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L’Égypte pharaonique

Panorama de plus de 5000 ans d’histoire en un clin d’œil !
» Nouvel Empire ¤ 1550-1070 - L’apogée de l’Empire


Frontispice Nouvel Empire

picto paix

De la XVIIIe à la XXe dynastie


Après avoir repoussé les envahisseurs Hyksos, venus de nord-est, et afin de prévenir de nouvelles invasions, les premiers rois (XVIIe dynastie) du Nouvel Empire inaugurent une politique d’expansion avec la conquête d’un empire en Asie. Ahmosis s’entoure également d’une administration hiérarchisée dirigée par le vizir qui devient le deuxième personnage de l’État. Le clergé d’Amon, dieu national, devient une force politique incontournable. Les successeurs d’Ahmosis établissent, en Palestine et dans le sud de la Syrie, des protectorats d’où ils tirent des richesses considérables : métaux précieux, bois, chars et chevaux, désormais utilisés à la guerre… Au sud ils colonisent la Nubie, riche en or et porte de l’Afrique, d’où proviennent des produits très convoités comme l’ébène, l’ivoire et les aromates… Ces pages glorieuses retentissent du fracas des armes. De même que les Annales comptabilisent les victoires et énumèrent les prises de guerre, les murs des temples se couvrent de scènes de bataille où le roi s’élance sur son char, à la tête des armées vitorieuses.

Égypte pharaonique : différentes époques son l’histoire
Diagramme de l’Histoire d’Égypte

XVIIIe dyn


XIXe dynastie
XXe dynastie
- Ahmosis Ier, Aménophis Ier, Thoutmosis Ier, Thoutmosis II, Reine Hatchepsout, Thoutmosis III,
  Aménophis II, Thoutmosis IV, Aménophis III, Aménophis IV-Akhénaton, Semenkhkarê, Toutankhamon,
  Ay, Horemheb
- Ramsès Ier, Séthi Ier, Ramsès II, Mirenptah, Amenmès, Séthi II, Siptah, la Reine Taousert
- Sethnakht, Ramsès III, Ramsès IV à Ramsès XI


La XVIIIe dynastie


Ahmosis a inauguré le Nouvel Empire (également nommé « second empire thébain ») comme il avait mis fin à la deuxième période intermédiaire : par la guerre. Après avoir repoussé les Hyksos hors d’Égypte, il s’est tourné vers le sud et a réclamé une partie des territoires nubiens. Il a rétabli la capitale à Thèbes (Ouaset) et restauré la citadelle de Buhen en Nubie. Appuyé par son armée, il a ensuite ôté l’essentiel de leur pouvoir aux nomarques locaux, leur confiant simplement la direction des cités et des villages. Ses exploits militaires ont marqué le Nouvel Empire de façon durable. L’Égypte est devenue une puissance impériale et a élargi ses frontières jusque dans les contrées asiatiques.

Carte (expansion) du Nouvel Empire

Aménophis Ier, fils d’Ahmosis, règne pendant un quart de siècle environ. Les princes d’Égypte lui sont dévoués grâce aux cadeaux qu’il distribue avec largesse. Il continue l’œuvre de son père, réorganise le pays et remet définitivement en route l’énorme bureaucratie égyptienne. Lui, qui porte le nom de « Taureau qui subjugue le pays », ou « celui qui inspire un grand effroi », mène en fait bien peu de campagnes militaires. Il dirige, en revanche, la construction de temples, en particulier son tombeau creusé dans la montagne désertique en face de Thèbes (Ouaset). Il meurt en laissant le trône d’Égypte à son fils Thoutmosis Ier. Ce dernier se lance résolument dans une grande politique d’expansion et mène de brillantes campagnes militaires de la Nubie jusqu’aux rives de l’Euphrate. L’Égypte, comme au Moyen Empire, est redevenue un royaume riche et redouté par tous les peuples voisins.


L’usurpation d’Hatshepsout

La mort de Thoutmosis Ier, en -1492, pose un nouveau problème de succession. Déjà ce dernier avait dû légitimer son pouvoir en épousant sa tante Ahmès, l’héritière de sang ; de cette dernière, il n’eut à son tour qu’une fille, Hatshepsout. La princesse épousa son demi-frère illégitime, Thoutmosis II, mais, quand, à la mort de celui-ci, en -1479, elle choisit pour mari son jeune neveu et beau-fils, Thoutmosis III, elle fait prévaloir ses droits et règne avec, officiellement, son mari comme corégent. En fait, « la divine épouse Hatshepsout dirige les affaires du pays selon sa propre volonté » et tient soigneusement écarté du pouvoir son époux, même si les deux souverains sont nommés sur des stèles avec des titres égaux. Elle légitime son pouvoir en se proclamant fille « charnelle » d’Amon (le dieu, ayant pris les traits de son père, se serait uni à sa mère), se fait représenter la poitrine plate, revêtue des vêtements du pharaon et portant la fausse barbe qui orne habituellement le visage des rois.

Tête d’Hatshepsout

Elle appartenait à l’un des piliers du portique de la terrasse supérieure de son temple à Deir el-Bahari.

La barbe postiche qui symbolisait le pouvoir royal, était en principe réservée aux hommes.

XVIIIe dynastie - Musée égyptien du Caire
Deir el-Bahari, temple funéraire de la reine HatshepsoutCe temple funéraire fut construit par Senmout, l’architecte de la reine. Formé de trois terrasses étagées, il est adossé à la falaise dans laquelle il se fond. Deux rampes d’accès monumentales permettent d’atteindre les étages supérieurs. La dernière terrasse est flanquée de deux chapelles consacrées respectivement à Anubis et Amon et à Hathor. - Au second plan, le temple de Mentouhotep.

Hatshepsout, « celle qu’embrasse Amon, la première des femmes », mène une politique de grands travaux, organise des relations commerciales et économiques avec les pays étrangers. Son autorité à l’étranger est respectée, aucune des conquêtes de son père n’a été perdue et la paix semble régner dans les territoires occupés par les Égyptiens. Chacun de ces pays lui livre quantités de tributs : ivoire, ébène, or, cuivre, pierres précieuses, fruits ou plantes comestibles. Le grand « voyage » de son règne est l’expédition au pays de Pount, situé aux confins de la mer Rouge et de l’Afrique noire, illustrée par une suite de bas-reliefs du temple de Deir el-Bahari. Son but est de rapporter l’encens, les parfums et les aromates nécessaires au culte d’Amon, dieu qui prend de plus en plus d’importance dans la vie de l’époque.

