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L’Égypte pharaonique

Panorama de plus de 5000 ans d’histoire en un clin d’œil !
» Basse Époque ¤ 664-332


picto troubles

De la XXVIe à la XXXIe dynastie


Après la domination violente exercée par les Libyens et les Éthiopiens, l’Égypte a été envahie par les Assyriens pour finalement tomber en leur pouvoir. Contrairement aux envahisseurs qui les ont précédés, les Assyriens n’ont pas revendiqué le titre de Pharaon et ont considéré l’Égypte comme une province de leur empire. Leur règne a cependant été de courte durée. Tandis que l’Asie connaissait des troubles incessants, l’Égypte est passée tour à tour entre les mains des Babyloniens et des Perses. Un Égyptien, Nectanébo, régna brièvement sur le pays, mais celui-ci devait bientôt retomber sous la coupe de peuples étrangers.

L’expression “Basse Époque” s’applique mal à la XXVIe dynastie saïte (-664 à -525), avec laquelle elle commence, puisqu’il s’agit au contraire d’une époque de “renaissance”, pendant laquelle le pays connaît la paix et la prospérité économique.
Jean-Pierre Corteggiani, Directeur des relations scientifiques de l’Institut français d’archéologie orientale


Égypte pharaonique : différentes époques son l’histoire
Diagramme de l’Histoire d’Égypte

XXVIe dynastie
XXVIIe dynastie
XXVIIIe dynastie
XXIXe dynastie
XXXe dynastie
XXXIe dynastie
- Néchao Ier, Psammétique Ier, Néchao II, Psammétique II, Apriès, Amasis, Psammétique III
- Cambyse II, Darius Ier, Xerxès Ier, Artaxerxès Ier, Xerxès II, Darius II, Artaxerxès II
- Amyrtée
- Néphéritès Ier, Mouthis, Psammouthis, Akoris, Néphéritès II
- Nectanébo Ier, Tachos, Nectanébo II
- Ataxerxès III, Arsès, Darius III


La XXVIe dynastie : période saïte


Psammétique Ier succède à Nékao Ier avec la bénédiction des Assyriens. Il fonde la XXVIe dynastie, dite « saïte », qui comptera six pharaons. Le nouveau roi assied son autorité sur les souverains du Nord et sur Thèbes (Ouaset) en faisant adopter sa fille Nitocris par les « Divines Adoratrices d’Amon ». L’Égypte s’ouvre au monde extérieur, notamment en direction de la Grèce et de l’Asie Mineure. Au cours de son long règne de 54 ans (-663 -609), la prospérité revient, l’autorité du pharaon est reconnue dans l’Égypte tout entière.

La tradition memphite prend le pas sur la théologie enseignée à Thèbes (Ouaset). Memphis (Men-nefer) redevient capitale du royaume tandis que le rôle de Saïs est limité à celui de résidence et de nécropole. La politique et l’économie du pays sont confiées à des hauts fonctionnaires saïtes. La prospérité revient et l’Égypte retrouve une partie de l’influence qu’elle avait perdu dans la région. Psammétique Ier met à profit l’affaiblissement du pouvoir assyrien pour chasser ses garnisons jusqu’à Asdod en Palestine.

Son fils, Nechao II, est célèbre pour ses entreprises démesurées : il emploie 120 000 hommes à creuser un canal qui reliera le Nil à la mer Rouge et équipe une flotte qui fera le tour de l’Afrique. Sa politique extérieure est couronnée de succès : il bat Josias, roi de Juda, à Megiddo, impose à Jérusalem un souverain docile et fait payer un tribut au royaume juif. Il se rend ensuite maître de la Syrie-Palestine et avance jusqu’à l’Euphrate. Mais, en 605 av. J.-C., il se heurte à Nabuchodonosor, roi de Babylone, qui lui inflige une sévère défaite. C’est la fin des possessions asiatiques de Pharaon.

Le premier canal de Suez

Pour aller du Nil au golfe de Suez, le pharaon Nécho II réalise un exploit et creuse un canal qui permet la traversée, nous dit Hérodote, en quatre jours seulement.

C’est pour emporter de quoi construire les navires, nécessaires pour rejoindre la mer Rouge et voguer vers les riches rivages du pays de Pount et les mines du Sinaï, que Néchao entreprend ce chantier. Mais un tel ouvrage doit être entretenu et, lorsque les Perses arrivent en Égypte, les sables l’ont envahi et les bateaux ne passent plus. Darios Ier le restaure et fait graver une stèle, qui proclame : « Moi, le Perse, j’ai donné ordre de creuser ce canal depuis le fleuve, appelé le Nil, jusqu’à la mer qui sort de Perse. » Peu après, les sables le comblent à nouveau.

