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 La religion égyptienne - Mythes/Rites et Croyances
Le Mythe de la mort » Conception de la personnalité, image réduite de l’univers Avant toute chose, il faut bien comprendre que la complexité de la religion funéraire résulte de la conception égyptienne de la personnalité humaine, et de ce que cette conception a évolué au cours des siècles sans que jamais les croyances nouvelles oblitèrent complètement les croyances anciennes. L’homme égyptien se considère comme une « image de Dieu », digne de son amour et capable d’y répondre. La place qu’il se fait dans l’univers n’est pas celle d’une créature d’exception par ses origines, mais par le fait qu’être pensant, l’homme est en état de concevoir les choses, de leur conférer ainsi une réalité cohérente à laquelle il cherche à s’intégrer.
L’homme possède aussi sa géographie sacrée ou ensemble de liaisons entre ses différents niveaux de réalité. On concevait la sphère du spirituel comme une sorte d’ensemble comprenant plusieurs « véhicules », dont chacun remplissait une fonction spécifique dans le schéma métaphysique des choses. La dualité courante corps-âme ne peut donc être appliquée, car les Égyptiens se représentent la personnalité humaine comme une réalité complexe où plusieurs principes ou fonctions se relient de manière interactive entre les mondes concret et imaginal. La personnalité humaine comprend quatre composantes dans le plan concret et quatre composantes dans le monde imaginal. Ces deux systèmes parallèles ne sont pas indépendants l’un de l’autre mais en étroite interdépendance, ni simplement surperposés l’un sur l’autre.
Chaque niveau de réalité agit comme une unité d’éléments sans différence hiérarchique entre eux. Selon les fonctions accomplies, certains dirigent les autres, mais ne sont pas toujours les mêmes. Il y a une permutation des rôles.
Ces huits composantes constituent un véritable circuit de correspondances.- Les composantes du monde concret sont : le corps, le nom, l’ombre et le cœur.
- Les composantes du monde imaginal sont : Akh, le corps de lumière ; Ka, la force vitale universelle ; Ba, l’identité paradoxale ; Sahu, le Caractère ou Dieu en l’homme, ou encore le corps de gloire.

Composantes du monde concret
Le corps ou Djet : l’essence de l’êtreAprès la mort, le corps, support matériel de la personnalité, devient momie, support-symbole ici-bas de la reconstitution des composantes qui tendent à la dissociation et qui, grâce aux rites funéraires, permet la transfiguration du défunt dans un corps de lumière ou Akh. Le corps devient Khat s’il n’est pas momifié après la mort.
Le nom ou RenLe nom donne leur essence aux choses et aux êtres, et les différencie. Le nom est vivant. Il suffit de le prononcer ou de l’évoquer, même après la mort, pour perpétuer l’existence de celui qui le porte. Au fil des siècles, le ka a peu à peu été assimilé au nom. Le nom garde la qualité de ce que l’on est. Pour les animaux ou les plantes, c’est une qualité générique ou collective ; pour l’homme, une qualité individuelle et, pour les dieux, une qualité multiple comme les visages de l’univers. Le nom est une partie primordiale de l’être. Sans nom il n’y a plus d’être : l’effacement du nom était un grand châtiment qui condamnait les êtres à l’oubli.
L’ombre ou Shut : une compagne sereineImage silencieuse de notre personnalité, l’ombre ne quitte jamais l’homme. De couleur noire, elle a la forme de son possesseur. Dans un pays brûlé par le soleil, elle évoque l’idée de bien-être, de calme, de repos. Elle est parfois conçue comme résidant dans la quiétude de l’au-delà. Elle peut également représenter la puissance sexuelle de l’individu.
Le cœur ou AbSi le nom possède le principe d’identité ou le secret des choses (la clé du personnage), si le ka le maintient vivant dans ce monde et dans l’autre, le cœur est le siège de l’activité créatrice. C’était l’élément le plus important pour l’individu. Siège de ses pensées, de sa conscience et de sa volonté, il était aussi le réceptacle de sa mémoire, le témoin de toute son existence. C’est à ce titre qu’il figure dans les scènes de jugement du défunt (psychostasie) où il est confronté à la Maât. Le cœur était le seul organe qui demeurait dans la momie après l’éviscération. S’il venait à être détruit, le mort serait incapable de se présenter devant le tribunal divin. Il existait donc des cœurs de remplacement, des amulettes qui adoptaient sa forme ou qui prenaient celle du scarabée, associant ainsi l’organe avec le symbole du devenir perpétuel. Des extraits du Livre des Morts pouvaient y être gravés, enjoignant en particulier le cœur à ne pas devenir un témoin à charge lors du jugement.
