entre ces deux phénomènes pour fixer le début de l’année au premier jour de l’apparition de Sothis et de l’inondation.

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Les travaux des champssuivaient toujours le rythme des saisons.   Tombe de Sennedjem, XIXe dynastie, Deir el-Medineh

Il existait donc trois calendriers : le calendrier des saisons, basé sur la crue du Nil ; le calendrier lunaire, basé sur les phases de la lune ; le calendrier solaire, basé sur le lever héliaque de Sothis. Les Égyptiens vont les unifier et subdiviser l’année en trois saisons de quatre mois, chaque mois comportant 30 jours ; le premier jour de l’année étant toujours déterminé par le lever héliaque de Sothis. Il est clair que ces trois calendriers ne pouvaient pas coïncider, car la crue du Nil est un phénomène irrégulier, pouvant se produire à plusieurs jours, voire semaines, de distance d’une année sur l’autre ; d’autre part, les mois lunaires sont irréguliers, tantôt de 29, tantôt de 30 jours, alors que le cycle solaire est exactement de 365 jours 1/4.

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Calendrier des fêtes - Temple de Kom Ombobouton+.gif Ce mur vous en dit plus…
Le calendrier obtenu comptait 360 jours, ce qui entraînait un décalage : pour le rectifier, ils y ajoutèrent cinq jours, dits « épagomènes » [*] par les Grecs, ce qui signifie “en plus de l'année”. Il restait encore un décalage d’un quart de jour par an, de sorte que le calendrier égyptien perdait six heurs par anné (près d’un mois par siècle). Il fallait donc 1461 ans pour que le lever héliaque de Sothis et le premier jour du calendrier civil coïncident à nouveau. On en arrivait donc à la situation paradoxale, décrite dans un papyrus ramesside, où « l’hiver s’est produit en été, les mois sont inversés ». Toutefois, les Égyptiens ne corrigèrent pas ce décalage - comme nous le faisons en ajoutant un jour tous les quatre ans, c’est-à-dire chaque année bissextile - parce qu’il ne représentait pour eux aucun inconvénient réel. En effet, ils utilisaient surtout le calendrier des saisons et le calendrier lunaire pour l’établissement des fêtes religieuses et pour le calcul des jours fastes et néfastes. Le calendrier solaire n’était employé que par l’administration, pour le calcul des impôts et pour le comput des années de règne du souverain.

Au terme de son évolution, le calendrier égyptien était donc divisé en trois saisons de quatre mois chacune. Chaque mois était associé à une divinité tutélaire (par exemple Hathor était la déesse du troisième mois de la saison d’Akhet, Min le dieu du premier mois de Peret, etc.). La subdivision du temps intéressa en particulier les prêtres à l’origine des premières observations astronomiques. Celles-ci étaient indispensables à l’établissement de calendriers rituels ; elles permettaient en outre de déterminer la subdivision horaire de la nuit pour connaître la position du soleil dans son voyage nocturne dans l’au-delà. Ces observations aboutirent à la réalisation des cartes célestes peintes sur les plafonds des tombes (notamment celles de la Vallée des Rois : Séthi Ier, Ramsès VI, Ramsès IX ; parmi les tombes privées, on mentionnera celle de Senmout), ainsi qu’à l’établissement de tables astronomiques, de textes religieux et de traités.

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Plafond solaire - Tombe ramesside



[*] épagomènes
Ces jours étaient considérés comme dangereux. Il fallait donc accomplir divers rituels de protection, et d'abord connaître leur nom, car on ne peut avoir d'action efficace que sur ce que l'on connaît et que l'on peut nommer. Dans les temples ptolémaïques, les jours épagomènes sont représentés par les meskhenet, les déesses hippopotames, incarnant la naissance, correspondant à chacun des cinq jours. Le jour de la naissance de Seth est occulté.
La première occurence de ce terme apparaît dans un document comptable de Heqanakht, au Moyen Empire.
Nadine Guilhou et Janice Peyré, La Mythologie égyptienne - p.398, Marabout (Hachette Livre), 2005.