Carte des campagnes égyptiennes en Syrie et en palestineCampagnes égyptiennes en Syrie et en palestine

La langue de terre fertile située entre la Méditerranée et le désert syrien fut l’une des cibles de l’Égypte. Les campagnes débutèrent avec la premiers pharaons de la XVIIIe dynastie. Sous touthmosis Ier, la puissance égyptienne s’étendait du nord de la 3e cataracte, en Nubie, à l’Euphrate. Son petit-fils, Touthmosis III, conduisit 17 campagnes en Palestine et en Syrie. Des frontières furent établies, d’abord avec la terre du Mitanni, puis avec les Hittites.

Après l’effondrement de cet empire, les campagnes de Séthi Ier et Ramsès II (XIXe dynastie) permirent de reconquérir une partie de la région. Mais ces territoires furent définitivement perdus après le règne de Ramsès VI (1142-1134 av. J.-C., XIXe dynastie).


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L’apogée des conquêtes

Colosses de Thoutmosis III à Karnak
Colosses de Thoutmosis III
Temple d’Amon-Rê, Karnak
À la mort d’Hatshepsout, en -1458, à partir de l’an 22, Thoutmosis III assouvit sa rancœur et gouverne enfin. Il commence par se venger de celle qui l’avait maintenu si longtemps en tutelle, efface autant qu’il peut tous les souvenirs de sa royale épouse, fait marteler ses statues, ses cartouches et les inscriptions où son nom est porté. Doué d’une volonté et d’une ténacité rares, il reprend les opérations militaires en Nubie, au sud, et atteint la 4e cataracte, annexant pratiquement tout le pays qui lui fournit ainsi des produits très recherchés : or, ébène, ivoire. En Orient, il remporte la victoire de Megiddo, en Palestine, et, le terrain libéré, remonte peu à peu vers le nord, occupe, sur la côte, Byblos et Simyra, pour se ravitailler par mer, puis franchit finalement l’Euphrate après dix-huit campagnes. Il organise ces pays en protectorats, laissant le pouvoir à ceux des habitants qui lui sont fidèles. Le butin enrichit le pays : esclaves, bois et métaux précieux sont utilisés pour les contructions royales ; chars et chevaux, systématiquement utilisés à la guerre et pour les déplacements officiels de pharaon.

Thoutmosis III a eu le règne le plus long de la XVIIIe dynastie (54 ans). Sa personnalité et ses succès à l’extérieur de l’Égypte ont marqué durablement la mémoire des anciens Égyptiens.

Son fils ainé, Aménophis II, lui succède en -1425 et maintient la tradition des pharaons guerriers. Les pharaons suivants, Thoutmosis IV, Aménophis III, se contentent de faire des parades militaires destinées à intimider les peuples qui voudraient se rebeller, mais ils n’agrandissent pas davantage cet immense empire. Aménophis III, par exemple, n’eut qu’à poursuivre la politique militaire déjà bien installée en Syrie et n’eut à faire que quelques campagnes en Nubie. Il se maria avec une fille d’officier influent dans la cour de la région d’Achmim. À dix huit ans, il eut une épouse secondaire, Giloukhépa, fille d’un souverain du Mitanni, avec en dot, d’importants territoires syro-palestiniens. D’autres mariages politiques eurent ainsi lieu, notamment avec les filles des rois de Babylone, d’Assour et d’Arzawa en Anatolie.

Les campagnes militaires finies, le roi put se consacrer à son pays, et prit de grandes décisions lors de sa fête-Sed (heb-sed), cérémonie royale en l’honneur des trente ans de règne du souverain. D’abord, il construisit un immense ensemble palatial à Malqata, sur la rive gauche du Nil, qui disposait de son propre port. Il était alors vénéré quotidiennement à la cour comme l’incarnation du soleil. Amenhotep fils de Hapou, érigea pour le roi un imposant temple funéraire.

Stèle d’Aménophis III célébrant la victoire du pharaon
Stèle d’Aménophis III célébrant la victoire du pharaon. Piétiné par un cheval, l’ennemi est représenté de face, contrairement aux conventions habituelles. - XVIIIe dynastie - Musée égyptien du Caire


L’hérésie d’Akhenaton

Fils d’Aménophis III et de son épouse très aimée, la reine Tiy, Aménophis IV, dont le nom signifie « Amon est satisfait », est élevé dans une ambiance raffinée, où l’on se préoccupe plus d’esthétique et de questions religieuses que de guerre et de chasse. Le jeune souverain épouse lui aussi une reine exceptionnelle, Néfertiti, « La belle est venue ».

En l’an 2 de son règne, le souverain décide d’abandonner le culte d’Amon pour instaurer la religion épurée d’Aton, le disque solaire. Pour lui, comme pour Néfertiti, le caractère unique du divin, dont le roi a une expérience mystique, ne peut pas être représenté, mais simplement symbolisé. Leur caractère et leur sensibilité religieuse les poussent à aimer la nature et le brûlant soleil d’Égypte. Le roi n’écarte aucune divinité, mais les prêtres d’Amon réagissent vivement et entament une lutte contre le nouveau culte.

Tell el-Amarna, nouvelle capitale
Le roi et la reine ne pouvant demeurer à Thèbes (Ouaset), la ville d’Amon, ils fondent une nouvelle capitale. Leur choix se porte sur une grande étendue désertique en Moyenne-Égypte, aujourd’hui Tell el-Amarna, et, en l’an 5 de son règne, Pharaon marque de quatorze stèles frontières les limites de sa ville future, cernée de falaises qui forment une muraille protectrice, où il est aisé de creuser des tombes princières. Le roi prend le nom d’Akhenaton, « Agréable à Aton », la ville, elle, est appelée Akhet-Aton, « l’horizon du disque ». Elle sort du sol en quelques mois, avec de superbes palais et un immense temple dédié à Aton, où la lumière du soleil pénètre à flots, et s’étend sur une dizaine de kilomètres le long du Nil, sur la rive orientale. En plein désert surgissent des cours, des jardins, des statues royales, les demeures des prêtres et des dignitaires, un quartier destiné aux artisans et même des bâtiments pour la « police ». Pendant une vingtaine d’années, le cœur de l’Égypte est là, dans la nouvelle capitale.

