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La religion égyptienne - Mythes/Rites et Croyances

En introduction » La religion égyptienne


Au ciel, on vit ; sur terre on existe.
 Textes des Pyramides 

Notre besoin de vérités premières résidant au-delà de notre pouvoir de compréhension s’exprime dans de nombreux mythes et religions qui se sont développés au cours des temps. Le résultat de cette quête constitue le réseau complexe de mythes, de légendes et de religions dont nous avons hérité - depuis l’aninisme jusqu’à la multiciplité des croyances d’aujourd’hui, en passant par le panthéon des dieux égyptiens et ceux presque humains de la Grèce antique.

La mythologie égyptienne, c’est l’ensemble des croyances constituant la religion de l’Égypte dans l’Antiquité, pratiquée depuis le IVe millénaire avant notre ère et jusqu’au IVe ou le Ve siècle de notre ère.

Les croyances religieuses de l’Égypte ancienne, qui perdurèrent avec une remarquable stabilité pendant plus de trois millénaires, exercèrent une influence déterminante sur le développement de la culture et de la civilisation de ce pays. En effet, les dieux et l’au-delà étaient une préoccupation de premier plan pour les Égyptiens, et se trouvaient au centre de tous les aspects de leur existence. Le temple était le monument le plus important des cités égyptiennes, et le pouvoir des prêtres fut, à certaines époques, immense, au point de menacer celui du pharaon.

Les Égyptiens de l’Antiquité ont cherché à interpréter tous les phénomènes qu’ils pouvaient observer par le prisme de leur croyance séculaire. La notion la plus importante pour eux est celle de cycle :
  • le cycle de la nuit avec le soleil renaissant chaque matin ;
  • le cycle des années avec l'inondation annuelle qui pouvait être source de joie comme de peine (en cas de trop faible ou trop forte crue) ;
  • le cycle de la vie avec les naissances qui succèdent aux morts (bien que les Égyptiens ne croyaient pas en la réincarnation terrestre comme présenté par le bouddhisme).


L’Égypte est un pays étrange où le merveilleux n’est jamais très loin, signe d’une présence et d’une action continues des dieux.
 Diodore de Sicile, Bibliothèque historique (livre I) 

La Triade osirienne d’Osorkon II, exposée au Musée du Louvre
La triade d’Osorkon II - Musée du Louvre, Parisbouton+.gif Osorkon vous en dit plus…


La notion de dieu dans l’Égypte ancienne


Les dieux égyptiens fascinent. Des siècles après que leur culte a été abandonné, Rê, Isis, Osiris ou Horus sont toujours connus. Mais a-t-on pour autant une idée claire de ce qu’était vraiment un dieu pour les sujets de Pharaon ?


Étymologie


n.m. Le mot dieu vient du latin deus, lui même issu de la racine indo-européenne dei wo, lumière du ciel, du jour, de la base « dei- », luire, briller. C'est la plus ancienne dénomination indoeuropéenne de la divinité qui se retrouve dans le nom du dieu grec Zeus dont le génitif est Deos ("Theos" en grec). De la même racine est issu la désignation de la lumière du jour (diurne "die" en latin). D'abord Deo et Deus (842), lié aux mots dies (jour), et divum (ciel ouvert), puis Deu et Dieu (XIe et XIIe siècles) ; il est également apparenté au sanskrit div et diu, (ciel, jour et luminosité). le mot est attesté dès le tout premier texte français.

La conception exacte d’un dieu varie avec les multiples religions. De plus, on distingue couramment Dieu (avec une majuscule) de : un dieu ou les dieux.

Avec une majuscule, “Dieu” désigne généralement un « être suprême » ou ultime, l’individuation personnelle ou impersonnelle du principe de l’univers, c’est-à-dire sa raison « première » en tant qu’essence primordiale - Dieu est alors souvent considéré comme le démiurge ou créateur de toutes choses, auveur du monde, et sa raison « dernière » en tant que finalité et sens de la vie, dans les religions monothéistes.

Avec une minuscule, dans les religions polythéistes, dieux, déesses, divinités, déités, et dévas désignent des êtres supérieurs, des puissances ou entités surnaturelles douées d’une longévité et de pouvoirs supérieurs à ceux des humains, dont l’existence est conçue par un certain nombre de personnes qui leur rendent en général un culte dont ils attendent un effet positif. La croyance aux dieux est répandue dans toutes les cultures depuis l’antiquité, mais avec de très grandes variations dans son expression. Les dieux constituent les personnages centraux des systèmes religieux, bien qu’il y ait des exceptions comme le bouddhisme, le jaïnisme, la scientologie et le mouvement raëlien, et comptent parmi les héros des mythologies.


