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Un peu d’histoire » L’Égypte pharaonique : Pharaons et Reines

La naissance de Pharaon



Un souverain d’essence divine - La déesse-reine - Mythe de la naissance divine de Pharaon - La conception d’Aménophis III

Avant d’aborder la chronique du quotidien de Pharaon (chapitre suivant), intéressons-nous à une des périodes les plus cruciales de la vie de cet homme d’exception : sa naissance.

Ce moment clé de la vie humaine revêt, compte tenu des dangers qui l’accompagnent, une importance encore plus décisive dans le cas de Pharaon. Il est donc placé sous la protection de génies spécifiques et de rituels précis, car le destin de l’enfant est en partie scellé dès sa venue au monde.

Stéphanie Bonato-Bacchari, Les Cahiers de Science & Vie - Journées de Pharaons n° 88 août 2005


 
 

Pharaon : une destinée


À partir du Nouvel Empire (vers 1550 avant J.-C.), le pharaon est souvent considéré comme destiné à la royauté dès le ventre de sa mère. Dès son plus jeune âge, il en a donc les vertus. Une inscription sur un groupe figurant Horemheb et sa femme illustre cette croyance :

Il (Horemheb) est sorti du sein maternel, déjà paré de prestige et revêtu de couleur divine. (…) Son bras pendait encore comme celui d’un enfant que les grands comme les humbles se prosternaient. Les nourritures lui communiquaient leur force alors qu’il était un petit sans sa raison encore (…). La protection de son père Horus était derrière lui, car celui qui l’avait engendré assurait sa garde. Il connaissait le jour de son avènement, quand il lui donnerait la royauté qui lui revenait.
 
 


Un souverain d’essence divine


L’histoire personnelle de Pharaon commence lors de sa conception, bien avant sa naissance terrestre. La nature même du souverain en fait un être à part, à la jonction entre le monde des dieux et celui des hommes. Sa place au sein d’une dynastie de souverains fait naturellement de lui un fils de dieu.

Être d’essence divine, Pharaon est conçu, mis au monde et allaité par les dieux. Le dieu prend la forme et l’aspect du pharaon régnant pour s’unir charnellement à sa reine et donner naissance à l’héritier légitime du trône. Dès les premiers moments de la grossesse de la reine, Khnoum, le dieu créateur à tête de bélier, façonne sur son tour de potier le corps de l’enfant et celui de son génie protecteur, le ka, principe vital dont il sera le réceptacle. Khnoum incarne par cette action le principe créateur masculin que l’on reconnaît à l’animal dont il possède en partie l’apparence. Vient alors Héqat, la déesse à tête de grenouille qui incarne le principe de résurrection, à l’image des batraciens revenant périodiquement lors des crues du Nil. Son rôle consiste à insuffler la vie à l’être créé par son époux.

Lorsque la reine ressent les premières douleurs de l’enfantement, elle gagne - en compagnie de Khnoum et des sages-femmes de la cour - le lieu de la délivrance et préside à l’accouchement. Sont également présentes les déesses Isis, placée devant la future mère ; Nephthys, derrière elle, et Meskhénet, la déesse de l’accouchement, tandis que Héqat a pour fonction d’accélérer la naissance.

Après la délivrance, les déesses, comme le font les sages-femmes, procèdent à la toilette du nouveau-né, coupent le cordon ombilical et le déposent dans son berceau ou le confient à une nourrice.
Symbole de document Voir aussi : Ka


La déesse-reine


La première épouse du pharaon était considérée comme une reine et une déesse vivante. Le roi représentait le dieu Soleil alors que la reine était associée à Hathor, la déesse de l’amour et à Isis, la déesse-mère.

Grâce à cette origine divine, au sang divin qui coule dans ses veines, une femme peut exercer la royauté au même titre qu’un homme ou transmettre ses droits à la couronne à son mari. Cette conception de la filiation entre Pharaon et les dieux explique les mariages consanguins (entre frère et sœur et, parfois même, entre père et fille), indispensables pour garder intacte la purété du sang divin.


