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 Un peu d’histoire » L’Égypte pharaonique : Pharaons et Reines
La mort du roi
Pharaon meurt, Pharaon ressucite et entre dans la vie éternelle - La succession - Légitimité du pharaon
Les prêtres préparent la momie avant de la déposer dans le premier sarcophage. © Éditions Atlas - Illustration : Dominique Hé
Pharaon meurt, Pharaon ressucite et entre dans la vie éternelle Quand on parle du pharaon mort, on ne dit plus qu’il est vivant. Évident pensez-vous ? Méfiez-vous, rien n’est jamais aussi élémentaire qu’il y paraît dans l’Égypte ancienne ! On dit que le roi est « juste de voix » ou « justifié ». C’est-à-dire qu’il a passé l’épreuve du jugement dans l’Au-Delà avec succès.
Voir aussi Jugement du défunt - fiche détaillée
Lorsque survenait la mort de Pharaon, le pays tout entier se mettait en deuil : les hommes ne se rasaient plus, les femmes ne se coiffaient plus et l’on procédait à la momification du roi défunt, une opération qui durait soixante-dix jours. Afin que jamais il ne s’abîmat, on fabriquait une momie pour transformer le corps mortel du défunt en corps immuable, sans vieillesse ni dégradation. Cette momie, identifiant Pharaon à Osiris, le dieu mort et ressucité, servait de support à son âme. Une fois la momie achevée, on procédait au rite de la résurrection et l’esprit de Pharaon rentrait dans la lumière d’où il était issu.
 | Salut à toi, parfait de visage, possesseur de radiance, celui que Ptah-Sokar a complété, qu’Anubis a exalté, à qui Thot a donné le merveilleux visage des dieux. Ton œil doit est le soleil du soir et ton œil gauche est le soleil du matin. Tes sourcils sont les neuf dieux et ton front est Anubis. Le dos de ta tête est Horus et tes cheveux tressés sont Sokaris. |  | | | Inscription du masque funéraire de Toutankhamon | |
Cheminant par la montagne thébaine, l’imposant cortège gagne la Vallée des Rois. © Éditions Atlas - Illustration : Dominique Hé Déposée dans un sarcophage richement décoré, la momie est transportée jusqu’à sa sépulture, sur la rive occidentale du Nil, là où “le soleil disparaît”. Le cercueil traverse le fleuve dans une grande barque décorée et surchargée de fleurs, enfermé dans un coffre peint déposé sous un baldaquin. Les pleureuses, le buste découvert, égrènent leurs lamentations. Le prêtre, vêtu d'une peau de léopard, procède à des fumigations d'encens et récite les formules sacrées. Dans d'autres barques suivent la famille, les amis et les serviteurs du défunt, ainsi que les objets et les offrandes qui seront déposés dans la tombe. Parvenue sur la rive opposée, la dépouille de Pharaon est chargée sur un traîneau tiré par des bœufs. Le cortège se reforme, pendant que les prêtres continuent les fumigations et chantent des hymnes à la gloire du disparu.
L’adieu Tandis que les pleureuses hurlent leur douleur, se frappant la tête et déchirant leurs vêtements, le grand prêtre, vêtu de la peau de panthère rituelle, procède à la cérémonie de l’ouverture de la bouche et des yeux, destinée à redonner vie à Pharaon.© Éditions Atlas - Illustration : Dominique Hé La procession arrivée à destination, le sarcophage est dressé devant la porte du tombeau. La reine s’agenouille et prononce l’Adieu aux morts. Le prêtre procède à la cérémonie “d’ouverture de la bouche et des yeux”. Avec une herminette de bois et un ciseau, il touche le visage de Pharaon qui, ainsi rendu à la vie, peut de nouveau parler, manger et voir. Après différents rites sacrés, un animal est sacrifié.
Le sarcophage est enfin descendu dans la tombe et déposé dans une cuve en granite. Les vases canopes contenant les viscères momifiés du roi, le mobilier funéraire et les offrandes sont disposés dans la chambre funéraire et les magasins attenants. La cérémonie prend fin avec un banquet funéraire ponctué de chants accompagnés à la harpe. Puis la “demeure de millions d’années” de Pharaon est hermétiquement fermée. Un mur en briques est construit devant l’entrée et dissimulé avec des pierres et du sable. Désormais, la deuxième vie de Pharaon commence. Le roi va accéder à sa destinée privilégiée et vivre parmi les dieux. Le culte du défunt sera célébré par les prêtres royaux dans un grand temple indépendant, généralement assez proche du tombeau.
