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Cartographie
Carte générale du pays
L’Égypte kemet, « la terre noire »
La vallée du Nil déroule son étroit ruban fertile sur une longueur de 1 205 km. Depuis l’aube des temps, le fleuve, par ses crues fertilisantes, a vaincu le désert et permis à la civilisation égyptienne de s’épanouir.
Les rives du Nil ont été habitées pendant au moins 7 500 ans. Le nom des lieux a bien entendu évolué au cours du temps. Dans ces pages, le nom utilisé pour les cités est le nom classique le plus courant, suivi, entre parenthèses (s’il m’est connu), du nom égyptien ancien.
Vue du ciel, l’Égypte se résume à une étroite bande verte (fertile) suivant le cours du Nil. Tout le reste n’est que désert de sable (erg) ou de cailloux (reg).
Dans ce pays où il ne pleut que très rarement, la vie dépend toujours et entièrement de l’existence du fleuve. Le “dieu fleuve Nil” et le désert ont joué un rôle primordial dans l’apparition et le développement d’une des plus longues et des plus brillantes civilisations de l’histoire de l’humanité.
L'Égypte, au carrefour de trois continents
Au nord-est de l'Afrique, l'Égypte est reliée à l'Asie occidentale par la péninsule du Sinaï, et s'ouvre, par le Delta du Nil, à la méditerranée et aux grandes îles où est née en partie la civilisation européenne. Le couloir syro-palestinien et le Sinaï, la méditerranée et ses îles (Chypre et Crête), la mer Rouge, la vallée du Nil jusqu'aux grands confluents du sud (Atbar, Nil bleu) et les actuels déserts qui la longent de part et d'autre, constituent dès la préhistoire des voies de pénétration et de communication véhiculant les personnes, les biens, les techniques, les richesses et les idées. Les dernières recherches ont détruit l'image d'une Égypte autarcique et isolée, qui prévalait dans les années 1950.
Neanmoins, le territoire égyptien est bien défini par ses quatre points cardinaux :
au nord les marais du delta et le rivage de la méditerranée,
au sud les premières cataractes du Nil,
à l'est la chaîne arabique,
et à l'ouest le relief libyque.
Dans ce rectangle idéal, deux axes imposent leur évidence :
la course solaire, d'est en ouest entre les deux horizons montagneux ;
le long cours du Nil, du sud au nord.
Comme dans la Chine ancienne, les Égyptiens de l'époque des pyramides ajoutaient un cinquième point cardinal : le milieu, qui complète et parfait l'équilibre géométrique.
À l'ouest, sur la rive gauche du Nil, le désert occidental s'abaisse rapidement, formant les plateaux peu élevés du désert de Libye. Les bordures méditerranéennes forment ici de longues plages de sable blanc. Vaste bassin sablonneux, le désert est traversé par une ligne de dépressions. Proches des nappes d'eau souterraines, ces dernières abritent une multitude d'oasis fertiles : Kharga, Dakhla, Farafra, Bahriya et Siouah, les 3 premières formant la Nouvelle Vallée. À l'ouest des oasis, de grandes tables rocheuses sont relevées sur les bords par des escarpements que percent des vallées d'oueds asséchés et couverts de dunes : la grande mer de sable (sables mouvants et zones particulièrement dangereuses).
Au centre, le fleuve Nil, long de 6 670 km, ne draine le territoire égyptien que sur un quart de son cours. Dans le Sud, le fleuve, navigable jusqu'à Assouan (1re cataracte), a creusé une vallée recouverte d'un riche limon noir et bordée de falaises abruptes, séparées de 2 à 15 km. Proche de la vallée et semblable à elle par bien des aspects, la dépression du Fayoum, à 90 km au sud du Caire, étend ses riches terres agricoles autour des eaux du Birket Karoun (lac Mœris des Anciens) : c'est la Haute-Égypte. À quelques kilomètres au nord du Caire, le fleuve, libéré du carcan dans lequel l'enserraient les hautes terres, se ramifie en de nombreuses branches : c'est « le plat pays » du Delta, ou Basse-Égypte, qui s'étend sur 4 % du pays mais où se concentre la quasi-totalité de la population.
Carte générale du pays
À l'est se développe le désert Arabique, plateau qui s'élève progressivement depuis le Nil pour faire place, le long de la mer Rouge, à une chaîne de montagnes culminant à 2 187 m. Les montagnes tombent par une côte abrupte sur la dépression de la mer Rouge et du golfe de Suez. Plateaux et montagnes sont traversés d'ouest en est par de profondes vallée (wadi), anciennes voies de passage des caravanes, reprises par les routes actuelles. Seuls les Bédouins, qui vivent du côté de la mer Rouge, connaissent ce véritable labyrinthe.
Rattachée à ce désert, la péninsule du Sinaï n'en est séparée que par la cassure du golfe de Suez. Sa géographie est faite de dunes et de montagnes érodées par le vent et sillonnées par des oueds profonds qui connaissent des crues sporadiques. C'est une région de hautes terres que dominent les 2 642 m du plus haut sommet d'Égypte, le djbel Sainte-Catherine, qui dépasse donc le mont Moïse (ou mont Sinaï), avec ses 2 285 m.