L’art et la royauté devinrent plus personnels ; la vie dans la nouvelle capitale fut en progrès et plus humaine.


Le célèbre buste de NéfertitiBas-relief représentant Akhenaton offrant des lotus au disque solaireTête colossale d’Akhenaton
Tête de NéfertitiParmi les plus célèbres de toute la sculpture égyptienne, cette pièce provient de l’atelier du sculpteur Thoutmose, à Tell el-Amarna. Elle est tout à fait caractéristique de la période atonienne : pureté des traits, noblesse du port de tête, cou allongé…
Musée égyptien de Berlin
bouton+.gif Néfertiti vous en dit plus…
Scène familiale d’offrandeAkhenaton offrant des lotus au disque solaire Aton.

Cette scène familiale montre le roi, la reine Néfertiti et deux princesses en adoration devant le soleil, le dieu Aton, substitué à Amon au premier rang des dieux.


Musée égyptien du Caire
Tête colossale d’AkhenatonLa pureté du visage, l’allongement des traits et la position méditative marquent une rupture dans la statuaire sous le règne d’Akhenaton.





Musée égyptien du Caire



Akhenaton et Néfertiti inspirent un art original, nouveau : curieux allongement des crânes, ballonnement des ventres, cous allongés et yeux en amande. Les œuvres expriment la tendresse et la spontanéité, mais ces visages, parfois à la limite de la normalité, semblent d’étranges caricatures. Les représentations étaient-elles réalistes ? S’agit-il d’une stylisation systématique ? Tous à la cour adoptent ce mode de représentation et adorent Aton avec la même ferveur que le couple royal et ses filles, sans qu’on puisse savoir s’ils sont simplement bons courtisans. Ailleurs en Égypte, les dieux préférés dans chaque région, ville ou village, continuent cependant à être adorés.


Carte de l’Égypte impériale (Nouvel Empire)

La fin de l’hérésie

Tout à sa foi et à sa vie familiale, le roi ne s’intéresse guère à l’administration et aux conquêtes. Soldats, scribes-percepteurs, scribes-juges, princes des pays nouvellement conquis ne songent qu’à s’enrichir au plus vite, l’État se disloque, l’empire s’effrite. Douze ans après le début du règne, la maison du roi est peut-être en train de sombrer : la reine habite seule avec ses enfants, le roi choisit un corégent, à qui il donne un des noms de la reine. Il est dominé par une folie destructrice envers les symboles du culte d’Amon, laisse les peuples soumis se libérer.

À la mort d’Akhenaton en 1334 avant notre ère, le clergé d’Amon reprend de son importance ; les vents de sable, la chaleur et le temps détruisent les murs de brique crue de l’éphémère capitale, tandis que les dignitaires et les généraux profitent de la jeunesse des successeurs d’Akhenaton, ses gendres Semenkharê puis Toutankhaton, pour jouer leur propre jeu.


Le règne du jeune Toutankhamon

Toutankhaton entre dans la lignée des pharaons égyptiens. Très jeune, il n’est pas en mesure d’exercer le pouvoir, ce qui profite au général Horemheb. Ce dernier poussera le Roi à restaurer le culte d’Amon et à réintégrer la capitale de Thèbes (Ouaset). Toutankhaton s’appellera alors Toutankhamon. Il épousera sa sœur, Ankhsenamon, et mourra prématurément sans héritier.

Son règne est “insignifiant” pour l’époque mais lorsque Howard Carter découvrira son tombeau en 1922, son nom se gravera dans toutes les mémoires.

Alors que le maire du palais, Ay, dirige les affaires intérieures du pays, le général Horemheb, appuyé par les prêtres d’Amon, commande les armées, rase la ville de Tell el-Amarna (Akhet-Aton) et restaure le pouvoir des pharaons au cours d’un règne de trente années. Horemheb, dernier pharaon de la XVIIIe dynastie, ne laissant aucun héritier mâle, c’est un de ses amis, le général Ramsès qui lui succède en -1292, et fonde la XIXe dynastie.


La XIXe dynastie


Originaire du Delta, Ramsès Ier, le nouveau pharaon est un militaire. Il gouverne avec l’appui de son fils, Séti (corégence), et s’installe à Memphis (Men-nefer), dans la capitale de l’Ancien Empire, pour s’éloigner de Thèbes (Ouaset) et du clergé d’Amon. On lui doit néanmoins la mise en chantier de la salle hypostyle de Karnak (Ipet Sout). À la mort de son père, Séti Ier monte sur le trône et instaure une politique d’équilibre, se faisant appeler tantôt « Aimé d’Amon », pour plaire aux prêtres de Thèbes (Ouaset), tantôt « Aimé de Ptah », pour plaire à ceux de Memphis (Men-nefer), tout en mettant en avant le dieu Seth, dont il porte le nom, le dieu des Terres rouges et du Delta.

Séti Ier restaure l’ordre ancien, en rupture totale avec l’épisode amarnien. Suivant l’exemple de son père, il gouverne en corégence avec son fils, Ramsès. Il mène une politique extérieure énergique pour rétablir l’influence égyptienne aux confins de l’empire. Il combat les Hittites en Syrie-Palestine, allant jusqu’à Qadesh, sur l’Oronte, signe un traité de paix avec eux, rentre au pays et repart quelques mois plus tard combattre les Libyens, puis les Nubiens. Dans le même temps, il surveille étroitement le creusement et la décoration de l’immense tombe royale dans la Vallée des Rois et fait graver sur de nombreux monuments des tableaux évoquant ses victoires. En Égypte, les mines d’or et de turquoise, les carrières de granit et d’albâtre retrouvent leur animation.


Bas-relief de la salle hypostyle de Karnak évoquant les victoires de Séthi Ier
Victoires de Séthi Ier
remportées au début de son règne.
Reliefs de la salle hypostyle de Karnak
 Détail de la décoration de la tombe de Séthi Ier
Exemple de décoration

Tombe de Séthi Ier - Vallée des Rois, Thèbes-Ouest
© Éditions Atlas - Photos : F. Gourdon

Vers -1279, à la mort de Séti Ier, son fils Ramsès II, « l’élu de Rê », lui succède.


