 La religion égyptienne - Mythes/Rites et Croyances
Le Mythe solaire ou du cycle du jour
Il est des mythes et des légendes qui se retrouvent dans un grand nombre de civilisations. En ce qui concerne la création et l’au-delà, le commencement et la fin, on le comprend aisement. Il en est de même pour les origines du Soleil. Bienfaisant ou sanguinaire, volant sur un char ou naviguant sur une barque, l’astre vit des aventures à rebondissements. Saisis d’admiration, de vénération, d’adoration devant la splendeur lumineuse du Soleil créateur, comme aussi devant le Nil ( iterou) nourricier et le miracle cyclique de la végétation, les Égyptiens ne peuvent pourtant cesser de s’angoisser. Le soleil moribond du soir ressuscitra-t-il, vigoureux, au lendemain matin ? Chaque cycle qui se termine - qu’il soit diurne, saisonnier, politique (règne royal), humain (le cours d’une vie) - est comme menacé de ne pas recommencer, de mourir pour de bon, de ne pouvoir renaître, de retourner au « sommeil » (Chaos) dont il a « la première fois » émergé. Source : Collectif, Passion de l’Égypte, Collection de fiches - Éditions Atlas, 1997 Y aura-t-il une “nouvelle fois” ce qu’il y a eu la “première fois” ? On comprend mieux pourquoi, dans les conditions mêmes de cette angoisse existentielle, le mythe de la Première Fois revêt tant d’importance et de valeur exemplaire. Et combien, chaque réapparition du Soleil, l’astre-dieu, créateur par excellence, est fêtée comme une victoire de la Lumière sur l’Obscurité, de la Création sur le Chaos, comme une répétition de la première émergence. C’est dans et sur ce grand océan d’eaux primordiales (Noun) qui entoure la terre et qui est tout autant le haut ciel bleu que les noirs abîmes en dessous de la terre, que la barque solaire navigue. De jour, dans le ciel, Rê rayonne, mais de moins en moins vigoureux. Et de nuit, sous terre, il est affaibli et menacé. Mais c’est sous terre, dans le Noun ténébreux qu’il éclaire à peine, que Rê affaibli va retrouver, va puiser la force de « renaître » et de repousser ce qui tente de faire obstacle à sa réapparition triomphante et rayonnante comme au Premier Matin, comme la « Première Fois ». Étant donné cette fonction incomparable, il n’est pas étonnant que Rê, le créateur par excellence, partie de la Triade-Un de l’Énnéade héliopolitaine, demeurera durant toute l’histoire pharaonique le grand dieu national. Beaucoup de mythes racontent ses faits et gestes qui ne diffèrent des récits des prêtres théologiens que par leur anthropomorphisme plus « réaliste », « trop humain » ou par des péripéties qui nous semblent, à nous, « indignes » des dieux.
Rê, roi des dieux Le seul dieu important, adoré de façon constante, fut Rê, roi des divinités cosmiques. Son culte débuta probablement au Moyen Empire (v. 2000 av. J.-C.) et prit par la suite les proportions d’une religion d’État. Le dieu fut confondu peu à peu avec Amon lorsque les dynasties thébaines prirent le pouvoir : il devint alors le dieu suprême Amon-Rê. Au cours de la XVIIIe Dynastie, le pharaon Aménophis III donna au dieu du Soleil le nom d’Aton, terme ancien pour désigner la force solaire physique. Mais c’est son fils et successeur, Aménophis IV, qui accomplit une véritable révolution religieuse en Égypte, en proclamant qu’Aton était le seul et le vrai dieu. Il changea son propre nom en celui d’Akhenaton (ou Akhnaton), terme qui signifie « Serviteur d’Aton ». Ce pharaon, le premier grand adepte du monothéisme, fut un iconoclaste ; il fit effacer des monuments le nom de « dieux » mis au pluriel, et persécuta sans relâche les prêtres d’Amon. Malgré l’influence considérable qu’elle exerça sur l’art et sur la pensée des contemporains, la religion solaire voulue par Akhenaton ne lui survécut pas, et l’Égypte revint à son polythéisme antérieur après la mort d’Akhenaton sous le règne de son successeur Toutankhamon.