Les anciens Égyptiens se considéraient comme les premiers habitants de la vallée du Nil ou du moins comme les premiers humains qui la reçurent en partage, car ils croyaient qu'elle avait d'abord été habitée par des dieux (Religion égyptienne). Ils ne reconnaissaient, à vrai dire, ce titre qu'aux rois qui régnèrent pendant la période préhistorique. Leurs sujets étaient ces Chesou-Hor (serviteurs d'Horus), que les Égyptiens vénéraient comme les plus pieux des humains et comme les fondateurs des villes et des temples. Ce sont ces générations antéhistoriques qui conquirent patiemment le sol sur les marécages, fertilisèrent de véritables déserts, s'essayèrent les premiers à ce système savant d'irrigation au moyen de canaux et de digues qui est resté en usage jusqu'à nos jours. Ce sont elles aussi qui formèrent les premiers groupes de petits États indépendants, origine des circonscriptions administratives que les Grecs appelèrent nomes. Ces petits États se composaient des villes, dont la principale (nout) était le siège la cour, qui assurait un gouvernement civil et militaire, et d'un culte spécial ; de terres cultivées (ouou) et de marais (pehou). Ils étaient désignés d'un nom formé avec l'emblème du dieu local. Les chefs héréditaires de ces États s'appelaient hiqou.
Cette vaste mosaïque ne pouvait se maintenir en paix en permanence. Des querelles de voisinage suscitèrent des guerres d'où sortirent, avec un nouveau groupement des forces vives de l'Égypte, plusieurs royaumes bientôt réduits à deux : celui du Nord et celui du Sud. Ces deux grands États furent, pendant la plus grande partie de la période historique, réunis sous un même sceptre, ce qui permet de définir trois principales périodes pendant le pays est unifié (Ancien Empire, Moyen Empire, Nouvel Empire), et des périodes, plus troublées, pendant lesquelles dominent les tendances centrifuges, et qu'on a coutume d'appeler périodes intermédiaires : les deux premières s'intercalent entre les périodes impériales, la troisième prend place entre le Nouvel Empire et une dernière période d'unité, mais aussi de déclin, appelée la Basse Époque.
Description géographique de l'Égypte
Diodore de Sicile, Histoire universelle - Tome 1, livre 1, section 1, chapitre XVII Traduction française de l’abbée Terrasson, membre de l’Académie Française
Cette fameuse contrée s’étend vers le midi et par les barrières que la nature lui a données, aussi bien que par la beauté de ses campagnes, elle est au-dessus de tous les royaumes du monde. Du côté du couchant elle est défendue par les plaines désertes de la Libye, dont le passage est non seulement très difficile mais encore très dangereux, tant par le manque absolu d’eau et de vivres que par les bêtes féroces qu'on y rencontre. Les cataractes et les montagnes qui les entourent en ferment l’entrée du côté du midi car le fleuve n’est navigable qu’à cinq mille cinq cents stades en deçà de la Troglodyte et des confins de l’Éthiopie et la terre même n’est praticable que pour les voyageurs qui peuvent marcher avec un train et une dépense de roi.
L’orient de l’Égypte est défendu par le fleuve, par un désert et par un terrain fangeux. Il y a surtout entre la Célé-Syrie et l’Égypte un marais appelé Serbonis, fort étroit dans toute sa longueur qui est de deux cents stades, mais prodigieusement profond et très dangereux pour ceux qui ne le connaissent pas. Car étant comme une bande d’eau entre deux rivages très longs et très sablonneux, les vents violents et perpétuels le tiennent presque toujours couvert de sable de sorte qu’il ne fait qu’une même surface avec la terre ferme de laquelle il est impossible de le distinguer à l’œil. Il y a eu des capitaines qui y ont péri avec toute leur armée, faute de bien connaître le pays. Le sable accumulé sur cette eau bourbeuse ne cède d’abord que peu à peu comme pour séduire les passants qui continuent d’avancer, jusqu’à ce que s’apercevant de leur erreur, les secours qu’ils tâchent de se donner les uns aux autres ne peuvent plus les sauver. En effet ce composé n’étant ni solide ni liquide, on ne saurait nager dans une eau épaissie par le sable et par le limon dont elle est chargée et l’on ne trouve nulle part un fond assez ferme pour appuyer le pied et pour s’élancer en haut. Tous les efforts qu’on peut faire ne servent même qu’à attirer le sable qui est sur le rivage et qui achève d’accabler ceux qui sont pris dans ce funeste piège. Cette plaine s’appelle pour cette raison Barathrum.
Voilà les bornes de l’Égypte par rapport au continent. Son quatrième côté qui regarde le septentrion a pour rempart une vaste mer et des côtes dont il ne faut pas s’approcher. Car depuis le promontoire de la Libye, jusqu’à Joppé en Célé-Syrie, ce qui fait un espace de cinq mille stades, il n’y a de port assuré que le Phare : tout le reste est une rade dangereuse pour ceux qui ne l’ont pas fréquentée. Les uns croyant aborder, échouent et brisent leurs vaisseaux sur des rochers couverts ; les autres ne découvrant pas l’Égypte qui est fort basse, d’assez loin pour choisir un endroit propre à une descente, vont prendre terre en ces lieux marécageux ou sur ces sables déserts, dont nous avons dit qu’elle était entourée. L’Égypte est d’une figure plus longue que large et elle s’enfonce de six mille stades dans le continent sur deux mille qu’elle a le long de la mer.
