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Immortelle Égypte, don du Nil, bénie des dieux, berceau des fils de Rê.
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  La forme même des pyramides d’Égypte montre que déjà les ouvriers avaient tendance à en faire de moins en moins  -  Will Cuppy 
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La religion égyptienne - Mythes/Rites et Croyances

Le Mythe de la Création : Aux origines du monde


Pour toutes les civilsations, les mythes de la Création décrivent comment s’est forgé l’Univers et explique pourquoi il a pris son aspect. En général, ce récit s’ouvre par le chaos originel, conçu comme le vide ou comme un océan infini. De ce néant émergent un créateur ou un couple d’êtres primordiaux qui façonnent le cosmos, ordonnent le mouvement des astres et créent la terre, souvent à partir de la boue qui recouvre le fond de l’océan. Les créateurs cèdent ensuite la place à d’autres divinités, qui poursuivent leur œuvre en donnant naissance aux plantes, aux animaux et aux hommes.


[1] « Avant tout, il n’y avait rien », écrit Jean d’Ormesson. Il ajoute : «  Avant que le commencement se mette à commencer, le rien était le tout. Il n’y avait pas d’espace. Il n’y avait même pas de vide : tout vide exige un plein. Ce qui interdit – mais comment faire autrement ? – d’employer le mot avant qui n’a de sens que dans le temps ». Ces réflexions expriment le vertige qui saisit l’esprit dans l’effort de représentation du néant. Nos lointains ancêtres ont eu recours au mythe pour s’approprier le mystère de la Création, le passage du rien au tout. Ils ont donné forme au rien, ils ont imaginé le formidable ébranlement qui a donné vie à l’étendue, laquelle, se différenciant par autogenèse ou à la suite de déchirements dramatiques, a donné forme et puissance aux éléments constitutifs de l’Univers. Les récits de la Création du monde, d’une infinie diversité, en relation avec la diversité des peuples qui les ont imaginés, présentent cependant, en ce qui concerne au moins les mythes fondateurs de la civilisation occidentale, des traits communs essentiels. Tous révèlent, en effet, la quête de l’équilibre conquis sur le désordre originel et les conflits entre les forces multiples qui constituent l’énergie vitale. Tous aussi font apparaître l’ambivalence qui agit ces forces, et dont la vie doit tenir compte pour s’inscrire dans le temps.


La théogonie égyptienne
Représentation de la théogonie égyptienne avec indication de la symbolique essentielle


, dieu à tête de faucon, Hatméhit, déesse-dauphin, Apis, taureau sacré, Thot, à tête d’ibis, Anubis, à tête de chacal, Bastet, déesse-chatte… Animaux fabuleux tirés de récits fantastiques ?
Non, ce sont là quelques-uns des dieux de l’Égypte ancienne.

Les dieux, les génies et les démons sont innombrables. Ils sont présents dans la littérature, la peinture, la sculpture, mais aussi dans les pratiques culturelles et les habitudes quotidiennes. Histoire ancienne, certes, mais révélatrice d’une société. Celui qui évacue toute mythologie n’a rien compris aux peuples anciens. Les dieux ont représenté, cristallisé, manifesté ce qui était, pour les anciens égyptiens, le domaine du sacré,  c’est-à-dire l’essentiel, l’intouchable.

L’Égypte, à l’instar de beaucoup d’autres traditions, a tenté de « mettre de l’ordre » dans un ensemble comprenant de très nombreuses divinités en établissant entre elles des liens de parenté (généalogie) et en relatant leurs destinées (biographies) mythiques.

Le mythe n’est pas une simple histoire ; c’est un récit « sacré », donc symbolique.
  • Un récit, autrement dit une histoire racontée. Mais pas n’impôrte quelle histoire. Une histoire « sacrée ».
  • Symbolique, c’est-à-dire qui « met ensemble », qui joint un insignifiant à un signifié. Mais pas n’importe quel signifié, un signifié « sacré ».

Racontant concrètement les mystères de la condition humaine, il intéresse historiens, philosophes, psychanalystes qui lui reconnaissent un rôle fondamental. Ce terme désigne également la doctrine mythologique considérant l’Univers comme un système ordonné que les cosmogonies présentent, en expliquant sa formation et celle des objets célestes.