Le règne de Ramsès II

Le plus célèbre pharaon d’Égypte règnera près de soixante ans, mourra presque centenaire, aura cinq ou six reines, les Grandes Épouses, et de nombreuses favorites. Il sera père d’une centaine d’enfants, créera des villes neuves, agrandira ou bâtira des temples, multipliera colonnes et statues gigantesques. Pharaon bâtisseur entre tous, Ramsès II, dit « le Grand », laissera à l’Égypte un grand nombre de temples, de chapelles et de villes comme Abou Simbel. Partout, la vie et les hauts faits du roi sont glorifiés par des dessins et des textes. Ses architectes n’hésitent pas à réutiliser d’anciens monuments, après avoir effacé les noms de ses prédécesseurs pour y graver son cartouche.

Stratégiquement, la capitale fut déplacée à Pi-Ramsès, dans le delta oriental, proche de l’ancienne capitale Hyksos, permettant par ses points d’eau et ses forteresses un point de départ sûr vers la Palestine. La ville avait une taille imposante et des activités éclectiques comme des palais, des installations militaires, divers temples destinés aux grands dieux de l’empire, des écuries et des manufactures d’armes. Ces dernières fabriquaient des boucliers hittites pour des troupes auxiliaires grâce au cuivre tiré des mines de Timna en Israël. Pi-Ramsès était aussi un point militaire stratégique, permettant une action rapide des troupes égyptiennes en cas de révoltes en Palestine ou en Syrie par exemple. Il y avait là de nombreuses tribus nomades, comme les Shasous ou les Apirous (que l’on a rapproché de l’actuel nom « Hébreux »), qui gênaient le commerce par leurs guerres incessantes.


Statue de Ramsès II enfant, placé sous la protection d’HorusChar égyptien tiré par un cheval bondissant. Cette scène célébrant la bataille de Qadesh qui a opposé les Égyptiens et les Hittites, au XIIIe siècle avant notre ère, est gravée en creux sur le temple d’Abou Simbel, en Nubie.
Fresque d’Abou Simbel : évocation de la bataille de Qadesh

«- Ramsès II enfant protégé par le dieu-faucon Horoun, figure locale d’Horus.

Les statues colossales du pharaon, qui ornent les temples d’Abou Simbel et de Karnak, sont une tradition du règne de Ramsès II.
Musée égyptien du Caire


Pour finir, Ramsès II mène une intervention militaire dans le pays d’Amourou (dont le centre est Qadesh), devenue inévitable depuis que ses dirigeants étaient passé ouvertement du coté hittite. Le récit de cette bataille constitue la première description détaillée d’un engagement militaire important. Face à l’armée Hittite, les forces égyptiennes se sont trouvées pour la première fois confrontées à un ennemi dont la puissance rivalisait avec la leur. Cette bataille aurait pu être un désastre, car elles étaient surpassées en nombre et dominées sur le plan tactique. Ramsès II en personne a dû charger l’ennemi à la tête de ses troupes pour préserver leur moral. Finalement, l’armée égyptienne a échappé à une cuisante défaite grâce à l’arrivée de renforts. Après l’issue incertaine de la bataille, il signe un traité d’alliance avec les Hittites, mais il aura guerroyé seize ans pour y parvenir. Des copies de ce traité ont été conservées jusqu’à nos jours. Sa politique extérieure est avant tout défensive : son alliance avec les Hittites vise à limiter les ambitions de l’Assyrie, qui vient de s’emparer du royaume du Mitanni. Il maintient difficilement sa tutelle sur la Syrie-Palestine, le Syrie du Nord lui échappant au profit des Hittites.

Plan de la bataille de Quadesh
La bataille de QuadeshCroquis du déroulement vraisemblable des opérations. Les Hittites, cachés à l’est de Qadesh, ont réussi à surprendre de flanc l’armée égyptienne, qui débouche vers le camp installé par Ramsès en face de la ville. La vaillance du jeune roi parvient à rompre les chars hittites et à donner le temps au reste de l’armée, mandée en hâte, de repousser les confédérés au-delà de l’Oronte.

Parmi ses enfants, Khâemouaset, un de ses fils, eut la tâche de rétablir les anciens cultes dont ceux des ancêtres royaux et certaines de ses filles occupèrent la fonction de Grande Épouse royale. Cependant malgré cet apogée apparent, l’édification des temples, les victoires successives cachent une entrée dans une crise économique profonde pour l’Égypte.

Lorsque Ramsès II disparaît en -1213 et que, « semblable aux dieux, il s’est couché dans son horizon, et que tous les rites d’Osiris ont été accomplis, qu’il a navigué sur le fleuve dans sa barque royale et qu’il est allé se reposer dans sa demeure éternelle à l’ouest de Thèbes (Ouaset) », la famille royale est déchirée par une guerre de succession que le trop grand nombre de ses descendants rendait prévisible, menaçant le pays d’anarchie. Comme ses treize fils ainés sont morts, c’est finalement Mirenptah, le quatorzième qui lui succède.

Au moment où Mirenptah accède au pouvoir, à l’ouest du pays, les Libyens s’allient aux « Peuples de la Mer » attaquent le delta… Ces dangereux “pirates” arrivent par surprise ; après un moment de flottement, les soldats égyptiens les repoussent à l’issue d’une victoire totale par terre et par mer, faisant 6 000 morts et 9 000 prisonniers, selon les textes.

À la mort de Mirenptah, la fin de la XIXe dynastie, pourtant si brillante sous le règne de Ramsès II, voit l’Égypte en proie à une anarchie de plus en plus grande. L’historien se perd dans les intrigues de palais - usurpations, assassinats, coups de force - dues aux jalousies entre les innombrables descendants de Ramsès. Les successeurs du grand pharaon n’ont pas la force de caractère suffisante pour s’imposer. Pire, un Syrien, Iarsou, profite du délabrement du pouvoir central pour prendre les rênes du pays. Le scénario qui avait vu la reprise du royaume par une famille militaire se rejoua alors et c’est grâce à la lucidité et la volonté d’un Égyptien de souche, Sethnakht, alors probablement vizir du nord, que l’usurpateur sera détrôné, donnant ainsi naissance à la XXe dynastie.


