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Un peu d’histoire » L’Égypte pharaonique : Pharaons et Reines

Chronique du quotidien royal : journées de Pharaon



Se lever avec le soleil - Rendre visite aux dieux - Régner au quotidien - Scènes de chasse - Une course en char - Goûter les mets les plus fins - Le roi joue - Écouter des contes et des récits - Pharaon se rend au harem - La fête d’Opet - Conduire la bataille - Pharaon prend le deuil - Le roi se couche


Illustration montrant l’effervescence régnant dans le palais lors du lever de Pharaon
© Éditions Atlas - Illustration : Dominique Hé

Dans l’histoire, plusieurs souverains ont eu leurs chroniqueurs, qui nous ont entrouvert les portes d’un quotidien royal. De Louis XIV, on peut ainsi connaître les protocoles du lever, de la toilette, des repas, etc. Rien de tel pour les souverains d’Égypte. Là, aucun observateur méticuleux ne nous vient en aide. Si l’on cherche à se représenter les gestes, ordinaires ou non, de Pharaon, il faut donc les construire par l’esprit en interprétant des sources éparses et de diverses natures.

Pour atteindre ses buts, un tel projet mobilise évidemment toutes les compétences d’un égyptologue. De fait, un jeu subtil et qui n’est pas sans risques. Car faute de certitudes, il faut édifier ce qu’on estime être le vraisemblable, fixer des limites au possible et s’y tenir, accepter d’irréductibles zones d’ombre. Or l’exercice même incite à aller plus loin et l’on doit constamment s’en défendre. Autant que faire se peut. Sans doute cette page vous livrera des approximations, mais mineures. Plus important est le portrait qui ressort du personnage de Pharaon : un intercesseur entre les hommes et les dieux, un conservateur de l’ordre global du monde et un garant des équilibres économiques et politiques du Double-Pays. Au jour le jour, ces fonctions se traduisent par l’accomplissement de rituels jusque dans les moindres gestes. Car qu’il se lève, chasse ou se couche, un pharaon communique encore, et en premier lieu, avec ses parents divins.

J.-P. I., Édito pour Les Cahiers de Science & Vie - Journées de Pharaons n° 88 août 2005



Se lever avec le soleil


Sa fonction sacerdotale l’y oblige. Pharaon doit montrer, sur son corps et ses vêtements, les signes d’une pureté absolue. Aussi sa toilette du matin associe-t-elle hygiène et rituel. Tout incite à penser qu’en dépit de leur simplicité apparente, toilette et habillage faisaient partie d’un cérémonial particulièrement codifié.

En observant les statues des pharaons et les bas-reliefs où ils figuraient, nous constatons que le roi d’Égypte était représenté dans une attitude noble et accomplissait des rites. Pharaon n’était pas libre d’agir selon son bon plaisir ; il devait se conformer à un emploi du temps très strict.

Lever, toilette, costume à choisir, Pharaon bénéficie des privilèges accordés au chef suprême de l’Égypte. Rien n’est laissé au hasard, car il faut que l’incarnation terrestre des dieux apparaisse comme le plus scintillant des monarques.


La toilette de Pharaon


Bas-relief représentant Aménophis III
Tête d’Aménophis III, coiffé du Khepresh
Son règne fut marqué par un grand raffinement
Aegyptisches Museum, Berlin
Un “écouteur”, charger de veiller au sommeil de Pharaon, vient de signaler que son maître s’est réveillé. Dans les couloirs du palais, l’effervescence règne. Le directeur de la toilette du roi donne ses ordres à des domestiques qui vont avoir la lourde responsabilité de préparer leur souverain. Six à huit personnes sont ainsi mobilisées. Bien que l’on ne dispose pas de preuve formelle, on suppose qu’un certain nombre de courtisans hauts placés, ainsi que la famille, viennent saluer Pharaon et assistent au lever. Tout est maintenant prêt pour commencer la journée. La cérémonie peut se dérouler selon un rite bien précis.