Voyage de Rê sur la barque sacrée Maintenant, Seth a rejoint Rê (son arrière grand-père) à bord de la barque mandjet où il a navigué tout le jour. Il est Atoum, le Soleil couchant, le dieu à tête de bélier. Il a traversé le ciel d’est en ouest et s’approche du port du soir, près de la bouche de Nout, la déesse du ciel courbée au-dessus de la terre. Là, le fleuve du ciel s’élargit. Une nouvelle embarcation, la barque solaire de la nuit, meserket, attend Atoum et ses compagnons.
Les membres de l’équipage : Ouadjet, le cobra royal (l’Œil de Rê) devenu son gardien ; Seth, l’ardent, qui porte une lance et des couteaux bien affutés ; une nuée de petits génies armés jusqu’aux dents et, juste devant Atoum, la tranquille déesse de la vérité, Maât, assise et portant une plume sur la tête.
Avalés par Noun, ils pénètrent dans une région pleine d’ombre, le Nil souterrain, un fleuve de sable sans eau ni vent. C’est le royaume des morts.
Illustration du mythe solaire chez les ÉgyptiensSource : Magazine Géo n° 318, août 2005 Curieux et respectueux, les défunts s’assemblent près de la barque nocturne pour profiter du faible éclairage dispensé par Atoum. Chacun espérant (mais il lui faudra une autorisation écrite de Thot, le Scribe divin à tête d’ibis) accompagner le soleil au-dessus de la terre, chante les louanges d’Atoum et saisit une corde pour tirer la barque sacrée. Leur “ba” (l’essence de la personnalité de l’individu), représenté par un oiseau à tête humaine, pourra alors virevolter au-dessus des régions aimées où il fait bon vivre. Quand ce ne sont pas les morts, ce sont les étoiles (celles que l’on nomme les « infatigables ») qui emportent l’embarcation jusqu’à la caverne de la première heure de la nuit. Une porte monumentale la défend. Une déesse est chargée d’acceuillir Atoum qui nomme au passage toutes les divinités, tous les personnages ou monstres qui se tiennent sur la rive. S’ils avaient le projet de lui nuire, les voilà paralysés par la parole du dieu.
Plafond solaireNout, déesse du ciel, s’étend sur tout le plafond. Ses mains et ses pieds touchent le sol, formant ainsi la voûte céleste.
La partie haute représente le livre de la nuit (étoiles). La partie basse représente le livre du jour (disque solaire) : à gauche, Nout donne naissance au soleil le matin (sous la forme du scarabée Khépri) et, à droite, elle l'avale au crépuscule.
On voit le soleil à la fois traverser son corps sous forme de disques représentant les heures et parcourir le ciel dans la barque solaire qui est parfois tirée par des chacals. Le voyage ne fait que commencer : il y a douze heures à traverser, douze portes bien défendues, douze cavernes profondes. Et soudain, c’est l’attaque ! Le grand serpent Apophis a surgi. Il déroule ses anneaux interminables et cherche à renverser l’embarcation et ses passagers. Seth s’est élancé et, avec lui les petits génies. Ils plantent leurs couteaux qui hérissent le corps d’Apophis sans lui faire lâcher prise. Puisqu’il le faut, ils lancent des flêches, avec des arcs, s’ils en ont, et s’ils n’en ont pas, tant pis, ils les crachent, ça marche aussi. Apophis est terrassé. La barque peut continuer.