Généralités

Adaptation de l’ouvrage collectif, Passion de l’Égypte, Collection de fiches - Éditions Atlas, 1997

Qu’est-ce qu’un dieu dans l’esprit des anciens Égyptiens ? Le problème est ardu pour les Occidentaux, dont la référence en la matière demeure le Dieu unique des religions monothéistes révélées. La notion de « dieu » est en effet forcément différente dans les sociétés polythéistes. Aussi les égyptologues se sont-ils penchés sur la question dès la naissance de leur discipline.


Le signe « neter », nether ou netjer hiéroglyphe neter 


Les premières recherches se sont évidemment concentrées sur le mot égyptien signifiant « dieu ». Si dans la langue égyptienne il n’existe pas de terme équivalant à notre « religion », elle en possède en revanche un pour désigner les puissances supérieures : neter et ses correspondants féminin, neteret, et pluriel, neterou. C’est de là que dérive le terme utilisé en copte pour désigner le dieu de la Bible (noute). Dans le décret trilingue de la pierre de Rosette, netjer est encore l’équivalent du grec theos. Le mot égyptien est noté à l’aide d’un curieux hiéroglyphe (voir ci-dessus).

Bas-relief représentant le pylône et la d’entrée d’un temple
Pylône et porte d’entrée d’un templePour certains, le signe neter ne va pas sans évoquer les mâts dressés à l’entrée des temples, comme ici à Karnak.
Crédit photographique : © Éditions Atlas, AKG/W Forman

Étant donné la nature figurative de l’écriture égyptienne, les premiers chercheurs se sont attachés à découvrir ce que représentait ce signe. Ce signe ressemble à un bâton en forme de hache enveloppée d’un tissu ou d’une peau (peut-être d’un fétiche archaïque, d’un sceptre) ; il figure peut-être un mât entouré de bandelettes et terminé à son extrémité supérieure par une banderole. L’image rappelle dans une certaine mesure les mâts qui se dressaient à l’entrée des temples, devant les pylônes. Un texte, le papyrus des Signes, provenant de Tanis (Djânet ou Per Ouaset) dans le Delta et daté du Ier siècle après J.-C, ouvre cependant une piste différente. Selon la description consignée par les prêtres, l’objet figuré par le signe hiéroglyphique représenterait « celui qui est enterré ». Le hiéroglyphe du mot « dieu » serait ainsi comparé à un défunt enveloppé dans ses bandelettes. À côté de cette enquête iconographique, l’ étymologie  ne donne que de bien piètres résultats. Aucune hypothèse quant au sens originel du mot netjer ne s’est révélée en effet satisfaisante. On a entre autres évoqué un lien possible avec une racine signifiant « renouveler, rajeunir » ou proposé la traduction « celui du peuplier » (tjer).

Fragment de bas-relief peint montrant des étoiles et un vautour fauve
Signes de divinitéLes trois signes généraux (bâton enveloppé de bandelettes, faucon sur un pavois et forme anthropomorphique avec barbe postiche) pour « dieu » sont très anciens, et seul le dernier ne remonte qu’à l’Ancien Empire. Il exixte en outre de nombreuses variantes faisant allusion à des divinités précises, etc. Les dieux apparaissent donc dans l’écriture sous forme humaine, animale et fétiche. Il existe enfin le signe de l’étoile, qui désigne aussi la sphère du divin, mais il s’agit là d’une identification tardive.
© Éditions Atlas - Photo  AKG/W. Forman

Le déterminatif du mot est soit un faucon dressé sur un pavois, soit souvent aussi, depuis le Nouvel Empire, une figure accroupie portant la barbe divine. Le terme « dieu » est aussi utilisé occasionnellement dans un sens général, sans qu’on se réfère pour autant à une notion de monothéisme. Titre abstrait, netjer peut toujours être attribué à toute divinité concrète. Dans les mains, les dieux tiennent le signe ankh (vie) et souvent également le sceptre ouas (puissance), symboles de la force vitale des dieux. Les attributs spécifiques relatifs à l’activité ou à la nature du dieu sont portés sur la tête ou tenant lieu de tête. Les couronnes divines par contre n’appartiennent pas à une divinité bien précise ; elles sont interchangeables et peuvent même être combinées. À partir de la 19e dynastie, les couronnes composites ont des formes de plus en plus compliquées ; elles contiennent une quantité d’allusions et de citations indiquant simplement les multiples activités et capacités de la divinité concernée. De même, les épithètes divines augmentent en nombre. Non seulement, elles servent aux louanges hymniques, mais elles disposent d’une réelle efficacité.
autrePage.gif Voir aussi Monothéisme


Qui est « neter » ?