Elle a été autrefois plus peuplée qu’aucun lieu du monde et elle l’est encore aujourd’hui autant qu’aucun autre. Car sans parler d’un nombre infini de gros villages, elle avait dix-huit mille villes selon les annales sacrées et sous le règne de Ptolémée fils de Lagus il en restait plus de trois mille, qui subsistent encore aujourd’hui. Dans un dénombrement général qui se fit autrefois des Égyptiens on en compta jusqu’à sept millions et aujourd’hui encore il n'y en a guère moins de trois millions. On dit que c’est à la faveur de cette multitude prodigieuse d’habitants que les anciens rois de l’Égypte ont élevé des édifices et achevé d’autres entreprises qui éterniseront leur mémoire et feront l’étonnement de tous les siècles. Nous en donnerons bientôt les descriptions particulières : mais à présent nous devons parler de la nature du fleuve et des propriétés du terroir de l’Égypte.
Le miracle de l’Égypte. Des montagnes brûlées de soleil, le désert et, soudain, les cultures et les palmeraies : une terre d’eau et de feu, un monde lumineux où le soleil est roi, telle fut la terre des pharaons.
Le Nil, bienfait des dieux
L’Égypte est un don du Nil.
Hérodote (484-420 av.J.-C.
Frappé par la physionomie du pays, Hérodote notait déjà dans Histoires, 7-8 : De la mer à Héliopolis, dans l’intérieur des terres, l’Égypte est large ; c’est une étendue toute plate d’eau et d’alluvions ; […] en amont d’Héliopolis (Per-Rê ou Iounou), l’étendue des terres est, pour l’Égypte, bien réduite : sur quatre jours de remontée du fleuve, c’est une plaine étroite, resserrée entre les monts (d’Arabie et de Libye). Pour les Romains, c’était Aut Nilus, aut nihil (“ou le Nil, ou rien”). Plus tard, le conquérant arabe Amr Ibn Al’As proclame que l’Égypte est une ville de poussière avec un arbre vert et élève le fleuve à la dignité de calife. Pour les anciens Égyptiens, le Nil (iterou) vient “du pays des fantômes et des âmes”.
Fleuve nourricier, il fut divinisé sous le nom d’Hâpy
Qui a bu l'eau du Nil reviendra sur ses rives, prétend un proverbe égyptien. Et nul ayant goûté l'eau du fleuve nourricier, divinité antique et veine vitale de l'Égypte, ne le démentira. Car tous y retournent effectivement, un jour ou l'autre.
Déposant chaque année, au moment des crues, le limon noir, le meilleur fertilisant du monde, le fleuve doit sa puissance au dieu Hâpy et à Khnoum, le dieu bélier, qui est le “gardien des sources du Nil”.
Bienfait de la nature, l’inondation enrichit la terre d’Égypte, grenier à blé africain de l’Antiquité. Si la crue est le plus souvent bénéfique, il arrive qu’elle détruise des villages entiers. Pendant des millénaires, les Égyptiens ont tenté de domestiquer le débit du fleuve, construisant une multitude de canaux, de digues et d’ouvrages destinés à l’irrigation. Tout au long de l’année, le fleuve permet aux animaux de s’abreuver. Il offre ses fonds poissonneux aux pêcheurs à l’épervier (un filet lesté) ou aux pêcheurs à gué.
Comme on le voit, le Nil est à la fois l’axe du pays, sa voie navigable, son artère vitale et son principal pôle d’activité. La vallée du Nil regroupe la majeure partie de la population égyptienne. Et sur les rives, le voyageur peut admirer ses imposants monuments, des pyramides de Gizeh (Rostja) au temple de Karnak (Ipet Sout). L’Égypte se trouve donc indissociable de son fleuve et de sa crue annuelle.
C’est en juin, au plus chaud de l’année, que celle-ci se produit, noyant, avant la construction des barrages [*], l’ensemble des terres cultivées pour ne laisser paraître que les buttes sur lesquelles étaient établis villes et villages.
Tu créas le Nil à partir des Enfers Et le fils surgir à ton gré Pour que viennent les hommes, Toi, leur Seigneur !
Akhenaton (1351-1334 av. J-C.), Hymne au Soleil
En se retirant trois mois plus tard, les eaux abandonnent derrière elles une épaisse couche de limon fertile (les alluvions) sur une bande atteignant parfois 20 km, (d’où le nom donné par par les anciens Égyptiens à cette région : kemet, « la terre noire »), miracle renouvelé chaque année, véritable « don du fleuve », selon Hérodote. C’est grâce à ce cycle régulier, à la boue noire et collante déposée (si fertile qu’elle autorisait deux ou trois récoltes par an), qu’une agriculture riche et diversifiée a pu se développer le long de cette oasis. Elle remplissait, entre autres, de grains les entrepôts royaux et permettait d’entretenir une théocratie (dirigée par un roi apparenté aux dieux, le pharaon) dont l’idéologie religieuse s’est maintenue dans ses principes fondamentaux pendant plus de trois millénaires. Elle a également favorisé l’implantation d’une faune et d’une flore originales.