Osiris, juge des morts Au cours de leur voyage, Atoum et son équipage pénètrent dans la grotte d’Osiris. C’est là que, devenu dieu de l’Au-Delà, celui-ci juge les morts, les rois comme les enfants, les nobles comme les paysans. Tous ont droit à la vie éternelle, s’ils ont pu être momifiés avant d’être enterrés. C’est une longue histoire qui vaut la peine d’être racontée, mais seulement quand le soleil aura terminé sa journée. --> voir : Le Mythe de la mort (lien en pied de page)
Pour l’instant, il s’approche de la douzième porte. La nuit va se terminer. Atoum à tête de bélier est arrivé dans la queue d’un grand serpent, bienfaisant celui-là, appelé le serpent des dieux, long de presque un kilomètre !
Maintenant, bien à l’abri, Atoum change de nom et de tête. Il devient Khépri et prend la forme d’un scarabée. Comme l’insecte qui pousse devant lui une boule de terre et de débris bien plus grosse que lui, Khépri va faire tourner la planète terre. Il est le jeune soleil levant. Khépri ne met pied à terre que pour changer de barque et prendre celle de jour, qui navigue grâce au vent.
Illustration du mythe solaire chez les ÉgyptiensSource : Magazine Géo n° 318, août 2005
Les métamorphoses du soleil ou le mythe du cycle du jourLe mythe décrit le combat que mène Rê chaque nuit contre les « forces du chaos » représenté par le serpent Apophis afin de permettre la réapparition du soleil chaque matin sur le « monde d’en haut ». Maître des dieux, Rê parcourt le ciel d’est en ouest pour dispenser généreusement la lumière et la chaleur du soleil. En sa personne, vénérée dans le pays tout entier, il résume les trois phases de la course céleste de l’astre symbolisant les trois moments de la vie des hommes, l’enfance, l’âge adulte et la vieillesse. Triomphant, Khépri passe alors entre les cuisses de Nout et se montre à l’est de la terre. Ni Seth ni personne ne l’abandonne, car beaucoup d’ennemis peuvent surgir : les tempêtes, les pluies et l’abominable Apophis qui, à midi, invente de boire l’eau du fleuve céleste pour tenter d’immobiliser la barque. Les génies ne le laissent pas faire et le forcent à tout recracher.
Les trois formes du soleilScarabée (Khépri) et homme à tête de bélier (Atoum) dans le disque (Rê). Entrée de la tombe de Séthy II, Vallée des Rois - Thèbes-Ouest Le soleil se métamorphose une troisième fois : il est Rê, l’astre triomphant. Son image est le disque solaire, rayonnant. C’est lui qui fait pousser et mûrir les récoltes et permet la vie en Égypte.
En déclinant le soir, il devient Atoum à tête de bélier, s’adoucit et s’achemine vers son coucher, à l’ouest de la terre.
Les aventures et les dangers de la nuit recommencent pour lui. Toujours à l’affût, ses défenseurs vont encore se surpasser. C’est dans ces combats, dit-on, qu’Atoum retrouve l’énergie qu’il déploie le jour en réchauffant la terre. Il est le dieu qui ne dort jamais afin que la vie au goût de miel recommence sans cesse en Égypte, pour les hommes comme pour les dieux.