Une voie de recherche beaucoup plus fructueuse consiste à définir les champs d’application du terme. Le mot neter a en effet un vaste éventail d’utilisations. Il désigne aussi bien les principaux dieux du panthéon égyptien que toute une série d’entités que nous classerions plutôt sous l’étiquette de démons, ou encore les morts privilégiés, le roi et même certains animaux et objets. Quel est l’élément commun à tous ces êtres ? Pour Dimitri Meeks, egyptologue au CNRS, aucun doute n’est possible : il s’agit du rite. L’individu n’est pas un dieu mais peut éventuellement le devenir après la mort, à condition de bénéficier des rites funéraires de renaissance appropriés. Le roi n’est pas non plus dieu par nature, mais il en acquiert les attributs grâce aux cérémonies de couronnement et d’intronisation. Les dieux et les démons sont bien les destinataires des rites accomplis dans les temples et les chapelles. Enfin, c’est encore par le rite que certains animaux accèdent au rang de divinités. Ainsi les taureaux Apis, Mnévis ou Boukhis ne deviennent des incarnations divines qu’après les rites d’intronisation. Est donc neter tout ce qui a été élevé à ce statut par le rite et qui continue à l’être par la pratique d’un culte régulier. De même, c’est grâce à des rites de purification que le magicien peut endosser, le temps de la cure, une identité divine qui lui permettra de chasser le mal dont souffre le patient.


Théories formulées en Égypte ancienne [1]


Selon Isha Schwaller de Lubiz, on entend par Neter, l’expression des qualités et fonctions de la Puissance divine. Leur hiérarchie ne peut être définie que par le caractère plus ou moins spirituel ou matériel, universel ou particulier, absolu ou relatif, de la Puissance ou de la fonction considérée. Or cette évaluation étant nécessairement infirmée par l’incompétence de l’intelligence humaine devant un tel sujet, les Sages égyptiens se sont gardés de commettre cette erreur. Ils ont développé les diverses fonctions de chaque neter à travers les multiples épisodes du mythe, de sorte qu’on ne puisse pas définir un neter par une formule exclusive, mais qu’on puisse évoquer son rôle dans les genèses, son mode d’action dans les phénomènes terrestres et sa relation avec « les trois mondes »  : Céleste, Intermédiaire et Terrestre.

Au nom de chaque neter correspond une représentation symbolique, un ou des temples, un des quatre éléments (Air-Eau-Terre-Feu) ou certains de ces éléments combinés entre eux, une couleur spécifique et un principe.
 --> voir aussi : Le Livre des Dieux (fiche détaillée - lien en pied de page)



Des dieux à l’image des hommes

Ouvrage collectif, Passion de l’Égypte, Collection de fiches - Éditions Atlas, 1997

Le monde invisible des dieux est la réplique du monde terrestre. Par l’intermédiaire de Pharaon, leur héritier et leur représentant sur terre, les divinités garantissent l’harmonie universelle. C’est la vie, et non la mort, qui est l’ultime raison de la religion égyptienne. Ainsi Osiris, le « prédécesseur », ressuscité par les œuvres d’Isis et d’Anubis, est l’exemple même de l’éternel recommencement de toute chose.

Peinture murale représentant les dieus Osiris et Atoum
Osiris (à gauche et Atoum, dieu d’Héliopolis et soleil du soir
Tombe de Néfertari, épouse de Ramsès II - Thèbes-Ouest
Crédit photograpique : © Éditions Atlas - Giraudon

Dès les origines, les Égyptiens, à la manière des hindous, ont le sentiment d’une unité divine et cosmique dominée par le « Grand Dieu », qu’il soit appelé Atoum-le créateur, Ré ou Amon, le dieu solaire. Cette divinité se manifeste sous différents aspects. Le dieu est la personnification de la vie, de l’énergie universelle, et, comme elle, il est multiforme. Dans un monde où l’on redoute plus que tout que le chaos ne bouleverse l’ordre universel, l’action divine joue le rôle de garde-fou suprême. Sa mission est de sauvegarder la vie et la suprématie des forces du bien, de veiller à maintenir l’équilibre originel - celui du cosmos, de la nature et de l’humanité.

