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 Un peu d’histoire » L’Égypte pharaonique : Pharaons et Reines
La fête Sed ou Heb-Sed : Pharaon renaît
Origines - Sources - Rituel : Pharaon retrouve force et puissance - Le Heb-Sed et l’au-delà - Le Heb-Sed à travers l’histoire
© Éditions Atlas - Illustration : Dominique Hé
Origines Comme celle du couronnement, cette fête royale trouve ses origines en des temps reculés de la préhistoire. En effet, elle remonte au moins au troisième millénaire avant notre ère.
En s’appuyant sur des comparaisons avec des rites jubilaires pratiqués en Afrique et sur l’interprétation des sources égyptiennes, l’origine du rituel serait à rechercher dans une antique chasse de qualification destinée à désigner le nouveau chef de clan, après avoir sacrifié l’ancien, devenu trop âgé pour assurer son rôle de chef de chasse.
Le sacrifice, théoriquement pratiqué au bout de trente ans de chefferie, se serait transformé en rite de régénération royal, succédant à une cérémonie d’inhumation d’une statue du pharaon, substitut symbolique du corps du vieux chef sacrifié.
Quant à la chasse de qualification, elle apparaîtrait dans les nombreux emblèmes et rites cynégétiques qui innervent le Heb-Sed (Fête-Sed). L’omniprésence du dieu chasseur Oupouaout, anciennement nommé Sed, confirmerait cette hypothèse.
Gage de l’équilibre du monde, cette fête royale, remontant à la préhistoire, se déroule (en principe) traditionnellement au cours de la trentième année du règne de Pharaon, puis répétée à intervalles plus rapprochés ; mais il y a des pharaons qui l’ont célébrée plus tôt. Cette cérémonie redonne au roi vieillissant un regain de jeunesse, de puissance, de force physique et spirituelle. Elle peut ensuite être renouvelée, à intervalles plus ou moins rapprochés, autant de fois que le monarque le juge nécessaire. Elle comprend des rites, effectués devant différents dieux ; des vêtures diverses de couronnes et de costumes dont chacun apportait l’appoint de sa protection et de sa puissance. Nous n’en possédons pas une représentation complète, et les textes concernant ses rites sont malheureusement très lacunaires.
Un rôle important est dévolu à la déesse vache, nourrice du jeune dieu Horus, dispensatrice de vie et donc régénératrice du roi. Un des rites les plus importants consiste - comme lors du couronnement - en une course que le souverain effectue autour d’un champ en tenant plusieurs attributs, dont l’imytper, le titre de propriété symbole de l’héritage des pharaons. Il s’agit ainsi pour lui de renouveler la prise de possession de l’Égypte. Au cours de la cérémonie, il est placé successivement dans deux pavillons, insignes des royautés du Nord et du Sud. Un exemplaire de ces édifices est conservé dans le complexe funéraire de Djoser à Saqqarah (Dehenet Ankh-Taouy), où l’architecte Imhotep avait conçu une cour de la fête Sed avec deux chapelles factices (elles sont pleines) représentant certainement les pavillons utilisés lors de la cérémonie.
Cette importante fête royale, qui se déroule toujours le premier jour de la saison peret, période où débute la décrue du Nil (iterou), fut codifiée et élevée au rang de véritable institution par les rois de la première dynastie thinite, entre 3100 et 2900 avant notre ère ; elle perdurera au moins jusqu’à la XXIIe dynastie (Troisième Période Intermédiaire).
Sources Les documents faisant défaut pour comprendre le déroulement exact de la fête-Sed, sa reconstitution reste encore du domaine de la simple supposition. Il est vrai que, sur cette cérémonie secrète et mystique, les prêtres ont été avares de renseignements.
Les plus anciennes représentations remontent à la période prédynastique. Quelques ensembles homogènes ponctuent l’histoire millénaire de ce rituel. Citons les bas-reliefs du temple funéraire du pharaon Niouserrê (Ve dynastie) à Abou Ghorab et du pharaon Osorkon II (XXIIe dynastie) dans le temple de Bastet à Bubastis (Per-Bastet). Une des sources les plus fiables est une représentation de ces mystères que l’on peut voir sur une des parois de la tombe de Kherouef, majordome de la reine Tiyi, qui vivait sous le règne d’Aménophis III (Amenhotep), roi de la XVIIIe dynastie.
