Artiste et voyageur
Les noms de Champollion ou de Mariette sont liés pour toujours à l’Égypte ancienne. Pourtant d’autres grands voyageurs du 19e siècle ont œuvré de manière conséquente à cette science naissante sans laisser une marque aussi grande dans les mémoires. C’est grâce à eux que nous pouvons encore contempler les traces de nombreux éléments disparus aujourd’hui. Telle a été la destinée d’Achille Constant Théodore Émile Prisse d’Avennes. Né Prisse Achille Constant Théodose Emile à Avennes le 27 janvier 1807, décédé à Paris le 16 février 1879. Il fut grand voyageur, ingénieur, archéologue, égyptologue, libraire, journaliste et publiciste.
Il est le descendant d’une vieille famille anglaise (galloise) émigrée en France vers 1667, les Price of Aven and Carnavon, à Avesnes sur Helpe dans le Nord de la France. Son père était inspecteur des bois de Monseigneur Talleyrand-Périgord, son grand-père paternel, procureur domanial du duc d’Orléans, avocat au Parlement de Flandre, son grand-père maternel, président du tribunal civil et maire d’Avesnes. Emile est très attaché à ses racines. Peut-être à cause de la mort prématurée de son père à 34 ans (1814). En 1815, après le décès de son grand-père maternel, son grand-père Prisse le place au collège pour le préparer au barreau, ce qui ne lui plaît guère. C’est alors qu’un ami le dirige vers l’École royale d’Arts et Métiers où il fait son entrée en mai 1822. Son grand-père paternel décède à son tour en mars 1826, et c’est donc comme « un pauvre orphelin » qu’il doit démarrer dans la vie alors qu’il n’a que dix-neuf ans.
Buste de Prisse d’AvennesMusée d’Orsay, Paris Il s’illustra dès 1826 par son projet de la Grande-Fontaine de la Bastille dite « fontaine de l’Éléphant ». Ce projet lui attira maints éloges mais il n’y fut pas donné suite.
Refusant de se plier à des emplois subalternes, il résolut de s’abandonner à ses goûts artistiques et à ses penchants d’explorateur. Ainsi, en 1826 il prit part à la guerre d’indépendance de la Grèce contre l’occupant turc, puis s’en fut aux Indes en qualité de secrétaire du gouverneur général. S’étant démis de ses fonctions, il passa en Palestine. Il fut nommé chevalier du Saint-Sépulcre pour avoir sauvé le temple de Jérusalem…
De 1827 à 1844, il parcourut et explora l’Égypte et la Nubie, se consacrant non seulement à des recherches et à des découvertes de la plus haute importance mais à une propagande des plus actives et des plus efficaces pour l’influence française, montrant une énergie extraordinaire dans des circonstances difficiles et souvent périlleuses. Le vice-roi d’Égypte Mohamed-Ali dont il avait su gagner l’estime lui confia les fonctions d’ingénieur civil et d’hydrographe, puis de professeur de topographie à l’École de la marine. Il fut aussi professeur de fortifications à l’École d’infanterie de Damiette et gouverneur des jeunes Princes, enfants d’Ibrahim-Pacha.

Monuments égyptiens, Vases et jeuxImprimé, pl. XLIX, Résac. gr.-fol.-O3a-466, RC-A-52564 
Monuments égyptiens, Parures et meublesImprimé, pl. XLIX, Résac. gr.-fol.-O3a-466, RC-A-52562 © BNF, département des Estampes et de la Photographie, ParisEn 1836, il renonça à ces situations officielles pour s’adonner entièrement à l’égyptologie et en particulier à l’étude des hiéroglyphes, science dans laquelle il devait surpasser l’illustre Champollion.
À travers la Turquie, la Perse, la Palestine, l’Arabie, la Haute et Basse-Égypte, la Nubie, l’Éthiopie, l’Abyssinie, la Syrie, pendant dix-sept années de fatigues incessantes, de misères, de privations, de luttes et de dangers, Prisse d’Avennes recueillit une abondante et merveilleuse moisson d’inestimables trésors dont il enrichira notre patrimoine national.