Le voyage nocturne de RêLe livre des Morts nous donne le trajet accompli par Rê pendant les douze heures nocturnes. À chaque heure de la traversée du soleil dans la Douat (l’au-delà) correspond une étape. En voici une des nombreuses variantes. Première heure : Grande Cité (Net-Ra) - C’est l’heure du passage, la barque de Rê entre sous l’horizon. Neuf divinités à tête de chien, précédées par des déesses, lui ouvrent les portes. Rê a une tête de bélier et se nomme alors « chair ». Deuxième heure : Champs d’Ouernes - Rê se purifie et change de barque. Des personnes apportent des offrandes récolées, épis de blé et pousses de palmier. Rê établit le droit des dieux des céréales. Troisième heure : Champ des dieux des céréales (Net-neb-ua-kheper-aut) - Rê est accueilli dans le domaine d’Osiris. Les divinités protègent et acclament Rê. Rê ressuscite Osiris. Quatrième heure : Grotte de la vie des formes (ankhet-kheperu) - C’est le territoire hostile de Sokaris, à tête de faucon, dieu des morts memphite (assimilé à Osiris). La porte devant laquelle il se trouve est gardée par des dieux serpents. La barque de Rê, transformée en serpent, glisse sur le sable, halée par des divinités. Derrière la porte : le tombeau d’Osiris et le corps de Sokaris. Cinquième heure : Grotte de Sokaris - Même contrée, les ténèbres sont absolues. La barque solaire se retrouve face à une butte de sable donnant naissance au scarabée (Khépri, symbole du renouveau). Des gardiens surveillent le cœur de la butte. Rê sort victorieux et régénéré : il peut accéder au domaine de Sokaris. Sixième heure : Eaux profondes (metchet-mu-nebt-tuat) - La barque retrouve enfin le fleuve pour traverser la région où repose Osiris. La barque de Rê est précédée de Thot (représenté en babouin) tenant un ibis sacré. Khépri est prisonnier d’un serpent à cinq têtes. Rê prend alors l’aspect du mort pour l’observer. Le voyage réel de Rê vers la vie commence. Modèle de bateau provenant de la tombe de Toutankhamon. MCMXCVIII © Éditions Atlas Septième heure : Ville de la grotte mystérieuse - C’est l’heure la plus dangereuse du voyage. C’est là que règne le redoutable et belliqueux serpent Apophis. Rê assiste à l’exécution de ses ennemis. Apophis est cloué au sol par des couteaux (il existe plusieurs versions de ce passage : Apophis est terrassé par la magie d’Isis, par Seth ou encore par Myesis le lion, fils de Bastet). C’est à cet endroit que se trouve le tombeau d’Osiris, formé de quatre monticules (quatre pour les quatre formes du soleil, comme les quatre directions terrestres). Chaque monticule renferme une âme : Khépri – Atoum – Osiris – Rê. Horus est alors présent et trône devant les dieux alors que les déesses se dirigent vers la sépulture d’Osiris. Huitième heure : Ville des sarcophages du dieu (Tebat-neteru-s) - Rê traverse la région des morts, précédée par des divinités qui détruisent les ennemis du dieu Rê. Les habitants de cette contrée se tournent vers le Soleil qu’ils n’ont pas revu. Leurs voix s’élèvent sous la forme d’un grand miaulement de chat. De nombreuses divinités se manifestent pacifiquement à Rê. Neuvième heure : Ville des manifestations vivantes (Best-aru-ankhet-kheperu) - Douze uraeus, gardiens d’Osiris, protègent le dieu Rê par leurs flammes. C’est la contrée où les rameurs obscurs de la barque de Rê rentrent chez eux, dans les cavernes de la douat, le monde inférieur. Désormais Rê n’a plus besoin de leurs services. Dixième heure : Ville des eaux profondes et des rives escarpées (Metet-qa-utchebu) - Douze divinités précèdent la barque solaire, protégeant le dieu Rê de ses ennemis. Rê se transforme en scarabée. Il se nomme alors Khépri et prépare sa renaissance. Onzième heure : Ville du décompte des cadavres (Re-en-qerert-apt-khatu) - Les yeux s’ouvrent à la vérité. Tous les ennemis ont été terrassés. La corde de halage de la barque redevient serpent. Rê assiste au châtiment des non-justifiés qui doivent subir les tourments de l’enfer : ils sont plongés dans six brasiers. Douzième heure : Grotte de la fin des ténèbres, ville de la beauté de Rê réincarné (kheper-khekiu-khau-mestu) - La transformation de Rê est accomplie. Son corps renaît au monde céleste sous sa forme définitive du scarabée Khépri. Rê s’installe sur sa nouvelle barque, blotti contre le sein de Nout, déesse du ciel, fille de Shou, le souffle et de Geb, la matière (terre). Tous les défunts, restés dans la douat, contemplent la transformation de Rê et l’acclament. Rê quitte alors sa barque nocturne pour prendre sa barque diurne et entamer un nouveau cycle de vie. Il parcourt ainsi les deux Royaumes, diurne et nocturne. Parfois il s’arrête dans son palais du ciel (akhet) pour recevoir ses courtisans ou le pharaon en compagnie de Maât.