Les serviteurs, suivant le directeur de la toilette, pénètrent en se courbant dans la chambre royale avec le matériel nécessaire. Il se compose d’une cuvette (châouty) et d’un vase à bec verseur (hesmenyt). Ce matin, le serviteur préposé à cet office a versé du souabou, une sorte de pâte solidifiée contenant une substance dégraissante pouvant mousser. Pharaon est de bonne humeur et se prête volontiers à ses ablutions matinales. Il se rince la bouche avec une eau aseptisée à base de sel appelé bed et purifie son haleine en mâchant du natron (un composé de de carbonate de sodium) dont il absorbe même une certaine quantité pour se purifier à l’intérieur. Il faut être rompu à cette pratique pour ne pas éprouver un haut-le-cœur devant le goût piquant et salé de cette matière qui provient essentiellement de l’Oasis du Sel (le ouâdi el Natroum). Le rinçage de la bouche, en même temps que la purification de l’haleine, permet, en s’aidant d’un outil adéquat, le blanchissement des dents.

Manucures et pédicures entrent en action

Une fois Pharaon délesté des scories de la nuit, des serviteurs spécialisés s’approchent du roi, qui s’est assis. Les uns se chargent de ses mains, d’autres de ses pieds. D’autres encore l’épilent consciencieusement. Il faut dire que les Égyptiens, Pharaon le premier, sont extrêmement propres et se lavent plusieurs fois par jour, avant et après les repas, au lever et au coucher. Tous les instruments sont rangés dans des étuis en cuir, eux-mêmes placés dans des coffrets en bois d'ébène ou en ivoire. Ciseaux, grattoirs et pinces s’agitent entre les mains expertes des serviteurs.

Puis vient le tour du barbier, qui déballe ses instruments : rasoirs, lames de cuivre et de bronze à multiples courbures et à crochet qui ont remplacé les pierres tranchantes et peu maniables de l’Ancien Empire. Les cheveux coupés courts, Pharaon se fait souvent poser sur la tête une perruque décorée d’un diadème (seshed) sur lequel s’enroule un uraeus d’or qui se dresse sur son front. Car Pharaon ne se montre jamais tête nue, même dans l’intimité.

Masseurs et maquilleurs agissent à leur tour

Commençant à sentir son corps se régénérer, il ordonne que l’on raffermisse sa peau avec des onguents à base de poudre de natron mélangée à du miel. Afin de dégager, à son passage, une odeur très particulièrement subtile, des cosmétologues ont fabriqué uniquement pour lui des onguents destinés d’une part à le parfumer et d’autre part à protéger sa peau des attaques de la chaleur, de la sueur et de la poussière. Ce sont d’autres serviteurs qui sont en charge de le masser avec ces huiles parfumées. Ses yeux, sensibles au soleil, font l’objet d’une attention particulière. Le droguiste y appose de la poudre noire de galène (khôl), réputée lutter contre les ophtalmies, nombreuses en Égypte du fait de la forte réverbération, mais également provoquées par les vents de poussière ou les insectes.

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Une salle de bain [*]

Il faut affronter également, par temps chaud ou froid, l’aspersion lustrale, qui tient lieu de douche, quand il ne se baigne pas dans une pièce d’eau entourée d’arbres, dès que l’autorise la saison. Une salle de bain apparemment sommaire jouxte la chambre royale, si l’on en croit le plan du palais factice de Ramsès III à Médinet Habou : une dalle aux bords redressés, dotée d’une évacuation.
Une fois lavé, épilé, manucuré et coiffé, Pharaon, qui ne perd pas de temps, dicte ses ordres à des scribes attentifs. Le directeur de la toilette claque alors dans ses mains, et une autre cohorte de domestiques fait son apparition dans la chambre. Il s’agit maintenant d’habiller le monarque.

Pharaon doit être le plus beau des Égyptiens

Pharaon revêt d’abord un pagne plissé, soutenu par une large ceinture au milieu de laquelle brille une superbe boucle en métal sur laquelle est gravé le cartouche de Pharaon. Une queue de taureau pend à l’arrière. Un serviteur lui pose sur la tète le traditionnel casque bleu (le Khepresh) bien lisse, orné d’un uraeus d’or et de deux banderoles qui lui flottent sur la nuque. Sur le pagne, un devanteau trapézoïdal en métal est accroché à la ceinture. Autour du cou, il porte un collier comprenant plusieurs rangs de perles multicolores de forme ovale, attachées par des fermoirs à tête de faucon. Sous le collier est placé un pectoral flamboyant. Pharaon arbore fièrement plusieurs bracelets. L’un aux chevilles, le second au poignet et le dernier en haut du bras, près de l’épaule.

