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 Un peu d’histoire » L’Égypte pharaonique : Pharaons et Reines
Les origines de la royauté égyptienne Un article extrait de l’ouvrage collectif, Passion de l’Égypte (collection de fiches), Édition Atlas, Paris 2003
Un peu d’histoire - Origines culturelles - Fondation théologique
La royauté désigne la charge (ou le statut) de roi. Elle a un aspect à la fois (ou séparément dans certaines civilisations) sacré, civil et militaire (ou encore symbolique, représentatif et de commandement), et peut, ou a pu, avoir une étendue politique ou géographique différente pour chaque aspect. Elle n’est donc pas équivalente à la monarchie (= gouvernement par un seul, faisant référence au seul troisième aspect), régime politique où la fonction monarchique peut être assurée par un roi, mais également par un empereur ou un dictateur.
En Égypte, la monarchie est d’essence divine et Pharaon est un descendant des dieux. Monarque absolu, ses pouvoirs régissent aussi bien la crue du Nil que l’existence de la vie sur terre. Événement fondateur de la civilisation égyptienne, l’apparition de la monarchie pharaonique était considérée par les anciens habitants de la vallée du Nil comme inhérente à la création elle-même.
Paire de claquoirs en ivoire ornés d’une tête d’animalMis au jour à Maadi, époque thinite - Musée du Louvre, Paris
Un peu d’histoire Alors qu’en Asie on assistait au développement des cités-États, une autre forme d’organisation sociale se faisait jour dans la vallée du Nil. À la fin du IVe millénaire avant notre ère, l’Égypte était vraisemblablement la première à vivre l’expérience d’un véritable État s’étendant sur un vaste territoire : vers 3200 avant notre ère, la monarchie pharaonique faisait son apparition. Ses institutions allaient se maintenir pendant trois millénaires.
La naissance de la royauté égyptienne est contemporaine de l’unification du pays. Le premier pharaon est en effet celui qui “subjugua” les chefs de tous les petits États indépendants, déjà culturellement homogènes, qui formaient l’Égypte à la fin de la période préhistorique, instaurant du même coup la notion d’État. Les Égyptiens reconnurent dans cette figure fondatrice un pharaon, Ménès, inconnu par ailleurs des documents contemporains, si bien qu’on se demande s’il ne s’agit pas d’un personnage mythique créé au Nouvel Empire pour faire l’objet du culte royal au nom de tous les ancêtres fondateurs des premières dynasties.
Quoi qu’il en soit, même si les découvertes actuelles mettent au jour les noms d’autres rois ayant vraisemblablement régné avant Narmer, premier souverain de la Ire dynastie, on peut résumer les événements en disant que, vers 3200 avant J.-C, les monarques de la Ire dynastie, originaires de Haute-Égypte, unifièrent le pays apparemment par les armes. Quelle situation de crise les poussa à partir à la conquête de la vallée ? On l’ignore. Cependant, une chose est sûre : avec Narmer une étape est franchie, l’abondance de la documentation de l’époque l’atteste. L’instauration de la monarchie et l’unification politique - et non plus simplement culturelle - du pays furent désormais considérées par les Égyptiens comme l’acte fondateur de leur civilisation : la monarchie n’était plus comme aux temps préhistoriques un régime alternatif, une forme d’organisation sociale parmi d’autres, mais la seule possible. Et, quand cette monarchie fut mise en danger (au cours des périodes intermédiaires), ce péril fut considéré comme un signe de désintégration sociale dont la littérature pessimiste se fit l’écho angoissé. Souverain de la vallée, le pharaon était désormais garant de la santé du pays et, partant, du monde. En effet, n’était-il pas roi du Double Pays, de la Haute et la Basse-Égypte, mais aussi de l’univers ?
L’expression « Double Pays » illustrait le caractère dualiste de la pensée égyptienne. Le monde était conçu par couples d’objets antagonistes, chaque chose engendrant son contraire : ordre-chaos, ciel-terre, rive est-rive ouest, nord-sud. Le Double Pays était donc une image du monde.
Voir aussi : La dualité égyptienne - fiche détaillée
 |  | Ramsès II rendant un culte à la déesse IsisRelief provenant du petit temple d’Abydos - Musée du Louvre, Paris
Ci-contre : Statuette de roi offrant la déesse Maât Dès les origines de la royauté, le pharaon est garant de l’équilibre du monde - Nouvel Empire - Musée du Louvre, Paris |
Origines culturelles Il est fascinant de reconnaître dans les institutions de la monarchie égyptienne des motifs qui nous renseignent sur leurs origines. La royauté pharaonique se rattache en effet aux chefferies des sociétés dites “primitives” de l’Est africain, dans lesquelles le chef de tribu était à la fois médecin et magicien. Ces chefs « faiseurs de pluie » gouvernaient les différentes peuplades de la vallée du Nil aux temps préhistoriques.