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Théogonie et Cosmogonie, du Chaos à la Création


« Au commencement, il était une fois, la première fois… » C’est ainsi que pourrait commencer chaque nouveau récit des dieux, chaque conte, chaque geste rituel ; et c’est une formule que l’on retrouve effectivement dans certains textes. Car tout est constamment à reprendre, à recommencer, à saisir sur l’instant afin que ce qui doit se produire par la suite soit mieux compris. Simultanément, pourtant, l’insaisissable demeure la principale caractéristique de cette dimension cosmogonique de la religion égyptienne. Les mythes de la création veulent remonter au tout début, au moment où rien n’existait, … ils ont chacun leur originalité, propre aux peuples qui les ont conçus.

Chaque ville égyptienne avait son dieu, qui, souvent, avait assimilé diverses divinités des villages situés alentour. Les théologies de la création étaient basées sur le dieu protecteur. Dans la plupart des cosmogonies, on retrouve des thèmes archaïques tels que l’émergence d’un tertre ou colline primordiale, la création d’un premier œuf, l’émergence d’un lotus. La cosmogonie en général était inspirée par le spectacle de phénomènes naturels, en particulier les marais du Delta où ne surgissaient plus que quelques buttes de terre lors des inondations, figurant une vision du monde initial. Chaque sanctuaire était considéré comme le centre d’un lotus. Il ne nous reste plus que des traces ténues de la cosmogonie égyptienne, cependant grâce à la ferveur religieuse si grande de l’Égypte unifié, quatre systèmes (les principaux) ont subsisté : Héliopolis, Memphis, Hermopolis, Éléphantine et aussi plus tard Thèbes.



Étapes classiques de la création du monde


La majorité des mythes ont ceci en commun qu’ils ne présupposent pas l’existence d’un Univers incréé, immuable et éternel, mais suggèrent des étapes et des devenirs possibles :
  • apparition de l’Univers à partir du vide (rien) ou du chaos ou de l’inconnu ;
  • naissance du temps et de l’espace, de la lumière et de la matière. À partir du chaos primordial inerte, les éléments, eau, terre, feu et air s’animent  ;
  • apparition de la vie à partir de la rencontre et du mélange de ces éléments ;
  • possibilité de création d’un nouvel univers après un cataclysme mondial.

Aux mythes cosmogoniques répondent les mythes eschatologiques, qui décrivent la fin du monde.

Les prêtres de l’ancienne Égypte ont composé plusieurs récits de la Création.
  • Pour ceux d’Héliopolis (Per-Rê ou Iounou), le démiurge est Atoum dont le nom signifie « Celui qui est indifférencié ». Avant le commencement de la vie, Atoum est présent dans l’Océan primordial, qui renferme la substance de toute la création, mâle et femelle, divine et humaine. Le premier acte du dieu est de s’éveiller par lui-même à l’existence et de se dissocier du chaos originel. Ensuite, il donne naissance au premier couple de dieux, Shou et Tefnout qui produisent Geb (Terre) et Nout (Ciel). Ces derniers donnent naissance à Osiris, Isis, Seth et Nephthys.
  • Pour ceux de la ville de Memphis (Men-nefer), le créateur du monde est Ptah, le dieu local. Ici, une autre technique de création raffinée considérait le processus comme enclenché par la simple volonté du créateur : il lui suffisait de « concevoir » pour donner vie. Ce qui nécessitait un pouvoir particulier, dont seuls les dieux et certains défunts disposaient : akhou, la « magie créatrice ».
  • Pour les théologiens d’Hermopolis (Khemenou), les forces créatrices sont quatre couples de génies serpents et grenouilles résidant dans le Noun. Ce sont eux qui ont propulsé le Soleil (organisateur du monde) hors de l’Océan primordial.
  • Pour ceux d’Éléphantine (Abou) et d’Esna c’est un potier, Khnoum, qui a façonné les dieux et les hommes (remetch) sur son tour.


Le chaos primitif : tout vient de là, tout vient du Noun


Les récits de la Création sont inspirés du milieu dans lequel vivaient les peuples primitifs et dont la vie était régie par les phénomènes naturels. Le néant, notion inimaginable et fascinante, est le plus souvent figuré chez les peuples du Moyen-Orient comme une immense étendue d’eau. L’eau, réalité naturelle, offre aussi des symboles multiples dont tous ont trait à la naissance. Substance primordiale, c’est en elle que se fécondent les germes, c’est elle qui régénère l’être. Dans toutes les cosmogonies, les eaux remplissent la même fonction : elles sont antérieures à toute création, elles sont aussi l’élément où s’anéantit toute vie.