Description particulière du Nil
Diodore de Sicile, Histoire universelle - Tome 1, livre 1, section 1, chapitre XVIII Traduction française de l’abbée Terrasson, membre de l’Académie Française
Le Nil est porté du midi au septentrion ; sa source est inconnue parce qu’elle est dans le fond de l’Éthiopie, en des lieux que les ardeurs du soleil rendent inaccessibles. C’est le plus grand fleuve du monde et qui traverse le plus de pays. Il serpente dans la première et la plus longue partie de son cours et décline tantôt à l’orient du côté de l’Arabie, tantôt à l’occident du côté de la Libye. À le suivre dans ses tortuosités depuis les montagnes de l’Éthiopie jusqu’à la mer, il parcourt douze mille stades. En quelques endroits bas il est contenu par ses rivages, mais en d’autres il sort de son lit qui se trouve trop étroit et se répand du côté de la Libye sur des sables très profonds qui s’en imbibent jusqu’à le faire disparaître ou bien il va remplir du côté de l’Arabie de grands marais et de grands lacs environnés de provinces très peuplées. Il entre ensuite dans l’Égypte, où il a tantôt plus tantôt moins de dix stades de largeur. Mais d’espace en espace, il se détourne encore à l’orient ou à l’occident et remonte même vers le midi d’où il revient vers le septentrion. Car ce fleuve dans une grande partie de son cours est bordé de montagnes escarpées qui lui font obstacle et le renvoient au loin dans les plaines apposées, d’où le poids de ses eaux le ramène à sa première route.
Nonobstant sa grandeur, le Nil est celui de tous les fleuves qui coule avec le plus de douceur et d’égalité excepté vers les cataractes. C’est un endroit qui a environ dix stades de longueur et qui n’est qu’une continuité de fond penchant et rompu, de précipices d’une hauteur prodigieuse et perpendiculaire et d’ouvertures étroites et embarrassées de rochers ou de pierres qui leur ressemblent par leur grosseur. Les eaux qui passent par ces lieux effroyables se couvrent d’écume et font des chutes et des rejaillissements, dont le bruit seul porte la terreur dans l’âme des voyageurs d’aussi loin qu’ils commencent à l’entendre : et l’eau y acquiert une vitesse pareille à celle d’une flèche qui part de l’arbalète : le Nil, dans ses crues, remplit ces fondrières et se met à un parfait niveau. Les barques qui descendent passent quelquefois alors sur la cataracte, à la faveur d’un vent contraire qui les soutient un peu contre l’impétuosité de l’eau : mais il n’est aucun effort, ni aucun secours qui puissent les faire remonter. Il y a plusieurs cataractes, mais la principale est celle qui sépare l’Égypte de l’Éthiopie.
Le mystère des sources du Nil
Longtemps, la localisation des sources du Nil est restée un mystère. Perses, Grecs, Romains, Arabes puis Européens ont tenté de le percer. Beaucoup ont échoué, vaincus par une nature hostile. Après les voyages de Speke, les découvertes d’Henri Stanley, Burton, David Livingston vont parfaire la connaissance des sources du Nil, prélude à un long travail de reconnaissance, de cartographie et d’hydrologie. C’est au XXe siècle, que l’énigme sera enfin résolue, grâce, en particulier, à l’avion, qui permet de franchir les obstacles qui, jusque-là, ont arrêté les explorateurs les plus téméraires.
Le Nil né de l’océan primordial
Les anciens Égyptiens avaient résolu le problème des sources du Nil conformément aux mythes divins expliquant la création de l’univers. Le fleuve était une résurgence du Noun, l’océan primordial qui entourait le monde. Opérant par la volonté du dieu solaire, le génie Hâpy, représenté sous la forme d’un être androgyne vêtu de la ceinture des bateliers, faisait monter l’eau verticalement, et celle-ci allait ensuite féconder les terres de la vallée. La source mythique du Nil, située au « pays des fantômes et des âmes », était double. Le fleuve jaillissait en Haute-Égypte, au niveau de la première cataracte près d’Éléphantine (Abou), et en Basse-Égypte, à la pointe du Delta près de Roda.
Don d’offrandes à Hâpy, personnification du Nil XVIIIe dynastie ; Temple de Karnak, Chapelle rouge
La belle Cléopâtre elle-même avait été incapable de donner plus d’explications au grand César qui lui demandait de lui livrer le secret des sources du Nil. Rome ne renonça pas pour autant et, au Ier siècle de notre ère, le corps expéditionnaire envoyé par Néron se perdit dans les marais du Saad.
Au IIe siècle, le géographe grec Ptolémée pense que le Nil naît de grands lacs alimentés par les neiges des « montagnes de la Lune ». Son Hypothèse se vérifiera bien des siècles plus tard…
On considère aujourd’hui que le Nil - baptisé Kagera dans son cours supérireur - naît de la réunion de trois rivières : la Rukarara, au Rwanda, découverte en 1898 par Richard Kandt ; le Ruvuvu et son affluent la Louviranza, au Burundi ; le Kasumo, également au Burundi, découvert en 1937 par Bukhart Waldeker. Il n’y a donc pas une source mais trois…
Afrique - Au Rwanda, coule le Nil
Équipés de cartes coloniales et d’images satellitaires, trois explorateurs -un Britannique, Neil MacGrigor, deux néo-Zélandais, Cam MacLeay et Garth MacIntyre- ont remonté le fleuve pour arriver à ce qu’ils ont identifié comme la source la plus lointaine du Nil, au cœur de la forêt de Nyungwe au Rwanda.