Rituel : Pharaon retrouve force et puissance
Le roi Djoserrevêtu de ses vêtements du heb-sed, court autour des bornes symbolisant les frontières de l’Égypte. Les cérémonies du Heb-Sed ont pour objet d’assurer au roi l’assentiment des forces divines et de soumettre à son pouvoir le pays tout entier. Elles le confirment dans sa fonction d’intermédiaire entre ses sujets et les dieux, et lui apportent un surcroît d’autorité, de gloire et de prospérité. La fête a également un caractère magique. À cette occasion le souverain vieillissant retrouve sa jeunesse, sa force et sa vigueur. C’est pour lui une renaissance symbolique. Ainsi, le pharaon Ramsès II aurait célébré en tout, quatorze fêtes-Sed durant ses soixante-sept années de règne, avec, dans les dix dernières années, une fête-Sed tous les deux ans. Mais, en dehors de ce cas d’exception, il n’était déjà pas évident d’atteindre la première fête-Sed. Certains pharaons enfreindront la règle des trente ans, notamment la reine Hatchepsout qui célébra sa première fête-Sed après “seulement” seize ans de règne. À noter que dans le cas de Hatchepsout, l’égyptologue Jürgen von Beckerath a émit l’hypothèse qu’elle aurait célébré sa fête de jubilé en cumulant aux siennes, les années de règnes de son père Thoutmôsis Ier (environs treize ans) pour marquer la continuité (et donc la légitimité) de son règne.
À certaines époques, et selon le pharaon, ces fêtes étaient l’occasion de démonstration physique du souverain (course à pied, capture de taureau, chasse au lion ou à l’hippopotame, etc.). Il est tout à fait possible que ces démonstrations n’aient été que symboliques, que le souverain ne les exécutât pas lui-même et qu’un autre les ait faites en son nom (comme c’était déjà le cas pour les cérémonies religieuses).
Les cérémonies du jubilé sont organisées à Memphis (Men-nefer), lieu de couronnement des Pharaons. Elles se déroulent suivant une mise en scène complexe, entre une cour et deux salles, en présence d’une large assistance composée de nombreux dieux et d’une foule de sujets venus de toutes les régions du pays.
Les solennités commencent le premier jour de la saison peret (la germination), durant laquelle les eaux du Nil s’étant retirées, les terres émergent de nouveau. Comme pour le couronnement, la date est déterminée en fonction de la périodicité éternelle (du cycle infini) qui régit la bonne marche du monde.
Pharaon acquiert des années… par millions ! Le premier matin de la fête, en l’honneur de Ptah, on érige un obélisque, symbole du pilier djed qui symbolise le dieu Osiris lors de sa résurrection. Seth son meurtrier ayant renversé ce pilier mythique, Pharaon a pour devoir de le redresser. Cette victoire sur Seth avait permis à Osiris de déclarer : « Je suis celui qui se tient debout derrière le pilier djed », devenant ainsi le pilier de l’Égypte et du monde. Ayant officié, Pharaon est alors assimilé à Osiris.
Érection du pilier djedReprésentation du troisième jubilé d’Aménophis III qui eut lieu lors de la trente-septième année de son règne. À gauche, Pharaon fait des offrandes à Osiris-Djed (que l’on voit,à droite, sur l’image ci-dessous). Tombe du vizir Kherouef (XVIIIe dynastie) - D’après Epigraphic Survey, Kheruef, Oriental Institut of the University of Chicago » Cette image provient du site où vous en saurez encore plus sur cette tombe. Une grande procession est organisée à laquelle prennent part Pharaon, les statues des dieux, et des laïques désignés parmi les membres les plus prestigieux de la cour. Vient ensuite le renouvellement de l’intronisation : le souverain est placé successivement dans deux pavillons élevés, auxquels il accède par l’un des quatre escaliers orientés vers les quatre points cardinaux, ou, tour à tour sur deux trônes ; là, il revêt les insignes de la royauté du Sud et de la royauté du Nord. Ensuite, on le transporte dans deux grandes corbeilles, symbolisant “les litières royales” de Haute et Basse-Égypte.
Le roi revêt les insignes de la royautéReprésentation du troisième jubilé d’Aménophis III qui eut lieu lors de la trente-septième année de son règne. À droite, Osiris-Djed, à qui pharaon (visible à gauche de l’image ci-dessus) fait des offrandes. Tombe du vizir Kherouef (XVIIIe dynastie) - D’après Epigraphic Survey, Kheruef, Oriental Institut of the University of Chicago » Cette image provient du site où vous en saurez encore plus sur cette tombe. Enveloppé dans un ample manteau, Pharaon acquiert « des années par millions » et se régénère physiquement. La déesse-vache Sekhat-Hor, « celle qui se souvient d’Horus » joue un rôle de premier plan. Comme elle a nourri de son lait divin le jeune Horus, elle apparaît comme la nourrice symbolique du roi, dispensatrice de vie et longévité.
Des offrandes solennelles accompagnent tous les actes religieux importants.
La cour du heb-sedL’ensemble consacré aux fextivités du heb-sed comprenait : un temple en T, une cour bordée de chapelles et une estrade (au premier plan à gauche). Suivent une « Maison du Sud » puis une « Maison du Nord » où le roi devait recevoir les hommages des deux royaumes. Cette cour du heb-sed permettait au roi de renouveler son droit de gouverner dans l’Au-delà pour l’éternité.
Complexe funéraire de la pyramide à degrés de Djoser (IIIe dynastie) Puis Pharaon effectue des allées et venues rituelles et entre dans « la cour des grands », pour effectuer le culte des dieux locaux dans leur naos (constitué de roseaux aux époques archaïques). Puis les puissants du royaume viennent déposer des offrandes, gage de leur fidelité, aux pieds de leur souverain. Entre les différentes étapes des cérémonies, le roi se rend au palais pour se reposer et y changer d’insignes.
