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   L’Ordre social


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Portrait d’une société


La Société égyptienne » L’Ordre social


Maât ou le bon ordre des choses


Qui n’a jamais entendu parler de Maât, la déesse de la justice, fille de Rê ? Qui ne connaît pas ces représentations du jugement du défunt, dont la conscience devait être aussi légère que la plume de la déesse ? Maât était cependant plus qu’une divinité. C’était aussi une loi, une force immuable : la maât.

Maât est grande et son action est permanente. Elle n’a jamais été dans le trouble depuis le temps de son créateur… Tandis qu’il y a punition pour qui transgresse ses lois. Elle est le chemin devant l’inexpérimenté.
 Le vizir Iséi à son fils 

Maât est à la fois un nom propre et un nom commun, qui était traduit par les mots « vérité », « justice », « équité » ou encore « bon ordre des choses », avant que le grand égyptologue allemand Jan Assmann ne précise avec brio que ce terme recouvrait en réalité : un principe d’interdépendance entre les êtres vivants, un système idéologique qui devait permettre à la société égyptienne de durer des millénaires.

Si les relations sociales sont fondées sur une hiérarchie qui structure durement la société, les hommes sont reconnus égaux au titre d’êtres vivants comme le sont tous les animaux. Seule la maât régit leur existence. Maât est avant tout un principe métaphysique. Pour les Égyptiens, les forces du bien (maât) et du mal (isefet) sont en lutte pertuelle, et la création est à tout moment menacée du chaos. Maât incarne l’ordre impeccable du monde et de la société, établi par le créateur et que Pharaon a pour devoir de maintenir ou de restaurer.

Outre le respect des hommes entre eux, Maât assure des rapports harmonieux entre les différents niveaux de la société. Ainsi, s’il est normal qu’un inférieur doive respect et obéissance à son supérieur, cela n’est acceptable qu’à la seule condition que le puissant protège en retour le plus faible. C’est cette solidarité, basée sur la réciprocité, qui rend acceptable la hiérarchie.

C’est ce principe de vie, que les Égyptiens ont personnifié sous la forme d’une déesse coiffée d’une plume d’autruche. Respecter la maât, c’est s’assurer une vie harmonieuse, tant sur terre que dans l’au-delà : « Accomplissez-la, cela vous sera utile ; vous passerez l’existence de manière heureuse jusqu’au repos dans le bel Occident », nom donné au monde des morts.

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Fille de Rê, Maâtest la garante de l’ordre universel, la déesse de la justice. La plume d’autruche (signe hyéroglyphique de son nom) qu’elle porte sur la tête sert dans la pesée des âmes (psychostasie) : elle est mise dans la balance en face du cœur du défunt pour savoir si celui-ci fut juste.

Chaque jour l’un des actes essentiels du culte divin est l’offrande de Maât à la divinité locale pour maintenir l’équilibre du monde.

Dans la littérature égyptienne, Le Conte de l’Oasien résume parfaitement le concept de Maât : dans les neuf suppliques qu’adresse à son juge un paysan qui a été volé, ressortent les trois attitudes fondamentales d’un comportement conforme à la Maât : Il n’y a pas d’hier pour le paresseux, pas d’ami pour celui qui est sourd à la Maât, pas de jour de fête pour l’avide.

En savoir plus
Maât sur Osirisnet.net  

La Morale en Égypte par Jean Yoyote


« Objet d’une tendre affection dans le cœur du Souverain, disciple du Roi, attaché à son enseignement, fidèlement soumis à son maître ; pondéré en ses propos et répondant à bon escient ; honoré du dieu de son propre bourg, aimé de son père, choyé de sa mère, aimable à l’égard de ses proches… De tempérament agréable vis-à-vis des gens, de cœur droit et de bonne conduite, aimant Maât, tenant le mal pour interdit ; homme que Dieu a distingué à cause de ce que son cœur imaginait pour Lui plaire, accomplissant comme tâche quotidienne ce que prise son dieu. »

Pour être conforme à ce modèle, le prêtre, l’administrateur, et chacun à sa place dans la société, devait respecter la loi morale en tous ses aspects :
« N’entrez pas dans le temple en état de péché, n’y montez pas en état de malpropreté physique, n’y dites pas de calomnies, ne soyez pas âpres au gain, ne vous laissez pas corrompre par des bakchiches, ne penchez pas contre le petit en faveur du grand, n’ajoutez pas au poids et à la mesure et ne les diminuez pas, … ne divulguez pas les rites ausquels vous assistez, ces mystères réservés des temples… »

« Ne soyez pas débauchés, ne soyez pas ignobles, ne frappez pas d’anathème, n’usez pas de violence envers les hommes à la campagne comme en ville, car ils sont nés des yeux [du Soleil], ils sont issus de Lui et Son cœur souffre de l’iniquité… Ne haussez pas la voix à cause des propos d’autrui, ne proférez jamais de serment, n’exaltez pas le mensonge contre Maât ! »