Dans ses pratiques et ses traditions, le peuple de Pharaon reproduit à l’infini les représentations du Dieu omniprésent. Considéré comme « l’un » et le « multiple », il est adoré sous des aspects différentes selon les villes et les régions. Ainsi, Horus peut se présenter sous une forme jeune et une forme achevée. Jeune, il personnifie l’enfant et apparaît comme autant d’incarnations des fonctions attribuées au fils d’Osiris. Adulte, il est l’image de la divinité solaire à son apogée, tel l’astre du jour à son zénith. Horus l’Ancien est le principal représentant des aspects solaires du dieu. Il est alors considéré comme le cinquième fils de Geb et de Nout, mis au monde pendant les jours épagomènes.

Toutes les divinités, locales ou majeures, des villages ou des grandes villes, émanent de ce pouvoir suprême, dont elles descendent par le biais d’un ensemble de généalogies.

Peinture murale représentant le dieu Horus sur sa barque, en compagnie de l’ibis, incarnation du dieu Thot.
Crédit photograpique : © Éditions Atlas - Giraudon
 --> voir aussi : Mythes : de la création | osirien | solaire (fiche détaillée - lien en pied de page)

Bonne récolte, mauvaise santé, crue du Nil… toujours les dieux


Les dieux de l’Égypte interfèrent sur tous les événements naturels et font partie du quotidien des hommes. Les divinités sont responsables de la bénéfique crue du Nil, des bonnes ou des mauvaises récoltes, des maladies ou des fléaux les plus divers. C’est grâce à leur intervention que le Soleil et la Lune tournent sur leur orbite, que le cycle des saisons se répète immuablement. Tous les dieux font partie de la nature et sont profondément ancrés dans leurs terroirs. Ils en sont les seigneurs familièrement honorés. Ce système d’adoration simple et populaire permet à chaque Égyptien de se rendre au sanctuaire le plus proche et de s’adresser en toute intimité à son dieu local, tout en sachant qu’il procède d’une même unité du divin. Le caractère essentiellement local de la religion égyptienne permet au pharaon de faire le lien entre les mondes divin et terrestre. Puisque fils de , le créateur, il est le représentant et l’ambassadeur des dieux parmi les hommes. Par cette indispensable filiation, il asseoit son pouvoir et son autorité. Au fil des temps anciens, tous les rois conquérants de l’Égypte, romains, éthiopiens, libyens, perses, macédoniens ou grecs, se sont pliés à cette règle, comprenant que pour être reconnus ils devaient sacrifier à la tradition en se faisant introniser comme Pharaon, souverain d’essence divine. Les dieux de l’Égypte ancienne apparaissent sous une forme mixte, personnages à têtes d’animaux ou animaux à tête humaine. Les images des dieux sont chargées d’énergie vitale. Par leur intermédiaire, les Égyptiens invitent les divinités à demeurer dans les lieux - maisons, temples ou tombeaux - et à les protéger. La forme humaine des dieux les rend accessibles, plus proches des hommes et plus ouverts à leurs préoccupations quotidiennes. Leur apparence animale est la métaphore de leur fonction. Ainsi, le dieu Khoum à tête de bélier est la virilité domestiquée. Apis le taureau illustre l’agressivité et symbolise l’existence qui se prolonge et se renouvelle. Sobek le crocodile évoque les dangers et la fécondité du fleuve.



Un peu d’histoire


L’origine de la religion égyptienne remonte au néolithique, une période s’étalant environ de 9000 à 3300 avant notre ère. Lors de la réunion de l’Égypte, en -3100, entre Basse et Haute-Égypte, le nouveau royaume en fait une synthèse reprenant les divinités dans diverses régions, cités… Voilà qui explique pourquoi les animaux sont tant représentés dans la religion égyptienne : elle est comme une reprise des croyances animistes (culte des ancêtres) et totémiques des tribus de la préhistoire.

La place qu’occupe la religion chez les égyptiens est essentielle ; le religieux est indissociable de tous les aspects de la civilisation égyptienne. Ainsi, le pouvoir royal est un attribut du créateur du monde, le dieu soleil Rê, pouvoir transmis par héritage. D’essence divine, ce pouvoir est donc absolu et fait de pharaon l’acteur unique de l’histoire conçue comme un combat perpétuel pour la sauvegarde de l’ordre idéal du monde et de la société. Bâtir, par exemple, est pour le souverain un moyen de combattre les forces du chaos.

Un des traits caractéristiques de la religion égyptienne est son aspect local. Il y a autant de dieux que de provinces, appelées aussi Nomes. On pourrait donc dire qu’il existait 42 dieux principaux auxquels il faut associer une épouse et un dieu enfant. Soit cent vingt six divinités pour l’ensemble de l’Égypte, auxquelles on peut ajouter des divinités qui ne sont pas adorées dans la capitale de la province.