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Détail [**]

À en croire les vêtements découverts dans la tombe de Toutankhamon, la nudité de Pharaon est dissimulée par une sorte de lange triangulaire : il s’agit d’une pièce de tissu qui enserre le bassin et dont deux des extrémités se nouent devant la taille, tandis que la troisième pointe remonte se nouer à l’arrière.
Bien que Pharaon préfère marcher pieds nus, un serviteur lui passe des sandales fabriquées dans un cuir résistant par les meilleurs artisans de Thèbes (Ouaset).

Sandales du roi Toutankhamon décorées d’étrangers entravés
Objets pratiques, les sandales sont aussi éminnement politiques lorsqu’elles s’ornent des figures des adversaires de Pharaon - qui les foule ainsi à chaque pas. - Trésor de Toutankhamon, Musée égyptien, Le Caire

Chaussé de ses sandales et muni de sa canne adéquate, coiffé de la couronne qui sied à la situation, enveloppé ou non d’un manteau en lin, le roi laissant planer drrière lui un parfum sacré, est enfin prêt à sortir du palais et à se rendre au temple où, premier d’entre les prêtres et en leur compagnie, il effectuera le rituel du culte divin journalier.
 --> voir aussi : Images de la royauté (fiche détaillée - lien en pied de page)

[*] [**] Jean Barberousse, Le roi s’éveille, pour Les Cahiers de Science & Vie - Journées de Pharaons n° 88 août 2005



Rendre visite aux dieux : le rite journalier ou culte divin


La terre égyptienne est comme un corps dont il faut sans cesse prendre soin et qu’il faut en premanence régénérer. La présence divine dans le sanctuaire est de ce point de vue primordiale. Aussi, pour éloigner les ennemis d’Égypte et veiller sur son peuple, Pharaon s’adresse aux dieux qu’il entretient et entoure de soins quotidiens ; c’est à cela qu’il pense lorsque, chaque matin, il lève un plateau d’offrandes. Si le temple égyptien n’est pas le lieu de rassemblement des fidèles, son rôle n’en demeure pas moins capital : on y contente jour après jour le dieu afin de préserver l’équilibre du monde.


Des rites précis


Le culte journalier rendu das les temples est un élément nécessaire à la survie du monde. Il répond à des règles établies qu’il faut scrupuleusement respecter pour être efficace. Si le rituel peut varier suivant le dieu honoré, dans l’ensemble il répond toujours à un schéma de base identique.

Chaque jour, trois services de culte son rendus à la divinité : cérémonies du matin (rite de l’aube), les plus importantes, de midi et l’office du soir.

Relief de Karnak représentant le dieu Amon et ses prêtres
Amon et ses prêtres
Bas-relief du temple de ramsès III à Karnak

Cérémonie du matin


En attendant l’arrivée de Pharaon, les nombreux prêtres qui habitent dans l’enceinte du temple se purifient, se rasent le corps, s’épilent soigneusement et se revêtent de lin blanc ; ils se consacrent ensuite à la préparation des offrandes destinées au dieu et se rendent en procession, dans des volutes d’encens, à l’intérieur du temple où ils sont rejoints par le grand prêtre ou le pharaon suivant que celui-ci est présent ou non.

En effet, seul le pharaon en personne, ou le grand prêtre se livre au rituel divin proprement dit, accompagné du prêtre ritualiste, tenant en main le rouleau de papyrus portant le rituel et d’un autre chargé d’un plateau d’offrandes, précédés du porte torche.

La journée du roi commence donc par le rite de l’aube. Les liens qui unissent le pouvoir temporel, incarné par le roi, et la religion, reposent sur une relation d’échange et de réciprocité. Pharaon se détache du groupe, brise les sceaux d’argile apposés sur les portes de la chapelle. Il pousse le verrou, écarte les battants, tandis qu’un chœur entonne l’hymne du matin :

Éveille-toi, grand dieu, en paix ! Éveille-toi, tu es en paix ! Les dieux sont matinaux à honorer ton âme, ô saint disque ailé qui se lève au sortir de sa mère Nout [déesse du ciel] ! C’est toi qui brise ta prison d’argile et répands sur la terre ton poudroiement d’or, toi qui nais à l’orient, puis t’enfonce à l’occident et dors en ton temple chaque jour.