Une Équipe d’explorateurs britannique et néo-zélandais ont identifié la source la plus lointaine du Nil, au cœur de la forêt de Nyungwe dans le sud-ouest du Rwanda. Carte : Bourgoing/Géoatlas/RFI
Vendredi 31 mars 2006. Au cœur de la forêt de Nyungwe (Rwanda), autour d’un filet d’eau qui jaillit d’un trou vaseux à 2 428 mètres d’altitude, trois hommes brandissent leur navigateur GPS : « C’est là, nous en sommes sûrs grâce à nos appareils, que se trouve la source de la rivière Rukarara, la source la plus lointaine du Nil. Pour la première fois, nous avons pu mesurer le fleuve de façon précise. Le Nil mesure 6 718 km [et non plus 6 611 km]». La petite rivière rwandaise Rukarara se déverse dans la rivière Kagera, qui elle-même se déverse dans le lac Victoria. La cartographie précise du Nil se trouve donc ainsi complétée. En effet, il est aujourd’hui admis que le Nil est issu de la rencontre, à Khartoum (capitale du Soudan), du Nil blanc -qui prend sa source au lac Victoria (un lac partagé entre l’Ouganda, la Tanzanie et le Kenya )- et du Nil bleu, issu du lac Tana (en Ethiopie), rejoints par un troisième cours d’eau l’Atbara (rivière éthiopienne).
Le 20 septembre 2005, les explorateurs avaient quitté la côte méditerranéenne de l’Egypte, en quête d’identification du plus lointain berceau d’un des plus grands fleuves du monde -avec l’Amazone (6 570 km). Au bout du périple, les images et les souvenirs se bousculent : « Ce qu’il y a de merveilleux avec le Nil, c’est la diversité des paysages. On a l’Egypte et on a son histoire. On passe du désert aride à la végétation tropicale, puis à la savane », explique McLeay.
Comme dans les vrais récits d’aventure… Il aura fallu 80 jours aux trois explorateurs pour mener à terme le voyage. L’expédition de McGrigor, Cam McLeay et Garth McIntyre ressemble à une véritable aventure, semée d’embûches périlleuses et d’épisodes parfois sombres. De l’Egypte, les trois hommes se souviennent de la bureaucratie et d’un policier, censé les escorter, qui a fini par tomber dans les eaux du Nil : « Il était là, en uniforme, de l’eau jusqu’à la taille, de l’eau qui dégoulinait de son pistolet », raconte McLeay. Du Soudan, ils se souviennent d’un Nil aux rapides difficiles à négocier au cours de la navigation : « Il y a eu un moment, aux rapides de Fola au sud du Soudan, où je me suis dit qu’on avait visé trop haut », reconnaît-il, et McGrigor de poursuivre : « Plus dur encore que les rapides, fut la traversée du marécage du sud, au Soudan toujours. Pendant quelque 1 000 km, tu ne vois rien d’autre que des papyrus hauts de quatre mètres ».
Les cartes n’ont pas toujours suffi. Hésitant parfois sur tel ou tel embranchement à prendre, des habitants de la région leur donnaient des conseils comme, par exemple, suivre les rives empruntées par les jacinthes d’eau. L’aventure a aussi compté un drame : en novembre, l’équipe utilisait un bateau gonflable, tracté par un petit avion, pour transporter les équipements au-dessus des rapides du parc de Murchison. Là, McGrigor s’est cassé la jambe lors d’une opération un peu délicate. Un de leurs amis, Steve Willis, basé à Kampala, est venu leur apporter de l’aide, et l’homme sera tué lors d’un accrochage avec des rebelles ougandais de l’Armée de résistance du seigneur (LRA), connue pour ses exactions contre les civils. Endeuillée, l’expédition sera interrompue en novembre et reprise début mars, pour se terminer vendredi dernier au cœur de la forêt : les cinq derniers jours, faute d’un volume d’eau suffisant pour continuer en bateau, les trois explorateurs ont dû se frayer un chemin, à pied, dans la jungle.
Rencontre du Nil blanc et du Nil bleu Les sources du Nil ont toujours fait l’objet de controverses. Les Égyptiens ignoraient d’où venait ce fleuve et ne se sont jamais avancés au-delà du Soudan. Depuis l’Antiquité jusqu’au XIXème siècle, les géographes imaginaient l’existence d’une immense mer intérieure au cœur de l’Afrique, dans laquelle le Nil puisait ses eaux. Pour élucider ce mystère, plusieurs missions britanniques ont été financées au cours du dix-neuvième siècle par la Royal geographical society : celle de Richard Francis Burton en 1856, celle de John Speke en 1858, celle de Henry Stanley et David Livingstone en 1860, et celle du couple Samuel et Florence Baker. C’est à Speke que l’on doit la découverte du lac Victoria (qui jette ses eaux dans celles du lac Tanganyika) ; et désormais à McGrigor, Cam McLeay et Garth McIntyre, la découverte de la rivière Rukarara qui alimente indirectement le lac.