En Égypte également, où la vie des hommes dépend entièrement de la générosité du Nil, le néant est un indéfinissable marais où se mêlent indistinctement les eaux. À l’origine est le Noun (Chaos Originel). Il est avant même la Création : il n’existe pas. Le Noun est un espace mythique, synonyme de retour au néant mais aussi lieu de gestation et de purification de toute création avant l’existence. C’est un océan sans limites entouré d’une obscurité absolue (qui n’est pas la nuit, car la nuit n’est pas encore créée). Cette étendue d’eau est obscure et froide, puisque le soleil qui dispense lumière et chaleur n’existe pas non plus. L’eau n’est pas limpide, elle est mêlée de boue, un élément qui aura son rôle à jouer quand la création se mettra en mouvement.

Chaque jour, à l’aube, le soleil est censé en ressortir revivifié. Les eaux qui sourdent au fond des puits viennent du Noun et le Nil (iterou) trouve en lui son origine. Cela évoque l’élévation et l’inaccessibilité qui incline à l’adoration.

Le Noun ne meurt jamais

Que devient le Noun après la création ? Il se tapit au-delà du monde visible. Dans les profondeurs de la terre, où il est accessible aux défunts. Après la destruction de l’Univers que les hommes ne manqueront pas de provoquer (admirable lucidité des Égyptiens !), le Noun sera prêt à reprendre du service pour que se renouvelle le processus de la Création.


Le créateur (le démiurge)


Au sein du Noun est le Démiurge (« Qui ne peut être nommé et ne peut être connu » = Dieu), grâce auquel la vie apparaît spontanément. Il commence par penser. Par sa pensée, il dénombre le Noun… et se crée lui-même. Puis le Démiurge se met à parler et dès lors se dissocie du Noun qui est Océan Primordial. Le Noun n’existe pas encore, ne voit pas ce qui se passe, n’a pas conscience de lui-même ni de ce qui l’entoure. Enfin, le Démiurge raconte au Noun ce qui se passe : c’est le dialogue, qui amène l’éveil du Noun, sa prise de conscience de ce qui est. Dès lors le Démiurge bouge, et c’est le début de la création.

En Égypte, le créateur s’appelle Ptah, Rê ou Amon-Rê, Atoum, Khêpri. Dieu suprême, il perd parfois, au cours des temps sa suprématie. Il est toujours à l’origine de la création, mais n’est pas obligatoirement l’agent actif déterminant de la suite des événements.

Démiurge (qui ne peut être nommé) et Noun sont donc hors de la création : ils en sont les moteurs, mais n’en font pas partie. C’est une prise de conscience qui passe par plusieurs étapes : cristallisation (Démiurge) qui pense (dénombre), puis parle (nomme) puis définit (explique) les différentes parties de ce Noun. C’est un stade de l’avant Big-Bang, bien avant, puisque nous sommes encore hors du Temps et de l’Espace qui n’existent pas encore. C’est la création principielle, totalement métaphysique.


L’œuf cosmogonique


Souvent le chaos ressemble à un œuf : le Ciel et la Terre n’y sont pas séparés ; ils y sont confondus comme sont confondus les principes mâle et femelle. L’œuf est une unité primordiale, la totalité parfaite sans distinction ni différence. Il se suffit à lui-même ; il est lisse et sans couleur ; il est amorphe..

Pour les Égyptiens, l’œuf est sorti du Noun.

Ptah ou Atoum en est le créateur. Il a versé sur lui sa semence et c’est en lui que les Huit (ancêtres des temps antérieurs) sont venus à l’existence.
 Inscription d’époque ptolémaïque 

Symbole du cycle naissance mort-résurrection, le fond sacré de l’œuf est représenté par le principe de l’Un (l’Un comme le principe des choses) et par le Finalité de la Genèse créatrice du monde (Cosmos, Dieu, Hommes). L’Oeuf cosmogonique (qui renferme le monde) ou primordial se révèle donc comme le passage de l’Incréé à la Création.