Illustration montrant ¨Pharaon officiant devant la statue du dieu

Pharon pénètre alors dans la partie la plus secrète du temple, le “Saint des Saints” ou “naos” et se dirige vers le tabernacle - une sorte de coffre en pierre fermé par des portes en bois doré - contenant la statue du dieu. Le prêtre chargé des offrandes dépose son plateau sur une table basse et se retire. Avant de se retirer à son tour, le porteur de torche la tend au roi qui s’en saisit et allume le cierge [***] qui se dresse près du tabernacle. La lumière qui jaillit alors, chassant les ténèbres propices à la régénération du dieu, mais aussi susceptibles aussi d’abriter des puissance néfastes, met fin aux intrigues de celui (Seth) qui fut le meurtrier d’Osiris, tandis qu’une odeur suave se répand dans le sanctuaire : celle de l’onguent medjet, destiné à protéger et à éveiller la divinité.

Maintenant, le souverain peut ouvrir la petite chapelle, fermée par un sceau d’argile (entourant une cordelette passée dans les deux poignées des vantaux) qui a été apposé la veille, lors du dernier service.

Il s’adresse alors à la divinité en lui disant : « Éveille-toi en paix. » Tout en récitant des prières à la divinité, quelle qu’elle soit, il sort la statue divine du tabernacle ; la lave à l’eau pure puisée dans le lac sacré qui représente qui, dans le temple représente les eaux originelles du Noun ; l’embrasse, la parfume et la revêt d’habits frais. La cérémonie de toilette et de vêture est complétée par l’onction avec l’onguent medjet.

Ce fragment de relief représente des prêtres en procession les statues de la déesse Maât et d’Aménophis III divinisé dans leur naos.

Puis Pharaon lui présente toutes sortes d’offrandes : des onguents, des résines odorantes, des étoffes de quatre couleurs différentes (blanche, verte, deux rouges) et de la nourriture fraîchement préparée : pains, fruits, viande, boissons… et « toutes choses bonnes et pures ». Les étoffes lui sont présentées l’une après l’autre, tandis que le prêtre ritualiste récite la formule correspondante : d’abord la blanche, puis la verte, puis les rouges. Chacune d’entre elles, outre la protection, confère certaines qualités à la divinité : éclat du blanc, évoquant la clarté de la lumière ; vigueur du vert, couleur de la végétation luxuriante de la vallée fertile et des vigoureux papyrus peuplant les marécages, qui jadis servirent de support au créateur, avant de donner asile à l’enfant Horus, ancètre du roi ; ardeur des rouges, évoquant la flamme protectrice et le flamboiement de l’astre solaire à son lever.

Ce rituel est accompagné de prières destinées à inciter le dieu à maintenir l’équilibre juste (représenté par une figurine de Maât qui lui est offerte) tout au long de la journée. La divinité lui accorde en retour toutes sortes de bienfaits, notamment le moyen de nourrir le pays à travers une crue du Nil satisfaisante.

La cérémonie terminée, Pharaon replace la divine statue dans le tabernacle. Il prend bien soin de retirer les anciennes offrandes de la veille qui seront réparties entre les membres du clergé et du personnel du temple puis quitte le naos à reculons en effaçant ses traces de pas sans oublier de poser un nouveau sceau sur la porte.

Unique interlocuteur des dieux, pharaon est le seul à pouvoir se trouver face à face avec eux. Le lieu, par excellence, de cette rencontre est le temple, maison du dieu que seul pharaon peut construire ou embellir. Omniprésent, c’est lui qui est représenté en train de rendre un culte à la statue, manifestation sur terre de la divinité. C’est lui, encore, qu’on retrouve dans des scènes cultuelles comme la chasse ou le massacre des ennemis de l’Égypte.