Le 15 mai 1844, après dix-sept ans d'absence, Prisse d’Avennes revint en France. En 1845, il fut fait chevalier de la Légion d’honneur. Chargé de nombreuses missions scientifiques, commerciales et artistiques en Égypte et dans les régions avoisinantes, il en rapporta d’innombrables documents, dessins, aquarelles, phtographies, plans, croquis extrêmements précieux. En outre, il publia une quantité considérable de mémoires, de notices dont une Encyclopédie égyptienne.
Chargé d’une nouvelle mission scientifique par Napoléon III, il repart en Égypte de 1858 à 1860 accompagné d’un jeune photographe A. Jarrot. Il revient en France en juin 1860 avec un véritable reportage, trois cents nouveaux dessins, huit mètres de calques et de nombreuses photos.
À son retour, il devient président, membre actif ou correspondant pour nombre d’instituts ou associations scientifiques. Son séjour parisien lui permet de conforter ses nombreuses relations, tels Théophile Gautier et Maxime du Camp, de participer à de nombreuses publications, comme la
Revue de Paris
, et de fonder deux revues :
Le Miroir de l’Orient
et la
Revue orientale et algérienne
. Avec tous les documents et dessins qu’il a rapportés, il prépare la publication de trois oeuvres maîtresses :
Les monuments égyptiens (1847),
Histoire de l’art égyptien (1858-1879), et
L’Art arabe d’après les monuments du Kaire (1877).
De caractère loyal et franc, mais fier et indépendant, son refus de composer lui a valu de solides inimitiés, et même des calomnies. C’est presque isolé de tous et dans la gêne qu’il décédera, à l’âge de 72 ans, le 16 février 1879 à Paris, à peine un an après avoir achevé son œuvre, présentée à l’exposition universeele de 1878. Ses obsèques seront célébrées aux frais du ministère de l’Instruction publique, les honneurs militaires lui étant rendus au cimetière d’Ivry. Sa sépulture sera transférée au cimetière Montparnasse en 1889. Éminent archéologue, égyptologue et publiciste, de renommée mondiale, il devra attendre le 29 juin 1897 pour que, par décret du président Félix Faure, un hommage public « au hardi explorateur et savant égyptologue » soit rendu à sa mémoire en donnant son nom à une rue de Paris dans le 14e arrondissement.
Détail de la chambre des ancêtres de Toutmès IIIMusée du Louvre, Paris Au Louvre, dans les salles consacrées à l’Égypte pharaonique, on remarque à côté de la grande salle consacrée aux temples, une salle plus petite, qui contient, dûment reconstituée, la « chambre des rois » ou « salle des ancêtres » de Thoutmosis (Thoutmès) III - l’Akhmenou de Karnak. C’est une chapelle montrant la chronologie de 61 pharaons prédécesseurs de Thoutmosis III ayant œuvré à la construction du temple. En plus de la « chambre des ancêtres » qu’il a rapportée, il y a aussi la fameuse « Stèle de Bakhtan » dont Champollion avait souligné l’importance. Surtout, il y a le fameux Papyrus, le plus ancien manuscrit connu, 4 600 ans d’âge, mis à jour à Thèbes. Donné à la Bibliothèque nationale, il y est conservé sous le nom de Papyrus Prisse.

Voir aussi :
Papyrus Prisse
Edris EffendiLorsqu’il se trouvait en Égypte, Prisse d’Avennes se faisait appeler Edris Effendi.
Il a été le seul dessinateur à répertorier à la fois l’Égypte ancienne et la moderne de manière aussi importante. Les « puristes » trouvaient ses dessins et peintures trops beaux, trop neufs ou idéalisés. Il est vrai que ses illustrations (voir ci-dessus) dégagent harmonie et douceur, l’auteur ayant certainement ajouté sa touche artistique personnelle.
Théophile Gautier, dans Le roman de la momie, s’inspira des dessins et des notes de Prisse d’Avennes
Sources bibliographiques
- Biographie de Prisse d’Avennes rédigée par C.N. Peltrisot membre de la société archéologique et historique de
l’arrondissement d’Avennes, publié en 1934
- Extrait de l’article de André Monclus (Pa 40) & Jean Vuillemin (Pa 40) paru dans Arts et Métiers Magazine - Nov. 2002
- Extrait de l’article de Claude Laversanne paru dans Toutankhamon Magazine n°29 - Oct/Nov 2006