Composantes du monde imaginal
L’Akh : la puissance céleste Force de caractère surnaturel, corps de lumière, destiné à glorifier le mort, l’akh, se manifeste suite aux mutations de la mort ou suite à une haute initiation, puisque certains personnages se sont octroyés le titre d’« Akhou » ou « Maâkherou » (justifié) dès leur vivant. Principe solaire et lumineux, il permet d’accéder aux étoiles lors du passage dans l’au-delà. Il est la forme sous laquelle se manifeste la puissance des défunts ; c’est en quelque sorte leur esprit. Il semble que l’homme n’entre en possession de son akh qu’après son décès.
Opposé au corps, qui appartient à la terre, l’akh, représenté par un ibis à aigrette, appartient au ciel, où il semble se plaire surtout après la mort.
À l’origine, seul le roi et les dieux possédaient l’akh. Puis, par évolution, les simples mortels en furent dotés.
Le Ka : l’énergie vitale | Je suis sorti, ta grande face derrière moi. Les offrandes sont mes deux bras. |  |
Le ka est le principe le plus difficile à définir. Il s’apparente au nom, à la puissance. Mais si le nom nous signale comme entité particulière, le Ka nous relie à la force universelle qui anime le Cosmos. Le ka est la « force vitale » qui permet au nom d’exister. Le nom est mental (forme), le ka est énergie. C’est la vitalité d’un être, sa faculté d’exécuter les actes de la vie. Le pluriel du mot est fréquemment employé pour désigner les aliments à l’aide desquels la vie se maintient dans les corps. C’est au ka du défunt que sont apportées les offrandes alimentaires, et les prêtres funéraires sont appelés les « serviteurs du Ka ». Le Ka est associé à l’offrande, au soutien énergétique de toutes les actions. C’est à lui que l’on s’adresse explicitement dans la formule d’évocation du nom.
| D’origine divine, le ka est la puissance créatrice qui habite tout être mais ne lui appartient pas. À chacun d’« aller vers le ka ». |  Statue funéraire du roi Aouibrê Hor portant sur la tête une paire de bras levés figurant le Ka du pharaon défunt. Ce genre de statue permettait au Ka de revêtir une forme humaine.
Pyramide d’Aménemhat III (XIIe dynastie) à Dashour | | Aliments destinés à nourrir le Ka du défunt Le défunt était enterré avec tous les objets nécessaires à sa survie dans l’au-delà. Les produits alimentaires trouvaient aussi leur place dans l’inventaire des offrandes : sur une petite sellette ont été disposés plusieurs morceaux de volaille et de viande ; dans le panier d’osier et les coupes en argile au premier plan, ont été déposés du pain, des figues et du poisson séché.
Nouvel Empire, XVIIIe dynastie - British Museum, Londres |
Quand Khnoum, le dieu potier, fabrique dans la glaise le premier corps, il crée en même temps le Ka, jumeau énergétique du corps physique. Sans le Ka, il n’y a pas de vie. Mourir, c’est séparer le Ka du corps. Le corps n’est que de ce monde tandis que le Ka habite le visible et l’invisible ; c’est lui qui se rend dans l’au-delà à travers la fausse porte du tombeau. Affirmer que les morts ont un Ka est en quelque sorte nier la mort elle-même. Mais cette négation n’a de sens que si les vivants continuent à s’occuper de leurs ancêtres par le souvenir et les offrandes (manifestation visible du souvenir). La visualisation de la mort permet de faire revivre. Elle est l’agent de la résurrection, de l’immortalité. Par les rites on s’occupe de la mémoire du défunt ; on l’empêche de se dissoudre, ou d’éclater en de multiples morceaux, c’est-à-dire de devenir inconscient ou inerte. Le culte des ancêtres met en marche l’imagination revivificatrice qui abolit la mort comme extinction.
Pour se perpétuer (voir l’illustration ci-dessus à gauche), le Ka a besoin d’un support : cadavre devenu impérissable par la momification et, à défaut une statue ou une simple image, gravée ou peinte.
Le Ba : l’« âme extérieure »Comme tous les éléments vus jusqu’ici, le Ba n’est pas exclusif à l’homme. Sa fonction est capitale puisqu’elle peut se définir comme “Celle qui lie les deux faces de l’être, le réel et l’imaginaire”. Le Ba relie visible et invisible, observable et non observable, passé et avenir, nuit et jour, dieux et hommes, au-delà et ici-bas, assurant ainsi à la personne sa continuité. Le siège de la dualité complémentaire est le cœur où résident la mémoire et l’imagination créatrice, le passé et l’avenir. Le résident occulte du cœur, celui qui établit le lien paradoxal est le Ba, l’agent du monde imaginal, son principe actif. Le cœur est témoin, Le Ba est acteur. Le cœur est la résidence, le temple le Ba l’officiant et l’habitant.