Seul intermédiaire entre les dieux et les hommes, Pharaon remplit bien son rôle d’héritier des dieux. Seul prêtre véritable, il organise les grandes fêtes religieuses et rend le culte journalier sous forme d’offrandes et de prières (en réalité, il délègue sa fonction religieuse à des « serviteurs du dieu » ou prêtres nommés par lui). Avec l’offrande de Maât, à la fois justice, vérité et ordre du monde, symbolisés par une femme assise et portant une plume sur la tête, il signifie à la divinité qu’il remplit bien son contrat et que le monde créé et organisé par le dieu créateur fonctionne. Les scènes de massacres d’ennemis, de guerres, et de chasse, montrent que, comme le créateur l’a fait au début de la création, il repousse le chaos symbolisé par les ennemis et les animaux sauvages. Le pouvoir spirituel et temporel se confondent.

Relief montrant Séthi Ier faisant l’offrande des insignes de la royauté à Osiris
Séthi Ier fait l’offrande des insignes de la royauté à Osiris
XIXe dynastie, Temple de Séthi Ier, Abydos

Puis il rejoint la partie administrative de son palais, en passant devant une fenêtre dite « fenêtre des apparitions » par laquelle le bon peuple peut le voir un court moment.


Les services du matin et du soir


Ces offices sont beaucoup plus courts que celui du matin.

La cérémonie de midi

À midi, un service plus simple est prévu, consistant en fait à marquer le début du déclin du soleil. L’officiant ne rouvre ni la chapelle du dieu principal ni son naos. Il se contente de quelques offrandes d’eau et d’encens, de purifications devant les dieux secondaires et les pharaons défunts.

L’office du soir

Le service du soir reprend celui du matin (offrandes, fumigations, purifications, etc.) mais sans ouverture du naos. Le dieu, après ce dernier repas, s’endort. Le temple à son tour, également purifié par des fumigations d’encens, retombe dans le silence de la nuit.


[***] On suppose que ce cierge, confectionné avec de la graisse du taureau de sacrifice, coloré en rose (ou rouge), représente Seth le roux, fauteur de troubles, dieu stérile du désert.



La déesse Maât

Elle est le chemin devant l’inexpérimenté.

La déesse Maât, garante de l’ordre cosmique : équilibre, justice, vérité et harmonie, est représentée par une femme dont la tête est surmontée d’une plume.

Maat1.jpgMaat2.jpg

C’est cette plume qui servira de contrepoids à l’âme du défunt lors de sa pesée devant le tribunal d’Osiris.

Maât est grande et son action est permanente.
Elle n’a jamais été dans le trouble depuis le temps de son créateur…
Tandis qu’il y a punition pour qui transgresse ses lois.


Régner au quotidien


Pharaon est le garant de l’ordre universel : il est donc de son devoir de dominer ses ennemis mais également de veiller sur son peuple. Il est pour cela assisté d’une vaste administration.

Statue de Ramsès IV saisissant un ennemi par les cheveuxLe rôle du souverain est fondamental dans la croyance égyptienne à l’ordre du monde. Le sacré tenait une grande place dans l’emploi du temps de Pharaon mais, il s’occupait aussi de l’administration du pays. Jusqu’à l’arrivée du christianisme, le roi reste l’un des quatres piliers de la civilisation pharaonique avec la religion, l’art et l’écriture.

Tu gouvernes en tant que roi du double pays, les Neuf Arcs (ennemis de la nation) étant à tes ordres. La limite de ta frontière va jusqu’aux confins du ciel, tout ce qu’il recouvre est sous ton autorité et ce qu’encercle le disque solaire sous ton regard, ce que baigne la Très-Verte t’est soumis, tandis que tu es sur terre, sur le trône d’Horus, radieux, en tant que roi des vivants.
 Les Grands Dignitaires à Ramsès II, lors de l’intronisation de Nébounénef, grand-prêtre d’Amon 

Maître des biens, des terres et des hommes


Le rôle du pharaon est simple, clair, et se résume très schématiquement à trois fonctions essentielles : outre le maintien de l’ordre du monde par des cultes régulièrement rendus aux dieux ; source de la loi, il veille à la prospérité du royaume, administre et gère les récoltes ; et, responsables de toutes les relations, il défend le pays face aux agressions intérieures et extérieures.

Première fonction : maintenir l’ordre du monde. Le pharaon est celui qui prolonge l’œuvre du créateur en garantissant la paix et en maintenant la Maât, l’équilibre et l’ordre du monde [1].