L’art et les dieux

Psammétique Ier radicalise la pensée religieuse. Le culte des animaux connaît un grand essor. Le Sérapeum de Memphis (Men-nefer) est agrandi pour répondre au développement du culte de l’Apis.

Au temps des pharaons saïtes, les artistes égyptiens tentent de ressusciter les formes les plus anciennes : les sculpteurs retrouvent les formes stylisées et massives de l’Ancien Empire, figées dans leurs attitudes hiératiques. Ils semblent incapables de se renouveler, et désormais l’art égyptien, qui est pourtant admiré des voyageurs grecs, ne produira plus que des modèles stéréotypés.

La religion est profondément marquée par les malheurs des temps. Le sac de Thèbes (Ouaset) a démontré l’incapacité des grands dieux de la religion traditionnelle à protéger leurs possessions. Les fidèles se tournent désormais vers des divinités plus rassurantes, susceptibles de répondre aux inquiétudes des hommes.

Quelques amulettes de la Basse Époque
Amulettes en pâte de verreLeur pouvoir magique était destiné à protéger le défunt dans l’au-delà, mais elles étaient aussi utilisées par les vivants. - Musée du Louvre, Paris

Si le clergé d’Amon continue à dérouler les interminables rituels de la religion ofiicielle, la ferveur des masses s’adresse à des dieux plus réconfortants, Isis et Osiris. Le petit peuple, lui, recourt à la magie, qui permet d’agir sur les forces de la nature et renouvelle le culte rendu, à des animaux sacrés, preuves tangibles de la présence divine. Une autre forme de religiosité, plus élevée, se développe dans le même temps : des livres « sapientiaux » (relatifs à la sagesse), marqués par des influences orientales, incitent le sage à la prière et à la méditation.

La présence grecque

Pour gouverner, les pharaons saïtes doivent souvent s’appuyer sur des mercenaires grecs, nouer des alliances avec les tyrans des cités grecques ou recourir aux services de négociants grecs. Malgré l’hostilité que leur témoigne le peuple égyptien, les pharaons accordent aux Grecs une situation privilégiée dans le royaume, créant un corps d’interprètes et allant jusqu’à leur concéder une ville entière, Naucratis, dans le Delta.

Malgré tout, le pays est, à cette époque, un carrefour où les étrangers affluent de tout le bassin méditerranéen : marchands phéniciens, syriens, juifs, qui deviennent des fonctionnaires ou des soldats égyptiens. L’implantation d’une colonie juive à Éléphantine est d’ailleurs attestée par des documents, mais il est certain qu’il n’y eut d’autres établissements ailleurs. Les nouveaux venus apportent avec eux leur propre culture, mais exportent aussi les références de la civilisation égyptienne, laquelle marque profondément l’art grec archaïque, tandis que les sagesses juive et égyptienne s’influencent l’une l’autre.

Mais le pouvoir de Pharaon n’est réellement établi que sur la Basse-Égypte, et la XXVIe dynastie prend fin avec l’intervention d’une autre puissance venue d’Asie, celle des Perses de Cambyse, qui en 525 avant notre ère, battent, à Péluse, Psammétique II et le mettent à mort.

Amasis
Amasis
 Xerxès
Xerxès
 Nectanébo II
Nectanébo II présente des offrandes

Un pharaon non conformiste

Amasis, général victorieux des Koushites, détrône Apriès, quatrième souverain de la XXVIe dynastie, et règne de 570 à 526 av. J.-C.

Hérodote en fait ce portrait haut en couleur :
« Amasis devint roi… Sa méthode dans l’administration des affaires était la suivante : le matin, jusqu’à l’heure où la place est pleine, il s’occupait avec zèle des affaires qu’on lui apportait ; à partir de cette heure, il buvait, taquinait ses compagnons de table, se montrait frivole et badin. Offensés de cette conduite, ses amis… lui disaient : “Ô roi, tu ne gouvernes pas comme il faudrait, tu te laisses aller à trop de familiarité ; tu devrais… t’occuper tout le jour des affaires…” [Amasis] leur répondit en ces termes : “… [Si l’homme] voulait être toujours sérieux et ne pas, le moment venu, s’abandonner au divertissement, il deviendrait sans s’en apercevoir ou dément ou abruti…” »


La XXVIIe dynastie : première dynastie perse


Les Perses achèvent en 522 av. J.-C. la conquête du Double-Pays. Malgré les médisances de l’historien grec Hérodote, qui dépeint le roi perse, Cambyse II, sous les traits d’un tyran fou - il aurait mis à mort le taureau sacré, Apis - l’Égypte, devenue province de l’Empire perse, conserve sa prospérité ; elle connaîtra même une ultime période d’indépendance et d’éclat sous la XXXe et dernière dynastie autochtone.

