cartouche titre L'Égypte au quotidien
Portrait d’une société


Travail et échanges - Disciplines et ressources
» Caractéristiques et Techniques de construction


Matériaux, tous issus du milieu naturel


Nil

Pour les demeures d’éternité (tombes) et les demeures des dieux (temples) : calcaire, granit, grès
Pour les constructions de moindre importance (palais et maisons) : terres argileuses (mais vallée encaissée en Moyenne et Haute-Égypte) servant à la fabrication de la brique crue. Utilisée dès la période Nagada, son emploi se perpétuera dans la construction civile (avec le pisé) comme dans l’architecture religieuse (pour les parties les moins nobles : magasins, enceintes…)

Climat désertique

Bois, de mauvaise qualité architecturale (palmier)  ou importés du Liban, de la Nubie (cèdre…).


Différents éléments d’un édifice


Murs et enceintes


Les murs sont ordinairement composés d’assises horizontales dont les pierres présentent en hauteur des joints verticaux et parfois inclinés. Ces pierres sont creusées, sur leurs bords contigus, dans le sens horizontal, de mortaises triangulaires et reliées entre elles au moyen de tenons de bois en queue d’aronde. On a quelques exemples d’assises courbes sans que la nature du terrain puisse toujours servir à expliquer ce mode étrange de construction.

Brique appareillée

Les Égyptiens utilisaient différents types d’assemblages de briques. Ci-dessous, un assemblage jouant sur des courbes régulières.
Assemblage de briques jouant sur les courbes régulières

Pierre appareillée

Petit appareil dès la période Thinite. Grand appareil à partir de l’Ancien Empire (IVe dynastie).

Trois types d’assemblage de pierres
1. Les Égyptiens utilisaient un appareil isodome régulier à joints vifs sans mortier. 2. Par souci d’économie lié au transport de la pierre, l’appareillage pouvait être irrégulier. 3. Dans le cas de murs larges, comme les pylônes, un remblai de pierres sêches était utilisé entre deux parements.


Couverture


La toiture plate

Ce type de couverture, utilisée en architecture domestique, est constitué de tiges de roseaux posées sur des poutres et recouvertes de terre argileuse.
Exemple de toiture plate

Voûte et Coupole en brique

Photo d’un édifice avec une voûte sans cintre : magasin du Ramesseum
  • Construction sans cintres par tranches sur lits inclinés.
  • Doublement éventuel par un second berceau.
  • Réduction des poussées : profil surhaussé ou en ogive.
  • Première partie de la voûte construite en encorbellement.

Croquis illustrant la technique de la voûte sans cintre

Ci-contre, Magasin du Ramesseum - Thèbes-Ouest


L’utilisation de la brique par addition de lits en biais successifs permet de constituer une voûte sans échafaudages. L’ouvrage cintré ne sera pas transposé dans la pierre.

Voûte en pierre


Pyramide de Khéops : vue de la grande galerieEncorbellement : technique de formation d’une couverture constituée par la superposition de plusieurs assises de pierres posées en décalage progressif vers l’intérieur jusqu’à former une coupole appelée “fausse voûte”. Chaque rang de pierre avance sur celui du dessous d’environ de la moitié de son épaisseur et un peu plus vers le haut. La fausse voûte est terminée par une pierre plate formant la clef de voûte.

La technique de l’encorbellement permet deux grandes solutions : celle des assises circulaires, celle des assises rectilignes.

La « grande galerie » (ci-contre), passage en encorbellement (assises rectilignes) qui monte vers la « chambre du roi », troisième et dernière chambre sépulcrale de la pyramide, où fut déposée la momie de Khéops.

Proto-voûte : décharge par dalles inclinées.

Couverture en plate-bande

Dès la IVe dynastie : Architraves monolithes, piliers puis colonnes.

Le plafond des salles est constitué d’un dallage. La portée des dalles n’excède pas la dimension des pierres mises en œuvre, soit 4 à 5 m.