La littérature pharaonique, sacrée ou profane, est au total très moralisante… Mais les fameuses sagesses proposent, tout à la suite, des leçons de politesse et les appels à la charité envers les humbles, des conseils désabusés de psychologie pratique et les invitations à rentrer en soi-même. Parallèlement, les biographies idéales rappelleront les vertus délicates et les qualités sportives du défunt ; elles vanteront tout uniment sa brillante carrière dans l’administration et la sollicitude paternelle qu’il eut pour ses administrés. Les exhortations gravées aux portes des temples et la double « déclaration d’innocence » copiée dans les Livres des Morts font valoir, sur le même plan, le respect des tabous et celui du prochain.
autrePage.gif Voir aussi : Sagesses - Biographie - Le Livre des Morts - Tabou

Ainsi, l’éthique égyptienne courante ne distingue pas radicalement, comme des valeurs différentes, les qualités intellectuelles et les qualités morales, le comportement avisé et la vertu, le sens de la bienséance et la droiture, le respect des prescriptions magiques et la piété, l’obéissance passive due à Pharaon et la soumission à la volonté divine. Et, sauf en de rares écrits pessismistes, elle pose en principe que la vertu est « profitable ». Traitez avec amour votre dieu, votre roi, vos égaux et vos inférieurs : vous recevrez « en échange » santé, vieillesse et honneurs ici-bas. Au delà, Dieu vous traitera selon vos œuvres lors de la psychostasie. En outre, le visiteur de votre tombe, édifié par votre « biogarphie », lira pour vous les incantations vivifiantes, sûr d’être comblé à son tour, de par ce geste charitable, par le roi et par les dieux…
autrePage.gif Voir aussi : Pessimisme - Psychostasie

L’ordre parfait du monde, établi lors de la cosmogonie par le maître Universel, ordre rendu précaire par les combats entre dieux et par les révoltes des hommes ; ceux-ci, « créés égaux », ont eux-même introduit l’inégalité. Par tous ses actes (temples, guerres, offrandes, lois) et notamment par la morale qu’il prône, le pharaon idéal doit tendre à rétablir l’âge d’or « du temps de Rê », « quand Maât régnait sur terre ». Ses agents qui, en principe, sont choisis par son omniscience (connaissance universelle) selon leurs compétences et leurs qualités, doivent « combattre pour le Roi » et « combattre pour le peuple », deux aspects d’un même devoir. Le juge doit donc « protéger le faible contre le brutal », le noble « donner du pain à l’affamé »… Cependant cette morale pharaonique, engoncée dans ses références au temps des ancêtres, dans son horreur sacrée pour le « désordre » et l’indiscipline, restera le reflet d’un despotisme éclairé, une éthique de fonctionnaires cultivés, bienveillants et bien-pensants. « Contrôle ta main, refrène ton cœur, scelle ta bouche », cet idéal formel, si bien tarduit par la statuaire égyptienne, répond essentiellement à une recherche rituelle de l’ordre et à un grand souci de la paix publique.
autrePage.gif Voir aussi : Cosmogonie

Cet idéal n’a toutefois pas empêché l’éclosion d’une morale de dépassement individuel, teintée de mysticisme. Dès l’Ancien Empire, et de plus en plus au cours du temps, - depuis Achthoès III (sagesses) jusqu’à Pétosiris (Hermopolis), - des esprits distingués surent comprendre et exprimer que la meilleure manière de renforcer Maât, le bon ordre divin et royal, était de pénétrer et de suivre sincèrement la volonté de Dieu, omniscient et bon. Il s’élabora même toute une psychologie normative du cœur (« volonté et intelligence ») : « le cœur enrichit le caractère, c’est un maître puissant pour créer les vertus » - et une sorte de théorie de la grâce : « Dieu fait corriger une faute, comme fait un bon maître. » Il se trouva des humbles pour découvrir les effusions du repentir sincère et vouloir faire le bien par amour personnel de leur dieu misécordieux.


Notice documentaire

uniment
adv. Litt. De façon égale, uniforme. - Tout uniment : simplement, sans façon.


Article(s) complémentaire(s)
La Société égyptienne
Religion et croyances | Travail et échanges
Pays et déplacements | Famille et mœurs
Habitat et confort | Vêtement et corps
Nourriture et table | Culture et loisirs
Armée et guerre
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Date de création : 07/08/2006 - 16:40
A été modifié le : 21/04/2010 - 08:38
Catégorie / L’Égypte au quotidien

Vos réactions, vos commentaires

Réaction n°1 par Laura Brams le 08/02/2007 - 10:30


Bel article, bien écrit, très informatif.

Posté le Mercredi 7 février 2007 à 22h 40

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