La XXe dynastie


Les historiens supposent que Sethnakht (« Seth est puissant ») n’est plus tout jeune quand il monte sur le trône d’Égypte. La reine Tiyi-Meryaset (« Tiyi aimée d’Isis ») lui donne un fils, Ramsès, qu’il installe en tant que corégent, le désignant ainsi comme son héritier pour éviter toute nouvelle tentative d’usurpation. Quand son père monte sur le trône, le futur Ramsès III, n’est plus un enfant mais un jeune homme plein de vigueur.

Le nom de Sethnakht reste attaché à celui de la reine Taousert, qu’il aurait renversée et dont il réutilisa la tombe dans la Vallée des Rois. On ne sait pratiquement rien sur le règne de Sethnakht sinon qu’il a fait face aux menaces conjuguées des Libyens qui, à l’ouest, se font pressants, et des Peuples de la Mer qui deviennent de plus en plus agressifs. C’est son héritier qui en viendra à bout plus tard.


Une vue de la tombe de Sethnakht
Tombe de Taousert, usurpée par Sethnakht de son vivant
Vallée des Rois - Thèbes-Ouest

 
 Extrait du papyrus Harris : hommage de Ramsès III à son père Sethnakht

Il remit de l’ordre dans tout le pays qui était en révolution. Il tua tous les hommes perfides qui vivaient dans le pays bien-aimé. Il purifia le grand trône d’Égypte et devint le souverain du Double Pays, sur le trône d’Atoum. Il redressa les visages tournés vers la terre et chacun reconnut en lui son frère (…). Il restaura les temples des cités, les chargea à nouveau d’offrandes.
 
 

Le changement de dynastie semble avoir eu lieu dans une certaine continuité. Sethnakht fait de nouveau confiance à l’ancien vice-roi de Koush, Hori, fils de Kama, nommé par Mineptah-Siptah. Il entreprend des travaux de rehabilitation à Médinet Habou, Karnak (Ipet Sout), Memphis (Men-nefer) et Serabit el-Khadem.

À sa mort, Ramsès III lui succède naturellement et rêve d’être un grand pharaon. Il se montre un souverain avisé et redonne au pays un dernier éclat avant qu’il ne sombre irréversiblement dans l’anarchie et la décadence.

En une trentaine d’années de règne, il mène de nombreuses campagnes militaires pour défendre un royaume toujours menacé à l’ouest par les Libyens et au nord par les Peuples de la Mer. Grâce aux victoires remportées et au butin correspondant, Ramsès III put entreprendre la construction du temple de Médinet-Habou qui, signe des temps, était aussi une forteresse de par ses imposantes murailles et son portail d’accès en forme de “migdol” (sorte de porte fortifiée renforcée de deux tours crénelées).


Vue du migdol (entrée fortifiée) du temple de de Ramsès III à Medinet Habou
Médinet Habou, le migdol
Temple de Ramsès III - Thèbes-Ouest


Ramsès III a su s’entourer de fonctionnaires de valeur, comme le vizir To ou le maire de Thèbes (Ouaset), Paser. Mais, à la fin de son long règne, les nuages s’accumulent. Ramsès III meurt en -1152, suite à un complot préparé par la reine Tiy et certains de ses courtisans. À sa mort, un de ses fils, Ramsès IV, âgé d’une quarantaine d’années, lui succède. C’est lui qui fait instruire le procès des conjurés et les fait sévèrement châtier.

Vient ensuite une succession de pharaons qui se nomment presque tous Ramsès, comme leur modèle Ramsès II, sans en avoir l’envergure…



Vie sociale et intellectuelle


L’afflux massif de richesses influence fortement l’art et la civilisation. De nombreux étrangers vivent à la cour comme dans l’armée, des prisonniers de guerre travaillent dans les ateliers et dans les champs, introduisant en Égypte des croyances et des savoirs nouveaux.. L’armée, sous la XVIIIe dynastie, prend de plus en plus d’importance. Les officiers font partie des gens sur lesquels il faut compter dans le pays, surtout les officiers de la charrerie, devenue le corps d’élite de l’armée royale. La société se transforme : épuisée par deux siècles de guerre, la classe moyenne constituée pendant le Moyen Empire disparaît, alors que se fait jour celle des grands dignitaires, plus nombreux et plus riches chaque jour. Officiers des campagnes militaires et hauts fonctionnaires tirent profit des conquêtes, se partagent les esclaves et les terres que leur donne le pharaon. La cour mène à cette époque la vie la plus raffinée qu’ait connue l’Égypte, comme en témoignent les costumes élégants, l’art ou la littérature.

Cette époque est également marquée par l’adoption de nouvelles coutumes funéraires. Devant les pillages continus dont les pyramides étaient victimes, les pharaons ont renoncé à s’y faire enterrer. Ils choisirent de faire creuser leurs tombes dans les falaises de la Valée des Rois. La Vallée des Rois et, non loin, la Vallée des Reines, où reposaient les épouses et les enfants des pharaons, étaient mieux protégées contre les éventuels pilleurs de tombeaux. Afin d’héberger les ouvriers et les artisans chargés de la construction des tombes, on a créé le village de Deir el-Medineh. Les connaissances sur la vie des roturiers de l’ancienne Égypte proviennent en grande partie des fouilles effectuées dans ce village.

Le village des artisans

Statuette de Didi et Pendoura, ouvriers de Deir el-MedinehAu creux d’un vallon désertique situé entre la Vallée des Rois et la Vallée des Reines se blottit un village, aujourd’hui appelé « Deir el-Medineh ».

Composé de minuscules maisons de briques crues séchées au soleil, le village abritait les artisans et les ouvriers qui creusèrent et décorèrent les tombes royales et les temples funéraires alignés dans la plaine occidentale de Thèbes. Un haut mur les protégeait.

Sur l’abrupt versant ouest qui domine le village, ils creusèrent leur propre cimetière : des petites tombes aux caveaux superbement décorés, surmontés d’une chapelle et d’une pyramide miniature.

Carriers, charpentiers, sculpteurs, peintres, manœuvres, ils aménageaient la tombe du pharaon et de ses Grandes Épouses, et vivaient là avec leur famille. Répartis en deux équipes, ils jouissaient d’une journée de repos tous les dix jours, sans oublier les fêtes.

De très nombreux souvenirs concernant ces ouvriers ont été retrouvés sur le site : tombes parfois intactes, chapelle des dieux qu’ils vénéraient, maisons, papyrus relatifs à la marche des travaux de construction, etc.