La moquerie des hommes Un autre mythe raconte que Rê, devenu vieux et décrépit, fut la cible des moqueries des hommes. Irrité, il lança contre eux son « œil » qui, prenant la forme de la déesse Hathor (laquelle se transforma en lionne), commença à massacrer les hommes sacrilèges.
Comme le carnage prenait des proportions incompatibles avec la bonté de Rê qui ne tenait nullement à exterminer l’espèce humaine, il profita du sommeil de la lionne divine, qui faisait une pause entre deux carnages, pour répandre autour d’elle une liqueur enivrante, couleur sang. À son réveil, Hathor y goûta et s’enivra, oubliant ainsi de reprendre sa mission punitive.
Rê dégouté de l’humanité, se désinteressa de la conduite des hommes et se retira dans le Ciel où il mène désormais l’existence réglée du dieu soleil ayant définitivement quitté notre monde terrestre. Pour s’ccuper de celui-ci, il céda la place à plus jeunes que lui, Shou et Geb, lesquels à leur tour connaîtront semblables mésaventures avec le genre humain. Le flambeau de cette royauté finalement échoira à Horus, comme nous l’avons vu précédemment. --> voir : Le Mythe osirien (lien en pied de page)
Le nom de Rê Connaître un nom est un pouvoir. Un des mythes raconte comment Isis, alors simple servante de Rê, parvint à lui extorquer son nom secret et à accroitre ainsi sa puissance de magicienne. En effet, profitant de la sénilité du vieux roi qui bavait, elle fabriqua un serpent venimeux avec de la terre imprégnée de la salive royale. Le serpent ayant piqué Rê, Isis refusa de le soigner à moins qu’il ne lui révélât son nom secret. Cédant à la douleur et au chantage, Rê lui révéla son nom caché, son vrai nom, le faisant passer, à l’insu de tous les autres dieux, directement de son corps au sien.
Le texte égyptien ne l’a pas noté. Cela reste un secret entre Rê, Isis et peut-être Horus. Personne ne semble en avoir abusé, puisque Rê est resté le maître de l’univers.
La ruse d’IsisLe texte de cette légende a été retrouvé sur un papyrus datant d’environ 1250 avant J.-C. (XIXe dynastie). Il met en scène Isis, fille de Râ, sœur et épouse d’Osiris. Déesse magicienne, elle sait aussi être habile et cruelle. Même Râ, le soleil, se laisse prendre à ses pièges : Paroles du dieu qui vint à l’existence de lui-même, qui créa le ciel, la terre et l’eau, le souffle de la vie et le feu, les divinités et les hommes, le bétail, les serpents, les oiseaux et les poissons ; le roi des hommes et des dieux réunis, dont les limites vont au-delà des années, et possédant beaucoup de noms, inconnus de celui-ci ou inconnus de celui-là.
Isis était une femme intelligente ; son cœur était plus habile que celui de millions d’hommes ; elle avait plus de discernement qu’un million de dieux ; elle était plus judicieuse qu’un million d’esprits. Elle n’ignorait rien de ce qui était dans le ciel et sur la terre, à l’égal de Rê, qui avait créé ce qui est sur la terre. Mais elle souhaitait, en son cœur, connaître le nom de ce dieu auguste.
Râ, chaque jour, entrait à la tête de son équipage et s’asseyait sur le trône des Deux Horizons. Le grand âge du dieu rendait sa bouche molle ; aussi laissait-il tomber sa salive sur le sol, ou bien il la crachait en la jetant à terre. Isis [un jour] la pétrit en ses mains avec la terre sur laquelle elle se trouvait ; elle lui donna la forme d’un serpent sacré, et le modela tel un trait [prêt à s’élancer]. Mais, devant elle, il ne bougea pas ; aussi put-elle le placer à la croisée des chemins que le dieu auguste avait coutume de suivre, selon son désir, sur le Double Pays.