Cependant, ce polythéisme peut être corrigé par le fait qu’un même dieu est parfois adoré dans des provinces différentes, même s’il se distingue par un nom et un aspect différent.

Les luttes pour l’unification de l’Égypte ont modifié la répartition. Le dieu d’un Nome vainqueur peut s’imposer comme divinité principale. De plus, il existait une sorte de principe unificateur. En effet, toutes les conceptions philosophiques et religieuses reposent sur la déesse Maât, (représentée matériellement par une femme coiffée d’une plume d’autruche). Cette déesse, est le symbole de l’ordre universel. Cet ordre est précaire, menacé en permanence par les forces du chaos ; Ne pas obéir à Maât, ne pas suivre la tradition qu’elle représente, c’est mettre en danger l’équilibre du monde. C’est aussi remette en question la régularité des phénomènes qui assurent la vie de l’Égypte : lever et coucher du soleil, retour périodique des crues du Nil (iterou). Pour que cette harmonie soit maintenue, il est obligatoire que les hommes ainsi que Pharaon respectent les traditions, la religion contribue ainsi à la permanence d’une société et de ses institutions.

Bas-relief peint figurant Ramsès III faisant l’offrande d’une image de Maât à Osiris
Ramsès III offre une image de la déesse Maât à OsirisL’offrande de Maât affirme la responsabilité royale dans l’établissement et le maintien de l’ordre divin.

Tombe de Ramsès III (KV 11), XXe dynastie
Crédit photographique : © La Vallée des rois,
K. Weeks, p. 232.

La foi des Égyptiens avait pour fondement un ensemble de mythes (voir entre autres les Textes des Pyramides de l’Ancien Empire où sont formulés les aspects religieux du pouvoir pharaonique) mettant en scène d’innombrables divinités. Il semble cependant que l’humanisation générale, l’anthropomorphisme des représentations correspond en profondeur à une force divine, indéterminée, abstraite équivalente au mot égyptien « Neter ». Malgré ce polythéisme, malgré l’étonnante multiplicité de leurs dieux anthropomorphes, la capacité des Égyptiens à saisir le divin comme principe, dans son abstraction et son unicité, a fait dire que leur polythéisme apparent cachait en réalité une conception monothéiste de la divinité.
autrePage.gif Voir aussi Polythéisme | Monothéisme


Espérance et résurrection


Les mythes et la religion


Depuis des temps immémoriaux, les peuples du monde se transmettent des mythes, récits à la fois fabuleux et familiers. Parfois, ces histoires ont servi de fondement à des religions qui, comme le shintoïsme ou l’hindouisme, les ont conservées jusqu’à nos jours. D’autres appartiennent à des civilisations disparues de l’Antiquité, comme celles de l’Égypte ou de l’Empire romain.

Dans l’Égypte de l’antiquité, le Nil transformait déjà ses rives en oasis fertiles. Il était centre du monde. Le cours du fleuve qui donnait la vie à l’Égypte était conçu comme une sorte d’épine dorsale de la terre. Les pays placés au-delà de la vallée du Nil étaient qualifiés de « pays des montagnes ». On estimait que le fleuve naissait du grand océan qui entourait la terre « Noun ». Les Égyptiens appelaient le Nil iouama, c’est à dire « mer ». Il délimitait deux royaumes, la Basse-Égypte, autour de son delta, et la Haute-Égypte, vers sa source. Les grandes villes, Héliopolis (Per-Rê), Memphis (Men-nefer), Hermopolis Magna (Khemenou) ou Thèbes (Ouaset) avaient chacune leurs dieux et d’autres avaient été adoptés. Les pierres gravées, les peintures, les papyrus, les récits des voyageurs grecs nous ont transmis leurs histoires. Cela a donné des milliers de noms, des temples, des histoires à n’en plus finir. Voici les premières, elles parlent du début, de la création du monde. Peut-être les racontait-on déjà, sans les écrire, bien longtemps avant le premier hiéroglyphe, 3000 ans avant Jésus-Christ.


Thèmes éternels


Création du monde, naissance de l’homme, combats des dieux… et quête héroïque font partie des thèmes communs au monde entier. Patrimoine vivant, les mythes se rangent parmi les plus belles histoires jamais racontées.

À l’origine du monde : une sorte de chaos liquide, un océan créé par un dieu (Atoum, Rê ou Ptah) qui fit le monde bon mais non dépourvu de forces mauvaises qu’il faut combattre ; Maât, déesse coiffée d’une plume d’autruche, incarne l’ordre social et l’harmonie cosmique : elle conduit l’univers sur le bon chemin, guide la barque du soleil, inspire le comportement du roi et de chacun.