«- Didi et Pendoua, ouvriers de Deir el-Medineh.

Le clergé d’Amon profite de nombreux dons, qui font de lui une puissance dangereuse pour le pharaon. Pour diriger le pays, celui-ci se fait aider par trois personnages : un premier vizir pour la Basse-Égypte, un second pour la Haute-Égypte et un vice-roi pour la Nubie.

 
 Amon : le dieu suprême invisible

Imen en égyptien veut dire le caché ! Amon est à la fois la force, la vie et le principe de l’univers, celui qui dirige à la fois l’infiniment grand et l’infiniment petit et qui trouvait à Karnak sa demeure temporelle. Il est Celui dont Champollion disait :

Amon dont le nom signifie occulte ou caché, était le premier et le chef des dieux, l’Esprit qui pénètre toutes choses, l’Esprit créateur procédant aux générations et qui illumine toutes choses qui sont dans les ténèbres…

C’est également ce qui est écrit dans l’Hymne à Amon de Leyde :

Amon, Rê et Ptah englobent tous les dieux,
Secret est ton nom en tant qu’Amon,
Il est Rê par le visage (de lumière)
et son corps est Ptah, (la vie éternelle)

Ce n’est pas un hasard si la fête “du Jubilé ou fête du sed” des trente années de règne de pharaon était patronnée par le dieu Ptah. Amon est la roue dont tous les rayons mènent au centre.

Il est l’Être inaltérable de lumière capable de se multiplier à l’infini.

Dans les textes de l’Akhmenou :

Amon est le Maître du ciel et de la terre, de l'eau, des montagnes, et le Créateur de tout ce qui existe. Il est "le Roi des dieux" que son Verbe a créé au commencement et pour l'éternité.

Amon dans la langue des lettres égyptiennes s’interprète également comme une prière puisque celui qui prononce son nom l’invite en même temps à venir (en son âme) en lui disant « Viens, viens à moi. »

» Site Historel   - Égypte Antique
 
 

Le Nouvel Empire a d’autre part été marqué par une activité intense dans le domaine de l’architecture. Les pharaons ont fait ériger d’immenses temples à travers tout le pays. La région de Thèbes (Ouaset), l’une des capitales, voit s’épanouir une floraison de temples, tel celui de Deir el-Bahari (Djeseru-Djeseru), bâti pour Hatshepsout. À Karnak (Ipet Sout), l’immense sanctuaire du dieu Amon est sans cesse embelli et agrandi par les souverains. L’apogée architectural est atteint sous Aménophis III (Amenhotep III), avec des constructions gigantesques à Karnak (Ipet Sout), Louxor et sur la rive gauche de Thèbes (Ouaset), où se dressent encore les fameux colosses de Memnon. Ce grand exemple sera suivi par Ramsès II, qui couvre l’Égypte et la Nubie de temples dont les noms sont justement célèbres : le Ramesseum, Abou Simbel… Sa capitale, Pi-Ramsès, dans le Delta, éblouit les contemporains par sa splendeur. L’un de ses successeurs, Ramsès III, rivalisera en gigantisme, édifiant le colossal temple de Medinet Habou, dont les ouvrages défensifs traduisent l’insécurité du moment.

La sculpture n’était pas en reste, comme en attestent certains chefs-d’œuvre qui ont perduré jusqu’à nos jours.

Les arts ont continué de s’épanouir et les artisans ont découvert un nouveau type de poterie, proche du verre : la faïence. Ils fondaient le verre pour fabriquer des récipients et utilisaient de la faïence pour les incrustations.

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Le monde méditerranéen sous le Nouvel Empire


La Méditerranée est un enjeu politique et économique de première importance. Si, du fait de sa position stratégique et des richesses qu’elle génère, l’Égypte des pharaons suscite la convoitise, elle a toujours su pendant sa longue histoire, et malgré des périodes d’incertitude, résister à la pression d’autres civilisations qui, en se faisant et se défaisant, ont écrit l’histoire du Bassin méditerranéen.

Avec les déserts quasiment impraticables à l’est et à l’ouest, des côtes dangereuses et un Nil coupé au sud par les cataractes, l’Égypte était bien protégée contre les incursions. Les endroits par où les étrangers pouvaient y pénétrer étaient rares et, pour la majeure partie de l’histoire égyptienne, le pharaon fut parfaitement capable d’intercepter leurs déplacements.

Simultanément, l’Égypte était libre de choisir le moment et le lieu opportuns pour une expansion dans le nord-est de l’Afrique et en Asie occidentale. Ce fut seulement au cours des derniers siècles avant notre ère, lors de l’avènement des grands empires du Proche-Orient et de la Méditerranée, que l’Égypte fut amenée à défendre - puis à abandonner - sa politique isolationniste.

Carte géographique présentant la localisation les alliés et les rivaux de l’Égypte
© Éditions Atlas - Illustration de Dominique Hé

Canaan

Au nord-est du delta du Nil, la frontière naturelle du désert du Negueb sépare l’Égypte du pays de Canaan, vaste terristoire aux contours mal définis politiquement, qui s’étend depuis les rives de l’Oronte, au nord de la Syrie, jusqu’au désert du Sinaï. Ses ports les plus connus sont Gaza, Jaffa et Ascalon. Ce passage obligé pour les caravanes qui circulent entre l’Égypte et l’Asie est peuplé de nomades attirés par les richesses de la vallée du Nil et dont les pharaons ont dû en permanence repousser les tentatives de raids. Sous le Nouvel Empire, Canaan devient une province égyptienne, avant de passer sous le joug hittite. Le pays de Canaan sera plus tard la patrie des Hébreux.

Phénicie

Au nord du pays de Canaan, la Phénicie, une des régions les plus riches du Moten-Orient, s’étend depuis le mont Carmel, au sud, jusqu’au port d’Ougarit, au nord. Cette longue bande de terre, qui englobe les côtes du Liban et de la Syrie, est jalonnée de ports comme Tyr, Béryte, Simyra, Sidon et surtout Byblos, dont les richesses incomparables attirent les Égyptiens : ils s’y procurent du bois de cèdre, mais aussi les résines, les minéraux, les épices et les parfums que les caravanes ramènent d’Orient par les vallées du Tigre et de l’Euphrate. Sous le Nouvel Empire, cette région deviendra un protectorat égyptien.