Article publié le 03/04/2006 par Dominique Raizon pour RFI.fr
Les Deux Terres ou le Double Pays
Terre du Sud – le Jonc – le Lotus - Blanc – la Haute-Égypte, la Vallée - Feu blanc de la moelle - Ouadjet (cobra), déesse tutélaire - Ville de Nehken, ancienne capitale de l’Égypte proto-dynastique située sur la rive occidentale du Nil.
Terre du Nord – l’Abeille - le Papyrus – Rouge – la Basse-Égypte, le Delta - Feu rouge du sang - Nekhbet (vautour), déesse tutélaire - Ville de Bouto, du sixième nome (province) de Basse Égypte. Elle succéda aux cités archaïques de Pe et Dep.
À l’Ancien Empire, Mur-Blanc (Memphis) fut la capitale du Double Pays ; elle était « balance et équilibre » des Deux Terres. On la nomma aussi La-Demeure-du-ka-de-Ptah, Ptah étant le dieu tutélaire de la ville.
Les terres de l’Égypte ancienne sont divisées en deux parties appelées Haute-Égypte (Ta-Shema) et Basse-Égypte (Ta-Mehu). Ces appellations ne font pas référence aux points cardinaux, mais à l’écoulement du Nil et à l’élévation des terres. La Haute-Égypte, au sud, tire son nom de la proximité de la source du fleuve. Elle est donc située sur des hauteurs. Quant à la Basse-Égypte, au nord, elle est principalement constituée de la region située sur le delta du Nil. Elle tire son nom du fait qu’elle est éloignée de la source du Nil, et donc située au bas du fleuve. Elle est aussi plus proche du niveau de la mer que la Haute-Égypte.
Cette distinction d’ordre géographique entre le Delta et la Vallée étroite se double d’une différenciation d’ordre historique. En effet, durant la préhistoire, deux royaumes distincts se sont constitués, au Sud et au Nord. La victoire du Sud sur le Nord, représentée sur le document fondamental qu’est la palette de Narmer, a consacré l’unification de l’Égypte. C’est à partir de Narmer (Ménès, selon la forme grecque du nom), premier roi a avoir coiffé les deux couronnes du Sud et du Nord, pour régner sur le pays unifié, qu’est établie la liste des dynasties. Mais de ce passé, l’Égypte a gardé la désignation de « Double-Pays » - on dit aussi « les Deux Terres » -, rappelant cette dualité primitive et affirmant en même temps la dualité géographique qui oppose la Vallée au Delta, mais aussi la terre rouge du désert (deshret) à la terre noire fertile (kemet). C’est ce dernier nom que les Égyptiens utilisaient pour parler de leur patrie.
Au point de jonction entre Haute-Égypte et Basse-Égypte, Memphis (Men-nefer), « la Muraille blanche », capitale de l’Ancien Empire qui restera un centre religieux de premier ordre, est aussi appelée « la Balance du Double-Pays ».
La géographie particulière de l’Égypte a été propice à son développement. En effet, l’Égypte bénéficiait d’une protection naturelle sur trois côtés. Au nord, le désert puis la mer Méditerranée, et à l’est la mer Rouge, constituaient une barrière naturelle contre les ennemis. Les collines de calcaire, qui s’étendaient le long de la vallée du Nil renforçaient les défenses de l’est et de l’ouest. Au sud, s’étendait la Nubie, qui ne représentait au début de l’existence de l’Égypte, aucune menace. De ce fait, le pays est relativement isolé. Les invasions empruntent des routes faciles à surveiller. Les influences culturelles viennent surtout de l’Est où, prospèrent de grandes civilisations telles que Sumériens, Hittites, Babyloniens,…
N’ayant pas à craindre la venue d’envahisseurs armés ou des idées qui, ailleurs, boulversèrent d’autres sociétés anciennes, l’Égypte a pu se consacrer entièrement au développement de l’infrastructure interne et de l’économie, assurant ainsi sa longévité. En quelques centaines d’années, lors de sa première unification, l’Égypte a commencé à conquérir des terres et a construire des forteresses pour renforcer encore ses frontières. Les autres cultures quant à elles, ont mis au point des techniques de navigation sur mer, fragilisant ainsi les protections naturelles de l’Égypte. Cependant, celle-ci avait eu tout le loisir de développer ses propres défenses.
Heureusement sec, le climat favorisa la préservation d’objets tels que les papyrus, témoignages d’une culture dont on a pas fini de s’émerveiller.
Non seulement le climat égyptien est particulier à ce pays et le Nil diffère des autres fleuves, mais les coutumes et traditions des Égyptiens eux-mêmes semblent être à l’opposé des pratiques typiques de l’humanité.
Hérodote, Enquêtes
Le nilomètre
Les Égyptiens avaient mis au point cet ingénieux système pour mesurer et prévoir l’ampleur que prendrait la crue du fleuve. Celle-ci servait de base au système de taxation de l’état. L’ouvrage consistait en un escalier creusé sur la berge du fleuve ou une sorte de puits dont les marches mènent jusqu’à la nappe phréatique du Nil. Les parois de l’escalier ou du puits sont graduées. Les scribes tenaient une comptabilité très précise des crues successives. Ces baromètres étaient d’une grande utilité pour les paysans. Depuis la construction du haut barrage d’Assouan, les nilomètres ne sont plus utilisés.