La séparation des deux parties de l’œuf est aussi la séparation du mâle et de la femelle.
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Le ciel, la terre et les corps célestes


La formation des éléments constitutifs de l’Univers apparaît ensuite comme une œuvre gigantesque de l’énergie vitale qui, par accouplements monstrueux des principes de vie issus du néant, ou par autogenèse, donne naissance à des générations de dieux aux fonctions et aux pouvoirs de plus en plus distincts et harmonieux. Lorsque le démiurge est issu des eaux primordiales par autogenèse, il crée en se divisant lui-même pour donner vie aux éléments dont la forme se fixe peu à peu.

En Égypte, toutes les traditions s’accordent pour affirmer qu’à l’origine le Ciel et la Terre étaient étroitement unis. Dans la mythologie égyptienne, Shou (l’Air), sorti des eaux primordiales, s’est glissé entre Geb (la Terre) et Nout (le Ciel), soulevant celle-ci pour en faire le firmament.

Shou séparant Geb et Nout
Au commencementShou (au centre), le dieu de l’Air, soulève Nout, déesse du Ciel afin de la séparer de Geb, son frère jumeau, dieu de la Terre (presque toujours représenté allongé).

Les jambes et les bras de Nout s’identifient aux piliers qui, selon la conception des égyptiens, soutenaient le ciel à l’Est et à l’Ouest. Le dos de Nout soutient les astres et la course quotidienne du soleil.

Du sperme et de la salive de Rê naîtront les autres éléments : c’est le couple Shou, l’air, et Tefnout, l’humidité, êtres encore mal différenciés, d’où naîtront à leur tour Geb, la terre, et Nout, le ciel. Geb et Nout, étroitement unis à l’origine, sont ensuite séparés par Shou, selon la volonté d’Atoum-Rê : Nout fut élevée haut dans les airs, où son ventre étoilé forme la voûte céleste.

Cependant, si l’apparition des éléments se fait le plus souvent par un travail progressif de différenciation de la matière primordiale, des versions cosmogoniques plus élaborées, celle de Memphis en Égypte, par exemple, font naître les éléments de l’Univers, non des sécrétions d’Atoum-Rê, mais de la parole de Ptah : « Celui qui s’est manifesté comme le cœur, celui qui s’est manifesté comme la langue, sous l’apparence d’Atoum, il est Ptah le très ancien. » Une telle conception de la naissance du monde suppose l’existence d’un principe spirituel qui, symbolisé par le souffle, anime la matière et lui donne forme et vie.


Les dieux civilisateurs [2]


L’harmonie du monde, telle que les récits des origines la relatent, résulte d’un combat permanent entre les forces contradictoires que sont les éléments et contre la dualité inhérente à toute manifestation de la vie. Cette dualité interne à l’être est manifeste dans l’identité paradoxale des dieux, créateurs et dévorateurs comme dans la double personnalité de Rê, dieu solaire qu’on représente aussi en serpent, symbole des couches profondes et mystérieuses de la terre.

Cet avènement du monde n’est, en effet, que le début d’une longue épopée où les dieux, à peine sortis de l’indistinct, s’emploient à conquérir leur existence propre, à l’assurer contre leurs concurrents, frères et descendants, pleins d’énergie et de convoitise, contre leurs propres monstres aussi. La violence et la fougue avec lesquelles les dieux conquièrent le territoire où ils exerceront leur puissance, l’accès à l’ordre dans les cieux, qui est la condition de l’équilibre de l’Univers et de sa pérennité, suscitent des drames célestes à rebondissements. Il en sortira des modèles de civilisation, c’est-à-dire des « programmes » d’existence : selon un système de hiérarchies conquis de haute lutte sur les excès et désordres, par lesquels la vie cherche à s’anéantir dans le néant originel, l’être peut exercer ses facultés et vivre ses légitimes aspirations.

 
 

En Égypte


L’invention de l’écriture date de 3500 av. J.-C. Les inscriptions les plus anciennes de la religion égyptienne, relevées à Memphis sur les colonnes de la pyramide du roi Ounas, datent de 2350 av. J.-C. Réunis sous le titre de Textes des Pyramides, les hiéroglyphes sacrés des monuments funéraires constituent la plus ancienne compilation religieuse au monde.

On distingue quatre principales cosmogonies  héliopolitaine, hermopolitaine, memphite et thébaine, qui se sont assimilées au cours de l’histoire pour constituer la philosophie dont l’influence a été considérable sur la culture grecque en particulier.