Le dieu fit son apparition hors des portes [de son palais], tandis que les divinités du palais étaient en sa suite, afin de se promener, comme chaque jour. Alors le serpent sacré le mordit, et le feu de la vie sortit de lui, puis l’animal se cacha dans les roseaux. Le dieu ouvrit la bouche et la voix de Sa Majesté atteignit le ciel. Son Ennéade dit : « Qu’est-ce donc ? Qu’est-ce donc ? » ; ses dieux dirent : « :Quoi donc ? Quoi donc ? » Il ne pouvait leur répondre, ses lèvres tremblaient, ses membres étaient secoués, car le poison avait pris possession de son corps, de même que le grand Nil charrie tout derrière lui.
Le grand dieu affermit alors son cœur et il appela ceux qui étaient en sa suite : « Venez à moi, vous qui êtes venus à l’existence hors de mon corps, dieux qui êtes issus de moi, afin que le vous fasse connaître ce qui m’est arrivé. Une chose douloureuse m’a mordu. Mon cœur ne la connaît pas, mes yeux ne l’ont pas vue, ma main ne l’a pas faite. je ne reconnais en elle aucun des éléments de ma création. Mais je n’ai jamais ressenti une souffrance comme celle-là ; il n’y a rien de plus pénible que cela. je suis un Souverain, fils de Souverain, une semence divine venue à l’existence comme dieu. Je suis le Grand, fils du Grand, celui dont le nom fut pensé par son père. J’ai beaucoup de noms et beaucoup de formes. Ma forme est aussi en chaque dieu. Je suis celui que l’on appelle Atoum et Horus le Loué. Mon père et ma mère m’ont dit mon nom, et je l’ai caché en mon corps [hors de portée] de mes enfants, de peur qu’un pouvoir soit donné à un magicien contre moi. Or je sortais pour voir ce que j’avais créé, je me promenais sur le Double Pays que j’avais fait, lorsqu’une chose me mordit que je ne connais point. Ce n’est pas le feu, ce n’est pas l’eau, mais mon cœur brûle, mon corps tremble et mes membres ont froid. Que mes enfants, les dieux, me soient amenés, avec des paroles bénéfiques - [les dieux] qui savent les formules magiques et dont la connaissance atteint le ciel. »
Alors les enfants du dieu vinrent à lui, chacun d’eux se lamentant. Isis s’en vint avec son pouvoir et ses incantations magiques, possédant le souffle de la vie, avec ses incantations magiques pour repousser la maladie, avec ses paroles capables de rendre la vie à une gorge qui étouffe. Elle dit : « Qu’est-ce donc ? Qu’est-ce donc ? ô mon divin père ! L’un de tes enfants aurait-il levé la tête à ton encontre ? Alors je le ferai tomber grâce à mon pouvoir magique parfait, et je ferai qu’il soit chassé de la vue de tes rayons. »
Le dieu auguste ouvrit la bouche : « En vérité, je marchais sur le chemin, je me promenais dans le Double Pays, mon cœur souhaitant de revoir ce que J’avais créé, lorsque je fus mordu par un serpent que je n’aperçus même point. Ce n’est pas le feu, ce n’est pas l’eau, mais je suis plus froid que l’eau et plus chaud que le feu ; tout mon corps transpire, et je tremble ; mon regard n’est pas ferme, je ne vois plus ; et le ciel fait que l’eau inonde mon visage comme au temps de l’été. »
Isis répondit : « Dis-moi ton nom, mon divin père ! Car un homme revit lorsqu’il est appelé par son nom. » &laqio; Je suis celui qui a fait le ciel et la terre, qui a lié les montagnes, qui a créé ce qui existe sur eux. je suis celui qui a fait l’eau, de telle sorte que la vache [nommée] Mehet-Ouret put venir à l’existence J’ai fait le taureau pour la vache, de telle sorte que la jouissance sexuelle vint aussi à l’existence. je suis celui qui a fait l’empyrée et les mystères des deux horizons, j’ai placé là les ba des dieux. je suis celui qui fait venir la lumière lorsqu’il ouvre les yeux, et amène l’obscurité lorsqu’il les ferme. L’eau du Nil coule selon son ordre, celui dont les dieux ignorent le nom. Je suis celui qui a fait venir à l’existence les heures et les jours, je suis celui qui a établi la répartition des fêtes de l’année, et qui a créé le fleuve. Je suis celui qui a fait le feu de la vie, afin de donner existence aux œuvres des temples. je suis Khepri au matin, Râ au zénith, Atoum dans le soir. »
Mais cela n’arrêta pas le poison dans sa course, et le grand dieu ne se remettait point.