C’est au géographe romain Strabon que l’on doit le terme de nilomètre.
Les Nomes : au début, la première division territoriale est la limite qui sépare le nord du sud, la Haute-Égypte et la Basse-Égypte. Les nomes, du grec nomos (sepat en égyptien), au nombre de 38 à 42 selon les époques, ont leur capitale et leur propre emblème. Les nomes étaient administrés au nom de pharaon par des gouverneurs appelés les Nomarques.
Aux époques ptolémaïque et romaine, les nomes deviennent des régions administratives. La position du Pharaon dans le dogme est le fondement de l’idée que l’ensemble du pays était « la propriété privée » du souverain. À l’époque la plus haute, celui-ci effectuait sans doute encore lui-même un voyage bisannuel à travers le pays pour rendre la justice et collecter l’impôt. Cette idée subit une altération à la suite de l’installation par le Pharaon de représentants dans les possessions royales, ou « domaines royaux ».
Dans leur développement ultérieur, c’est-à-dire vers le début de la 3e dynastie, ceux-ci se constituèrent en nomes autonomes. À la tête de ces nomes subdivisés en plusieurs domaines ou villages se trouvait un administrateur local ou nomarque, que l’on peut appeler à partir de la Première Période intermédiaire « prince du nome ». Ce qui permet de caractériser extérieurement ces régions, c’est l’emblème du nome, dont les plus anciens exemples figurent sur un pavois, mais non les plus récents, et c’est aussi un nom.
Depuis la 4e dynastie, des listes de nomes ont été constituées, mais ce n’est pourtant pas avant l’époque gréco-romaine qu’en sera établie la succession canonique. Au total, on distingue vingt-deux nomes de Haute-Égypte et vingt de Basse-Égypte, dont toutefois certains ne sont attestés qu’à partir de l’époque éthiopienne. Une des plus importantes listes de nomes est celle qui est gravée sur le sanctuaire de la barque de Sésostris Ier à Karnak, dit la « chapelle blanche ». On y trouve en outre l’étendue de chaque nome et les divinités qui correspondent à chacun d’eux.
Les administrateurs de nomes mis en poste par le Pharaon avaient pris conscience des possibilités que leur offrait leur position au point de vue de leur indépendance et de l’exercice de leur autorité. Aussi, depuis la 5e dynastie, cherchaient-ils à développer leur puissance en donnant à leur fonction un caractère héréditaire. D’administrateurs de nome, ils devinrent ainsi des « princes du nome ». L’effondrement de l’Ancien Empire, à la fin de la 6e dynastie, provoqua aussi un effondrement du gouvernement central et du ravitaillement, de même que la misère sociale et la famine. À la suite de cela, certains de ces princes locaux parvinrent, comme des seigneurs féodaux, à se substituer au Pharaon et à organiser sous leur propre responsabilité et en toute indépendance la destinée du nome qui leur était soumis.
Les conflits entre les différentes familles princières des nomes, qui firent rage sous la Première Période intermédiaire, prirent fin, comme on le sait, avec la nouvelle unification de l’Empire menée par Thèbes. Les familles des princes furent remplacées par des fonctionnaires militaires, qui occupèrent le rang civil de « maire ». L’hérédité de la charge, elle, fut abolie.
Dans l’antiquité, tous les égyptiens vivaient sur les bords du Nil. Ils ne s’aventuraient dans le désert que pour chasser les animaux sauvages ou pour travailler dans les carrières et dans les mines.
Au cours l’époque antique, l’Égypte était un des plus puissants pays, et l’un des plus peuplé. L’espérance de vie et le taux de mortalité infantile n’étant pas les mêmes, ce nombre n’avait rien de comparable à celui d’aujourd’hui. Les historiens ont tenté une estimation de la population de l’époque : • 4000 avant J.-C. - Époque prédynastique : 600 000 habitants, • 3000 avant J.-C. - Période ancienne : 850 000 habitants, • 2500 avant J.-C. - Ancien Empire : 1 600 000 habitants, • 1800 avant J.-C. - Moyen Empire : 1 900 000 habitants, • 1250 avant J.-C. - Nouvel Empire : 3 000 000 habitants, • 150 avant J.-C. - Époque greco-romaine : 4 320 000 habitants.
Les voisins de l’Égypte
Le monde des anciens Égyptiens est formé des dieux (y compris le roi), des hommes (le peuple égyptien), des morts, de diverses créatures magiques, et des étrangers. Dans les inscriptions officielles, le monde perceptible des vivants est résumé en neufs entités graphiquement représentées par neuf arcs, dont deux symbolisent la Haute et la Basse-Égypte. La suprématie égyptienne sur les « Neuf Arcs » est la condition théorique fondamentale du maintien de l’ordre mondial décrété au moment de la création.
Au cours de sa longue histoire, l’Égypte n’a cessé d’être en contact avec de nombreux peuples étrangers, par la guerre ou le commerce. En fait, beaucoup d’étrangers vivent en Égypte - prisonniers de guerre, esclaves, mercenaires, agents infiltrés, envoyés diplomatiques, commerçants, ou réfugiés. Depuis la plus haute antiquité, ces étrangers ont été attirés par les richesses de la terre égyptienne. Au Nouvel Empire, ils la considèrent même comme un « el Dorado » où l’or est aussi abondant que la poussière.