hiero-saison_akhet.gifAkhet, du verbe wakh innonder - Début de la crue du Nil - Saison de l’Inondation pendant laquelle les cultures sont impossibles. Les paysans, volontaires ou recrutés, servent pour la corvée sur les chantiers des grands monuments. C’est également la période des fêtes et des cérémonies religieuses.
ThotSaison Aket : mois de Thot en hiéroglphes19 juil. au 17 aoûtNouvel An (1er du mois) - Accueil du flot de la Crue (9 du mois)
Fête d’Osiris à Abydos - Fête de Thot à Hermopolis
Fête de l’ivresse à Denderah
PaophiSaison Aket : mois de Paophi en hiéroglphes18 août au 16 sept.Fête d’Opêt, le 15 du mois (apogée le 22), à Louxor
AthyrSaison Aket : mois de Athyr en hiéroglphes17 sept. au 16 oct.Fin de la fête d’Opêt
ChoiakSaison Aket : mois de Choiak en hiéroglphes17 oct. au 15 nov.Fête d’Hathor à Dendera - Fête de Sokaris, gardien des cimetières (le 26) - Fête d’Osiris à Abydos (les Mystères d’Osiris s’y déroulaient probablement)
hiero-saison_peret.gifPeret, du verbe sortir - décrue du Nil - les champs sont recouverts du limon qui fertilise les terres. Les paysans regagnent les champs. C’est la saison de la reconstruction des digues et restauration des canaux d’irrigation, des semailles et de la germination (période fraîche).
TybiSaison Peret : mois de Tybi en hiéroglphes16 nov. au 15 déc.Fête de Nehebkaou, dieu-serpent du monde inférieur et de la fertilité (1er du mois)
Fête de l’installation du faucon sacré à Edfou (du 1er au 5)
Fêtes royales et commémoratives du couronnement et confirmation du pouvoir par le dieu - Fêtes en l’honneur d’Amenhotep Ier sur la rive ouest de Thèbes
MechirSaison Peret : mois de Mechir en hiéroglphes16 déc. au 14 janv.Fête de la victoire d’Horus, à Edfou (du 21 au 25)
PhamenothSaison Peret : mois de Phamenoth en hiéroglphes15 janv. au 13 fév.Fêtes des saints patrons
PharmoutiSaison Peret : mois de Pharmouti en hiéroglphes14 fév. au 15 marsFête d’Ermouthis (Rénénoutet), déesse des récoltes et préparation de la fête des moissons
hiero-saison_shemou.gifShemou, déficience d’eau - Saison des moissons, des vendanges et des impôts (période de chaleur). Les récoltes sont stockées dans des greniers : une partie est utilisée pour nourrir la population, une partie est réservée aux échanges commerciaux et une autre partie est conservée en prévision d’une période de famine.
PakhonsSaison Shemou : mois de Pakhons en hiéroglphes16 mars au 14 avrilFête de Min à Karnak
Nombreuses cérémonies royales et offrandes de la première récolte dans les Châteaux des Millions d’années de la rive occidentale
PayniSaison Shemou : mois de Payni en hiéroglphes15 avril au 14 maiBelle fête de la Vallée : départ de Louxor, visite de la vallée occidentale et retour sur Louxor
EpiphiSaison Shemou : mois de Epiphi en hiéroglphes15 mai au 13 juinFête de la Bonne Réunion à Edfou (15 jours, de la nouvelle lune à la pleine lune) - Fête de la déesse Mout
MésoreSaison Shemou : mois de Mésore en hiéroglphes14 juin au 13 juilletMois de la naissance de Rê - Fête d’Hathor en son apparence d’Isis - Préparation dans l’attente de la nouvelle crue, conjuration des cinq jours épagonèmes
Jours épagomènes (hryw rnpt, littéralement « ceux qui sont au dessus de l’année ») - Naissance de
Osiris 14 juilletSelon le mythe, Nout la déesse du ciel et Geb dieu de la Terre s’unirent sans l’assentiment de Rê qui les punit en faisant en sorte que Nout ne puisse avoir d’enfants. Thot eut pitié d’elle et joua aux dames contre la Lune qui perdit. Elle fut contrainte de donner à Thot une partie de sa lumière qui créa ainsi 5 jours supplémentaires qui, de la sorte, n’appartiennent pas à l’année. Nout put ainsi contourner l’interdiction de Rê et mettre au monde 5 dieux : Osiris, Horus (l’ancien), Seth, Isis et Nephtys.
De ce fait, ces jours étaient considérés comme néfastes
Horus l’ancien 15 juillet
Seth 16 juillet
Isis 17 juillet
Nephtys 18 juillet
Les années sont indiquées par rapport au jour du couronnement du pharaon régnant.
Une année = 365 jours - Les mois sont découpés en trois périodes de dix jours, les décades. - Chaque jour = 24 heures
Le début du jour commence avec le lever du Soleil : douze heures pour le jour et douze heures pour la nuit.
Le calendrier égyptien
Même s’ils tirent leurs noms de fêtes égyptiennes, les mois sont exprimés en langue copte. Avant l’époque Gréco-Romaine, les mois n’étaient pas nommés.