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Eaux de pluie

À l’époque tardive, un système d’écoulement d’eau est aménagé. Son évacuation se fait à l’aide de gargouilles.
Comme dans la Grèce antique, les piliers et les colonnes ont beaucoup d’importance et sont caractéristiques de l’architecture égyptienne. Ces ordres de colonnes furent adoptés plus tard par les Romains. Le système de support distinct du mur, formé principalement par des colonnes isolées ou libres, c’est-à-dire non intégrées au mur, présente différentes formes.

Le pilier de forme carrée se trouve partout dans les temples et les tombes de l’Ancien Empire ; au début ses surfaces sont lisses, plus tard elles sont couvertes d’ornements et d’inscriptions.

Le support libre… au fil du temps
L’Ancien Empire annonce l’apparition du support libre en tant que système structurel de base. Les colonnes furent employées dans l’architecture monumentale en pierre comme support des parties supérieures. C’est concrètement durant les IVe et Ve dynasties, qu’apparaissent les premiers exemples de colonnes à motifs végétaux.

Dans l’architecture monumentale, les colonnes présentant des modèles végétaux représentèrent à partir du Moyen Empire la forme habituelle de support, non seulement dans les édifices religieux en pierre, mais également dans l’architecture civile. Dans les constructions à caractère civil, il est tout à fait courant que les colonnes adoptent un fût fabriqué en bois qui prend appui sur une base de pierre, et supportent le plafond via un système d’architraves réalisées elles aussi en bois.

Les colonnes de pierre dérivent de supports en bois et en nervures de palmiers, employés dans les constructions destinées aux vivants. Parmi ces supports, les simples fûts de bois égalisés à l’herminette selon une forme polygonale sont à l’origine des colonnes dites protodoriques. Quant aux colonnes palmiformes, elles pourraient être dérivées d’un tronc de palmier surmonté de feuilles. Mais jamais aucune architecture n’a pu posséder des supports constitués par des tiges de papyrus liées et encore moins par des bottes de lotus. Ce sont là des thèmes symboliques de la colonne qui expriment la vie infusée à l’édifice ou son épanouissement. D’ailleurs, les colonnes dites campaniformes ne représentent alors qu’une seule ombelle de papyrus.

Même quand la stylisation a arrondi complètement le fût, comme dans l’allée axiale de la salle hypostyle de Karnak, on a pris soin de marquer par des traits les trois angles de la tige triangulaire du papyrus, et de dessiner clairement les folioles de la base.

La colonne, devenue élément architectural autonome, comprend une base, un fût, un chapiteau et un abaque, qui, placé au sommet de la colonne, s’interpose entre cette dernière et l’architrave (poutre de pierre qui supporte le plafond). La partie la plus large du fût s’appelle le “grand diamètre”. Selon les besoins de l’expression symbolique, ces divers éléments prendront plus ou moins d’importance. Une colonne hathorique, par exemple, comprendra un chapiteau (têtes de la déesse Hathor) et un abaque considérable (sistre).

Parfois une même colonne sera végétale et hathorique (salle de l’Appariton à Denderah). Dans certains mammisis (Maisons de Naissances divines), les abaques des colonnes végétales prendront des dimensions démesurées pour porter une effigie de bès dansant (mammisis romains de Denderah et d’Edfou).

On voit apparaître à l’Ancien Empire les colonnes palmiformes (temple d’Onnos à Saqqarah), les colonnes fasciculées lotiformes. On retrouve ces dernières au Moyen et au Nouvel Empire. On trouve aussi la colonne-poteau, simple transcription en pierre d’un poteau original en bois destiné à soutenir une toile de tente (salle des fêtes de Karnak).

À l’époque tardive, les colonnes deviennent composites, c’est-à-dire que tous les végétaux sont appelés à figurer dans le chapiteau qui prend un aspect surchargé. Pratiquement, la variété est extrême  : Philae, Kom Ombo, Edfou, Esna, Kalabcha fournissent des chapiteaux très divers et souvent d’un bel effet.

