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Un peu d’histoire » L’Égypte pharaonique : Pharaons et Reines » Insignes et symboles

La dualité égyptienne



La dualité : clef essentielle du système de pensée égyptien - Tout est binaire - La dualité et l’union en images

n.f. Caractère de ce qui est double en soi ; coexistence de deux éléments différents. - Dualité de l’homme. Dualité de l’âme et du coprs - Symbole très fort qui définit la conscience profonde de l’Égypte pharaonique.


La dualité : clef essentielle du système de pensée égyptien

Joan Fletcher, Le livre de la sagesse égyptienne, Éditions Gründ, Paris 2002

Le concept de dualités ou de paires revêtait une grande importance dans la religion de l’Égypte ancienne. L’ordre et le chaos, par exemple était une notion fortement ancrée chez les Égyptiens, inspirée sans doute par la topographie de la région où ils vivaient : un paysage doux aux berges fertiles, bordé par un vaste désert, sauvage et inhospitalier. Le mythe rappelait cette dualité : au tout début de la création, « l’un » avait émergé des eaux du Noun avant que « deux choses existent » (Textes des sarcophages). Par la suite, chaque chose créée était contrebalancée par son contraire sans lequel elle n’aurait pu exister. Ainsi, l’univers se trouvait en état de parfait équilibre, la déesse Maât ayant la charge de maintenir cette symétrie cosmique.

Retenues depuis le temps de la création par la déesse du ciel Nout, les eaux primordiales avaient d’abord été le lieu de naissance de la vie. Le monde était en effet sorti de la profondeur des eaux du Noun. Ce scénario se répétait à chaque fois que les eaux de la crue se retiraient et que la terre apparaissait à nouveau, couverte d’une nouvelle couche fertile de limon noir. Kemet, ainsi que les Égyptiens appelaient leur pays, signifiait la « Terre noire ». Kemet, territoire d’ordre et de civilisation, était gouverné par le roi, incarnation d’Horus. Ceci en opposition à Desheret, la « Terre rouge », le désert aride et stérile, livré à Seth, incarnation du chaos. Mais à chaque fois qu’ils se réjouissaient de voir les eaux fertilisantes inonder leur pays, les Égyptiens savaient pertinemment que si ces mêmes eaux montaient trop haut, elles occasionneraient malheur et destruction.

Toute chose importante dans l’univers avait sa contrepartie. La vie et la mort étaient deux aspects d’un même état, le défunt passait simplement de la vie à une autre vie qui n’était qu’une continuation de celle qu’il avait vécue sur terre.

La vie et la mort étaient comparables au jour et à la nuit dont la parfaite alternance était là pour rappeler aux Égyptiens la manière dont les dieux gouvernaient leur univers.. Les maîtres du temps étaient , le dieu-soleil, et Osiris qui régnait dans le monde inférieur. Le dieu-soleil était le seigneur du jour et, selon les Textes des Sarcophages, « il avait créé la nuit pour Celui dont le cœur est fatigué [Osiris] » .

Le rapprochement que l’on faisait entre la vie et le jour, la mort et la nuit, trouvait son parallèle dans le mythe du dieu-soleil dont le parcours à travers le jour et la nuit pouvait se comparer au voyage de l’homme à travers la vie et la mort. Le soleil naissait chaque matin, vieillissait à mesure que la journée passait et se couchait chaque soir pour rejoindre le monde inférieur, celui d’Osiris. Il disparaissait alors dans les ténèbres qui évoquaient à la fois la nuit et le royaume de la mort. À l’aube, il réapparaissait et cette renaissance quotidienne confortait l’idée qu’à chaque mort succédait une autre vie. Dans les profondeurs du monde inférieur, le dieu-soleil et Osiris s’unissaient pour devenir une divinité duelle. Cet aspect des choses s’exprime ainsi dans le Livre des Morts : « Osiris est hier et Rê est demain ».

Les dieux étaient censés mener une vie semblable à celle des hommes. Seule la notion du temps était différente. Une heure dans le monde inférieur, par exemple, équivalait à l’espace d’une vie humaine sur terre. L’intervention des dieux sur le monde des hommes était essentielle au maintien de maât, mais elle s’effectuait sur une base réciproque : les dieux intervenaient au bénéfice des hommes à condition que ceux-ci leur présentent constamment des offrandes. L’intermédiaire entre le monde des humains et le monde des dieux était le roi, dont la personne présentait aussi en elle-même une dualité. Fils de mortels, il (ou quelquefois elle) était aussi fils des dieux et leur vicaire sur terre. Dans ce rôle il était considéré comme l’incarnation d’Horus, le fils d’Osiris, mais on l’honorait également en tant que fils d’Amon, de Geb, de Ptah, d’Isis, d’Hathor et d’autres dieux.

Chaque roi défunt était identifié à Osiris, dont le meurtre avait constitué la première disparition sur terre. Ainsi avait débuté le cycle de la vie et de la mort. C’était aussi la première fois que le chaos - sous la forme du turbulent dieu Seth - se manifestait dans un monde ordonné. Il fallait donc ne pas oublier que là où régnait l’harmonie, menaçait toujours le désordre.