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Mythe de la naissance divine de Pharaon

D’après l’ouvrage de Christiane Desroches Noblecourt, Le fabuleux héritage de l’Égypte - Théogamie, mythe de la déesse mère et barque sacrée (XIII, 252257), Éditions Télémaque, 2004
Dessins de H. Carter - Reliefs de la XVIIIe dynastie, temple de Deir el-Bahari.


Le mariage divin
Un des mythes important aux yeux des Égyptiens est celui de la théogamie ou l’union du dieu et d’une mortelle. Ce mythe ancien était déjà utilisé pour raconter la naissance des premiers rois de la Ve dynastie, à la fin de l’Ancien Empire (Papyrus Westcar), nés du Soleil et de l’épouse du grand prêtre. Il fut repris au nouvel Empire par la reine Hatchepsout. Elle relate, dans son temple des millions d’années à Deir el-Bahari, comment le dieu Amon (Imen = le Caché) choisit la reine mortelle Ahmès, pour concevoir avec l’aide des dieux Thot, Khnoum et Hekhet, une fille amenée à régner sur Terre [1].

Représentation de l’union d’Amon et Iahmès
Théogamie, IL’union d’Amon-le-Caché avec celle qu’il a chosie, la reine Iahmès, future mère d’Hatchepsout.

Alors Amon, ce dieu magnifique, maître des trônes du Double Pays, se transforma et prit l’apparence de Sa Majesté, le roi de Haute et de Basse-Égypte Thoutmosis Ier (Âakhéperkarê), époux de la reine. Il la trouva comme elle dormait dans la beauté de son palais.

Thot annonce ensuite à la reine la prophétie [2]. Aménophis III reprend ensuite ce mythe dans le temple de Louxor, qui donnera lieu à l’une des plus grandes fêtes égyptiennes, celle de l’Opet [.*], qui célèbre le mariage divin. À la demande du pharaon, s’opère l’union du dieu Amon et de la reine. Ainsi, l’enfant qui naîtra possèdera la substance divine et royale. Plus tard, ces représentations se répandront dans les temples égyptiens de l’époque ptolémaïque, dans des salles spéciales appelées mammisi (du copte, maisons de naissance), comme à Philae par exemple.

Après qu’il l’eut approchée étroitement et qu’elle s’extasiait à contempler sa splendeur (nfrw.f) divine, voici que l’amour d’Amon pénétra son corps. Le palais était inondé du parfum du dieu dont toutes les senteurs étaient celles de Pount. […] Paroles dites par Amon, maître des trônes du Double Pays : […] Certes, Khene-met-imen-Hatchepsout (rejeton d’Amon, Première des Nobles Dames) sera le nom de cette fille que j’ai placée dans ton corps. Elle exercera cette bienfaisante royauté dans ce pays tout entier.
Représentation de l’union d’Amon et Iahmès
Théogamie, IIL’annonce faite à la reine par Thot, le messager divin.
Khnoum fabrique l’embryon de la future reine Hatchepsout et de son ka
Théogamie, IIIKhnoum, le potier divin, fabrique sur son tour l’embryon de la future reine Hatchepsout et de son ka.
Puis Amon donne à Khnoum, le potier divin, l’ordre de modeler l’enfant et son ka. Lorsque l’épouse royale accouche de la future reine, elle est entourée d’une ennéade de divinités, disposées en trois rangées de trois. L’enfant est présentée à Amon qui lui promet la royauté terrestre ; il en confie l’allaitement à Hathor, la nourrice divine.

Représentation de la marche de la reine vers la salle d’accouchement
Théogamie, IVMarche de la reine vers la salle d’accouchement.