L’artiste égyptien apprend à représenter les étrangers selon un code conventionnel qui accentue les caractéristiques ethniques : couleur de peau, traits du visage, costume “national”, etc. Les étrangers figurent le plus souvent dans des scènes de guerre, d’actes de soumission ou de cérémonies d’offrandes au roi. Les étrangers les plus fréquemment représentés sont les Nubiens (Kouchites soudanais), les Libyens, les Cananéens, les Hittites, les bédouins Chassou, les Égéens pré-helléniques, et les Peuples de la Mer dans leur diversité.
[*]Le Nil en danger - En se modernisant, l’Égypte a aussi rompu l’équilibre naturel du fleuve. La pollution menace, et les crues sont aujourd’hui totalement endiguées.
Inauguré en 1964, le barrage-poids d’Assouan est un énorme ouvrage de 3 600 m de long et 110 m de haut auquel s’adosse une centrale électrique de 2 millions de mégawatts. Le gigantesque bassin de retenue, long de 500 km et large de 10 à 30 km, a été baptisé “lac Nasser” en hommage à l’instigateur du projet, le président Gamal Abdel Nasser. Si le barrage a permis d’électrifier le pays tout entier, il a rompu, en supprimant la crue, l’association millénaire entre l’homme et le fleuve, et provoqué de graves déséquilibres écologiques. Un million d’hectares ont été gagnés pour l’agriculture, mais presque autant ont été stérilisés par les sels, qui, comme toute une faune parasite, ne sont plus balayés par l’inondation.
Le site d’Abou Simbel, déplacé à la suite de la création du lac Nasser.
Alors que le paysan égyptien fait deux ou trois récoltes au lieu d’une par an, le précieux limon manque cruellement, bloqué sur 35 m d’épaisseur au fond du lac Nasser. Aux 4 milliards de mètres cubes d’eau engloutis dans les marécages traversés par le Nil blanc s’ajoutent les 10 milliards de mètres cubes qui s’évaporent du lac Nasser. En pleine expansion démographique, l’Égypte a atteint le seuil de pauvreté en eau : 1 000 m3 par habitant et par an. Faute d’alluvions, le delta régresse ; faute d’eau, les lagunes s’assèchent. Le Delta est une région en péril. Les côtes sont rongées par l’érosion marine. Le phare de Rosette, pourtant construit dans les terres, a aujourd’hui les pieds dans l’eau, et les vagues viennent lécher les murs des villas construites le long de la côte méditerranéenne. La construction de digues et d’épis rocheux le long des plages ne suffit pas à contrer l’action destructrice de la mer. La faune des marais est menacée de disparition. Toujours en quête de terres nouvelles, l’homme à récupéré sur les espaces naturels des portions de lacs et de lagunes qui ont été bonifiées et mises en culture.
Barques prisonnières d’un enchevêtrement de plantes aquatiques, dont la prolifération sur le Nil devient préoccupante.
La pollution générée par les 15 millions d’habitants du Caire, ainsi que par l’emploi intensif d’engrais chimiques et de pesticides, menace le Nil, tout autant que la jacinthe d’eau, importée au début du siècle pour la décoration des hôtels de luxe et qui prolifère jusqu’à étouffer le fleuve, recouvrant le delta d’un épais tapis vert. L’abondante évapotranspiration de cette plante est responsable de la perte de quantités d’eau considérables. De plus, la jacinyhe d’eau prive d’oxygène la faune aquatique et abrite l’escargot vecteur de la bilharziose, maladie parasitaire fléau de l’Égypte.
Sources bibliographiques, pour toute la rubrique - Bill Manley, Atlas historique de l’Égypte ancienne, Autrement - Collection Atlas/Mémoires, Paris 1998 - Serge Bathendier, Égypte vallée du Nil, Hachette Tourisme - Guides Bleus Évasion, Paris 2000 - Dr MR. Ventura, Égypte, Histoire et civilisation (carte Andromeda), Osiris, Le Caire - Ouvrage collectif, Égypte, terre éternelle des pharaons, 5000 ans d’histoire , Éditions Atlas - nov’edit, Paris 2002 - Je ne sais plus, Marabout, ? - François-Xavier Héry et Thierry Enel, Animaux du Nil Animaux de Dieu, L’Univers de l’Égypte pharaonique - Édisud, 1993 - David P. Silverman, Au cœur de l’Égypte ancienne, Larousse-Bordas, Paris 1997 - Égypte, Nouveaux loisirs - Guides Gallimard, Paris 1998 - Ouvrage collectif, Passion de l’Égypte, Collection de fiches - Éditions Atlas, 1997 - Ouvrage collectif, La vie des Égyptiens au temps des pharaons, Larousse/Vuef 2002 - Le petit Larousse illustré, Larousse/VUEF, Paris 2003 - Nadine Guilhou et Janice PeyréLa mythologie égyptienne, Marabout (Hachette Livre), 2006 - Regine Schulz et Matthias Seidel, L’Égypte, sur les traces de la civilisation pharaonique, Éditions Könemann, Cologne
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