Le pharaon en était l’héritier et, comme ses ancêtres, il avait des pouvoirs magiques. La puissance des chefs faiseurs de pluie se manifestait par leurs dons de guérisseurs. Le pharaon ne soignait pas lui-même son peuple, mais était garant de sa santé et entretenait au palais des médecins chargés d’effectuer des recherches médicales. La possession de ces pouvoirs impliquait en outre qu’on les entretînt et les chefs de tribus considérés comme trop affaiblis étaient tout simplement sacrifiés pour le bien-être de la communauté. Les pharaons ne conservèrent pas cette coutume, mais ils la transformèrent: on ne sacrifia plus rituellement le souverain vieillissant mais on institua à la place une cérémonie destinée à régénérer ses forces magiques : la fête Sed ou Heb-sed, célébrée la première fois la trentième année du règne. Enfin, les chefs préhistoriques étaient responsables de l’approvisionnement en nourriture. Ils invoquaient donc la pluie, d’où leur nom de « faiseurs de pluie ». Le pharaon ne faisait bien sûr pas pleuvoir, mais il était garant de la crue du Nil, indispensable à de bonnes récoltes.
Voir aussi : La fête Heb-Sed - fiche détaillée
Statuette féminine Ivoire, remontant à l’époque thinite - Musée du Louvre, Paris
Fondation théologique Si les Égyptiens considéraient la création de la monarchie comme l’acte fondateur de leur civilisation, dans les textes religieux le monde n’a jamais été représenté sans pharaons : le créateur avait fondé la royauté en même temps que l’univers. Avant les hommes, des esprits avaient régné (pendant 5 813 ans, précisent les textes !) et, avant eux, les dieux eux-mêmes (pendant 13 900 ans !). Le premier souverain égyptien était Rê, le dieu solaire.
Autre mythe primordial pour comprendre la monarchie égyptienne : l’épisode de la lutte entre Horus et Seth pour l’héritage d’Osiris. Il exprime l’importance du roi défunt (Osiris) au côté du roi vivant (Horus) dans le gouvernement terrestre et en tant que garant de l’harmonie universelle.
Voir aussi : Le Mythe osirien - fiche détaillée
La théologie de MemphisL’égyptologie a la chance de posséder un document expliquant la théologie relative à la monarchie égyptienne. Il s’agit d’un texte gravé sur un bloc de granit datant du VIIe siècle avant J.-C., copie d’un document perdu et beaucoup plus ancien, écrit sur un rouleau de cuir. L’initiative de cette copie revient d’après ses propres dires, à Chabaka (XXVe dynastie nubienne) :  | Ma Majesté a copié ce livre dans le temple de Ptah qui est au sud de son mur [Ptah de Memphis]. Ma Majesté l’a trouvé comme une œuvre des ancêtres. Il était dévoré par les vers, et il était inconnu du début à la fin. |  |
Des indications internes suggèrent que l’original daterait de l’Ancien Empire. Mais l’élaboration du texte pourrait bien remonter à la Ire dynastie, vers 3100 avant J.-C.
Sources bibliographiques - Nicolas Grimal, Histoire de l’Égypte ancienne, Fayard, 1988 - Ouvrage collectif, Égypte, terre éternelle des pharaons, 5000 ans d’histoire , Éditions Atlas - nov’edit, Paris 2002 - Guillemette Andreu - Patricia Rigault - Claude Traunecker, L’ABCdaire de l’Égypte ancienne, Flammarion, Paris 1999 - Bill Manley, Atlas historique de l’Égypte ancienne, Autrement - Collection Atlas/Mémoires, Paris 1998 - Pascal Vernus et Jean Yoyote, Dictionnaire des pharaons, Noêsis, Paris 1996 - Aude Gros de Beler, Les Pharaons, Éditions Molière, Paris 1997 - Aude Gros de Beler, La mythologie égyptienne, Éditions Molière - Collection Splendeurs, Paris 1998 - Georges Posener, Dictionnaire de la civilisation égyptienne, Fernand Hazan, Paris 1988 - Guy Rachet, Dictionnaire de la civilisation égyptienne, Larousse, Paris 1992 - Charles Freeman, L’Héritage de l’ancienne Égypte, Éditions Celiv, Paris 1997 - Lucia Gahlin, L’Égypte - Dieux, mythes et religion, Éditions EDDL, Paris 2001 - Lorna Oakes, Les lieux sacrés de l’ancienne Égypte, Guide des temples et tombeaux, Éditions EDDL, Paris 2002 - Ouvrage collectif, L’Égypte, Histoire & Civilisation, Éditions Osiris, Le Caire - Ouvrage collectif, Le Double Pays, union du Sud et du Nord, Passion de l’Égypte, Édition Atlas, Paris 2003 - Alberto Carlo Carpicci, Merveilleuse Égypte des pharaons, J.M. Mollet, 1980 - Florence Maruéjol, L’Égypte ancienne pour les nuls, FIRST Éditions, 2006 - Johann Fletcher, Le Livre de la Sagesse égyptienne, Éditions Gründ, Paris 2002 - Jürgen von Beckerath, Chronologie des pharaonischen Ägypten, Mainz am Rhein, Phlipp von Zabern, 1997 (dates) - Robert Hamilton, Égypte ancienne - Le temps des Pharaons, traduction de Marie-Odile Kastner, Parrangon Books Ltd, Paris 2006
Magazine(s) - Les Cahiers de Science & Vie - Journées de Pharaons n° 88 août 2005
Site(s) Web - À la recherche des civilisations perdues - Wikipédia l’encyclopédie libre - par Corinne Smeesters
Article(s) complémentaire(s) ¤ Rechercher « Les origines de la royauté égyptienne » avec Google ¤
Catégorie / Titre : Pharaons et Reines / Origines de la royauté
Date de création : 12/11/2007 - 14:01 -¤-
A été modifié le : 12/12/2008 - 10:40
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