Voir aussi L’ouverture de la bouche, l’adieu à la momie - fiche détaillée
La dernière demeure de Pharaon Rien n’est trop beau ni trop cher pour gagner la vie éternelle. La sépulture de Pharaon est mise en chantier dès l’avènement du souverain, et la construction de sa “demeure d’éternité” est l’œuvre de sa vie.
La tombe est la maison du mort. Celui-ci y poursuit une existence semblable à celle qu’il menait sur terre. Toutes les dispositions sont prises pour faciliter ses conditions d’existence dans ce tombeau indestructible. Le mobilier funéraire, des objets de toilette, de la vaisselle, des vêtements, des tissus, des armes, des jeux et même les momies de ses animaux familiers permettent au défunt de reprendre son existence habituelle. Des aliments et des boissons en quantité sont disposés sur des tables d’offrandes pour éviter que le mort ne soit tourmenté par la faim et la soif ; faute de quoi, il serait forcé de manger ses excréments et de boire ses urines…
Pharaon ne meurt jamaisReposant dans son sarcophage, comme Toutantkhamon que l’on voit ici dans sa tombe de la Vallée des Rois, le pharaon, transformé en Osiris, renaît chaque jour et brille au firmament. Il suffit que le défunt soit représenté dans son environnement pour qu’il continue d’en jouir. Ainsi peintures et fresques figurant Pharaon jeune et en pleine possession de ses moyens devant une table chargée de victuailles ou veillé, tel Osiris, par les déesses Isis et Nephthys, ornent les murs de la chambre funéraire. La croyance veut que les images et les inscriptions puissent s’animer et permettre à Pharaon de revivre parmi les siens, de se livrer à ses passe-temps favoris ou de choisir parmi les nombreux mets des menus d’offrandes.
À partir du Nouvel Empire, le souverain dispose de son armée de serviteurs, les shaouabti, figurines en bois, en pierre ou en faïence. Des statuettes de femmes nues aux caractères sexuels exagérés, les “concubines du mort”, favorisent aussi l’exercice des fonctions sexuelles dans l’au-delà.
La succession La période de deuil terminée, les dieux faisaient naître un nouveau pharaon en le couronnant. Aucune règle rigide ne régissait le choix du successeur (*). Ce roi n’était pas obligatoirement le fils du précédent. Si la première épouse du pharaon ne lui donnait pas de fils, celui d’une autre des épouses devenait hétitier. S’il ne naissait aucun fils, le pharaon suivant pouvait être choisi par un conseil de sages selon ses aptitudes à remplir cette lourde et difficile fonction et commencer une nouvelle dynastie. Cependant, afin d’assurer la stabilité et/ou la pérennité de la dynastie, le pharaon en place pouvait associer au pouvoir (corégence) son successeur. Il lui apprenait alors son métier et ils gouvernaient ensemble. Quand le vieux roi décédait, celui-ci était prêt à lui succéder.
(*) Le premier fils du Pharaon était généralement lhéritier de la couronne : les prêtres se chargeaient de son initiation ; les scribes lui enseignaient le savoir et la connaissance ; les maîtres darmes lui enseignaient lart du combat ; venait ensuite (après la mort de son père) le jour du couronnement (généralement lors de la crue, signe de renaissance). Le jeune Pharaon recevait alors les derniers enseignements spirituels.
Le roi est mort, vive le roi !À l’avènement de chaque nouveau souverain, le calendrier répart de zéro : ainsi le pharaon réactualise l’ordre social et répète le cycle de la création. Il y a comparaison avec ce qui a précédé, surenchère dans les monuments et perpétuelle réécriture de l’Histoire, afin de rendre les événements conformes à l’ordre établi [1].