Tout est binaire


symbole de la Haute-Egyptesymbole de la Basse-EgypteLa symétrie régit aussi l’art égyptien. Reflétant la caractéristique logique de la pensée égyptienne, elle s’exprime par l’antithèse dualiste , où l’entier se représente en deux éléments mutuellement complémentaires mais nettement distincts.

Le pays lui-même se compose de deux “arcs” géographiquement distincts, la Haute-Égypte (Ta-Shema) et Basse-Égypte (Ta-Mehu).
Le paysage impose le contraste entre désert et culture, jaune et vert, ou rouge (sable) et noir (sol).
Autre symbole de dualité, le Nil coupe effectivement le pays en deux, Est et Ouest : l’Est étant le pays des vivants et le lieu de la resurrection (soleil levant) ; l’Ouest étant le royaume des morts (soleil couchant).

À partir de la IIIe dynastie, les rois se font enterrer dans la nécropole de Saqqarah près de Memphis, en Basse-Égypte. Mais, pour respecter la dualité du pays, ils érigent un cénotaphe (tombeau factice) en Haute-Égypte.

L’accouplement des dieux et des déesses illustre souvent la dualité de la vie, les forces négatives et positives du cosmos. Horus représente l’ordre et la vie alors que Seth représente le désordre et la destruction. Ouadjet (cobra) est la déesse tutélaire de la Basse-Égypte et Nekhbet (sud) celle de la Haute-Égypte. La liste est longue :Isis et Nephtis, Hâpy du Nord et Hâpy du Sud...

Le long axe principal du temple égyptien facilite la représentation esthétique de la dualité : de part et d’autre d’un portail ou sur les murs opposés d’une salle.

Lors du couronnement de Pharaon, il est expressément fait référence à l’union du Sud et du Nord. La couronne royale en est l’illustration. Le pschent (skhemty en égyptien) est formé par la combinaison de la couronne blanche du Sud, le hedjet, longue mitre oblongue et de celle du Nord, le deshret, casque rouge au sommet aplati.

Au cours des cérémonies officielles, le roi rassemble sur sa poitrine une crosse et un fléau, symboles de ses deux pouvoirs « temporel » et « spirituel », qui sont également des images de la dualité de l’Égypte ancienne.
• Le sceptre heka (crosse) figure pharaon conduisant son peuple comme un pasteur.
• Le sceptre nekekh (fléau) est une arme symbolique de protection.

Pharaon se définit également comme souverain de l’abeille, emblème de la Haute-Égypte, et du roseau, plante héraldique de la Basse-Égypte. Lors du couronnement, deux prêtres lient le lotus et le papyrus, plantes symboliques des deux pays.

La dualité, c’est aussi la représentation du monde (les neufs arcs) créé par le démiurge. Il a été représenté, pour la première fois, sur le socle de la statue du pharaon Khéphren qui, en tant que souverain, est la personnification de l’Égypte. Il foule à ses pieds neuf arcs, les ennemis de l’Égypte.

L’expression « neuf arcs » désigne donc la totalité des adversaires possibles de l’Égypte, les arcs symbolisant les ennemis représentés par leur arme de combat. Le monde comprend donc l’Égypte et les autres, dans le sens de tout ce qui n’est pas Égyptien.

Nous avons donc d’un côté l’Égypte et de l’autre les pays étrangers. Par sa position géographique, l’Égypte est bordée au sud par la Nubie, à l’ouest par la Libye et au nord & à l’est par le Proche-Orient. L’Égypte est en contact avec les étrangers, représentés par des populations spécifiques, sur ses quatre points cardinaux.


Statue de Khephren - Musée du Caire
C’est sur le socle de cette statue que les « Neuf Arcs » sont représentés pour la première fois. Notez également la représentation du Sema-Taouy sur le côté du trône.


Sema-Taouy ou le pouvoir de Maât


Terme symbolique évoquant l’intégrité de l’Égypte que l’on peut traduire par « Réunion des Deux Terres ». Le roi pharaon doit maintenir l’ordre cosmique, c’est-à-dire la Maât, à la fois déesse et principe. Il est le « roi de Haute et de Basse Égypte ». Son pouvoir lui indique de maintenir l’union (Sema) des deux terres (Taouy - taou : terres et y : dualité).

SemaTaouy.jpg

Représentation symétrique du dieu Hâpy incarnant la crue du Nil. Bourrelets de graisse et seins tombants symbolisent la générosité de la crue. Hâpy du sud (à droite) et Hâpy du nord entrelacent les tiges des plantes emblématiques des deux Terres autrefois autonomes, le lotus (lis) pour la Haute-Egypte au sud et le papyrus pour la Basse-Egypte au nord, autour du hiéroglyphe sema représentant la trachée et les poumons.

Surmontée par le cartouche (la tête ?) du roi - ici Ramsès II - la trachée figure le Nil (artère vitale) et le poumon (réunir) permettent à l’Égypte de respirer, au travers de pharaon.