Le mythe d’Osiris signifie que tout recommence : il honore la vie, but ultime des croyances égyptiennes (et non la mort comme on pourrait penser quand il ne reste presque que des tombes de 3000 ans d’histoire). Les Égyptiens pensent alors que la vie renaît après la mort : la momification des rois, rite élargi à de plus en plus de personnes au Moyen Empire, est liée à la préservation des corps, pour faire de chacun un “Osiris”. Sur ce mythe se basent aussi l’idée de pharaon-dieu, descendant d’Horus et celle de la continuité du pouvoir.


Une mythologie complexe


Le ciment de l’Égypte ancienne est la religion. Hérodote l’a bien compris en présentant les Égyptiens comme étant « les plus religieux de tous les hommes ». Autrement dit, qu’ils avaient le sens du caractère miraculeux de la création, de la victoire de l’ordre sur le désordre, du cosmos sur le Chaos. “Chaos” qu’ils nommaient soit Noun (océan primordial de tous les possibles), soit aussi Apopis (ou Apophis, gigantestque Serpent céleste), représentant une de ses manifestations.

En effet, Apopis est l’ennemi de Rê (le dieu-soleil, créateur du monde), tout comme Noun qui menace sans cesse Maât, représentante de la Vérité-Justice et surtout l’Ordre (ordre cosmique, ordre politique et ordre social). Tout doit se passer de façon à préserver le cosmos en l’état contre l’invasion toujours possible du Chaos. D’où l’importance des rites - qui impliquent la collaboration nécessaire des hommes - visant à « exorciser » le Chaos, comme la pierre des temples et des statues brave l’usure de la chair et du temps, alors que les maisons d’habitation sont en brique crue.

Au-delà de ces dieux à la fois étranges et familiers, à corps humain et à tête d’animal, la mythologie égyptienne est un monde mouvant, complexe, à maints égards insaisissable, dont il convient de s’imprégner à la fois par les sens et par la pensée.


Pharaon et les dieux


La clé de la prospérité de l’ancienne Égypte réside dans la relation entre le pharaon et les dieux. Le pharaon est un monarque absolu qui, selon la croyance, détient son pouvoir des dieux et établit le lien entre ces derniers et le monde des humains. En tant que médiateur, il joue un rôle essentiel dans le maintient de l’ordre divin qui protège l’univers.

Le pharaon a pour devoir de construire des temples et de s’assurer que des offrandes sont faites aux divinités qui y résident. En échange, les dieux accordent des faveurs au peuple égyptien, par exemple des victoires militaires, des récoltes abondantes ou la guérision de certaines maladies.


Les prêtres et le clergé


Ni maîtres sprituels, ni prophètes, les prêtres de l’ancienne Égypte sont essentiellement chargés de préserver la présence divine sur terre.

Le fait religieux étant la composante essentielle de la civilisation égyptienne, on comprendra que la multitude des cultes rendus au nom du roi nécessite une armée de serviteurs. Mais se préambule fixe déjà l’essentiel de leurs fonctions, restreintes au seul service des dieux : les prêtres égyptiens jouent en effet, à la différence de nos religieux actuels, un rôle social et spirituel assez limité.

Un rôle restreint

Les grands prêtres, à l’origine, ne sont que les représentants du roi dans les grands temples officiels érigés à travers le pays et qui jouent un rôle prépondérant dans la structure de la civilisation égyptienne.

Les fonctions des membres du clergé

Différentes classes sacerdotales officient en Égypte. À leur tête, un puissant personnage de l’État : le grand prêtre, souvent choisi par le roi, et dont la nomination est confirmée par un oracle du dieu. Autour de lui, la classe des « serviteurs du dieu » qui peut elle aussi « ouvrir les portes du ciel », c’est-à-dire voir la statue divine lors du culte quotidien. Enfin, loin de cette caste privilégié, l’immense cohorte des membres du bas clergé et des auxiliaires. Certains prêtres revêtent des fonctions spécialisées :
  • le stoliste s’occupe de la statue divine : toilette, onction, parure ;
  • l’hiérogrammate, détenteur de la science sacrée ;
  • le prêtre-lecteur, scribe du livre divin ;
  • le prêtre-horaires, astronome, fixe jour et nuit le moment précis où doit se dérouler le culte ;
  • l’horoscope connaît le calendrier des jours fastes et néfastes de l’année ;
  • les chanteurs et les musiciennes accompagnent à la harpe et chantent pendant l’office.