Rites de rajeunissement
La naissance de l’enfant-roi correspond, en Égypte, à l’apparition du soleil revivifié et du pharaon rajeuni. Cet événement a lieu le jour de l’An avec la réapparition de l’étoile Sothis (Sirius) à l’horizon oriental, signifiant le retour de la crue du Nil, moment où doit être célébré le Jubilé annuel du Souverain [**]. Dans le temple d’Abou Simbel, Hathor y présente au monde le roi régénéré, Horus flamboyant à tête de faucon, suivant l’étoile Sothis, encadré par deux images de l’inondation Hâpy. De grands hommes, représentants des pays amicaux du nord et du sud de l’Égypte, guidés par l’étoile, lui rendent hommage avec des tables d’offrande [3].

Scène d’accouchement et d’allaitement
Théogamie, VLe lit d’accouchement supportant la reine et la nourrice. En bas, les deux vaches rappellent l’8uvre nourricière de la grande Hathor pour le nouveau-né et son double.

La déesse à l’enfant
Avec le temps, la mère de pharaon, associé à Horus, prend les traits d’Isis, la grande mère divine, qui devient une déesse populaire. Elle figure accroupie tenant dans son giron l’enfant Horus qui va régner sur les humains. Elle est assimilée à Isis lactans, tenant son enfant sur les genoux [4].


[1] On retrouve cette même idée chez les Chrétiens avec la conception de Jésus, œuvre du Saint-Esprit et d’une vierge.
[2] Tout comme Gabriel fait l’annonce à la Vierge Marie.
[3] Ils ne sont pas sans rappeler les Rois Mages, repris plus tard par la religion mazdéenne et la religion chrétienne.
[4] On la retrouve à Rome, Pompéi, Herculanum, mais aussi en Gaule, aux pieds des Nautes de Lutèce, dans les armes archaïques de la ville de Paris, en Bretagne, lors du Grand Pardon, ou encore en Camargue, dans la barque des Saintes Maries de la Mer contenant Marie Jacobée et Marie Salomé. À l’époque où la religion du Christ gagna l’Égypte, Isis à l’enfant Horus devait d’emblée et naturellement devenir l’image de la Vierge Marie, tenant sur ses genoux l’enfant Jésus.

Il existe tant de coïncidences entre l’Égypte et l’Occident qu’il est impossible de ne pas leur reconnaître des origines communes indéniables.

[.*] autrePage.gif Voir aussi :La grande fête de l’Opet | [**] La grande fête du nouvel an - fiches détaillées
 
 

 
 AmenophisIIItetantHathor.jpg

La conception d’Aménophis III


« Lorsqu’Amon-Rê se fut transformé en la Majesté du mari, le roi de Haute- et Basse Égypte, Toutmosis IV, il trouva la reine Moutemouya alors qu’elle reposait dans la perfection de son palais ; elle se réveilla au parfum du dieu et rit devant Sa Majesté. Il s’approcha d’elle afin de lui montrer son désir pour elle, et fit qu’elle le vit sous son aspect divin ; après cela, il vint devant elle, réjouie à la vue de sa perfection, son amour lui traversant sa chair. Le palais fut inondé du parfum divin […]. Puis la Majesté de ce dieu fit tout ce qu’il voulait avec elle. »

Temple de Louqsor, Inscription dans la Chambre de la théogamie






Ci-contre, Aménophis III tétant Hathor
Dans les récits légendaires concernant la naissance et l’enfance du pharaon, la déesse Hathor, représentée en vache, est le creuset de tout être et de toute chose, véritable principe de régénération. À ce titre, elle est considérée comme la mère symbolique du pharaon, qui se nourrit à son pis.

 
 

Cette conception de la naissance du souverain sous-entend la liaison intime entre culte divin et culte royal. La monarchie est ainsi étroitement liée à la religion, dont elle est l’une des expressions.

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Catégorie / Titre : Pharaons et Reines /     Naissance de Pharaon
Date de création : 18/11/2008 - 09:16  -¤-  A été modifié le : 12/12/2008 - 12:47

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