Les dynasties qui se succèdent sur le trône, de la XXVIIe à la XXXIe dynastie, n’ont à leur tête que des souverains fantoches, d’origine perse, ou au service des Perses. Ils gouvernent le pays d’une main de fer, malgré des révoltes endémiques durement réprimées. Les Égyptiens doivent payer 700 talents annuels de tribu à l’occupant, qui s’octroie, en outre, pour son entretien, le produit des pêcheries du Fayoum.

Les Égyptiens qui ne sont plus que les sujets d’une satrapie (province) de l’Empire achéménide, chantent leur ancienne civilisation :

Il n’y avait plus rien qui fût dans sa forme d’autrefois, écrit un prêtre de ce temps, le sanctuaire de la déesse Héket ressemblait à un monument dont on aurait jamais creusé les fondations. Il n’y avait plus rien, si ce n’est des herbes et des plantes.


La XXVIIIe dynastie


Cette dynastie ne compte qu’un seul souverain : Amyrthée. Descendant des Saïtes de la XXVIe dynastie, il mène une révolte contre les Perses qu’il remporte à la mort du roi Darius II. Aucun monument de son règne n’a été retrouvé, ce qui fait qu’on ne sait que peu de choses sur cette période.


La XXIXe dynastie


Néphéritès Ier fonde la XXIXe dynastie en combattant Amyrthée et en le battant à Memphis (Men-nefer). Il place la capitale de son pouvoir à Mendès.

À sa mort, deux factions rivales réclament le pouvoir : l’une défendant son fils, Mouthis, l’autre défendant Psammouthis. Ce dernier, vainqueur, ne règne qu’une année. Il est chassé, à son tour, du trône par Achoris, qui se prétend petit-fils de Néphéritès Ier. Il résiste aux attaques de la Perse, s’allie à Athènes et au roi de Chypre, Evagoras. Son fils, Néphéritès II, lui succède. Incapable de maintenir l’unité du pays, son règne marque la fin de la XXIXe dynastie.


La XXXe dynastie : dernière dynastie autochtone


Stèle de Thonis où est inscrit le décret de Nectanébo Ier dit décret de Naucratis
Nectanébo Ier, originaire de la ville de Sebennytos (Tjeb-netjer), dans le Delta, détrône Néphéritès II et fonde la XXXe dynastie. Le règne du nouveau pharaon marque une nouvelle période de prospérité pour le pays, de reprise du commerce avec le levant et la Grèce ; il remporta une victoire contre l’envahisseur perse.

Il restaure les lois et en édicte de nouvelles au travers de grands décrets inscrits sur des stèles en granit placées dans chacune des grandes cités d’Égypte. Le fameux décret de Naucratis fixe ainsi les taxes que chaque marchand étranger empruntant le delta devait verser au temple de Neith à Saïs. Un nouvel exemplaire de cette stèle monumentale a été découvert récemment au large d’Aboukir non loin d’Alexandrie.

Nectanébo Ier se montre très actif, restaurant les temples ruinés dans tout le pays. Il développe le premier pylône du temple de Karnak (Ipet Sout), le temple de Philae. Il construisit à Saïs et à Bubastis (Per-Bastet) où on a retrouvé des reliefs jubilaires bien qu’il n’atteint pas le nombre de règne nécessaire pour procéder au jubilé du heb sed. Il intervint également à Héliopolis (Per-Rê) en embellissant le sanctuaire du dieu . Des lions couchés à son nom qui sont aujourd’hui à Rome où ils avaient été importés pour le temple d’Isis de la capitale impériale, devaient alors initialement orner l’entrée d’un des sanctuaires de la ville du soleil, continuant ainsi l’œuvre de ses prédécesseurs et se rattachant davantage encore à la tradition saïte.