Retenou

Difficile de situer exactement le Retenou dont parlent les textes égyptiens anciens. Peut-être s’agit-il d’un vaste territoire s’étendant du pays de Canaan (l’englobe-t-il ?) au nord de la Phénicie, mais n’ayant pas d’accès direct à la mer. Dans ce désert oriental, des villes surgies des sables, comme Megiddo, jouent un rôle important dans l’immense trafic caravanier entre l’Orient et l’Égypte.

Mitanni

Le Mitanni, l’ancien Naharina, est un vaste empire qui s’étend depuis le nord de l’Oronte jusqu’aux confins de la Mésopotamie à l’est. Cet empire semble naître assez brusquement, vers le XVIe siècle avant notre ère, d’un mélange de races hourrite et indo-aryennes. Le Mitanni représente une menace constante pour les rois égyptiens de la XVIIIe dynastie, mais il sera mis au pas par Thoutmosis III, avant de céder la première place à son voisin hittite.

Chypre

L’ancienne Alasiya est avant tout une terre de marchands qui ont noué des relations commerciales avec la Phénicie et l’Égypte. L’île exporte du cuivre, des objets manufacturés ainsi que des produits agricoles.

Crète

Elle entretient des relations commerciales avec l’Égypte depuis des temps très anciens. À partir de la XIIe dynastie, l’île connaît un essor important, et ses échanges avec la terre des pharons s’intensifient. Des marchands crétois, les Keftiou, s’installent dans le delta du Nil et font venir de leur pays l’huile d’olive, alors inconnue des Égyptiens.

Cyclades

Dès les premières dynasties égyptiennes, l’archipel des Cyclades fait du commerce avec l’Égypte. Ces terres de la mer Égée exportent de l’obsidienne et des poteries, en provenance principalement de l’île de Samos.

Babylone

Au XVIIIe siècle avant notre ère, Babylone, ville située sur la rive gauche de l’Euphrate, devient la capitale d’un vaste empire qui comprend la Basse-Mésopotamie et une partie de la Haute-Mésopotamie. Si les relations avec l’Égypte sont plutôt pacifiques, au VIIe siècle le roi Nabuchodonosor mène une politique de conquêtes en Palestine et en Syrie, qu’il souhaite ravir à l’Égypte. Il n’y parvient pas et Babylone connaîtra la chute avec l’arrivée des Perses de Cyrus.

Assyrie

C’est sous le Nouvel Empire que les Égyptiens ont affaire aux Assyriens qui vivent au nord de la Mésopotamie, sur le cours du haut Tigre, autour de leur puissante capitale, Ninive. Longtemps vassale du Mitanni, l’Assyrie supplante définitivement ce pays au VIIIe siècle et commence à devenir menaçante pour l’Égypte, qu’Assurbanipal conquiert en 666, avant d’être battu par le pharaon Psammétique Ier. En 612, l’Assyrie disparaît.

Hatti

Depuis le XVIIIe siècle avant J.-C., les Hittites, peuple indo-européen vivant sur les plateaux de l’Anatolie centrale (actuelle Turquie), ont fondé un empire qui rivalise avec les grandes civilisations voisines, comme Babylone, l’Assyrie et l’Égypte. Les farouches soldats du Hatti sont surtout connus pour leur guerre contre Ramsès II, qui les contient à Qadesh. Le Hatti disparaît au XIIIe siècle avant notre ère.

Libye

À l’ouest de la vallée du Nil s’étend un vaste territoire désertique dont seule la côte méditerranéenne et quelques oasis sont habitées. Depuis le début de leur histoire, les pharaons combattent sans relâche ces Libyens qui convoitent la région du Delta. Sous les Ramessides, ils parviendront à s’implanter durablement en Égypte en s’enrôlant comme mercenaires dans l’armée royale. Deux dynasties libyennes (les XXIIe et XXIIIe) prendront même en charge les destinées de la terre des pharons.

Source : Ouvrage collectif, Passion de l’Égypte (collection de fiches) - Les classes sociales de l’Égypte ancienne, Édition Atlas, Paris 2003

Plaquettes représentant cinq des des voisins de l’Égypte
Les étrangers dans leur costume traditionnelDe gauche à droite : un bédouin barbu de Shasu, un Nubian, un bédouin différent de Shasu coiffé d’une étoffe jaune, un prince syrien avec une barbe pointue, un Libyen avec une tresse latérale et des tatouages, un prisonnier asiatique, un Hittite reconnaissable par son manque de barbe et de longs cheveux jetés en arrière portant une calotte, et deux prisonniers supplémentaires (un asiatique et un Libyen).
Plaquettes de faïence provenant de Médinet-Habou, temple funéraire de Ramsès III à Thèbes-Ouest - Musée égyptien, Le Caire
bouton+.gif Ramsès III vous en dit plus…

Lorsque les Égyptiens représentent les peuples du Proche-Orient et de l’Afrique avec lesquels ils sont en relation, ils reproduisent précisément les costumes et les coiffures qui les différencient les uns des autres.


Les Neuf Arcs


Les Neuf Arcs sont attestés dès le règne du roi Djoser (IIIe dynastie) dont on possède une statue qui montre le roi foulant à ses pieds neuf arcs. Les arcs symbolisent l’ennemi qui est représenté par son arme de combat. Ce symbole vient des temps prédynastiques où les chasseurs de la vallée du Nil s’affrontaient avec leurs armes de chasse, notamment l’arc.

Pourquoi le chiffre neuf ?

Le pluriel en égyptien est défini par le chiffre 3. Le chiffre 9 (3 X 3) symbolise le pluriel des pluriels, c’est à dire la totalité. Le chiffre neuf, dans la mentalité égyptienne, est donc le symbole de l’universalité : c’est ainsi qu’aux neuf dieux primordiaux correspondent les Neuf Arcs, groupant l’Égypte et les pays étrangers qui constituent l’univers humain. L’expression “les Neuf Arcs” désigne donc tous les ennemis possibles de l’Égypte qui sont à l’Ancien Empire les Nubiens, les Libyens et les asiatiques.