Une date s’exprimait alors, par exemple : An X, xème (de 1 à 4) mois de telle saison, le xème (de 1 à 29, pour le trentième jour on rencontre le mot “ârqy”, pour les jours épagomènes, on précisait 1er jour ou bien 2ème jour etc. ... épagomènes (en remplacement du mois et quantième du jour), sous la majesté de (titres et nom du roi régnant à cette date).

Le jour de l’an (1er jour du mois de Thot) était dédié à la science, à la connaissance, à l’intelligence, en un mot : consacré à la forme divine appelée Thot, matérialisée avant tout par le singe cynocéphale (babouin).


Les jours fastes et néfastes


Une vie d’homme peut être heureuse ou malheureuse selon selon si les heures du jour ou le jour lui-même sont heureux ou malheureux. Les anciens Égyptiens étaient très amateurs de prédictions. Les horoscopes, prêtres chargés de déterminer les jours fastes et les jours néfastes de l’année, établissaient des calendriers auxquels on se référait pour savoir si telle période était favorable ou non à telle ou telle activité.

On a retrouvé des calendriers, rédigés sur papyrus ou ostracas, répertoriant tous les jours de l’année et indiquant leur « vibration ». Chacun est assorti de qualificatifs allant de « très favorable » à « vraiment très mauvais », cette appréciation étant justifiée par un événement mythologique censé être déjà survenu ledit jour.

Chaque jour de l’année égyptienne était divisé en trois parties, avec chacune des périodes de chance et de malchance. Nous savons grâce à d’autres papyrus, « pourquoi » certains jours étaient marqués par la chance ou la malchance ou que d’autres l’étaient seulement en partie. Ainsi donc, une simple consultation permettait de voir quel tiers du jour était chanceux ou malchanceux et bien sûr d’agir en conséquence.

Il est bien évident que les prêtres et les magiciens qui avaient établi le calendrier, avaient de bonnes raisons pour avoir utilisé cette classification des jours, comme nous pouvons le constater dans dans l’exemple suivant :


Le 19e jour de Thot


(voir calendrier, plus haut) est noté comme jour entièrement sous le signe de la chance, c’est-à-dire que les trois tiers sont fastes, et le papyrus Sallier IV le notait également comme étant un jour de chance totale. La raison en était que :

C’était un jour de fête dans les cieux et sur la terre en présence de Rê. C’était le jour où sa flamme dardait ceux qui suivaient le bateau contenant le saint des dieux et ce jour-là, les dieux dispensaient des louanges jusqu’alors contenues,…


Le 26e jour de thot


par contre, est noté comme un jour de malchance totale. En effet :

C’est le jour où eut lieu le combat entre Horus et Seth.

Et il en va ainsi pour chaque jour du mois…

Mais à ces 360 jours, doivent être ajoutés les cinq jours épagomènes (voir plus haut) qui étaient considérés comme ayant une grande importance et qui possédaient chacun leur nom propre.

Le premier, le troisième et le cinquième n’étaient pas des jours favorables et aucun travail de quelque sorte que ce soit ne devait être entrepris.

Le passage qui faisait référence à ces jours, établissait que quiconque connaissait leur nom, ne devrait jamais souffrir de la soif, ne devrait jamais être frappé par la maladie, et la déesse Sekhmet ne prendrait jamais possession de lui.

Il était aussi recommandé de dessiner avec des onguents et des encens sur une fine étoffe de lin, des représentations des cinq dieux mentionnés. Ceci devant bien évidemment servir d’amulette.

Calendrier d’offrandes
Calendrier d’offrandesprovenant d’Éléphantine, près d’Assouan (Nouvel Empire) - Musée du Louvre, Paris
Calendrier des fêtes sur le site sur les Festivals 
auquel on peut ajouter la liste des décans 


Article(s) complémentaire(s)
La Société égyptienne
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Armée et guerre
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Date de création : 07/08/2006 - 16:43
A été modifié le : 05/05/2010 - 20:35
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