C’est sous l’Ancien Empire (2700-2200 av. J-C.) que la théorie de la Création du monde par le verbe de Ptah fut élaborée à Memphis. Entre 2700 et 2400 av. J.-C., la religion s’inscrit dans la vie politique : le roi devient fils de Rê, lieutenant du Créateur et investi d’un pouvoir cosmique. Il est garant de l’inondation, de la fertilité du sol comme de la vie même de tout le peuple. Le couronnement royal manifeste ces qualités et, tous les trente ans, un jubilé renouvelle sa puissance personnelle dont dépend le sort du pays.

D’abord politique, la religion devient métaphysique (fin du deuxième millénaire). Le texte royal des Enseignements met l’accent sur la notion de vérité et de justice, incarnées par Mâat. Ne pas obéir à Mâat, c’est mettre en péril l’ordre du monde, compromettre la régularité des phénomènes météorologiques qui assurent la vie des hommes.

Vers 1340 avant notre ère, à Thèbes, s’est développée une hérésie monothéiste. Le roi Akhénaton fut animé par la conviction que le divin, de caractère unique, ne pouvait se représenter sur Terre. Il était symbolisé par un disque solaire, divinité universelle, sensible à toute l’humanité, et, à ce titre, seule capable de cimenter l’unité du vaste Empire égyptien. Akhénaton proclamait ainsi l’égalité des hommes de toutes races et concevait un véritable humanisme, dont les philosophes grecs se sont inspirés.
 
 


Le serpent du Monde


Les forces colossales mises en œuvre lors de la création de l’Univres sont parfois attribuées à un puissant monstre mythique tel que le serpent du Monde. Dans les anneaux de cet immense reptile qui rampe au fond de l’océan bouillone l’énergie créatrice. D’après un mythe égyptien, c’est sous la forme d’un serpent qu’Amon a fécondé l’œuf primordial.


Naissance des dieux


Le premier dieu à apparaître devra sortir par ses propres forces d’une sorte de somnolence, d’un état latent, pour se constituer, prendre conscience de son existence et se mettre au travail.

Ptah, le dieu créateur, est celui qui donna l’existence au commencement, étant seul, sans nul autre que lui, né de lui-même, qui façonna au commencement, sans père ni mère qui ait créé son corps, seul et unique, qui fit les dieux et créa, mais sans avoir lui-même été créé.
 Titulature de Ptah, tirée du temple d’Edfou, Ostracon du musée du Caire, IIIe-Ier siècle av. J-C. 

L’ennéade (Pésédjet) héliopolitaine a été constituée pour expliquer comment les éléments du Cosmos se sont peu à peu mis en place. La succession des générations divines traduit le fait que le démiurge a suscité le monde à partir de sa propre substance.

En revanche, la cosmogonie née dans la cité d’élection du dieu Thot, à Hermopolis, utilise un autre type de compagnie divine composée de huit membres : l’Ogdoade.


Le peuplement de la terre


Dans la mythologie égyptienne, l’homme ne se fait qu’une fois l’univers mis en place et les dieux venus à l’existence. Sa création semble presque secondaire comparée aux œuvres majeures que sont la formation de l’Univers et la naissance des dieux. La création de l’homme est, en général, un acte accompli délibérément par les dieux et souvent décrit comme une activité humaine familière. Ainsi, bien des divinités africaines façonnent les premiers hommes avec de la glaise, tout comme les potiers.

Une des cosmogonies les plus intéressantes est celle qui décrit comment le dieu Khnoum à tête de bélier façonna l’homme sur son tour de potier. Khnoum avait un culte à Esna et un autre sur l’île d’Éléphantine, à Assouan. Une autre nous conte comment l’homme naît des larmes (remou) que le dieu solaire Atoum verse lorsqu’il retrouve ses enfants, Shou (Air et Lumière) et Tefnout (Humidité), qui avaient disparu.