Enfin, les femmes jouent un rôle non négligeable dans le culte : on connaît des prêtresses de déesses et même des dieux. Fonction qui culminera à Thèbes avec la « divine adoratrice » d’Amon, épouse terrestre du dieu.

hiéroglyphes

Un vaste panthéon


À l’origine, les mythes égyptiens mettent en scène des divinités locales qui s’incarnent dans des animaux. Les bêtes traduisent l’aspect le plus important de leur personnalité. Sekhmet, par exemple, prend la forme d’une lionne qui symbolise sa force. Quand une région ou une ville gagnent en importance, leurs divinités sont également promues et elles exercent une plus grande influence.

Le Panthéon égyptien recèle donc un grand nombre de dieux et de déesses, et chacun d’entre eux peut prendre différentes formes ou « aspects ». Les mythes à leur sujet en disent long sur la manière dont les Égyptiens perçoivent le monde divin.
 --> voir aussi : Le panthéon égyptien | Le livre des Dieux (fiches détaillées - lien en pied de page)


Croyances funéraires


Les Égyptiens croient à la survie dans l’Au-Delà. Le corps des défunts reste sous terre tandis que leur âme rejoint les étoiles. La voûte céleste est située au-dessus, mais aussi au-dessous, de la terre. Elle forme une double sphère que le soleil parcourt en vingt-quatre heures.

Après sa mort, le pharaon devient un “Osiris”, « dieu grand » gardien du royaume d’outre-tombe.
 --> voir aussi : Le Mythe solaire (fiche détaillée - lien en pied de page)



Rites et cultes


La religion égyptienne est de type polythéiste mais est, en même temps, une monolâtrie : chaque nome et chaque ville possédaient en effet leur propre divinité tutélaire, à laquelle ils rendaient un culte particulier.

Les croyances animistes primitives sont sans doute à l’origine de la religion égyptienne : les divinités égyptiennes n’ont en effet aucune personnalité mythologique précise comme en ont les divinités grecques, mais ce sont plutôt des incarnations de phénomènes observables dans l’univers, auxquels les Égyptiens attribuaient une puissance divine. Aussi vénéraient-ils un dieu du soleil levant (Horus) et un dieu du soleil couchant (Atoum), une déesse des moissons (Isis), une déesse de la maternité (Hathor), etc.

Le culte d’Osiris s’impose dans toute l’Égypte : il intervient à chaque menace de rupture (liée aux crues du Nil, à la germination du blé… aux guerres). Et tout est re-création : chaque jour que le soleil se lève, chaque année où se font les moissons, chaque saison de crue et décrue… L’invisible imprègne tous les moments et tous les lieux, au travers de multiples divinités (autant de signes ou symboles qu’elles représentent) : celles-ci auront des formes humaines ou animales, plus accessibles, de façon à pouvoir agir sur les choses au travers des signes représentés. Des temples (microcosme dont les différents éléments résument le monde) seront bâtis pour elles et des tombes pour les pharaons, dieux parmi les dieux, mais aussi rois parmi les hommes et intermédiaires entre les dieux (dont il demeure dans une certaine mesure le serviteur) et les hommes.

Cela fait que la religion égyptienne apparaît comme un ensemble extrêmement complexe et contradictoire.

Politique et religion étaient indissolublement liées : le pharaon était également le grand prêtre. C’est à lui que revenait le droit de célébrer les rites : les prêtres qui administraient les sanctuaires dans les provinces officiaient en son nom. Pour affirmer son pouvoir, le pharaon n’hésita pas à imposer des divinités d’État : Osiris, Horus, Ptah et Amon étaient considérés comme les dieux tutélaires du monarque. Outre le culte funéraire (ou culte des morts), le souverain bénéficiait également d’un culte divin.

La religiosité populaire était en revanche plus semblable à la superstition : la croyance était que les démons et les puissances magiques se nichaient un peu partout mais qu’il était possible de les manipuler par le biais d’amulettes et de prières.

À lire également : La religion égyptienne par Françoise Dunand, pour Clio.fr

La religion est un domaine d’étude en pleine mutation. Les spécialistes aident le profane à entrer dans ce monde déroutant et à comprendre la « multiplicité des approches » propre à la mentalité égyptienne. Ainsi dans la mythologie, les dieux se transforment et s’associent, s’empruntent leurs traits physiques et leurs pouvoirs divins, sans jamais perdre leur identité ni leur cohérence. Les conceptions théologiques se confrontent et s’enrichissent les unes des autres. Dans ce domaine, les études comparatives avec d’autres systèmes de pensée sont d’un apport précieux, auquel on a de plus en plus recours.