Deuxième fonction : responsable de l’ordre du monde, le pharaon est aussi la source de la loi. Mais parce qu’il est le garant de la Maât, il ne peut officiellement se comporter en dictateur. Il gouverne en se fondant sur les textes de ses prédécesseurs autant que sur ses propres lois. [2].

Selon la tradition égyptienne, c’est le dieu Thot qui aurait donné les lois écrites à Narmer/Ménès, le premier roi d’Égypte, afin qu’il les transmette à son tour et les fasse appliquer.


Troisième fonction : les relations avec le monde extérieur. Il est le chef de l’armée et de la diplomatie. Comme le démiurge fit surgir l’être du non-être et en repousse sans cesse le retour, de même le pharaon se doit de créer de l’être en élargissant les frontières et en préservant l’Égypte des assauts des peuples voisins à travers lesquels se manifeste la menace du chaos. [3].

Lors des grandes batailles, il est à la tête de ses troupes, composées d’engagés volontaires et de soldats étrangers (mercenaires) payés pour leurs services.

Ci-dessus, le pouvoir du pharaon est symbolisé par cette statue représentant Ramsès IV saisissant un ennemi.

fresque montrant un défilé d’étrangers apportant leur tribut annuel
Les nations soumises à Pharaon apportent, une fois par an, leur tribut. Des Nubiens offrent ici une girafe et des Syriens, des chevaux et des panthères. - Tombe de Rekhmiré, nouvel Empire


L’administration


De tels pouvoirs ne sont évidemment pas envisageables sans une administration efficace. Si, en principe, le pharaon doit remplir seul toutes ces fonctions, il délègue. Sous son autorité se met en place une bureaucratie puissante et active [4].

Dès qu’il rentre au palais, après le rite de l’aube, commencent alors les audiences des notables et de son premier ministre, le vizir. Son nom égyptien est tchaty, « celui du rideau », car le vizir partage les secrets d’État avec Pharaon et sait donc ce qui se passe derrière le voile. Les rapports des chefs de provinces (les nomarques) étant parvenus au vizir, il en fait un résumé et le présente au roi qui peut ainsi prendre les décisions indispensables pour l’avenir du pays, dicter à son scribe le courrier du jour, recevoir les délégations étrangères…

C’est Pharaon qui se charge également de la nomination (éponymat) des nomarques (gouverneurs des provinces ou nomes), des responsables de l’irrigation, du transport des marchandises, de l’agriculture, des finances publiques, de la santé…

Souvent le roi assiste à de grands banquets donnés en l’honneur des souverains de pays soumis qui lui apportent chaque année, leur tribut (or, pierres précieuses, animaux sauvages divers…).
autrePage.gif Voir aussi : La Société égyptienne » Le Service de l’État | Les nomes - fiches détaillées





Un traité de « gouvernement »

Dans L’Enseignement pour Mérykarê, un roi (?) défunt adresse des recommandations posthumes à son fils et héritier, Mérykarê (Première période intermédiaire - Seconde moitié de la Xe dynastie). Il s’agit, pour reprendre les mots de l’égyptologue Pascal Vernus d’un véritable « traité de gouvernement » : comment remplir au mieux la fonction de roi (bilan de règne) afin qu’au jour de la mort le jugement dans le tribunal divin soit positif, puisque, tout comme les autres hommes, le souverain devait répondre de ses actes.

Ne néglige pas mon discours qui [t’]indique les règles de la royauté, conseille le souverain défunt (…), que tu puisses me rejoindre [dans l’au-delà] sans aucune accusation contre toi.


À suivre : Se rendre au harem - Scènes de chasse - Une course en char - Goûter les mets les plus fins - Le roi joue


Écouter des contes et des récits


Dessin représentant pharaon à l’écoute de l’un de ses fils
Lorsqu’il se lasse des jeux et des spectacles, Pharaon fait mander prêtres et érudits pour se faire narrer des contes et légendes. Combats divins, terres lointaines… Tout est propice à ces récits fabuleux.