Le rôle exemplaire des mythes cosmogoniques [3]


Les mythes cosmogoniques servent de modèles à la vie humaine et à tous les actes de création. L’épopée de la Création obéit à des règles qui semblent rapprocher le monde des hommes de celui des dieux. Les combats menés par les dieux sont ceux aussi que mènent les mortels pour la conquête du pouvoir mais aussi de la pérennité de la vie. Les désordres dans le ciel, luttes pour le pouvoir, démesure et châtiments qui compromettent l’harmonie de la Création, se répètent sur la Terre et mettent en scène un Univers dont l’équilibre est menacé en permanence par l’excès et la démesure des forces qui le composent. Celles-ci tendent naturellement à rentrer dans l’indistinct primordial, où règnent le désordre mais aussi les sources de la vie, l’énergie vitale dans laquelle, par exemple, le dieu Rê se replonge chaque nuit en traversant le Noun pour s’y régénérer. L’homme doit imiter les dieux pour s’assurer leur attention bienveillante et reproduire, dans tous les actes de sa vie, les modèles de conduite qu’ils lui proposent. Les récits mythologiques allaient de pair avec les rites, gestes et actes sacrés : l’homme rendait aux dieux un culte qui attirait leur bienveillance et, en reproduisant les gestes et les actes divins, il s’associait lui-même à l’œuvre de création. Cela lui conférait la grandeur et participait de l’aspiration à l’ascension céleste dont témoignent les symboles religieux que sont les tertres primordiaux.



La fin des temps


L’aspiration à la totalité [4]


Le mythe, s’il révèle le culte de l’instant primordial, de l’Être primordial, modèle de toute vie, annonce aussi le rêve de totalité qu’incarne l’origine du monde. La mythologie raconte l’avènement du cosmos puis, sur le modèle de celui-ci, la naissance de la civilisation. Elle exprime aussi le désir du retour aux origines, à l’indistinct, dans lequel réside l’énergie vitale. L’eau, matrice de l’Univers, est le néant originel qui peut anéantir le monde, mais elle est aussi source indispensable de purification et de régénérescence. Par analogie avec cette conception de l’unité totalisante, le dieu créateur est androgyne : il réunit en son être les contraires, signe de sa perfection et de sa plénitude. Atoum-Rê engendre de lui-même le premier couple, Shou et Tefnout, l’air et l’humidité. L’androgynie divine exprime ainsi la réunion des contraires, l’harmonie primordiale à laquelle aspire l’homme. Le mythe de l’androgynie humaine répète ainsi celui de la perfection divine, de même que l’œuf cosmogonique symbolise la vie primordiale. En lui existe le germe qui assure la répétition du cycle vital. Atoum-Rê est né d’un œuf, lequel est associé, dans de nombreuses civilisations, à la renaissance de la végétation et aux cérémonies funéraires. L’œuf promet la renaissance par le retour à la vie primordiale qu’il représente. La forme sphérique de l’œuf, matérialisation de la totalité et de la perfection, l’apparente d’ailleurs à la représentation sphérique de l’androgyne humain.

Les mythes, récits sacrés, ont régi, pendant des millénaires, la conception des origines parmi les peuples dont la civilisation évoluée nous a laissé les textes : histoire sans date, la Création du monde se produit toujours in illo tempore, elle fixe pour toujours la représentation du monde. Les mythes se distinguent des religions monothéistes pour lesquelles la création est en perpétuel devenir, ils proposent un modèle infaillible pour la compréhension des événements créateurs ou destructeurs qui affectent la vie. Mais, histoire répétitive et rituelle, « ainsi ont fait les dieux, ainsi font les hommes », selon une formule religieuse africaine, le mythe de la Création assure aux hommes la certitude du renouvellement permanent de la vie par un retour cyclique aux origines. Le néant de la condition humaine est ainsi consolé par la représentation du néant de l’Univers, ces eaux primordiales dans lesquelles l’Etre primordial, germe de toute vie, demeure comme un gage de résurrection.

En résumé, dans les conceptions cosmogoniques égyptiennes, un jour, le monde reviendra à son moment initial ; il ne restera que l’eau (Noun) comme avant le moment initial. Atoum répondant à une question concernant la durée de vie d’Osiris :
Tu es destinée à une durée de vie de millions d’années. Mais moi, je détruirai tout ce que j’ai crée et ce pays reviendra à l’état de Noun, à l’état de flot comme son premier état.
 Le Livre des Morts 

Pour les Égyptiens dans un temps très éloigné (plusieurs millions d’années) lorsque les hommes auront accompli leur destin sur terre, le Démiurge détruira la Création (que ce soit les hommes mais aussi les dieux), mais ce qui n’a pas été créé ne peut-être détruit donc il restera le non-créé (Noun et le Démiurge se retrouveront et refusionneront). Puis le cycle recommencera. Donc les hommes, vivants ou morts, et les dieux ont une durée de vie limitée.