La vénération posthume des pharaons Khaled EL-Elany pour la Alors que le souvenir de nombreux pharaons s’estompa rapidement après leur décès, d’autres, moins nombreux, furent l’objet d’un hommage posthume important de la part des générations ultérieures – rois aussi bien que particuliers. Les aspects de la vénération post mortem du pharaon sont très divers : maintien de son culte funéraire, entretien et restauration de ses monuments, représentation ou vénération sur les monuments des périodes ultérieures, dédicace de monuments votifs à son honneur, invocation à l’instar des dieux dans les proscynèmes, constitution de noms basilophores formés à partir du sien ou emprunt d’un, voire de plusieurs éléments de sa titulature, etc.
stèle de Sesostris III et Montouhotep IILe tableau principal est divisé en deux scènes presque symétriques : Sésostris III consacre des offrandes variées devant Amon-Rê maître de Karnak à gauche, et devant le roi Montouhotep-Nebhépetrê à droite. D’après E. Naville, The XIth Dynasty Temple at Deir El–Bahari I, MEEF 28, Londres, 1907, pl. XXIV. Stèle en granite, découverte par Naville à Deir al-Bahari ; Musée égyptien du Caire (JE 38655) Certains rois eurent droit à une vénération posthume, en particulier les pharaons de l’Ancien et du Moyen Empire, tels Djoser, Snéfrou, Ounas, Téti, Montouhotep-Nebhépetrê, Sésostris Ier, Sésostris III et Amenemhat III.
Légitimité du pharaon Rê, le soleil de l’univers et des hommes sur terre, s’est retiré vers le ciel en laissant aux dieux la direction du monde, puis à des rois semi-divins, et enfin à des monarques humains, les pharaons qui sont ses fils et représentants sur terre.
Ce qui fonde la légitimité du pharaon, c’est l’ascendance divine. Selon la mythologie égyptienne, dans le corps du pharaon coulerait un sang divin provenant de son ancêtre, le dieu Horus. La fonction pharaonique est donc de droit divin, et elle se transmet par le sang.
C’est pourquoi l’héritier de la couronne doit être né de la Grande Épouse Royale. Étant elle-même d’ascendance divine, elle permet au futur pharaon d’être, de par sa mère et de par son père, d’origine divine. S’il est issu d’une concubine, il épouse sa demi-sœur née de la Grande Épouse royale. La mythologie fournit d’ailleurs des exemples d’inceste, avec Geb et Nout, ou encore Osiris et Isis. Dans le même ordre d’idées, on signalera certains mariages consanguins entre pharaon et sa fille ou ses filles. De telles unions sont attestées notamment pour Akhénaton et Ramsès II. C’est donc à la fois le souci d’assurer la légitimité de l’héritier du trône et la volonté de souligner la nature divine de pharaon qui explique la prérogative royale de l’inceste : car c’est bien d’une prérogative qu’il s’agit. En effet, il semble certain que les mariages entre frère et sœur ne sont pas pratiqués par le commun des mortels et que, dans la société civile, les termes « frère » et « sœur », lorsqu’il s’agit d’une union, doivent être perçus au second degré, comme termes d’affection.
Faute d’héritier mâle ou quand le nouveau roi est encore un tout jeune enfant (Thoutmôsis III), la fonction peut échoir à une femme de sang divin (Nitokris, Hatchepsout, Taousert) plutôt qu’à un homme qui ne le soit pas ; elle en est donc dépositaire jusqu’à la transmission à son époux, ce qui ne signifie pas que la légitimité monarchique repose uniquement sur le mariage avec une fille de sang.
Les lignées pharaoniques ne réussirent jamais à perdurer ; elles furent régulièrement interrompues par des envahisseurs ou par des coups d’État. Tel pharaon dont la légitimité était douteuse ou contestée pouvait légitimer sa prise du pouvoir en faisant valoir qu’elle avait été voulue par la divinité. Le dieu marquait son choix par un signe, une naissance prodigieuse (les rois de la Ve dynastie, Hatchepsout de la XVIIIe dynastie), un rêve de l’heureux élu (Thoutmôsis IV) au pied du Grand Sphinx, ou un oracle (Horemheb, Alexandre).
Victoria Gairin pour Le Point Hors-série Grandes Civilisations n°1, novembre-décembre 2007
Article(s) complémentaire(s) ¤ Rechercher « La mort de Pharaon » avec Google ¤
Catégorie / Titre : Pharaons et Reines / Mort de Pharaon
Date de création : 27/11/2008 - 16:11 -¤-
A été modifié le : 12/12/2008 - 13:16
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