Pendant les mois de chaleur qui précèdent et suivent l’arrivée de la crue, au début de l’après-midi, les appartements se font étouffants. Pharaon s’installe alors dans les jardins du palais parfois entouré de la reine et des enfants royaux. Là, sous un dai de toile légère, à l’ombre fraîche des arbres, confortablement installé sur des fauteuils ou des pliants, on peut bénéficier de la douce brise du Nord. Fait-elle défaut que des flabellifères, agitant leurs grands éventails de plumes d’autruche, y suppléent. La proximité du lac, avec ses fleurs aquatiques, délasse et rafraîchit.


Le décor est planté, le narrateur fait face au roi… que l’histoire commence !
Dessin représentant pharaon à l’écoute de l’un de ses fils
Les après-midi brûlants comme les longues soirées d’hiver sont propices aux contes.
© Éditions Atlas - Illustration de R. Roussel

Le papyrus Westcar, receuil de contes fabuleux


Le papyrus Westcar [.*] est composé d’une série de contes reliés les uns aux autres à la manière du récit « à tiroirs » des Mille et Une Nuits. On y apprend que Khéops, deuxième pharaon de la IVe dynastie, ayant « parcouru toutes les chambres du palais à la recherche de quelque divertissement sans arriver à en trouver aucun », décida de faire appel à ses fils afin que chacun lui raconte une histoire mêlant magie et sorcellerie. Le pharaon ayant eu neuf fils, il est probable qu’il y eut neuf récits différents. Mais la fin du manuscrit n’est pas connue, et seuls quatre contes sont parvenus jusqu’à nous.


Une vision égyptienne du passé


Les trois premiers fils de Khéops vont lui relater des « prodiges » réalisés sous les règnes de pharaons plus anciens, alors que le quatrième conte est contemporain du souverain, voire annonciateur du futur.

On ne dispose que de la dernière phrase du premier conte, et rien n’indique le nom du premier prince conteur ; la seule affirmation est que le roi-ancêtre mis en exergue est Djoser, roi de la IIIe dynastie célèbre pour sa pyramide à degrés.

Le deuxième narrateur, le prince et futur roi Khéphren, met en scène un mari trompé qui se venge de sa femme et de son galant en ayant recours à un magicien. Alors que les amants se rejoignent dans un pavillon dissimulé au fond d’un jardin à proximité d’un lac, le mari, Oubaoné, en est averti par un serviteur. Avec l’aide d’un magicien, il fabrique un crocodile en cire qui, une fois dans l’eau du lac, se transforme en un crocodile vivant qui dévore le perfide imposteur. Après cet événement extraordinaire, Oubaoné fait venir le roi Nebka et lui montre la spectaculaire transformation du crocodile en cire. Impressionné par ce miracle, Pharaon condamne à mort la femme adultère.

Le troisième conte se situe sous le règne de Snéfrou, père de Khéops, l’histoire est racontée par Baoufrê, qui narre l’aventure de vingt jolies rameuses quelque peu dénudées naviguant sur les eaux d’un lac en compagnie du roi Snéfrou. La cheftaine des rameuses perd un bijou en forme de poisson et stoppe l’embarcation. Snéfrou, attristé par l’interruption de cette délicieuse promenade, appelle son chef-lecteur, Djâdjâemânkh, à la rescousse. Ce dernier prononce des paroles magiques, qui « ouvrent » les eaux du lac pour dévoiler le bijou de la belle.

La particularité du dernier récit connu du papyrus Westcar est de se situer sous le règne de Khéops. Hordjedef, au lieu de conter une histoire relatant le passé, évoque le prophète Djedi, réputé expert pour recoller les têtes, dompter les lions et autres miracles. Fort intéressé, Khéops fait venir le magicien au palais et lui demande de recoller la tête d’un prisonnier que l’on va sacrifier pour la circonstance. Djedi refuse la proposition de Khéops de sacrifier un homme et demande qu’on lui amène une oie et un bœuf pour exécuter son tour. Les prodiges réalisés, Djedi annonce la venue prochaine de trois fils qui ne sont autres que les trois premiers rois de la Ve dynastie et révèle donc la fin du règne de Khéops. Le chapitre suivant, anonyme, décrit l’accomplissement de cette prédiction.