Tabouret et trône de Toutankhamon
Tabouret du trône de Toutankhamondécoré de captifs enchainés et prostrés à côté d’arcs démesurés. Sept arcs symbolisent le monde non-égyptien, qui doit être asservi à l’Égypte. En plaçant ses pieds sur le tabouret, le roi confirme la supériorité de l’Égypte.
bouton+.gif Toutankhamon vous en dit plus…

Concernant ce sujet, vous pouvez consulter l’ouvrage de Dominique Valbelle, Les Neufs Arcs, l’égyptien et les étrangers de la préhistoire à la conquête d’Alexande, Armand Colin, Paris, 1990.


À la fin de cette XXe dynastie, l’omniprésence du clergé et de la religion dans les affaires de l’État conduit à une dégradation du pouvoir royal. Sous le règne du dernier pharaon, Ramsès XI, le pays se divise : Hérihor, grand prêtre d’Amon à Thèbes (Ouaset), devient une sorte de pseudo-pharaon, à Thèbes (Ouaset) alors que Ramsès XI dirige le nord du pays. L’Empire, affaibli par des usurpations de pouvoir et des conflits internes, la nourriture devient rare et la famine s’installe, les scandales éclatent, des voleurs pillent les tombes royales… Le pays n’est plus en mesure de repousser l’envahisseur devenu de plus en plus présent aux portes du pays. L’Égypte ne se relèvera pas de cette lente décadence, c’est la fin du Nouvel Empire.


 
 

Pour mémoire


Précédé de la « Deuxième Période intermédiaire », le Nouvel Empire est suvi de la « Troisième Période intermédiaire ». Le Nouvel Empire est la période la plus connue et la plus prospère de toute l’histoire égyptienne. C’est une nouvelle ère de prospérité et de raffinement : renouveau de la puissance royale, large expansion territoriale (c’est le temps des conquérants), affluence de richesses vers l’Égypte.

Repères


Datation      : Le Nouvel Empire s’étend de 1550 à 1070 avant notre ère.
Dynastie(s) : Cette période compte trois dynasties : la XVIIIe, la XIXe et la XXe.
XVIIIe dynastie


XIXe dynastie
XXe dynastie
- Ahmosis Ier, Aménophis Ier, Thoutmosis Ier, Thoutmosis II, Reine Hatchepsout, Thoutmosis
  III, Aménophis II, Thoutmosis IV, Aménophis III, Aménophis IV-Akhénaton, Semenkhkarê,
  Toutankhamon, Ay, Horemheb
- Ramsès Ier, Séthi Ier, Ramsès II, Mirenptah, Amenmès, Séthi II, Siptah, la Reine Taousert
- Sethnakht, Ramsès III, Ramsès IV à Ramsès XI
Capitale(s) : Durant cette période, la capitale fut à Thèbes avant d’être délocalisée à Pi-Ramsès par Ramsès II pour des raisons stratégiques.


Faits importants


Le Nouvel Empire est la période la plus connue de l’histoire égyptienne. De grands noms, nous en est parvenus tel : Ramsès 2, Hatchepsout, Akhenaton, Thoutmosis 3 ou encore, pour ne citer que ceux-ci, le jeune Toutankhamon. Comme fait marquant, nous pouvons citer le premier traité de paix de l'histoire signé entre l'Egypte et les Hittites, la révolution pseudo monothéiste arménienne ou encore les grandes conquêtes du Napoléon égyptien « Thoutmosis 3 ».

Politique et militaire
» Réunification de l’Égypte.
» Nouvelle réforme administrative. Création de trois postes : un vizir pour le Basse-Égypte, un vizir pour la Haute-Égypte et un vice-roi est nommé en Nubie. Ils assurent la levée du tribut annuel d’impôts et de main-d’œuvre.
» Instauration d’une armée de métier bien entraînée, avec priorité aux chars de combat.
» Politique de conquêtes (Canaan, Phénicie, Mitanni,…).

Architecture
» Le vaste complexe de temples d’Amon-Rê à Karnak/Louxor est encore agrandi et embelli.
» Temple funéraire de la reine Hatshepsout à Dei el-Bahari (Thèbes-Ouest).
» Temple de Séthi Ier à Abydos.
» Nouveaux temples solaires dédiés à Aton (Akhenaton).
» Ramsès II construit à Thèbes (Ramesseum), Karnak, Louxor, Abou Simbel…
» Reconstruction des forteresses de la 2e cataracte endommagées par les envahisseurs Kerma.
» Temple funéraire de Ramsès III à Medinet Habu (Thèbes-ouest)

Sculpture et arts décoratifs
» Apogée de la peinture murale dans les tombes thébaines.
» Production d’objets de haute qualité : vases de verre coulé et moulé ; objets de toilette (boîtes, miroirs, cuillers à fard).
» Style « amarnien », d’un réalisme pathétique : bustes de Néfertiti (Le Caire et Berlin), bustes et statues d’Akhenaton.
» Tombe de Toutankhamon.
» Extension de la pratique des sarcophages anthropoïdes, de bois stuqué et décoré de peintures.

Vie sociale et intellectuelle
» Les souverains installent leur capitale à Thèbes, la « Ville aux Cent Portes », qui devient alors un symbole de prospérité, de richesse et de luxe.
» Malgré une courte période vouée à Aton (Akhetanton), Amon-Rê est dieu d’empire.
» Capitale éphémère de Tell el-Amarna (Akhetanton) du pharaon Akhenaton.
» Extension universelle du culte d’Osiris, le dieu des morts.
» Nouvelle catpitale de Ramsès II, dans le Delta : Pi-Ramsès.
» Les monarques abandonnent les pyramides et se font ensevelir dans des tombes (hypogées) creusées dans les falaises. Avec les Vallées des Rois, des Reines, des Nobles…, Thèbes-Ouest est nécropole d’empire.
» Premiers témoignages sur le village des ouvriers de Deir el-Medineh.
» Popularisation du Livre des Morts (papyrus illustré) permettant au défunt de surmonter les dangers du passage dans le monde de l’au-delà.
» En littérature : Poème de Pentatour, Conte d’Horus et de Seth.
» Pillage des tombeaux de la Vallée des Rois.

Relations extérieures
» Expédition au Pays de Pount.
» Commerce intense avec l’Asie (Canaan, Phénicie, …).
 
 


Catégorie / Titre : Un peu d’histoire /   Nouvel Empire
Date de création : 05/11/2007 - 10:42  -¤-  A été modifié le : 08/02/2008 - 15:49

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