Enfin, Pharaon court autour d’un champ en tenant l’imyt-per, une sorte de titre de propriété symbolisant la prise de possession du territoire égyptien. À partir de l’Ancien Empire, le souverain affrime sa royale puissance en tirant quatre flêches symboliques, vers les quatre points cardinaux, destinées à repousser les forces du chaos.
Le Heb-Sed et l’au-delà À Saqqarah, le complexe de la pyramide du roi Djoser permet à cette cérémonie de se renouveler dans l’Au-delà. Les bornes de la Grande cour indiquant le parcours que le roi devrait suivre représentaient peut être les frontières de l’Égypte et symbolisaient l’étendue de son empire. La silhouette du roi en train de courir apparaît sur les bas-reliefs des chambres situées sous la Tombe du Sud et sous la pyramide.
Plusieurs indices montrent que le roi s’attendait à effectuer cet important rituel de la royauté dans l’Au-delà, par exemple un superbe vase en albâtre découvert dans l’une des chambres au-dessous de la pyramide. Ce vase est gravé de la silhouette d’un homme aux bras levés, brandissant un objet carré - peut-être un dais, même si Jean-Philippe Lauer suggère qu’il s’agit de la plateforme sur laquelle étaient disposés la double châsse et les deux trônes. L’anse du vase est ornée de reliefs des trônes des Deux Terres. Le personnage représente l’hiéroglyphe signifiant « un million d’années » et les trônes sont ceux utilisés par le roi lors de son heb-sed.
Le Heb-Sed à travers l’histoire Ce rituel fut pratiqué tout au long de l’histoire pharaonique. À Karnak (Ipet Sout), des blocs provenant de la chapelle rouge d’Hatchepsout (XVIIIe dynastie) la représentent en tant que roi, courant au côté du taureau Apis entre les bornes.
La reine HatchepsoutDans son rôle de roi d’Égypte, la reine célèbre le heb-sed en courant symboliquement autour des frontière de l’Égypte accompagnée du taureau Apis. Des scènes des murs intérieurs de la salle hypostyle du temple de Karnak représentent Ramsès II (XIXe dynastie) dans une action similaire. Plusieurs jubilés sont représentés dans le temple funéraire d’Aménophis III à Thèbes (Ouaset), même s’il semble avoir quelque peu modifié le rituel et son cadre habituel. En effet, il célébra trois heb-sed et la description des cérémonies indique qu’elles se déroulèrent sur le grand lac artificiel créé à Malkata. Le roi et les statues des divinités y naviguaient à bord de barges, reconstituant le voyage du dieu-soleil à travers le monde souterrain.
Malgré la rupture avec la tradition qui eut lieu sous le règne d’Akhenaton, le heb-sed fut représenté dans la cour à colonnade du temple d’Aton à Karnak. La reine d’Akhenaton, Néfertiti, et les filles du couple royal y participèrent. La cérémonie eut lieu très tôt dans son règne, avant qu’Akhetaton ne devienne la nouvelle capitale. Autre élément remarquable, Aton, le disque solaire pourvoyeur de vie, participe au heb-sed. Ceci est très inhabituel car les dieux sont représentés offant le sed au roi, et jamais en train de participer au rituel. Par cela, Akhenaton semble indiquer que puique le dieu est roi, le roi est un dieu.
La fête de heb-sed continua de se pratiquer plus près de nous. Par exemple, sur des scènes provenant du temple de la déesse-chatte Bastet à Bubastis (Per-Bastet), le roi Osorkon II (XXIIe dynastie) est figuré assis dans le kiosque heb-sed, vêtu de le tenue traditionnelle. À Kom Ombo, des reliefs montrent Ptolémée VIII recevant les symboles du heb-sed du dieu Horus, ce qui prouve que les rois étrangers aimaient être dépeints en train de participer aux rites égyptiens de la royauté.
Pour Pharaon, la finalité de la fête du Heb-Sed est de s’attirer la grâce des dieux et de prouver sa liaison avec eux, en tant qu’intermédiaire entre ces derniers et les sujets des Deux Terres d’Égypte. Pharaon est tout puissant : il faut lui assurer puissance, gloire et prospérité, et conserver l’équilibre Bien/Mal, le principe de Maât.
Fortement inspiré par un article de , l’ouvrage collectif Passion de l’Égypte (collection de fiches), Éditions Atlas, Paris 2003 et de l’ouvrage de Lorna Oakes, Les lieux sacrés de l’ancienne Égypte, Éditions EDDL, Paris 2002.
Article(s) complémentaire(s) ¤ Rechercher « La fête Sed ou Heb-Sed : Pharaon renaît » avec Google ¤
Catégorie / Titre : Pharaons et Reines / Le Heb-Sed
Date de création : 07/11/2007 - 14:48 -¤-
A été modifié le : 12/12/2008 - 11:39
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