Attestée dès le début de l’Ancien Empire, cette représentation connaît plusieurs variantes que l’on rencontre sur des supports les plus divers. Le sema-taouy est très souvent figuré, en relief ou en peinture, sur les côtés des trônes royaux, comme ici à Abou Simbel. Parfois ce thème est repris avec les dieux Horus et Seth placés de part et d’autre de Pharaon.


  Khepri1_small.gif  


La dualité et l’union en images


RégionNord (Delta)UnionSud
NomBasse-Égypte
(Ta-mehu)
Les Deux Terres
(Sema-Taouy)
Haute-Égypte
(Ta-shema)
Couronne royale

et

Sceptres royaux
La couronne rouge (desheret)
desheret
La Double couronne (pschent)
pschent (skhemty)
La Couronne blanche (hedjet)
hedjet
 La Crosse et le Fléau (sceptres)
Crosse heka et Fléau nekekh
 
Déesse protectriceOuadjet (cobra)
Ouadjet
Nekhbet et Ouadjet
Masque de Touthankamon (détail)
Nekhbet (vautour)
Nekhbet
Animal attaché à la déesseLe Cobra égyptien
Cobra
 Le Vautour fauve
Vautour fauve
ReprésentationRépresentation du cobra Ouadjet à Edfou Représentation de Nekhbet à Kom Ombo
Résidence de la déesseBouto El-Kab
Dieux protecteurUne statuette de Horus title=
Horus
Horus et Seth en protecteurs de Pharaon
Horus et Seth
Une statue de Seth
Seth
Temple principalTemple de Edfou
Edfou
 
Tell el-Dabea
Plante héraldiqueUn bussion de papyrus
Papyrus
Lotus et Papyrus
Bassin aux lotus et papyrus
Musée du Caire
Une fleur de lotus

Lotus
(ou lis)
ReprésentationUne colonne Papyriforme.jpg

Colonne au chapiteau papyriforme
Le Sema-Taouy

Le Sema-Taouy
(union des Deux Terres)
Une colonne figurant un Lotus.jpg
Karnak : piliers de Thoutmosis III
(figuration d’un lotus)
EmblèmeUn buisson de joncs.jpg
Jonc ou roseau
(Nysout)
 Une abeille
Abeille
(Bity)
Représentation
(titulature royale)
 Figuration de deux cartouches royaux
Les cartouches
 

Notice documentaire

dualiste
adjectif et nom. Qui relève d’un système de pensée dualiste ; partisan du dualisme.


Dual, e, aux
adjectif, du latin dualis, de deux. 1. Didact. Qui comporte deux unités, deux éléments, souvent en relation d’interaction ou de réciprocité. 2. Technique. Se dit d’une recherche, d’une technologie susceptible d’avoir des applications aussi bien civiles que militaires.


Dualiser (se)
verbe pronominal, de dual. Se scinder en deux parties antagonistes, en parlant d’un groupe, d’une institution. La société se dualise du fait des inégalités.


Dualisme
n.m. du latin dualis, de deux. 1. Système de pensée religieuse ou philosophique (comme l’Égypte pharaonique) qui admet deux principes irréductibles, opposés dès l’origine (par opposition à monisme [*]). Dualisme manichéen du bien et du mal. 2. Coexistence de deux éléments différents (par opposition à pluralisme). Dualisme des partis. 3. Histoire. Système politique qui, de 1867 à 1918, régla les relations de l’Autriche et de la Hongrie, ces deux Étals formant alors l’Autriche-Hongrie.


[*] monisme
n.m. du grec monos, seul.Philosophie. Doctrine selon laquelle tout ce qui est se ramène, sous les apparences de la multiplicité, à une seule réalité fondamentale (par opposition à dualisme, à pluralisme).



1. Duel
n.m. du latin duellum, ancienne forme de bellum, guerre. 1. Combat singulier entre deux personnes, dont l’une exige de l’autre la réparation par les armes d’une offense, d’un affront. Se battre en duel. ¤ Histoire. Duel judiciaire : combat entre un accusateur et un accusé, admis au Moyen Âge comme preuve juridique. 2. Figuré. Compétition, lutte serrée entre deux individus, deux groupes antagonistes. Duel oratoire.

2. Duel
n.m. (du latin duo, deux. Linguistique. Catégorie du nombre, distincte du singulier et du pluriel, et qui indique deux personnes ou deux choses, dans la conjugaison ou la déclinaison de certaines langues.

3. Duel, elle
adjectif. Didactique. Relatif à la dualité. Une société duelle, telle que l’Égypte ancienne.


Démiurge
Entité créatrice (l’unique) issue du Noun (océan primordial), capable de résister au néant, qui vient à la vie en prenant conscience de son existence. Il crée toutes choses par le verbe et la pensée. Selon les théologies, il est Ptah, Rê-Atoum, Amon ou Thot à Hermopolis.


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Catégorie / Titre : Pharaons et Reines / La dualité égyptienne
Date de création : 19/02/2005 - 13:57  -¤-  A été modifié le : 12/12/2008 - 10:51

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