Isis dit alors à Râ : « Ton nom n’est pas parmi ceux que tu m as dits. Dis-le-moi donc, et le poison sortira, car un homme revit lorsque son nom est prononcé. »
Le poison brûlait de [toute] sa brûlure, il était plus fort que la cuisson du feu. Alors Râ dit : « Prête-moi tes oreilles, ma fille Isis, de telle sorte que mon nom passe de mon corps dans ton corps. Le plus divin des dieux l’a caché, pour que ma place soit vaste dans le navire des millions d’années. Lorsqu’il sera sorti de mon cœur, dis-le à ton fils Horus, en le liant par un serment divin, en ayant placé Dieu devant son regard. » Et le grand dieu divulgua son nom auprès d’Isis, la Grande Magicienne. « Écoule-toi, poison du scorpion. Sors de Rê et de l’Œil d’Horus ! Sors du dieu, ô brûlant, selon mon incantation ! je suis celle qui agit et je suis celle qui chasse. Va-t’en dedans la terre, puissant poison ! Vois, le grand dieu a divulgué son nom. Rê vit, le poison est mort ! » Selon les mots d’Isis, la grande magicienne, la maîtresse des dieux, qui connaît Rê par son nom. Paroles à prononcer sur une figure d’Atoum, Horus le Loué, une figure d’Isis et une image d’Horus, peintes sur la main du malade et qui doivent être léchées par cet homme. Cela peut être fait aussi sur une bande de lin très fin que l’on placera sur la gorge du malade. Ceci est un procédé pour agir contre le poison du scorpion. Ou bien encore, on pourra agir [de même] avec de la bière et du vin qui sera bus par l’homme qu’un scorpion a mordu. C’est cela qui détruit le poison. Vraiment efficace, un million de fois.
Le soleil brille aussi dans l’au-delà Stèle de la Dame de Tanetperet La défunte prie le Soleil à son zénith, Rê-Horakhty, qui se confond avec Horus, le dieu à tête de faucon, paré du disque solaire qui le caractérise au-dessus de la tête. Elle lui présente en offrande une table garnie de mets et reçoit ses rayons bienfaisants figurés par des fleurs de lotus. Le cadre cosmique de la scène est formé par le hiéroglyphe du ciel ici légèrement cintré, soutenu par les plantes héraldiques des deux terres : à gauche, le papyrus pour la Basse-Égypte ; à droite, le lotus pour la Haute-Égypte. Ces deux plantes surgissent d’une tête d’homme à même le sol, qu’il faut peut-être interpréter comme le symbole de l’humanité entière.
Troisième période intermédiaire, XXIIe dynastie, vers 850 av. J.-C. Musée du Louvre, Paris
Article(s) complémentaire(s)
Catégorie / Titre : Un peu de mythologie / Le Mythe solaire
Date de création : 04/11/2005 - 10:52 -¤-
A été modifié le : 23/08/2008 - 15:20
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