[1] - [2] - [3] - [4] © SCÉRÉN - CNDP  , Créé en décembre 1996.
Tous droits réservés. Limitation à l’usage non commercial, privé ou scolaire.


En savoir plus
La création du monde

Vous trouverez toute une série d’articles passionnants en vous rendant aux adresses suivantes :
» Culture diff.org - La création du monde : mythes égyptiens et réalité scientifique  
» L’Égypte Ancienne de Toutankharton - Neter et cosmogonies : définitions et présentation  

Notice documentaire

Le sacré et le saint
Le sacré, du latin sacer, désigne ce qui ne peut être touché sans souiller ou sans être souillé. Il a donc le double sens de sacré et de maudit, comme le grec hagios, l’hébreu qadseh et l’arabe haram. Le sacré (caractère de ce qui transcende l’humain) s’oppose au profane comme étant un espace ou une personne inviolable qu’on ne doit pas profaner.

Le saint, du latin sanctus, est probablement issu de la même racine indo-européenne que sacer, sacré. Il désigne ce qui, dans le rite religieux est mis à part, sanctionné positivement, cononisé (dans l’Église catholique).

Ce qui est sacré par nature ou par état devient saint par un acte de consécration : un dieu est sacré, une offrande est consacrée et devient alors sainte.

David Courtin pour Le Monde des Religions n° 22, mars-avril 2007


amorphe
Adjectif (du grec amorphos, sans forme).

1. Qui est ou paraît sans énergie ; mou, inactif.
2. En physique, se dit d’un corps non cristallisé.


syncrétisme
Système philosophique ou religieux qui tend à faire fusionner plusieurs doctrines différentes.

En gros, le syncrétisme vise à concilier ce qui, pour d’autres, n’est pas conciliable et donc produit un amalgame. Au contraire de l’éclectisme qui vise à concilier ce qui est conciliable et donc procède à un tri.


Article(s) complémentaire(s)
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Catégorie / Titre : Un peu de mythologie / Le Mythe de la Création
Date de création : 12/11/2004 - 18:04  -¤-  A été modifié le : 07/11/2008 - 10:42

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Réaction n°1 

par jany le 28/04/2005 - 10:24
Presque toutes les cultures primitives avaient en commun au moins un objet : l’œuf

Tous les peuples de la Mésopotamie à l’Amérique du Nord considéraient l’œuf et son lien étroit avec le mystère de la vie nouvelle.

L’œuf, considéré comme contenant le germe à partir duquel se développera la manifestation, est un symbole universel. La naissance du monde à partir d’un œuf est une idée commune aux Celtes, aux Grecs, aux Égyptiens, aux Phéniciens, aux Cananéens, aux Tibétains, aux Hindous, aux Viennamiens, aux Chinois, aux Japonais, aux populations sibériennes et indonésiennes et à bien d’autres encore. Le processus de manifestation revêt toutefois plusieurs aspects.

L’œuf occupe une place importante dans les mythologies primitives du monde entier et figure notamment dans un grand nombre de récits de la création du monde qui très souvent l’associe à l’œuf. On lui attribuait même des pouvoirs magiques. Pour l’homme primitif l’œuf représentait le renouveau et la vie.

Ce symbolisme liant l’œuf à la genèse du monde mérite d’être précisé. L’œuf est une réalité primordiale, qui contient en germe la multiplicité des êtres. Pour les Égyptiens, sous l’action d’un démiurge émergea du Noun, personnification de l’océan primordial , une butte, sur laquelle un œuf éclora. De cet œuf un Dieu jaillira, qui organisera le chaos en donnant naissance aux êtres différenciés. Le Dieu Khnoum issu de cet océan et de l’œuf primordial fabriquera à son tout, à la façon d’un potier, les œufs ou embryons ou germes de vie.

L’œuf procréateur venu des fonds des eaux pour engendrer la terre ferme se retrouve dans bon nombre de mythologies, en Chine, en Amérique du Nord, au Pérou, en Égypte, en Finlande, en Inde, etc.

Dans la structure de toutes ces cosmogonies l’œuf succède en général au chaos, comme un premier principe d’organisation.


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Décorés de motifs miniatures, les œufs font tout pour se faire remarquer.

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