Deux grands types de colonnes…
La forme définitive de la colonne est déterminée, non pas par sa fonction de support structurel, mais par ses connotations significatives et idéologiques. Vestiges de pierre de l’arbre primordial (pilier du monde), les colonnes sont essentiellement de deux sortes : celles qui, simples fûts cylindriques, ne reproduisent aucun élément naturel et celles qui entrent dans la catégorie des ordres floraux, imitant les plantes et les fleurs rencontrées dans la nature. Les plantes du pays : le lotus, symbole de la Haute-Égypte et le papyrus, emblème de la Basse-Égypte sont représentées de différentes manières, les chapiteaux formant les boutons de leurs fleurs, ouverts ou fermés. Les fûts, quant à eux, reproduisent une tige ou un faisceau (fût fasciculé).

… constitués de différents ordres
En Égypte on distingue cinq ordres : l’Ordre Palmiforme, l’Ordre Lotiforme, l’Ordre Papyriforme, l’Ordre Protodorique, l’Ordre Hathorique, et deux styles : composite, piquet de tente.

Les différents ordres égyptiens de colonnes
Colonnes : les différents ordres égyptiens

1. Ordre Palmiforme

Ancien Empire (Ve dynastie) - Très massive, la colonne palmiforme (en feuille de palmier) ne représente pas en réalité le tronc du palmier. Passée de mode sous le Moyen Empire, elle renaît grâce aux Lagides (Ptolémées).
  • Le fût est cylindrique. Autour de la partie supérieure, sont disposées 8 ou 9 feuilles de palmier unies entre elles par une ligature faite d’un amalgame.
  • L’extrémité supérieure qui compose le chapiteau s’arrondit et se courbe légèrement vers l’extérieur.
  • L’abaque, de petite dimension est à peine visible depuis la base de la colonne
  • La base est simple

Dans les représentations les plus anciennes, les feuilles de palmiers indiquaient le lieu sacré occupé par la nécropole préhistorique de Bouto en Basse-Égypte. Durant la période archaïque, on trouvait dans le désert des poteaux plantés, probablement décorés de feuilles de palmiers que l’on utilisait non seulement pour délimiter le territoire sacré, mais aussi définir un espace propice au déroulement des cérémonies funèbres, face aux tombes de Memphis.

2. Ordre Lotiforme

Ancien Empire (Ve dynastie) - La colonne lotiforme (en fleur de lotus) est d’une forme plus stylisée.
  • L’abaque est puissant.
  • Le chapiteau est formé de six calices fermés.
  • Le fût est fasciculé, reproduisant six tiges de diamètre identique, qui se développent depuis le haut du chapiteau.

Elle représente le dieu Nefertoum appelé le lotus au « nez de Rê ». Dans la mythologie égyptienne, le lotus était également dédié au soleil qui émerge des eaux primitives sur une fleur de lotus et se délecte de son parfum.

Cette colonne est également attestée avec un chapiteau ouvert, en particulier à l’époque Ptolémaïque. On trouve ce type de colonnes en pierre dans l’architecture funéraire à partir de l’Ancien Empire et aux époques ultérieures surtout dans l’architecture des temples.

3. Ordre Papyriforme

Ancien Empire (Ve dynastie) - La colonne papyriforme (en feuille de papyrus), beaucoup plus répandue, a une forme similaire à la colonne lotiforme, d’aspect massif.
  • L’abaque est assez discret.
  • Le fût est étranglé à sa sortie de la base. Les six à huits faisceaux qui le composent sont triangulaires.
  • La base est base simple.

Colonne papyriforme (chapiteau papyriforme fermé)Colonnes avec chapiteaux papyriformes fermés

Temple de Louxor
Colonne campaniforme (chapiteau papyriforme ouvert)Colonnes avec chapiteaux papyriformes ouverts
dite “campaniforme”
Ramesseum, Thèbes

Sous le Nouvel Empire, les fûts se simplifient, présentant une tige unique dépourvue d’aspérités (permettant l’installation de reliefs) et surmontée d’un chapiteau en forme de fleur ouverte ressemblant à de cloche retournée. C’est à partir de ce style que se créent la colonne campaniforme caractérisée par une seule ombelle de papyrus et par la disparition des nervures et des faisceaux, et, sous la XIXe dynastie, la colonne papyriforme monostyle où disparaissent en outre les faisceaux du chapiteau. L’abaque ne se voit pas d’en bas car le chapiteau évasé la dissimule.