Anciennement figuré comme un échassier, à partir de la IIIe dynastie, le Ba qui se rapproche le plus de notre conception de l’âme, représenté comme un oiseau à tête humaine, est à la fois faculté de transcendance et capacité de manifestation. Il est caractéristique du défunt afin que le ka puisse le reconnaître et rejoindre le ba dans l'au-delà.
Tombe de la reine Taousert. Vallée des rois, Thèbes-ouest Ce même jeu de polarités s’établit dans un autre registre entre le corps-momie (l’inerte, la pierre) et le Ka (la force vitale qui active les choses). Les composantes de la personnalité se relient donc par couple de polarités antagonistes et complémentaires à la fois. Tout indique que la vision anthropologique forgée par les Égyptiens fait de l’homme un résident du paradoxe. Le plan physique est animé par la bi-unité « corps-Ka », le plan psychique par la bi-unité « cœur-Ba ».
Le Ba est porteur de la puissance de son propriétaire, qu’il soit dieu ou homme, vivant ou mort. Il voyage à son gré dans le monde divin comme sur terre et agit hors des contingences spatiales, même loin de l’être dont il est la manifestation. Il peut ainsi s’envoler vers la terre puis « réintégrer » la momie en lui apportant les souffles rafraîchissants qu’il est allé quérir pour elle. C’est le plus indépendant des principes spirituels par rapport au support matériel qu’est le corps.
Sahu : le moi personnel/temporel Sahu, le caractère, est responsable du comportement social de l’individu. Si la relation avec le dieu intérieur paraît intermittente, le caratère possède une permanence et constitue ce qui différencie les hommes les uns des autres, en leur dictant leurs types de conduite personnelle.
Le sahu ne s’obtenait que si certaines prières étaient dites autour du mort. Le dieu Osiris possédait lui-même un sahu et avait le pouvoir d’accorder à d’autres un véhicule semblable, en réponse à des prières exécutées dans les formes, bien entendu. Le sahu pouvait monter au ciel et y demeurer avec les dieux. C’était en fait un véhicule immortel dans lequel vivait l’âme.
Après la mort, pour les Égyptiens, il était primoridial de conserver l’intégrité de l’être. Ceci explique tous les rites (momification, ouverture de la bouche,…) qui étaient effectués sur le défunt afin que tout ses éléments restent unis dans l’au-delà.
Puissance de l’image et du nom
Toutes représentations d’un être ou d’un objet participent de cet être ou de cet objet, d’où le pouvoir des amulettes portées sur le vivant ou placées sur la momie. Ces amulettes représentaient des divinités ou des objets protecteurs. Celui ou celle qui les porte est ainsi protégé.
On représentait sur les murs des chapelles à l’intérieur des mastabas (tombe privée) le mort assis devant une table d’offrandes appelée table d’oblation. Cette table était surchargée de provisions. Magiquement, ces provisions pouvaient, si un passant ou le mort lui-même prononçait les formules rituelles, se changer en nourriture.
On peut voir là l’origine de toutes les scènes figurant sur les parois des tombeaux (préparation de la nourriture depuis le labourage jusqu’à la fabrication des aliments). Le mort étant assuré de ne jamais manquer de nourriture puisque par la représentation et par l’invocation de formules magiques, les scènes pouvaient devenir réelles.
Les Égyptiens attribuaient une puissance profonde au nom. Connaître le nom d’un dieu ou d’un ennemi c’était avoir un pouvoir sur lui. On inscrit le nom des ennemis sur des vases ou des statuettes qui sont ensuite brisées et enterrées. On pouvait aussi en versant de l’eau sur une statue ou un bas relief couvert de figurations de dieux et de hiéroglyphes, assimiler la puissance contenue : l’eau en passant sur les images et les textes sacrés s’imprégnait de leur force et il suffisait ensuite d’absorber le liquide pour assimiler les textes. C’était une manière de lutter contre les dangers terrestres et surnaturels.
Nous voyons donc que chez les Égyptiens de l’Antiquité, les cérémonies et croyances liées à la mort représentaient une part importante de leur vie. Les préoccupations liées à la mort au cours de l’Égypte Antique étaient d’ordre religieuses. Le mythe de la mort représentait un aspect très important de la religion des égyptiens, mais constituait surtout une étape importante de la vie du pharaon, frère des dieux, qui devait après son décès vivre auprès des dieux un repos éternel. Les Égyptiens considéraient qu’après le décès, l’âme du défunt pouvait renaître et accéder au « royaume des morts » et au repos éternel.
Article(s) complémentaire(s)
Catégorie / Titre : Un peu de mythologie / La Personnalité
Date de création : 12/08/2008 - 13:55 -¤-
A été modifié le : 15/01/2010 - 14:25
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