 
 

Un conte sensuel


Alors que Snéfrou s’ennuyait dans son palais, il fait appel au chef-lecteur Djâdjâemâkh qui lui fait la proposition suivante. Nous sommes dans le troisième conte :

« Que Ta Majesté se rende au lac du palais. Équipe-toi une barque avec toutes les belles filles de ton palais. Le cœur de Ta Majesté se divertira à les voir ramer en descendant et en remontant. Et tandis que tu contempleras les beaux fourrés de ton lac, que tu verras les champs qui le bordent et ses belles rives, ton cœur se divertira à ce spectacle. »

« Je vais certainement [dit le roi] m’organiser une promenade sur l’eau. Qu’on m’apporte vingt rames en bois d’ébène recouvert d’or, leurs manches étant en bois de santal garni d’or fin. Et qu’on m’amène vingt femmes, qui soient belles de corps, qui aient une ferme poitrine et des cheveux nattés, et dont le sein n’ait pas encore été ouvert par l’enfantement. Qu’on m’apporte aussi vingt résilles, et qu’on remette ces résilles à ces femmes quand auront été déposés leurs vêtements. »

Alors il fut fait conformément à tout ce que Sa Majesté commandait.
 
 


[.*] Donné à l’égyptologue allemand Karl Richard Lepsius en 1839 par Miss Westcar qui l’avait rapporté d’Égypte, ce papyrus entre dans les collections du musée de Berlin en 1886. En partie incomplet, il est constitué de feuilles collées les unes aux autres et mesure 1,69 m de longueur.



À suivre : Pharaon se rend au harem - La fête d’Opet - Conduire la bataille


Pharaon prend le deuil


Le souverain d’Égypte est rarement montré manisfestant sa peine. Sa nature divin interdit par convention qu’il exprime des sentiments. Une représentation nous révèle pourtant un roi en proie à la douleur à la suite de la mort d’une de ses filles : Akhenaton, un pharaon, il est vrai, à part.

Au sujet du deuil, voici ce que nous apprend Hérodote au chapitre LXXXV de son livre :
Le deuil et les funérailles se font de cette manière : quand il meurt un homme de considération, toutes les femmes de sa maison se couvrent de boue la tête et même le visage ; elles laissent le mort à la maison, se découvrent le sein, et, ayant attaché leur habillement avec une ceinture, elles se frappent la poitrine, et parcourent la ville accompagnées de leurs parentes. D'un autre côté, les hommes attachent de même leurs habits et se frappent la poitrine : après cette cérémonie, on porte le corps à l’endroit où on les embaume.

Ce récit constitue chez les Égyptiens la scène dite « Prelière manifestation de la douleur », après laquelle le corps du défunt est livré aux embaumeurs, artisans appartenant à la classe sacerdotale.



Le roi se couche


Parce que la nuit est toujours lourde de menaces, le coucher, plus que tout autre moment d’une journée, à pour Pharaon la valeur d’un passage symbolique hautement ritualisé.

Pharaon doit se coucher comme le soleil. Dès qu'il fait nuit, il doit disparaître aux yeux de ses sujets, mais pas de sa famille avec laquelle il peut passer de longues soirées.

Puis il gagne ses appartements ( sa chambre, où il couche seul, est tout au fond du palais de manière à le protéger de tout attentat éventuel ).

Comme il a été habillé rituellement, il est déshabillé rituellement.

Puis il se couche la tête tournée vers l'est, posée sur un chevet, et les pieds tournés vers l'ouest ( il pourra ainsi voir le soleil dès son lever ).

Enveloppé dans des draps de lin, il s'endort du sommeil du juste.


Notice documentaire

gynécée
n.m. du grec gunê, femme. 1. Antiquité grecque et romaine. Lieu, édifice, monument ; appartement réservé aux femmes. 2. Dans le moyen âge, espèce de manufacture où les seigneurs faisaient travailler leurs vassales ou femmes de corps, à des ouvrages de laine et de soie. 3. Littéraire. Endroit où, habituellement, vivent et travaillent des femmes. 4. Botanique. Le gynécée est l’autre nom du pistil, l’organe femelle des plantes à fleurs.


Catégorie / Titre : Pharaons et Reines /     Le quotidien royal
Date de création : 18/11/2008 - 09:29  -¤-  A été modifié le : 26/12/2008 - 13:39

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