Notice documentaire

étymologie
n.f. du grec etumos, vrai et lofos, science. 1. Étude scientifique de l’origine des mots. 2. Origine ou filiation d’un mot.


Panthéon
n.m. (du grec pan, tout et theos, dieu)

1. Ensemble des dieux d’une religion.
2. Temple que les Grecs et les Romains consacraient à tous leurs dieux.
3. Monument où sont déposés les corps des hommes illustres d’une nation. Le Panthéon de Paris.
4. fig. Ensemble de personnes qui se sont illustrées dans un domaine. Le panthéon littéraire.


monolâtrie (ou monolâtrisme)
À la différence du monothéisme, la monolâtrie reconnaît l’existence d’autres dieux, ressortissant à divers cultes, mais sans pour autant les vénérer. Seul un dieu, celui dont les monolâtres reconnaissent le culte, est considéré comme digne de vénération.



puceAnkh.gifSources bibliographiques et iconographiques, pour toute cette section
- Vladimir Grigorieff, Mythologies du monde entier, Marabout Université, Alleur (Belgique) 1987
- Philip Wilkinson, Mythologies, Personnages & légendes du monde entier, Sélection du Reader’s Digest, Paris 1999
- Je ne sais plus, Marabout, ?
- Ouvrage collectif, Passion de l’Égypte, Collection de fiches - Éditions Atlas, 1997
- Fernand Comte, Les grandes figures des mythologies, Les compacts-Bordas S.A., Paris 1988
- Isabelle Franco, Nouveau dictionnaire de mythologie égyptienne, Pygmalion - Gérard Watelet, Paris 1999
- Georges Posener, Dictionnaire de la civilisation égyptienne, Fernand Hazan, Paris 1988
- Lucia Gahlin, L’Égypte - Dieux, myhtes et religion, EDDL, Paris 2001
- Edmund Dondelinger (commentaires), Le Livre sacré de l’ancienne Égypte - Papyrus d’Ani, Philippe Lebaud Éditeur, 1991
- François-Xavier Héry et Thierry Enel, Animaux du Nil, Animaux de Dieu, Éditions Édisud, Aix-en-Provence 1993
- Vivre à l’époque... des pharaons, Times-Life, Amsterdam 1997
- Petit Larousse illustré, LAROUSSE / VUEF, éd. 2003
- Nadine Guilhou et Janice Peyré, La mythologie égyptienne, Marabout (Hachette Livre), 2006
- Aude Gros de Beler, La mythologie égyptienne, Éditions Molière (collection Splendeurs), Paris 1998
- Florence Maruéjol, L’Égyptienne ancienne pour les nuls, Éditions Générales First, Paris 2006
- Isha Schwaller de Lubiz, Herbak “Pois chiche”, Visage vivant de l’ancienne Égypte, Éditions du Rocher, Paris 1993
- Collectif, Mondes disparus, civilisations retrouvées, Sélection du Reader’s Digest, Paris 1991
- Ouvrage collectif, L’Égypte, sur les traces de la civilisation pharaonique, Könemann, Cologne
- Quentin Ludwig, Comprendre l’Égypte ancienne, Éditions Eyrolles, Paris 2007
- Charles Freeman, L’héritage de l’ancienne Égypte, Celiv, Paris 1997
- Albert Champdor, Le Livre des Morts (papyrus du British Museum), Éditions Albin Michel, Paris 1963
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- Evelyn Rossiter, Le livre des morts des anciens égyptiens - Papyrus d’Ani, Hunefer, Anhaï, Minerva, Genève-Paris 1989
- Johann Fletcher, Le Livre de la Sagesse égyptienne, Éditions Gründ, Paris 2002
- Martina Kétoura, Guérisons Magiques dans l’ancienne Égypte, Axiome Éditions, Boulogne 2004
- Le Monde des religions, Les religions de l’Égypte ancienne, 20 clés pour comprendre, Hors série n°1
- Claire Lalouette, Textes sacrés et profanes de l’Égypte ancienne II - Mythes, contes et poésies, Connaissance de l’Orient
collection UNESCO d’œuvres représentatives, Éditions Gallimard, 2003

[1] Isha Schwaller de Lubiz, Herbak “Pois chiche”, Visage vivant de l’ancienne Égypte ; appendice documentaire, p.397-402, Éditions du Rocher, Paris 1993

Site(s) Web
- Wikipedia, l’encyclopédie libre - http://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:Egyptopedia  




Article(s) complémentaire(s)
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Catégorie / Titre : Un peu de mythologie / En introduction
Date de création : 12/11/2004 - 14:10  -¤-  A été modifié le : 06/12/2008 - 09:50

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