«- Le décret de Naucratis - Sur le registre supérieur, Nectanébo offre un collier et des vases à la déesse Neith

Son successeur, Tachos développe le tombeau de Pétosiris, haut fonctionnaire provincial et grand prêtre du dieu Thot à Hermopolis Magna (Khemenou), dont le nom est connu pour sa tombe, où apparaît un certain esthétisme grec, et par les inscriptions qui ornent ses murs, constituant l’Enseignement de Pétosiris.

Vue extérieure du tombeau de Pétosiris
Le tombeau de Pétosiris


Puis vient Nectanébo II, troisième et dernier pharaon de la XXXe dynastie. Il se voit offrir la couronne avec l’aide du roi de Sparte Agésilas II, laissant Tachos aux prises avec les Perses. Sous son règne l’Égypte vit ses dernières années de paix et pendant dix-huit années il réussit à éloigner la menace toujours présente de l’invasion perse en remportant une bataille en -351. Ce répit de courte durée lui permet de continuer l’œuvre de son grand-père Nectanébo Ier.

Se voulant le digne successeur du fondateur de la dynastie, Nectanébo II est un grand constructeur. On retrouve son intervention sur les sites majeurs du pays.

Nectanébo II est finalement battu par les armées du perse Artaxerxès III. Cette dynastie est la dernière dirigée par des pharaons égyptiens.


La XXXIe dynastie : deuxième dynastie perse


Certains égyptologues donnent le nom de XXXIe dynastie à la période de l’histoire de l’Égypte durant laquelle elle devient pour la seconde fois une satrapie (province de l’empire perse). Elle désigne également la lignée d’empereurs qui gouvernent durant cette période, aussi connue sous le nom de seconde dynastie Achéménide.

Les Égyptiens ne se résigneront jamais à la domination perse. Au IVe siècle, après avoir tenté de restaurer des dynasties autochtones (XIXe et XXXe), ils se réjouiront de la défaite des Perses devant Alexandre.


Mais, si l’Égypte se replie sur elle-même et considère toujours l’occupant comme un étranger, les contacts sont nombreux entre les deux civilisations : fonctionnaires et soldats perses affluent en Égypte et des Égyptiens quittent leur pays pour combattre dans les rangs perses. Les médecins du Nil, très réputés, soignent de nobles malades à la cour perse, les artistes égyptiens décorent les palais royaux. Ainsi la civilisation égyptienne va-t-elle survivre au loin, malgré la chute de l’empire.

 
 

Pour mémoire


Précédée de la « Troisième Période intermédiaire », la Basse Époque est suivie de l’« Époque ptolémaïque ». La Basse époque est une période de forte instabilité qui se caractérise par des prises de pouvoir successives de souverains étrangers, entrecoupée de courtes périodes d’indépendances.

Repères


Datation      : La Basse Époque s’étend de 664 à 332 avant notre ère.
Dynastie(s) : Cette période compte six dynasties : la XXVIe, la XXVIIe, XXVIIIe, la XIXe, la XXXe et la XXXIe.
XXVIe dynastie
XXVIIe dynastie
XXVIIIe dyn
XIXe dynastie
XXXe dynastie
XXXIe dynastie
- Néchao Ier, Psammétique Ier, Néchao II, Psammétique II, Apriès, Amasis, Psammétique III
- Cambyse II, Darius Ier, Xerxès Ier, Artaxerxès Ier, Xerxès II, Darius II, Artaxerxès II
- Amyrtée
- Néphéritès Ier, Mouthis, Psammouthis, Akoris, Néphéritès II
- Nectanébo Ier, Tachos, Nectanébo II
- Ataxerxès III, Arsès, Darius III
Capitale(s) : La XXVIe dynastie s’installe à Memphis, puis la XXXe réside à Mendès.


Faits importants


Politique et militaire
» Dominations étragères.

Architecture
» La XXVIe dynastie saïte élève de nombreux temples et reprend des travaux à Karnak.

Sculpture et arts décoratifs
» Renouveau de la sculpture sous la dynastie saïte, marquée par l’archaïsme et le réalisme animalier.

Vie sociale et intellectuelle
» Canal Nil-mer Rouge.
» Fondation de Naucratis, ville grecque, dans le Delta.
» Apparition de l’écriture démotique.
 
 


Catégorie / Titre : Un peu d’histoire /   Basse Époque
Date de création : 05/11/2007 - 10:44  -¤-  A été modifié le : 09/02/2008 - 00:10

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