Selon une inscription tardive, les colonnes papyriformes des cours intérieures des temples représentent le paysage primitif de la vallée du Nil, une « jungle de papyrus », où se promenait la divinité fluviale.

4. Ordre Protodorique

Originaire du Moyen Empire, ces colonnes sont également très massives.
  • le chapiteau géométrique très simple se confond avec l’abaque.
  • Le fût possède des cannelures (section polygonale à seize faces).
  • La base est très petite ou totalement inexistante.

5. Ordre Hathorique

À partir du Moyen Empire, ce type de colonne est utilisé dans les temples dédiés à des divinités féminines.

Colonne Hathorique à Denderah
Colonne HathoriqueTemple d’Hathor à Denderah

  • L’abaque, représentant un sistre (instrument de prédilection de la déesse) est assez grand.
  • Le chapiteau montre, sur deux ou quatre de ses faces, le visage en haut relief de la déesse Hathor, tête de femme encadrée d’oreilles de vache.
  • Le fût est lisse.
  • La base est simple.

D’autres styles - Nous trouvons également deux autres types de colonnes :

6. Colonne composite

À l’époque tardive, sous les Ptolémées, apparaît le style composite qui dérive de l’ordre campaniforme tout en ayant perdu la décoration végétale sculptée sur le chapiteau. En fait, ce dernier rassemble sur plusieurs registres une multitude de décors empruntés à la flore, ce qui donne aux artistes une plus grande liberté dans leur création. Près d’une trentaine de motifs différents ont ainsi été répertoriés. Les chapiteaux, qui représentent l’épanouissement de la fleur dont le fût est la tige, deviennent des bouquets complexes dont les variations peuvent se mêler à l’infini.

Colonnes à chapiteaux composites du kiosque de Trajan à Philae
Colonnes à chapiteaux composites - Kiosque de Trajan à Philae

7. Colonne en “piquet de tente”

Cette colonne imite les piquets en bois utilisés pour les tentes ou les constructions légères en nattes de roseaux. Des représentations et des modèles en bois existent depuis le début de l’Ancien Empire. En revanche, seule une construction de Thoutmosis III, intégrée dans le temple d’Amon-Rê à Karnak (l’Akhménou), témoigne de sa transposition en pierre.

Colonne piquet de tente, Akhmenou de Karnak
Colonne “piquet de tente” - Akhmenou à Karnak

L’éclairage
La volonté de conserver des espaces clos oblige les Égyptiens à prendre la lumière non pas en façade, mais en toiture, au moyen de fentes ou de claustras en pierre.


À suivre :
- Techniques de construction
    Le voyage des pierres
    Préparer le terrain
    Élever une pyramide
    Creuser un hypogée
    Construire un temple
    Construire et ériger un obélisque


En savoir plus… Un très beau document, L’Archéologie Égyptienne publié par G. Maspero, provenant du site Projet Gutenberg EBook  


Notice documentaire

ombelle
n.f. du latin ombelle, parasol. Inflorescence en forme de parasol, composée de plusieurs fleurs fixées au sommet de la tige et s’épanouissant sur un même plan.


fasciculé(e)
adj. 1. Bot. - Réuni en faisceau, en parlant notamment des racines fines et nombreuses des graminées. 2. Archit. - Pilier fasciculé, qui semble composé d’au moins cinq colonnes s’interpénétrant.


Article(s) complémentaire(s)
La Société égyptienne
Religion et croyances | Travail et échanges
Pays et déplacements | Famille et mœurs
Habitat et confort | Vêtement et corps
Nourriture et table | Culture et loisirs
Armée et guerre
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http://www.immortelleegypte.com/  -¤-  Créé le 14-04-2007 - 19:26 - Modifié le 21-04-2010 - 13:49